Château d'Ilbarritz

château du baron Albert de l'Espée From Wikipedia, the free encyclopedia

Le château d’Ilbarritz se trouve au Nord de la commune de Bidart dans les Pyrénées-Atlantiques[1], au sommet de la colline de Handia[2], avenue de la Reine-Nathalie. Il fut bâti en 1897 pour le baron Albert de l'Espée, riche héritier excentrique et misanthrope[3].

Type
Fondation
1893
Propriétaire
Société privée
Faits en bref Type, Partie de ...
Château d'Ilbarritz
Le château d'Ilbarritz en 2008.
Présentation
Type
Partie de
Fondation
1893
Propriétaire
Société privée
Patrimonialité
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Histoire

Construction du château du baron et ses dépendances

Le baron, héritier des fonderies de Wendel qui disposait de tout l'argent nécessaire, souhaitait ce château pour plusieurs raisons. Il désirait un endroit éloigné pour s'isoler en compagnie de son amante, l'actrice Biana Duhamel. Il voulait profiter du climat à la façon d'un sanatorium, ayant subi une bronchite dans sa jeunesse. Enfin, il lui fallait l'écrin idéal pour abriter le plus grand orgue jamais conçu pour un particulier (facteur Aristide Cavaillé-Coll)[4].

Pour son époque, le château est moderne (eau filtrée, électricité à tous les étages, téléphone et réseau de climatisation). La construction du château est estimée à 5 millions 445 de francs-or[5]. Il fut construit entre 1893 et 1897 par l'architecte biarrot Gustave Huguenin pour le baron, qui acheta le terrain parcelle par parcelle pour 350 000 francs-or. Il avait celui de ses rêves découvert lors d'une de ses nombreuses recherches dans le secteur. Après avoir grimpé la colline jusqu'à son sommet, il a aperçut ce qu'aucun autre site ne peut offrir en une seule fois, un panorama portant jusqu'à loin en Espagne : au sud, les cimes neigeuses des Pyrénées, les sommets lointains des Asturies (en), la côte cantabrique jusqu'à Santander ; au nord, les côtes basque et d'Argent jusqu'à la forêt des Landes ; à l'ouest, l'océan Atlantique à perte de vue[3].

Dès 1893, son notaire maître Blaise, aidé de l'agence Benquet, a entrepris les premiers pourparlers avec les propriétaires, tandis qu'Huguenin commence à travailler sur les plans de construction, d'après les ébauches fournies par le baron. Cela dit, d'après Pierre-Barthélémy Gheusi, il lui aura fallu en tout plus de mille-deux-cents plans pour l'édification du domaine. Il faut moins d'un an au notaire afin de convaincre les trente possesseurs des soixante-quinze parcelles et les réunir en un vaste terrain de soixante hectares. Les chemins communaux les traversant ont été rachetés ou échangés à la municipalité de Bidart. Un arrêté préfectoral est venu avaliser l'appétit foncier du baron. Toutes ses exigences sont enfin réunies : le climat biarrot tonique, la température généralement douce le long de l'année et l'exposition sans obstacle du site ouvert de tous les côtés[3].

Sur le chantier, la priorité est de se débarrasser du fortin en forme d'étoile en ruine, trônant depuis l'époque napoléonienne à l'emplacement précis où le baron souhaite ériger sa demeure. Albert exige que cette opération de terrassement se réalise rapidement et que l'entrepreneur Morin fasse au moins venir une cinquantaine d'ouvriers. Afin de surveiller l'entreprise, il reloue à monsieur Bellair la villa Mouriscot bordant le lac du même nom : par sa proximité immédiate, il lui permet de multiplier les trajets jour comme nuit. Dans son bureau rue Broquedis, l'architecte ne se repose jamais : ses premiers plans viennent d'être rejetés par son client[3].

Comment, en un endroit aussi venteux, un architecte si compétent a-t-il pu songer que des tourelles à hautes toitures coniques et à lucarnes pourraient résister aux assauts répétés des plus fortes tempêtes ? À l'architecte médusé, il explique sa conception : « Il faut que la façade ouest, la plus exposée, puisse servir d'écran au reste du bâtiment. Il faut aussi que la toiture soit solidement arrimée. Pour cela, comme la salle qui abritera l'orgue prendra le volume de deux étages, il y aura au deuxième niveau de cette salle, à l'intérieur comme à l'extérieur, des balcons qui serviront de point d'ancrage à la charpente qui deviendra une espèce de carapace »[3].

Il ajoute « Je ne veux rien qui puisse représenter une quelconque prise au vent qu'il me faudra reconstruire après chaque tempête. Il faut que cette maison, qui va abriter Mon orgue, soit in-des-truc-ti-ble ! Revoyez vos plans, servez-vous de mes indications ». Alors que le creusement des fondations commence à peine, le baron convoque Huguenin, estimant que Morin n'a pas l'envergure pour diriger le chantier. Il faut impérativement remplacer cet entrepreneur, très heureux de ne plus travailler pour un client aussi pointilleux, ce que fera Louis Moussempès. Ce changement permet aussi au client d'imposer une nouvelle loi : les ouvriers les plus méritants (qui travaillent sans relâche et dans la plus grande propreté) verront leur salaire doublé. Fin 1894, le sous-sol prend forme[3].

En 1895, les ouvriers continuent : en juillet, les voûtains d'acier et de briques du plancher du premier étage sont achevés, tailleurs de pierre et maçons s'activent. Près de Bayonne, la fonderie de Mousserole livre les premières colonnes de fonte qui viendront orner les façades. L'architecte tient les délais : les plans des cuisines principales sont acceptés. Elles seront bâties en bordure de plage et reliées au château par un souterrain de cent-cinquante mètres creusé sous la colline. L'architecte montre aussi le plan d'un pont romain, d'un petit château fort, de bâtiments sur la plage, d'étables, de maisonnettes, etc. Tout comme il propose celui du projet qui tient particulièrement à cœur à l'employeur : la villa des Sables pour Biana, en lisière de ses clôtures pour ne pas éveiller les soupçons, accessible par une poterne dissimulée dans le mur épais de son jardin afin d'y entrer dans la plus grande discrétion[3].

En quelques mois sont érigés tours, cottages, terrasses... qui émerveillent les passants. Pour les différents aménagements internes, Huguenin suit scrupuleusement les ordres sans appel de son client. Quel que soit le prix, il s'agit de choisir les matériaux les plus résistants, les plus nobles, les plus beaux et les plus rares. Mais afin de ne pas entamer son capital, il a préféré souscrire un crédit largement garanti auprès du Crédit Foncier par tout ce qu'il possède déjà. L'architecte doit rendre des comptes pour chaque dépense de ce chantier colossal, mais jouit de toute la confiance du baron qui approuve sans lésiner l'achat des matériaux les plus onéreux. Viennent d'Italie, de Norvège et de Hongrie le marbre rare et le bois précieux, acheminés jusqu'à Bayonne par bateaux loués à grands frais par Huguenin. Une nouvelle carrière ouvre à Bidache afin de garantir la pierre la plus homogène et la meilleure. Sur le terrain, il juge par lui-même la qualité des pans de roc destinés à réaliser son caprice[3].

En mai 1896, le pavillon des cuisines est prêt à recevoir le maître des lieux et ses deux fidèles domestiques. Sa décoration fournit un aperçu de ce que donnera le reste. Sur place, il réfléchit aux futurs aménagements. La villa de son amante étant terminée, elle est venue l'habiter avec sa mère, avec l'autorisation du maître des lieux... à condition qu'il ne la rencontre jamais sur ses propres terres : la dame est bien trop curieuse. Il arpente le domaine, escalade, s'arrête, observe le point de vue, simule avec du plâtre le tracé des chemins qui sillonneront bientôt toute la propriété[3].

Fin du chantier... et rupture

Ce n'est qu'en 1897 que s'achève le chantier. Le mélomane peut alors jouer de son orgue lors de longues veillées nocturnes, faisant rugir ses cinq mille tuyaux, toujours les fenêtres ouvertes. Rapidement, chaque nuit est envahie par les clameurs frénétiques des airs de Parsifal ou de Tannhäuser ; ou bien les galeries s'éclairent si une insomnie le tire du lit, l'incitant à rejoindre l'avant-poste féodal de la falaise ou atteindre par la passerelle la plus escarpée une casemate bastionnée où se reposent ses chiens. Une nuit de pleine lune, le maître des lieux est sur le qui vive, braquant le télescope qu'il vient d'installer sur la plus haute terrasse de son donjon sur la lande aride, il découvre qu'un intrus a osé braver les barbelés défendant sa propriété. Lui lâchant plusieurs de ses molosses, il allume le phare de marine qui vient d'être branché sur sa plus haute lucarne de guet pour mieux le repérer. Mais les chiens n'attaquent pas le mystérieux personnage, qu'ils reconnaissent : c'est Biana. Déguisée en garçon, elle s'est amusée à défier la vigilance de son despotique amant. Il finit aussi par comprendre que, sûrement lasse de son exil sur ces terres étroitement protégées, elle franchissait les clôtures du nord afin de perdre au casino de Biarritz les économies mises à l'abri par sa mère[3].

Une autre fois, il dirige alors son faisceau électrique sur la villa des Sables où elle est censée dormir, fouille l'enclos et les environs de la maison, allant jusqu'à inspecter la rangée de marabouts la délimitant. Il va même explorer le tournant de la route voisine quand le fiacre de la reine Nathalie de Serbie surgit à toute vitesse ; aveuglé par cet œil électrique, le cocher perd le contrôle de ses chevaux et le véhicule tombe dans le fossé. Heureusement, la souveraine n'a pas été blessée dans sa chute. L'actrice est prisonnière des boiseries cirées et des marbres brillants de sa demeure ; même elle ne peut se rendre comme elle le souhaite dans le domaine du baron, ni partager les repas de son geôlier qui ne sait jamais à l'avance où le conduira son humeur. Le cuisinier a pour ordre de préparer un déjeuner au lieu appelé le « Moyen Âge » (au style d'inspiration médiévale) mais aussi dans la tour hexagonale et dans la salle à manger surélevée. Mais finalement parfois, son employeur décide qu'il ne mange pas... permettant aux domestiques heureux de se partager le repas du misanthrope, qui préfère rester devant son orgue[3].

Biana se lasse de cette vie. Fatalement, le couple se sépare, mais nul ne sait qui congédia l'autre. Mais il est probable que la vingtenaire ait pris seule la décision de rompre, espérant retrouver une meilleure compagnie dans les coulisses d'un théâtre. C'est ainsi qu'elle revend sa villa le 4 février au propriétaire qui dans un ultime conciliabule a émis le souhait de choisir lui-même l'hypothétique voisin qui la remplacerait. Immédiatement, il fait murer la poterne triple qui a permis à l'amante de venir le rejoindre pendant quelques années par le chemin le plus court, via le mur séparant leurs propriétés. Désormais seul, Albert songe à d'autres pics pour méditer sur le départ de son amante. Il est en avril à Paris afin de régler les quelques milliers de francs qu'il doit encore au facteur et envoie une courte missive à son notaire biarrot maître Blaise, à qui il n'ose pas avouer les motifs de la décision inattendue qu'il vient de prendre[3].

En 1903, les pièces du château sont remplies de morceaux de l'instrument. Monsieur Picot, agent immobilier qui a réussi à vendre les demeures du baron de Thonon et Montriond, le satisfait au point qu'il lui confie également la vente du château. Maître Blaise et monsieur Benquet n'avaient pas réussi à vendre malgré leurs efforts et le prix de vente dix fois moins élevé que celui de son coût, à cause de la trop grande originalité du domaine et l'interdiction formelle qu'ils ont reçu de faire paraître une publicité de l'affaire. Peu communicatif, personne ne connaît les raisons motivant toutes ces ventes[3]!

En 1902, il joue une dernière fois de son orgue dans ce lieu fermé depuis quatre ans. Comme autrefois, le château est éclairé la nuit et si rien n'est en ruine, l'abandon des ans a rendu sinistre ce domaine interdit, hanté par le souvenir d'un amour fini trop soudainement. Dans le recueillement nocturne, l'instrument colossal alimenté par la puissance des souffleries et les moteurs crépitants inonde les alentours. Bientôt, comme convenu, il sera démonté par les ouvriers de Mutin, nouveau propriétaire de la firme Cavaillé-Coll. En effet, maître Blaise explique formellement que cet orgue est un handicap pour l'éventuel acheteur du site[3].

Derniers rêves du baron

Supportant mal l'hiver parisien, il apprend en 1904 à maître Blaise qu'il y retourne, expliquant : « De plus, il vient de m'échoir un héritage important. Pour toutes ces raisons, je ne laisserais plus vendre ma propriété de Bidart qu'à environ cinq cent mille francs ». Il en profite pour améliorer le confort de cette demeure qu'il est pourtant censé avoir abandonnée[3].

En 1905, il renonce soudainement à se séparer d'Ilbarritz, ordonnant à Benquet et Blaise de le retirer de la vente et confirmant sa volonté d'y séjourner. Aussi, il découvre stupéfié que l'agent immobilier, en lien avec les architectes biarrots réputés Sauvage et Sarazin, n'ont rien trouvé de mieux que le promettre entièrement à une entreprise de démolition parisienne afin de lotir toute la surface du domaine. Comme douze ans plus tôt, l'architecte Huguenin est convoqué pour réaliser rapidement ses nouveaux souhaits. Il souhaite aussi commander un nouvel instrument pour sa villa basque. Comme personne dans la fabrique ne s'étonne de rien venant de lui, elle accepte de répondre à ce défi farfelu mais intéressant. Ce sera un grand instrument à trois claviers, plus un clavier annexe accessible au joueur sans quitter la console, commandant des instruments accessoires joués en accompagnement ou en solo. Puis, il souhaite y accoupler un clavecin, un piano, des castagnettes, un célesta, un triangle, une grosse caisse, parmi vingt-six instruments. Certains jeux du grand orgue devront sonner tels des tubas wagnériens et le cor harmonique imiter le cor bouché de Siegfried. En quelques sortes, il désire son propre Bayreuth sans devoir y réserver longtemps à l'avance. L'échéance pour l'achever est fixé pour 1907. Huguenin comprend mieux pourquoi il doit lui-même achever son travail avant l'arrivée de l'instrument. Le chantier doit commencer par la démolition de l'ancien perron de marbre menant à la salle de l'orgue sur la façade orientale. À la place est prévu d'adosser au corps principal du château une chambre vaste, avec bassin de marbre central au rez-de-chaussée. L'étage sera occupé par une vaste salle, équipée de « tous les agréments qui plaisent aux femmes »[3].

Car le client est une nouvelle fois amoureux, une femme d'origine viennoise. Mais, retenant la leçon de sa relation avec Biana installée trop loin du château pour pouvoir s'évader, il décide de la loger plus près de lui, sans toutefois accepter sa présence dans le palais aux orgues. Cela dit, son confort pèse peu dans les nouveaux aménagements. Il prolonge les chemins couverts grimpant en tous sens sa circonvallation complexe, modifie sa salle-à-manger surélevée et bétonne de nouvelles plateformes. De plus, il reprend le chantier abandonné dans sa fuite de la muraille offensive septentrionale, érige des pavillons épars, agrandit les souterrains, couvre de vérandas les terrasses du château, bâtit sur la plage et aménage un ball-trap. Dans la lande sauvage où s'épanouit des fourrés impraticables, la population de lièvres a drastiquement augmenté. Le châtelain constitue une meute qui l'accompagnera bientôt dans son sport de prédilection, quand il ne sera pas occupé par son orgue[3].

En 1907, il regagne son domaine basque avec sa nouvelle amante, tandis que les multiples chantiers sont bientôt finis et l'orgue est installé, les délais étant tenus grâce à l'accord sans retenue du client visant à renforcer les équipes d'ouvrier. Tous les matins, le professeur réputé de langues étrangères monsieur Devals est convoqué sur place afin de lui apprendre l'allemand nécessaire pour qu'il communique avec elle. Les domestiques se voient imposer une nouvelle loi : être à tout moment à disposition du patron, sans être visibles, devant le suivre tout en restant hors de son champ de vision, dissimulés à quelque pas derrière lui, sans connaître la destination de sa promenade. Mu par sa fantaisie ou son insomnie, il s'arrête pêcher au bord de l'étang, fait installer sur la terrasse un piano afin de jouer au rythme des vagues, investit le salon gothique de son « Moyen Âge » ou pénètre dans sa grotte artificielle pour vérifier la qualité de la source. Les nouveaux projets ne manquant pas, il acquiert de nouveaux terrains. Avec la municipalité bidartar, il échange des parcelles et un chemin trop fréquenté (surtout par des pêcheurs) menant à la plage de Cazeville (aujourd'hui du Pavillon royal)[6].

Il rachèterai bien les terrains de Chabiague, le maire de Biarritz monsieur Forsans n'ayant trouvé meilleur endroit comme dépotoir. Mais c'est mal connaître les habitants du quartier entouré au sud par les barbelés du baron, la clôture du marquis d'Aylesbury (fils de lady Bruce) et par le mur de la villa des Sables (depuis peu occupée par son nouveau propriétaire, monsieur Gheusi, qui n'a pas plus de chance que les autres de connaître le maître des lieux). Cette fois, il ne souhaite pas revivre l'échec de dix ans auparavant quand la précédente municipalité de monsieur Moureu avait choisi le voisinage du domaine pour l'abattoir municipal, malgré l'indignation du propriétaire[6].

Rare privilégiée, Nathalie de Serbie, exilée dans son konak néoclassique, lui a un jour manifesté son désir de découvrir la demeure qu'elle voit depuis ses fenêtres. Il accepte de servir de guide à sa célèbre visiteuse s'attardant longuement dans la salle de l'orgue, ébahie par la sonorité extraordinaire de l'instrument. Il lui montre aussi le moindre recoin avec une pointe d'orgueil : ses cuisines, son usine électrique, ses cabines de bain et ses chenils. Elle n'a rien laissé de sa visite. Mais, impressionné par sa personnalité, il fait graver dans la pierre d'un banc sur lequel ils se sont assis la phrase : « À sa majesté la reine Nathalie de Serbie »[6].

Le grand orgue (visible aujourd’hui à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre) est démonté en 1903, remplacé en 1906 par un second légèrement plus petit, mais plus perfectionné (facteur Mutin) qu’on peut voir actuellement en l’église d’Usurbil (près de Saint-Sébastien en Espagne)[7].

Propriétaires successifs et dégradations

Vendu par le baron après seulement quatre ans d'occupation au directeur de théâtre Pierre-Barthélemy Gheusi[2], en 1911, le château sera transformé en hôpital au cours de la Première Guerre mondiale, le domaine morcelé en 1923, les fabriques détruites ou démontées. Un casino, La Roseraie, est construit sur le flanc nord du château, mais un pan de mur s'effondre lors de son inauguration (le nom de l'escroc Alexandre Stavisky y est mêlé)[8]. En 1928, la ville de Biarritz annonce le projet d'une luxueuse cité sur le terrain mais la crise de 1929 enterre l'idée, laissant le château à l'abandon. En 1932, deux armateurs basques, Arnaud et Pierre Légasse, l'achètent pour 102 000 francs mais s'en désintéressent[5]. Maison de convalescence pour les réfugiés de la guerre d’Espagne, garnison allemande à partir de 1940 puis annexe de ferme, les dégradations et les pillages continuent jusqu’en 1958 où une restauration partielle est engagée. En 1959, un couple, René et Jeanne Massiaux achète le château pour 12,5 millions de francs ; en 1963, faute d'argent, ils transforment la bâtisse en hôtel, classé Relais & Châteaux. Ils ajoutent une extension à l'aile sud du bâtiment, avec une rotonde panoramique sur l'océan, et ajoutent boiseries et vitraux issus de leur ancien manoir de Sarcelles (dont ils avaient été expropriés par la municipalité communiste pour en faire la mairie). Catholiques traditionalistes, ils aménagent une chapelle pour les messes ; le , Monseigneur Lefebvre en anime une. Le maire de Biarritz Bernard Marie projette la construction d'une nouvelle station balnéaire qui cernerait le château, ; le projet ne se fait finalement pas. Mais le couple Massiaux doit se séparer du château, mis en adjudication[5].

Revendu en 1986 à Adrien Barthélémy pour trois millions de francs (l'exploitation hôtelière perdure toutefois pendant quatre ans, jusqu'à la mort de René Massiaux), le château est classé à l’Inventaire des Monuments historiques en 1990 (toiture, façades, salle d’orgue, grand escalier, décoration intérieure), empêchant donc l'acheteur de réaliser son projet de centre post-cure de thalassothérapie. Il souhaite alors agrandir le lieu mais le maire Didier Borotra refuse étant donné que le bâtiment est désormais inscrit aux Monuments historiques[5]. Fermé pendant plusieurs années, le château a souffert de son manque d’entretien.

XXIe siècle

Seul un des bâtiments des cuisines subsiste encore de nos jours et étant occupé par la boîte de nuit le Blue Cargo[9].

Le château a été vendu en par le couple Christine (fille d'Adrien Barthélémy) et Michel Guérard, à l'homme d'affaires et entrepreneur français Bruno Ledoux[10], actionnaire de référence du journal Libération, pour y réaliser un lieu ouvert au public avec le concours du célèbre designer Ora-Ito. Il s'agirait aussi d'un hôtel, avec des suites comportant chacune leurs spa, répartis en deux nouvelles ailes dont une creusée dans la falaise. Des œuvres contemporaines décoreraient les pièces. Mais des doutes subsistent quant à la faisabilité du projet[5].

Toutefois, il reprend vie en 2025, la mairie de Bidart validant le 26 mai le permis de construire pou un hôtel de luxe rappelant l’extravagance de son concepteur. Le projet consiste en une restauration à l’identique des éléments architecturaux les plus remarquables : façades en pierre de taille, balcons, garde-corps, lucarnes et menuiseries trop dégradées. Même les matériaux d’origine comme la pierre de Bidache, la fonte ou bois sculpté seront reproduits avec soin. Certaines pièces de fonte ayant été très corrodées par les embruns marins doivent être démontées et refondues à l’identique dans des ateliers spécialisés. Une trentaine de chambres seront aménagées, seuil jugé nécessaire afin de garantir la rentabilité de l’exploitation. Cette configuration est donc plus sobre que les plans initiaux, devant respecter l’équilibre entre activité économique et conservation du site. Les travaux intérieurs portent sur environ 2 600 m2. Les premières entreprises spécialisées devraient intervenir dès 2026, avec une livraison estimée autour de 2030[11].

L'orgue à l'époque du château d'Ilbarritz (Cavaillé-Coll, 1898).

Description

Terrain

Le château est situé sur la colline de Handia et domine l’océan. Le terrain est idéal pour son propriétaire. Outre son isolement, l'étendue se remarque par le seul bois de châtaigners du pays, son lac naturel poissonneux, ses deux ruisseaux, ses sources et ses mille-cinq-cent mètres de littoral[3].

Dans ses aménagements, le baron fait isoler le terrain du monde externe, afin que nul ne puisse y pénétrer. Ainsi sont installés d'infranchissables rangées doubles ou triples de clôtures galvanisées hautes de deux mètres, séparées d'un mètre et demi, aux poteaux métalliques fixés tous les trois mètres dans des massifs de maçonnerie ; il refuse de voir sa propriété envahie de curieux. Le sol est aménagé ainsi : sous une muraille d'un mètre d'épaisseur, le réseau des canalisations est posé, les câbles de cuivre qui assureront la liaison avec les paratonnerres sont enfouis et des drains étanches sont achevés. Il installe aussi une usine électrique[3].

Le ruisseau de Lamoulie provenant du lac de la Négresse, alimentant un petit étang, a été momentanément asséché en attente d'être récuré et pavé. L'autre ruisseau est détourné vers la plage, canalisé dans de grosses buses de grès vitrifié, qui se déversera en pleine mer. Des charrettes amènent une bonne terre végétale afin de recouvrir cette lande inculte balayée par les vents. Autre part est terrassé l'emplacement pour on ne sait quelle construction. Afin d'éviter l'effritement de la falaise provoqué par le ravinement des eaux souterraines, le baron fait capter toutes les sources pour qu'elles soient parfaitement canalisées. La meilleure eau sera recueillie dans des citernes, tandis que celle qui n'en vaudra pas la peine sera acheminée vers la plage[3].

Château

Le baron ayant imposé à l’architecte Gustave Huguenin pour cahier des charges que « l’armature de l’ensemble soit indestructible et forme un carcan protecteur à l’orgue Cavaillé-Coll »[2], la demeure est construite avec les meilleurs matériaux, marbres et bois nobles. La toiture est rendue totalement solidaire du reste de l’édifice par un système de piliers en fonte scellés aux façades par des traverses[2]. Comme pour ses autres demeures, soucieux de sa santé, le propriétaire adapte le bâtiment afin qu'ils résistent aux conditions climatiques les plus déplorables en doublant ou triplant portes, fenêtres et toitures. Ainsi, le château compte cinq couvertures superposées. Afin de se protéger de la foudre, il installe d'impressionnants paratonnerres ; perfectionnant le système, il fait placer un réseau de câbles de cuivre rouge impressionnant parcourant les fondations et le terrain. Contre les incendies qu'il craint, chaque étage est équipé de citernes aux puissantes pompes. Afin d'empêcher les insectes porteurs de germes d'entrer, il imagine un système ingénieux pour tous les orifices : les serrures, ainsi que les fenêtres et persiennes équipées de moustiquaires en métal galvanisé[3].

Dépendances

Les cuisines principales sont bâties en bordure de plage et reliées au château par un souterrain de cent-cinquante mètres creusé sous la colline. La construction est partout de la même architecture que le château, le même sentiment de robustesse, car on n'y prépare pas seulement les repas. L'étage comporte une salle à manger et un salon réservé au baron, ainsi que des chambres avec salle de bains pour les domestiques. Une tour se dresse sur la plage, coiffée d'une coupole de marbre ; à marée haute, les vagues encerclent l'édifice et frappent sa base. Au niveau de la grève, il y a trois cabines de bain et le premier étage est occupé par une salle à manger[3].

Le baron semble s'inspirer de la mode du siècle précédent pour les parcs à fabriques, inspirée à la fois de l'Italie et de la Chine. Si son terrain lui offre pratiquement tout naturellement pour le jardin de ses rêves, il lui manque un petit quelque chose ; là où jaillit la source, il souhaite une grotte ou une espèce de nymphée. Lorsqu'une idée surgit, Huguenin et l'entrepreneur Moussempès sont convoqués immédiatement afin de parcourir avec lui l'immensité de la friche. Ainsi, il suggère par exemple d'élever de petits abris, dont certains près du lac. Concernant la réserve d'eau de mer, il la voit plutôt entre deux rochers : il suffit de les rejoindre par deux murs très solides formant un bassin rempli à marée haute. Actuellement, à marée basse, les vestiges de ce réservoir sont visibles entre les deux roches de la plage. À l'époque, il est destiné à acheminer l'eau marine jusqu'au château via des canalisations ; le baron songe à utiliser une pompe de la maison Japy[3].

Vu le climat local si variable, ils seront totalement recouverts, succession de petits préaux accolés les uns aux autres. Selon leur orientation, en fonction du sens du vent et des embruns, ces galeries seront ouvertes d'un côté et fermées de l'autre, ou bien totalement ouvertes ou fermées, à moins qu'elles ne soient par endroit entièrement vitrées et complétées d'une passerelle aérienne complètement découverte. En quatre kilomètres, elles relieront toutes les constructions sans exception. Il s'agit pour lui de pouvoir se trouver à l'abri quel que soit le point de sa propriété, tout en admirant un point de vue, assistant à la poursuite par ses chiens de lièvres qu'il commandera en Allemagne pour peupler sa cité... Il pourrait même s'adonner à la pêche aux carpes replètes qui peupleront son étang. Afin de franchir le ruisseau longeant le site de part et d'autre, pas moins de dix-huit ponts de pierre seront nécessaires, capables de supporter l'artillerie la plus lourde. Certains seront couverts[3].

D'autres ponts à une arche franchissent les déclivités abruptes de la falaise, surplombant la plage. Le versant est, le plus abrité des colères océaniques et où se tiendra prochainement le chenil réservé aux chiens malades (afin qu'ils ne contaminent pas les autres) semblable à une pagode chinoise, le baron ordonne la plantation d'une forêt. L'ajout de cèdres sera la seule modification apportée à la nature, laissant partout ailleurs la végétation locale (thuya épineux, genêts odorants...) s'épanouir à son aise. Il n'a nulle envie de fleur, massif ou arbre ornemental pour adoucir la splendide rudesse du littoral. Toutefois, les nouvelles techniques pointues qu'il n'hésite pas à expérimenter, le climat marin corrosif et la protection de sa santé le poussent à modifier radicalement l'effet décoratif et parfois inutile des constructions. Elles doivent être robustes, utilitaires, sans fioritures en dépit de quelques touches exotiques[3].

L'ensemble compte en tout quinze réalisations, dument équipés de téléphone et de téléscripteurs, plus quinze refuges disséminés sur le domaine, ainsi que le château en lui-même digne d'un prince, dans une architecture nouvelle et dominant la mer. Comptons aussi les édifices déjà présents et que le baron a conservé : trois fermettes labourdines restaurées et réemployées à usage domestique. Bien vite, la colline attire irrésistiblement, les promeneurs arrivent de Biarritz afin d'admirer cette ville insolite construite pour un seul homme. Malgré les clôtures empêchant de bien voir, ils peuvent apercevoir des détails de constructions sans style, asymétriques. Près de la plage interdite, des nefs trapues sont enracinées dans le rocher, plus luxueuses que les cabines de première classe des paquebots les plus formidables. Ici aussi le personnage acquiert une aura légendaire, passant pour un nouveau Gilles de Retz. Les jours tempétueux, le château pourtant neuf arbore des airs de ruine féodale, avant même que l'orgue n'y résonne. Le baron, toujours indifférent aux ragots, supporte l'attente interminable précédant sa livraison, alors qu'il l'a vue achevée dans les ateliers de Cavaillé-Coll. Il n'arrive qu'à la fin de cette année et c'est sur place que l'harmoniste de l'entreprise, monsieur Carloni, dans ce somptueux décor : il est récompensé d'un louis d'or pour chaque timbre harmonisé[3].

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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