Charles Van Lerberghe
homme de lettres et poète belge
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Charles Van Lerberghe, né à Gand le et mort à Bruxelles le , est un homme de lettres et poète symboliste belge francophone.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 46 ans) Bruxelles |
| Nom de naissance |
Carolus Joannes Van Lerberghe |
| Nationalité | |
| Formation |
Université libre de Bruxelles (en) Collège Sainte-Barbe de Gand |
| Activité |
écrivain et poète |
| Mouvement | |
|---|---|
| Genre artistique |
La chanson d'Ḕve |
Biographie
Charles Jean Van Lerberghe (à l'état civil, dans son acte de naissance et dans son acte de décès, le nom s'écrit Van Leerberge) est issu d'une famille bourgeoise de Gand, d'origines courtraisiennes. Il est le fils de Jean Van Leerberge et de Jeanne Marie Guislain. Son père meurt alors qu'il n'avait pas encore sept ans[1] ainsi que sa mère alors qu'il n'a pas encore atteint sa onzième année[2]. Il est alors confié à Désiré Vandenhove, son tuteur légal qui est un oncle[3] de Maurice Maeterlinck, futur écrivain et, en 1911, prix Nobel de littérature.
En , Charles Van Lerberghe suit un enseignement primaire à l'Institut Saint-Amand. En , l'enfant est inscrit au Collège Sainte-Barbe de Gand dirigé par les Jésuites. En 1872, ses études dans ce collège sont interrompues par une grave maladie. Son tuteur l'envoie alors à la campagne chez les frères Joséphites de Melle de 1873 à 1875 où il se signale par ses excellents résultats[4]. De retour en 1875 au collège Sainte-Barbe de Gand, il fait la connaissance de deux condisciples, Maurice Maeterlinck et Grégoire Le Roy[5], avec qui il restera lié dans sa carrière littéraire. Dans ce collège, il reçoit une instruction austère, centrée sur les dogmes religieux et l'au-delà. Il manifeste toutefois des dons précoces pour la poésie. En 1878, il remporte le prix de poésie d'un concours d'écoles catholiques sur l'Immaculée conception[6].
En 1881, il s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Gand sans parvenir à réussir sa première année. Dès lors, avec ses condisciples Maurice Maeterlinck et Grégoire Le Roy, il s'essaie à la poésie centrée à l'époque sur la Pitié, l'Amour de la Mort et l'Amour des jeunes filles[6].
En , il fait la rencontre de Georges Rodenbach, poète symboliste, qui lui permet de publier en quelques-uns de ses vers dans la revue littéraire La Jeune Belgique[6].
En 1887, il fait paraître une dizaine de ses pièces (dont Solyane) dans le Parnasse de la Jeune Belgique. Le paraît dans La Wallonie, journal du symbolisme français et belge, Les Flaireurs, « petit drame en trois scènes dans un genre légendaire et flamand » et la première manifestation symboliste au théâtre. Par cette œuvre, il commence à se faire connaître du grand public[6].
En 1889, il s'inscrit à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et y décroche en un diplôme de docteur en philosophie et lettres[6]. En 1892, il quitte Gand pour Schaerbeek et se lie avec les milieux littéraires de la capitale belge. Il compte parmi ses amis, Émile Verhaeren, Albert Mockel, Théo Van Rysselberghe, André Fontainas, Eugène Demolder, Maeterlinck et Le Roy[4].
En 1898, il publie le recueil de poèmes Entrevisions après deux ans de travail acharné. À propos de ce recueil, Charles Van Lerberghe indiquait: « Je vois en images, en symboles », explique-t-il à Severin. « Il y a peu de symbolistes aussi enracinés que moi. Vous l’avez vu, je ne parle jamais des choses qu’indirectement, par allégories vagues, par suggestions (…). La beauté à mes yeux est aussi toujours plus ou moins voilée »[6].

Son œuvre la plus connue et qui a suscité un grand intérêt dans le public est La Chanson d'Ève écrite à Bouillon à partir de et parue en . Il y célèbre le renouveau éternel de la nature généreuse, claire et miroitante et l'épanouissement harmonieux d'Ève dans un grand Tout, libéré de toute entrave.
Pendant toutes ces années, il voyage en Europe et s'éprend de différentes amies mais ne parvient jamais à se résoudre à se mettre en ménage. Au contraire, il est l'adepte de rencontres tarifées qui ne correspondent pas au modèle de la femme idéale auquel il aspire.
En 1904, son médecin lui diagnostique une para syphilis, maladie dégénérative du cerveau. En 1906, paraît Pan, « comédie satirique en trois actes », pièce écrite à Rome qui sera créée sur les planches à Paris, Mons et Bruxelles à la fin de cette même année. À travers Pan, Van Lerberghe se montre ironique face au monde et à la religion en particulier en adoptant une approche à la fois dionysiaque, païenne et panthéiste. En , la paralysie lui retire l'usage de la parole et de la mémoire. Il décède précocement le à l'hôpital Saint-Jean de Bruxelles et est inhumé au cimetière de Bruxelles à Evere.
Nom et famille
La famille van Lerberghe est une très ancienne famille de Courtrai, et sa filiation[7] peut être suivie jusqu'en 1250. Dans les registres paroissiaux courtraisiens, le nom s'écrit généralement Van (ou van) Leerberghe (avec deux "e" et un "h"). Le nom de plume de Charles van Lerberghe correspond dès lors assez à celui de ses ancêtres.
Le père de Charles van Lerberghe, Joannes Josephus Van Leerberge, était né à Gand, paroisse Saint-Michel[8], en 1794, de Joannes Ferdinandus Van Leerberghe, originaire de Courtrai, paroisse Saint-Martin[9], où il était né en 1751, et de Coleta D'haese, une Gantoise de la paroisse Saint-Michel, qui s'étaient mariés à Gand, paroisse Saint-Michel Nord[10], en 1790. Joannes Josephus Van Leerberge (car tel est l'orthographe de son nom dans l'acte de mariage), qualifié de marchand dans l'acte, et déjà alors âgé de 38 ans, épouse en premières noces à Gand[11] le 30 mai 1833 Rosalia Malingié, particulière, âgée de 23 ans. Joannes Josephus, qui signe alors Jean Van Lerberghe Malingié, brasse de nombreuses affaires, et on le retrouve notamment à percer deux nouvelles rues le long du Sas de Gand[12]. Il est aussi juge (et juge suppléant) au tribunal de commerce[13] de Gand, membre de la commission de la prison de Gand en 1856, etc. C'est donc un homme bien intégré dans la bourgeoisie gantoise.
En secondes noces, Joannes Joseph Van Leerberge, alors âgé de 63 ans et qualifié de rentier, épouse à Gand[14] en 1858 la jeune Gantoise Joanna Maria Guislain, âgée de seulement 26 ans. Ils auront trois enfants :
- Carolus Joannes Van Leerberge, qui sera connu sous le nom de Charles van Lerberghe, né le 21 octobre 1861 à dix heures du soir à Gand[15], en la demeure de ses parents à la drève du Jardin zoologique,
- Maria Coleta Sophia Van Leerberge, née à Gand, et morte à Gand[16] le 9 août 1865, âgée de trois jours, en la demeure de ses parents à la rue du Poivre.
- Maria Sophia Francisca Van Leerberge, née à Gand[17] le 21 janvier 1868, à la rue du Poivre, en la demeure de ses parents. Elle épouse à Gand[18] le 12 février 1889, Arthur Jean Joseph Hellemans, alors étudiant en droit et qui sera avocat, né à Bruxelles en 1866 et demeurant à Schaerbeek chez ses parents.
Le père de Charles, Joannes Josephus Van Leerberge, est mort à Gand[19], en sa demeure de la rue du Poivre, âgé de 74 ans, à trois heures de l'après-midi le 7 septembre 1868. Sa mère, Joanna Maria Guislain, est morte à Gand[20] le 19 septembre 1872, en sa demeure du Rempart Saint-Jean.
Charles van Lerberghe est mort à Bruxelles[21], à l'Hôpital Saint-Jean, au n° 7 de la rue des Cendres, à six heures du soir, le 26 octobre 1907. Il était alors domicilié au n° 111 de l'avenue Brugmann à Forest. Sa sœur Marie, dont il fut fort proche, lui survivra longtemps puisqu'elle est morte dans périphérie bruxelloise, à Tervuren[22], le 13 décembre 1953.
Œuvres
Œuvres[23] :
Poésie et théâtre
- Solyane et huit poèmes, dans Parnasse de la Jeune Belgique, Léon Vanier, 1887.
- Les Flaireurs, La Wallonie, Liège, 1889. (Réédition Lacomblez 1891 et Mercure de France 1904).lire sur wikisource
- Entrevisions, Lacomblez, Bruxelles, 1898. (Réédition Crès, Paris, 1922, avec des poèmes posthumes).lire sur wikisource
- La Chanson d'Ève, Mercure de France, 1904. (Réédition Un coup de dés, 1906 et Crès, 1906, avec des pièces retranchées).Lire sur Gallica
- Les flaireurs, édition originale tirée à 25 exemplaires, Liège : La Wallonie, 1889. Rééd. Bruxelles : Lacomblez, 1891; Paris : Mercure de France, 1904.
- Pan, Mercure de France, 1906.lire sur Gallica
- Mademoiselle Le Faucheux ou l’Araignée bleue, Bruxelles : Lamertin, 1921.
Prose
- Lettres à Fernand Severin, Bruxelles : Ed. La Renaissance du livre, 1924.
- Contes hors du temps, Bruxelles : Abbaye de la Cambre, 1931.
- Lettres à une jeune fille, Bruxelles : Ed. La Renaissance du livre, 1954.
- Des variations du goût dans l’art italien, 1964.
- Lettres à Albert Mockel, 1887-1906, édition établie, présentée et annotée par Robert Debever et Jacques Detemmerman, Bruxelles : Ed. Labor, 1986.
- N’êtes-vous pas patineuse? Lettres à Marguerite Gombert, édition présentée, établie et annotée par Jacques Detemmerman, coédition Académie royale de Langue et de Littérature françaises / Le Cri, 2004.
Mise en musique

Dix poèmes ont été mis en musique dans un cycle de mélodies op. 95 par Gabriel Fauré et six poèmes par Paul Lacombe édités chez Hayet en 1909. Le compositeur gantois Robert Herberigs a également mis en musique des poèmes de La Chanson d'Ève. Les poèmes Regarde au fond de nous : nous sommes l'émeraude et Le Miroir ont eux aussi été mis en musique par le groupe de blackgaze Alcest .
Hommages
Un monument en granite avec inscription à la mémoire de Charles Van Lerberghe a été érigé à Bouillon le à l’initiative de la Société des Écrivains ardennais. C'est en effet à Bouillon qu'il a composé La Chanson d'Ève[24].
La « Rue Charles Van Lerberghe » à Schaerbeek, le « Square Van Lerberghe » à Bouillon et la « Charles Van Lerbergheplein » (place Charles Van Lerberghe) à Gand perpétuent également sa mémoire.
Bibliographie
- Hubert Juin, Charles van Lerberghe, Seghers, coll. Poètes d'aujourd'hui n°186, 1969 (avec une très abondante bibliographie).
- Paul Gorceix, Fin de siècle et symbolisme en Belgique, Editions Complexe, 1998 (660 pages, avec de très nombreux extraits des poètes symbolistes belges).