Christ crucifié (Giovanni Pisano)
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| Artiste | |
|---|---|
| Date |
3e quart du XIIIe siècle - 4e quart du XIIIe siècle (vers 1270-1280) |
| Type |
Sculpture en ivoire |
| Dimensions (H × L) |
20,5 cm × 6,3 cm |
| Localisation |
Paris, Musée de Cluny |
Le Christ crucifié est une statuette en ivoire du sculpteur italien Giovanni Pisano entre le 3e et le 4e quart du XIIIe siècle (vers 1270-1280). Elle mesure 20,5 cm de haut sur 6,3 cm de large et est conservée au musée de Cluny à Paris.
Cette œuvre s'inscrit dans le travail de renouvellement des formes antiques, de naturalisme des corps et de connaissance des tendances religieuses de son époque qu'effectue Pisano. Première œuvre du sculpteur toscan acquise par les collections françaises, le Christ Crucifié témoigne du changement d’optique qui s'opère à la fin du XIIIe siècle sur la figure de ce dernier[1].
Reprenant l'iconographie du Christ souffrant, cette statuette en ivoire semble être un modèle préliminaire à celle que Pisano avait réalisée en pierre (aujourd’hui disparue). Ainsi, l’œuvre présentée est fragmentaire. Elle offre aux regards un Christ nu, vraisemblablement sur la croix, sans bras, ni mollet. Néanmoins, le reste du corps est éloquent.
Le visage du Christ est baissé sur son épaule droite, le nez est droit, les yeux presque fermés et la bouche entrouverte. Il semble sur le point de mourir, fatigué et résigné. Ses cheveux sont taillés en fines mèches, tirées de part et d’autre de la raie centrale, puis retombant sur l’arrière du corps et sur l’épaule droite. De même, les poils de sa barbe et de sa moustache sont figurés par des traits légers. Le reste du corps est amaigri, figurant les tendons de l’épaule, accompagné d’un creux profond en dessous des côtes. Les cuisses sont couvertes d’un court drapé noué à la taille et aux plis multiples. Par ailleurs, on distingue un hanchement du corps en dessous. Enfin, la statue se termine par le bas des cuisses, très aminci[1].
Style
Pisano offre une statuette empreinte de naturalisme : chaque détail du corps est sculpté, comme les mèches des cheveux ainsi que de la barbe dessinées minutieusement, de même pour les tendons reliant l'épaule et le torse, ou encore les côtes sculptées légèrement par de fins traits sur les bords. On peut y déceler des liens avec la statuaire gothique française contemporaine, par exemple, La descente de croix en ivoire du musée du Louvre réalisée entre 1270 et 1280. S'y retrouve la même taille méticuleuse des cheveux et de la barbe, ce naturalisme des corps ou encore ces visages abaissés sur l'épaule. De même, le hanchement simple du Christ de Pisano est à relier, par le spectateur, tant au modèle antique qu'à la statuaire contemporaine, comme c’est le cas de l' Adam du Musée de Cluny[2].
Contexte religieux
Giovanni Pisano s'inscrit parfaitement dans les tendances religieuses de son époque. En effet, dans un contexte d'apparition des ordres mendiants (Franciscains et Dominicains), l’attention à la fonction empathique de l’œuvre devient centrale. À partir du XIIIe siècle, l'imitation du Christ devient un élément indispensable au rachat de l’âme du fidèle. La figure historique incarnant cette nouvelle vision est saint François d’Assise. Vivant dans la pauvreté, la douleur et la prière, il se serait tant rapproché tant du Christ qu'il aurait fini par recevoir ses stigmates. Ainsi, de nombreux écrits du temps insistent sur la souffrance du Christ et la nécessité pour le fidèle de s'en approcher. Un exemple de l'époque se retrouve dans une lettre de saint Bonaventure : « Approchez-vous donc en vous appuyant sur les pieds de vos affections, approchez-vous de Jésus couvert de blessures, de Jésus couronné d'épines, de Jésus attaché au gibet de la croix, et avec le bienheureux apôtre Thomas, non seulement regardez en ses mains les traces des clous, non-seulement portez votre main dans son côté, mais par la porte de ce même côté pénétrez entièrement jusqu'à son cœur »[3]. La dimension empathique de l'œuvre de Pisano est donc bien en accord avec les principes religieux de l’époque. En témoigne la maigreur du Christ, l’air meurtri de son visage caractérisé par la bouche entrouverte comme s’il respirait difficilement ou encore son corps tendu, lui donnant une plus grande pesanteur. Le sentiment de compassion (du latin cum patio, littéralement « souffrir avec ») qu'inspire l’œuvre constitue ainsi une de ses caractéristiques majeures[2].