Charles Chéneveau
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Charles Chéneveau, né le à Paris où il est mort le , est un physicien français. Docteur ès sciences, ingénieur diplômé de l'École municipale de physique et de chimie industrielles (aujourd'hui ESPCI Paris) en 1892 (8e promotion), professeur à l’École d’électricité industrielle de Paris et à l’ESPCI de 1927 à 1934, il est connu pour ses travaux en optique, électricité, magnétisme et radioactivité. Il mit au point une balance magnétique utilisée dans les recherches sur le magnétisme de différents produits ou minéraux, en collaboration avec Pierre Curie. Cette balance magnétique est exposée au musée Curie.
Charles Chéneveau fait ses études secondaires au collège Chaptal, créé par Prosper Goubaux, réputé pour son éducation laïque et ses principes moraux[1].
Veuf d’Alice Esbelin (1875 - Paris, 1929), fille d’un officier de santé, Charles Chéneveau épousa en secondes noces Thérèse Tschopp (Corcieux, 1885 - Paris, 1971), fille d’un notaire alsacien qui « choisit la France » à la suite de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand en 1871.
Études et carrière académique
Selon Soraya Boudia, ancienne directrice du musée Curie (1999-2003) à Paris[2], Charles Chéneveau s’est trouvé, très jeune, « au cœur d’un réseau de compétences exceptionnelles ». Il prépare son baccalauréat en sciences à l’école Jean-Baptiste-Say dans le 16e arrondissement de Paris ; Jules Frécaut[3], son professeur de chimie, lui donne le goût des mathématiques. Âgé de 26 ans, il est professeur bénévole à l’Association philotechnique de Paris[4]. Bachelier, il est admis en 1889 à l’École municipale de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (future ESPCI)[5]. Il est diplômé ingénieur physicien en 1892[6]. Licencié ès sciences physiques en 1893, il soutient sa thèse de doctorat ès sciences physiques[7], Recherches sur les propriétés optiques des solutions et des corps dissous[8], dédiée à Pierre Curie, à la faculté des sciences de Paris (alors hébergée à la Sorbonne) en 1902, la même année que Paul Langevin.
Bilingue anglais-français, il est collaborateur-traducteur du Board of Trade à Londres en 1910 et 1911. Il travaille aussi pour la maison Adam Hilger & Co[9], réputée pour sa fabrication de spectrographes à quartz, également à Londres en 1911. Durant ces années, il collabore aux Tables annuelles internationales de constantes physiques, chimiques et technologiques (absorption, réfraction et dispersion).
Il est attaché au Conservatoire national des arts et métiers en 1893. Dès 1895, il est attaché au cours de physique du PCN (certificat préparatoire aux études de médecine) de la faculté des sciences de Paris, où il fait toute sa carrière. Charles Chéneveau y est successivement préparateur du cours dans le laboratoire de Lucien Poincaré en 1896, préparateur de ceux de Pierre Curie en 1900 et de Georges Sagnac en 1904, chef de travaux pratiques de physique générale de 1907 à 1913, et chargé du cours de 1918 à 1922. En 1923, il est nommé Maître de Conférences-Adjoint à la Faculté des Sciences de Paris. Il est professeur à l’École d’électricité industrielle de Paris (créée en 1901[10], aujourd'hui ESIGELEC[11]) de 1901 à 1927. En 1927, il devient membre de son conseil d’administration. De 1927 à 1934, il est professeur d’optique et d’acoustique à l’École de physique et de chimie de Paris (l’ESPCI), succédant à Charles Féry[12].
La retraite n’atténua pas son goût des recherches scientifiques et il continuait des travaux importants, notamment avec son élève et ami le géologue et préhistorien Georges Courty[13].
Il meurt le .
Paul Bunet écrit dans sa nécrologie[14],[15] :
Ses travaux ont été exposés lors de l’exposition des travaux des anciens élèves de l’ESPCI organisée du au [16].
Examinateur d’admission à l’École supérieure d’électricité, maître de conférences à la faculté des sciences de Paris, dès 1927 professeur à l’ESPCI et administrateur de l’École d’électricité industrielle, Charles Chéneveau fit partie pendant plusieurs années du comité de l’Association des anciens élèves de l’ESPCI[17],[16] dont il devint président en 1902. Il fut également membre du Comité de plusieurs sociétés savantes, dont la Société préhistorique de France[18],[19].
Ses travaux, d’abord publiés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences, comptent une quarantaine de communications entre 1901 et 1932, quatorze articles entre 1903 et 1923 dans le Journal de physique, ainsi qu'une centaine de communications et d’articles dans des bulletins de sociétés savantes (Bulletins de la Société française des électriciens, de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale[20], de la Société de biologie[21], de la Société de chimie physique, de l’union des physiciens[22], de l’Association française pour l’avancement des sciences[23]) et de nombreux périodiques (Annales de chimie et de physique, Revue électrique, Le Radium, Revue scientifique, Revue générale de l’électricité, Génie civil, Revue générale du caoutchouc, Chimie et industrie, Science moderne, etc.).
Charles Chéneveau publia quelques livres et prit aussi quelques brevets (voir publications).
Œuvre scientifique
Mécanique et caoutchouc
- Appareil pour la mesure des épaisseurs (1912).
- Élasticimètre enregistreur[24] (avec M. Frédéric Heim de Balsac[25]) permettant d’obtenir le tracé de la courbe d’une éprouvette à sa charge (1913).
- Étude sur les propriétés mécaniques du caoutchouc portant sur la loi de l’extensibilité à charge constante, sur la loi de variation de la charge pour un allongement constant, sur la loi de compressibilité, etc. (1911).
- Balance densimétrique à lecture directe permettant une mesure rapide de la densité des liquides et solides (1916).
- Micropalmer pour la mesure de faibles épaisseurs (avec L. Callame).
- Dynamomètre hydraulique (avec Louis-François Deffez[26]) utilisé principalement pour l’étude des caoutchoucs (1925).
- Sur l’absorption de l’anhydride carbonique par le caoutchouc (1931).
Fluides
- Vibrations des nappes liquides de formes déterminés (avec Georges Cartaud[27], 1902), Sur la viscosité des solutions (1912), Mesure de la viscosité des huiles (1918).
- Viscosimètre universel (1921).
- Obtention et propriétés des milieux troubles (1925).
Chaleur
- Détermination de la constante de la loi de Stefan Boltzman[28] (1909).
- Température de fusion du platine (1909).
- Sur le pouvoir émissif du platine (1909).
Ces travaux furent faits en collaboration avec Charles Féry.
Électricité
Dans ses recherches sur l’arc électrique portant sur l’ionisation dans l’arc à courant continu, Chéneveau a montré, sans doute le premier, l’existence de charges électriques dans les vapeurs produites, de signe opposé à celui des pôles, et la présence d’ions, sur la force contre-électromotrice après rupture du courant qui n’a pu être mise en évidence, sur les tourbillons, dans l’arc, sur les oscillations dans l’arc (1909).
Dans sa Théorie de l’accumulateur au plomb, Chéneveau essaie de trancher entre la théorie classique de la double sulfatation et celle du sulfate plombeux de Charles Féry (1926).
Magnétisme
Dès 1903, Chéneveau mit au point, en collaboration avec Pierre Curie, un appareil pour la détermination des constantes magnétiques ou balance magnétique, qui s’est avérée très utile dans les recherches sur le magnétisme de différents produits ou minéraux[29],[30]. Il la présenta à la Physical Society of London le .
- Propriété magnétiques du chlorure de radium (avec Pierre Curie, 1903).
- Mise en évidence de l’action du champ magnétique sur les organismes vivants (1903).
- Dispositif simple pour la mesure d’un champ magnétique (1910).
- Propriétés magnétiques des alliages pour résistances (avec A. C. Jolley).
- Propriétés magnétiques du cuivre et de quelques sels de cuivre : le cuivre est diamagnétique : on peut déceler dans le cuivre une trace de fer de l’ordre d’un milligramme par tonne (1910).
- Propriétés magnétiques du manganèse et de quelques aciers au manganèse (avec Sir Robert Hardfield[31] et Charles Geneau[32], 1917).
- Sur la susceptibilité magnétique de l’aluminium (1928) : l’aluminium exempt de fer est paramagnétique.
- Sur la mesure directe des susceptibilités magnétiques des liquides par la balance Curie-Chéneveau (avec Georges Courty[33], 1931 et 1932).
Optique
- Recherches sur les propriétés optiques des solutions et corps dissous (1904 à 1913), portant principalement sur la constante optique et la non-influence de l’ionisation et de l’hydratation, la non-influence du solvant, l’influence de la température, sur le pouvoir réfringent moléculaire et la loi d’additivité, sur l’analogie d’un corps dissous et d’un gaz, sur la comparaison de diverses lois donnant la réfraction, sur la dispersion des corps dissous et la relation avec la valence.
- Recherches sur les propriétés optiques des solutions étendues (1910).
- Loi du rayonnement des lampes à incandescence.
- Recherches en collaboration avec Charles Féry d’intérêt pratique (1909), sur les propriétés optiques de l’eau (1909), sur une relation entre les propriétés réfractives et la constitution chimique des corps gras (1916-1917).
- Collaboration aux Tables de constantes de la Société de physique.
- Sur quelques propriétés optiques des milieux troubles (avec René Audubert, 1919).
- Sur la variation du pouvoir réfringent des sels dissous en solutions très étendues (1921).
- Sur quelques propriétés des milieux troubles solides résineux (1925).
- Mise au point et perfectionnements de divers appareils d’optique, dont un spectroréfractomètre avec Charles Féry.
Il fut expert principal pour la réfraction de corps purs, solides, non métalliques, optiquement isotropes et liquides pour les Tables internationales critiques américaines.
Radioactivité
Appareils pour la mesure de la radioactivité (avec Albert Laborde[34]) (1909-1911) portant sur les liquides, les gaz et les corps solides, le dosage des sels de radium purs et, en 1923, un électroscope à capacité variable.
Principaux appareils réalisés
Ils furent construits par la Société commerciale de produits chimiques.
- 1903 : balance magnétique Curie-Chéneveau à amortissement liquide
- 1905 : balance magnétique Curie-Chéneveau à amortissement magnétique
- 1908 : électroscope Chéneveau-Laborde
- 1908 : appareil Chéneveau-Laborde pour la radioactivité des gaz, eaux, etc.
- 1910 : appareil pour la mesure d’un champ magnétique
- 1911 : balance Curie, modèle Chéneveau-Collot
Brevets
- 1914 () – Brevet français N°472-698 : appareil pour l’essai des matériaux.
- 1920 () – Brevet français N°510392 : viscosimètre universel et Brevet français N°123510 : néphélémètre.
- 1925 – Brevet français N°591695 : dynamomètre hydraulique enregistreur avec Louis-François Deffez.
- 1926 – Certificat d’addition N°20719 pour l’enregistrement par étincelles.
- 1926 – Brevet belge N°262881 complet.
Principaux laboratoires installés
- Laboratoire d’enseignement de la Physique (cours du PCN), Faculté des Sciences de Paris.
- Laboratoire de recherches du Radium, Faculté des Sciences de Paris.
- Laboratoire d’enseignement des mesures électriques, École pratique d’électricité industrielle, Paris.
Distinctions et récompenses
- 1899 : Médaille de bronze, Syndicat des Industries électriques.
- 1901 : Officier d’Académie.
- 1907 : Officier de l’Instruction publique.
- 1908 : Médaille d’argent, Exposition de Londres.
- 1913 : Médaille d’or, Société d’encouragement pour l’industrie nationale.
- 1914 : Membre du Conseil de la Société française de Physique.
- 1921 : Médaille d’honneur de vermeil, Société nationale d’Encouragement au Progrès.
- 1922 : Lauréat de l’Institut de France, Prix Hébert[35] (Section de Physique) décerné par l’Académie des Sciences, Paris.
- 1923 : Médaille d’argent, Exposition Internationale de Strasbourg.
- 1927 : Médaille de bronze, Ministère du Travail et de la Prévoyance Sociale.
- 1931 : Chevalier de la Légion d'honneur.
