Cleveland (Prévost)

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Le Philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell
Édition de 1732 chez Étienne Neaulme.
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Le Philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell, aujourd’hui plus communément appelé Cleveland, est un roman-mémoires de l’abbé Prévost. Il est constitué de sept tomes, les quatre premiers publiés en , les trois derniers en et . Un cinquième tome apocryphe, publié par l'éditeur des quatre premiers et écrit par un inconnu, a également paru en [1].

Comme d'autres romans de l'abbé Prévost, Cleveland est longtemps resté dans l'ombre de Manon Lescaut, le seul roman qu'on retient généralement de lui, même si on peut observer une inversion de cette tendance. En son temps, il a néanmoins exercé, en dépit de sa longueur, une grande influence, réédité à plus de vingt reprises, et maintes fois traduit[1]. En outre, Prévost a détourné la première conclusion qu’il projetait pour Cleveland, qui faisait mourir Fanny dans le désert, au profit de Manon Lescaut[2].

Ce roman, qui relate les aventures invraisemblables de Cleveland, bâtard imaginaire d'Oliver Cromwell, ainsi que son histoire d'amour avec Fanny, est présenté comme la traduction du « manuscrit de M. Cleveland » traduit par l’Homme de qualité, un autre personnage de Prévost, auquel le fils de Cleveland aurait confié ses mémoires[3].

Dans ce roman, qui s’inscrit dans la tradition du roman-mémoires, mais qui trouve ses origines dans la tradition du roman baroque du Grand Siècle et appartient néanmoins au genre typique des Lumières du roman philosophique[4], Prévost construit des points d’intersection entre la réalité historique et l’univers romanesque en mêle constamment des éléments réels à la narration, comme le père bien réel qu’il donne à son héros imaginaire[5], même s’il prend de grandes libertés avec la chronologie historique et les réalités géographiques[6].

La « bâtardise » de Cleveland, ses causes et ses conséquences, abandon, rupture, errance et épreuves, constituent également une donnée de base de la trame romanesque, la distribution des rôles, la manière d’être du personnage de ce roman des origines[7]. Dans Cleveland, l’élément psychologique joue également un grand rôle, en impliquant le lecteur dans la narration par l’intermédiaire d’une voix individualisée, qui cherche à imiter le naturel, au service d’une « vérité » subjective[8].

Résumé

Cleveland est un très long roman composé de nombreux récits enchâssés qui rendent la narration complexe. Le roman est composé de 15 livres de différentes longueurs.

Livre I

Cleveland est élevé par sa mère, Élisabeth Cleveland :

après avoir été la maîtresse de Charles Ier, celle-ci fut repoussée et contrainte de se ranger du côté des ennemis de la Cour, au sommet desquels se trouvait Cromwell. Après avoir été également la maîtresse de ce dernier, elle fut de nouveau dédaignée et se retira de la vie mondaine pour élever le fils qu'elle avait eu avec lui.

Sept ans plus tard, Cromwell s’étant emparé du pouvoir, Élisabeth sollicite son aide pour Cleveland qui rencontre pour la première fois son père. Cromwell refuse catégoriquement tout soutien, craignant le déshonneur de reconnaître un fils illégitime. En revanche, il leur propose de s’installer dans les colonies du Nouveau Monde, afin de les éloigner de la vie anglaise. Élisabeth perçoit la perfidie de cette offre et feint d’accepter. Alors qu’ils repartent, Cleveland et sa mère rencontrent Mme Riding, qui leur raconte l’histoire de Mally Bridge :

elle aussi ancienne maîtresse de Cromwell, elle mit au monde un enfant et subit sa persécution, cause indirecte de son suicide après qu'elle fut abusée par deux gardes, tandis que son fils fut placé par Mme Riding dans une caverne qui lui permit d'échapper aux poursuites du Lord-Protecteur. Plus tard, ce fils nommé Bridge découvrit la vérité sur son ascendance et espéra fléchir son père : il le rencontra mais fut immédiatement envoyé en prison, sans que Mme Riding su ce qu'il devint.

À la fin de ce récit, Cleveland et sa mère décident de s’installer à leur tour dans la caverne de Mme Riding, où Élisabeth meurt quelque temps plus tard. Puis un jour, en explorant les souterrains, Cleveland rencontre le vicomte d'Axminster qui lui fait le récit de sa vie :

élevé en Amérique, il épousa dona Theresa qu'il faillit finir par tuer de retour en Europe, la croyant infidèle à la suite d'une machination ourdie par Cromwell, celui-ci l'ayant enlevée et confiée de force à Aberdeen, un de ses acolytes amoureux d'elle. Après une tentative d'assassinat ratée contre Cromwell, Axminster décida de s'exiler avec sa famille dans une caverne pour échapper à la vengeance du Lord-Protecteur.

À la suite de ce récit, Cleveland emménage dans la grotte d'Axminster qui devient son précepteur. Il tombe très vite amoureux de sa fille, Fanny, mais ne parvient pas à lui avouer ses sentiments. Quelque temps plus tard, Dona Theresa meurt et Mme Riding propose à Axminster de partir avec Cleveland pour la France, où se trouverait le roi Charles II. Axminster hésite et accepte finalement; après avoir convaincu Mme Riding de partir avec eux. Ils se préparent ainsi tous trois à prendre la mer pour traverser la Manche.

Livre II

Lors de la traversée, une violente tempête éclate et Cleveland sauve Fanny. Le groupe parvient finalement à rejoindre Rouen. En ville, Cleveland est extorqué par un marchand et découvre les mœurs hypocrites de la haute société française. Il décline un rendez-vous de Mme Lallin, une veuve charmée de sa personne, par égard pour Fanny à qui cela semble déplaire. Mais poussé par Omerson, un Anglais ami de Mme Lallin, il accepte d'aller lui rendre visite. En arrivant chez Mme Lallin, ils surprennent tous deux une conversation révélant un complot entre son frère — Lallin — et Cromwell, visant à éliminer les Anglais hostiles au Lord-Protecteur. Omerson et Cleveland s’enfuient, mais Mme Lallin, désapprouvant les projets de son frère, décide de se ranger dans leur camp et les rappelle en leur dévoilant l’étendue du complot. Les Anglais de Rouen sont prévenus, la nouvelle se répand dans la ville et Lallin prend la fuite après avoir accusé sa sœur de trahison et s'en être physiquement pris à elle. Cleveland, Axminster et Fanny partent ensuite pour Bayonne, où réside Charles II. Ils le retrouvent et Axminster lui prête allégeance, tandis que Cleveland rencontre pour la première fois son grand-père, fervent royaliste et partisan de longue date de Charles II. Très vite, le roi demande à Axminster de partir en Amérique, mais le grand-père de Cleveland s’oppose à ce que son petit-fils l’accompagne et répand sur-le-champ l'idée que Cleveland restera en France, ce qui provoque une tension entre celui-ci et son précepteur. Des rumeurs accusent en outre Cleveland d’avoir caché une proposition de mariage de Mme Lallin, disposée à l'épouser, mais il les dément et se réconcilie avec Axminster grâce à l’aide de Mme Riding. Sur le coup de l'émotion, il avoue même à Fanny son amour, qui l'aime également en retour. Le mariage est immédiatement prévu pour le lendemain, et le roi adoube Cleveland pour compenser son manque de fortune.

Livre III

Lorsque le grand-père de Cleveland apprend le futur mariage de son petit-fils, il supplie le roi de le retarder pour trouver un lieu et un temps plus appropriés. En réalité, son objectif est beaucoup plus égoïste : il désire rompre ce mariage pour conserver près de lui son petit-fils, dernier reste de sa famille, et l'empêcher de partir en Amérique avec Axminster et Fanny. Le roi et tous ses partisans vont alors à Rouen, où doit se célébrer le mariage, mais le grand-père de Cleveland apprend sur place l'inclination toujours vive de Mme Lallin pour son petit-fils : il ment à celui-ci et contrefait dans son dos un document pour le contraindre à l'épouser ainsi que pour le brouiller avec Axminster. Cela fonctionne : ce dernier part avec sa fille et Mme Riding sans prévenir Cleveland qui se retrouve isolé dans un appartement de Mme Lallin. Après avoir découvert la supercherie, il s'en prend à son grand-père et à celle-ci à qui il demande de partir libre. Prise d'un repentir sincère, Mme Lallin lui propose de l'accompagner en Amérique, ce que Cleveland finit par accepter, comprenant bien qu'il ne pourra pas aller loin tout seul. Ils partent donc de nuit pour Londres, d'où ils embarquent pour la Jamaïque. Pendant la traversée, Cleveland se lie d'amitié avec le capitaine, John Will, qui tombe amoureux de Mme Lallin. Croyant voir en elle l'amante de Cleveland, il décide de trahir son nouvel ami après avoir essuyé des refus à la suite d'avances grossières : pour se défaire du protagoniste et se retrouver seul avec Mme Lallin, il le livre au nom du Lord-Protecteur à un bateau anglais qui les croise. Mais Cleveland découvre pendant sa captivité que le capitaine de ce nouveau navire se trouve être Bridge, le fils de Mally Bridge et de Cromwell. Bridge continue le récit de sa vie que le roman a déjà commencé dans le LIVRE I :

enfermé en prison, il fut ensuite placé sur un bateau pour être déporté sur l'île de Nevis. Pendant la traversée, une vieille dame lui promit une aide mystérieuse, qui ne tarda pas à se manifester : lors d'une halte sur l'île de Sainte-Hélène, elle lui permit de s'évader et le conduisit sur une terre inconnue où se trouvait une colonie dont elle faisait partie. Cette vieille dame, nommée Mme Eliot, appartenait en réalité à la communauté protestante de La Rochelle, qui avait émigré et échoué sur une terre ignorée près de Sainte-Hélène, où s'était développée une société utopique dont sont décrits le fonctionnement et les coutumes. Cette société exilée manquait d'hommes, et Mme Eliot était en réalité chargée d'en recruter en Europe, d'où sa volonté d'avoir sauvé Bridge. Dès son arrivée, Bridge se rapprocha de cinq hommes — Gelin, Johnston, Roussel, Green et Blakmore — qui venaient comme lui d'intégrer la communauté : ensemble, ils durent participer à une cérémonie visant à leur attribuer une femme au hasard parmi les célibataires de la communauté, pour des mariages à venir. Mais chacun tomba amoureux d'une autre femme — Bridge de la fille de Mme Eliot, nommée Angélique — ce qui les poussa à s'interroger sur la légitimité de tels mariages forcés. Ayant convenu d’un même plan, ils déclarèrent leur flamme à leurs amantes et scellèrent leurs amours en secret lors de mariages clandestins célébrés de nuit. Mais, surpris au petit matin dans les bras de leurs amantes, les six hommes furent convoqués et avouèrent tout, ne voyant rien dans leur projet qui pût outrager la religion. Le ministre et les anciens délibérèrent et firent enfermer les couples, en réfléchissant à une sentence. Sans perdre de temps, Bridge motiva ses compagnons à riposter : ils parvinrent à s'évader, prirent des armes, puis revinrent dans leurs cellules avant leur procès. Lors de celui-ci, Gelin défendit avec éloquence leur cause devant la communauté émue : les amants furent malgré tout reconduits en prison, ce que Bridge laissa faire, ayant en tête un plan. Il espéra qu’une grossesse survînt chez l’une de leurs amantes pour prouver que leurs mariages avaient été consommés — ce que le ministre protestant de la communauté niait jusque-là pour en invalider la légitimité. Mais ce plan se retourna contre Bridge car seule Angélique tomba enceinte : le ministre s’en servit pour ne condamner qu’eux deux à mort. Il parvint également à désunir le groupe : Bridge ne fut plus soutenu que par Gelin et Johnston, tandis que Roussel, Green et Blakmore se rangèrent derrière le ministre. Après l'accouchement d'Angélique, Gelin et Johnston se révoltèrent, libérèrent Bridge et manifestèrent leur résistance : lors d'une échauffourée, Gelin tua le ministre, ce qui provoqua leur nouvel emprisonnement. Une nouvelle sentence tomba : les trois hommes furent condamnés à l'exil. Menés et déposés sur l'île de Sainte-Hélène, ils firent là-bas la connaissance du gouverneur Dom Pedro Columella, qui leur permit de chercher la colonie rocheloise, en vain. C’est au cours de ces recherches qu’ils rencontrèrent le capitaine Will — celui-là même qui leur livra Cleveland.

Livre IV

Après avoir terminé son récit, Bridge présente son frère à Gelin et Johnston. Cleveland parvient à les convaincre de l’aider à retrouver Axminster avant qu’ils ne reprennent la recherche de la colonie rocheloise. Ensemble, ils partent pour la Martinique, où un missionnaire vivant parmi une tribu locale les renseigne. Ils poursuivent leur route vers La Havane et rencontrent le gouverneur Dom Pedro d’Arpez, le grand-père maternel de Fanny. Grâce à lui, Cleveland obtient de nouveaux indices, mais cette quête devient trop lourde pour Bridge, Gelin et Johnston. Ils décident de repartir à la recherche de la colonie rocheloise, laissant Cleveland poursuivre seul, accompagné d’un esclave nommé Iglou offert par le gouverneur. Cleveland et Iglou débarquent sur le continent, à Jamestown, où ils aperçoivent le bateau de John Will sur le départ après avoir cherché Axminster en vain pour le livrer à Cromwell. Le duo se rend ensuite à Powhatan puis traverse les montagnes Apalaches, fréquentées par des tribus autochtones. C’est pendant cette traversée que Cleveland retrouve Axminster, Fanny et Mme Riding, affaiblis mais saufs après une longue captivité dans une tribu de sauvages. Sans ressources, le groupe suit le conseil d’Iglou et trouve refuge chez les Abaquis, sa tribu d’origine. Accueillis chaleureusement, Cleveland et Fanny se marient dès le lendemain sous le regard du soleil, divinité vénérée par les sauvages. Les Abaquis sont tellement ravis de leur présence qu'ils refusent de les laisser partir tous ensemble. Axminster est donc contraint pour le moment de poursuivre seul son chemin vers la Caroline, escorté par les meilleurs guerriers du village. En compensation, Cleveland est nommé chef de la tribu. Il profite de cette position pour les éclairer et leur transmettre la civilisation. Mais ne voyant pas Axminster revenir, il envoie six hommes porteurs d’une lettre écrite en plusieurs langues et destinée à la première personne européenne qu'ils rencontreraient. Ils reviennent bientôt en compagnie d'un Anglais qui transmet à Cleveland une lettre de Mme Lallin, qui a échappé au capitaine Will et trouvé refuge à Powhatan — précisément le lieu où la troupe envoyée par Cleveland est arrivée. Fanny, jalouse de Mme Lallin, tombe peu de temps après enceinte. Dans la foulée, un conflit éclate entre Youngster, un compagnon d’Axminster resté sur place, et Moou, un Abaquis. Ce dernier, furieux, projette de tuer Cleveland, de prendre sa place et d'épouser Fanny à son tour. Pour se protéger et renforcer son autorité, Cleveland orchestre de nuit la mort de Moou en simulant une punition divine : il fait incendier sa cabane à l’aide d’une fusée, ce qui impressionne la tribu et permet leur conversion au christianisme. Fanny, alors âgée de seulement douze ans, donne ensuite naissance à une fille. Cleveland s’attaque finalement aux questions militaires : il enseigne l’art de la guerre aux Abaquis et propose une stratégie pour pacifier leurs ennemis, les Rouintons. Mais lorsqu’il se présente à eux en supériorité numérique, les Rouintons préfèrent brûler leur camp et fuir plutôt que de se soumettre.

Livre V

Après avoir de nouveau envoyé six hommes à la recherche des premiers Européens qu’ils croiseraient, Cleveland voit revenir ses émissaires accompagnés d’un Abaquis ayant autrefois accompagné Axminster dans son excursion. Il apprend à Cleveland qu’Axminster a été capturé par une tribu cannibale, et qu’il ignore ce qu’il est devenu, étant le seul à avoir réussi à s’échapper avant de rencontrer les éclaireurs envoyés par Cleveland. Décidé à retrouver son ancien précepteur, Cleveland part à sa recherche, accompagné de ses proches et escorté par deux mille Abaquis qu’il parvient à convaincre de se joindre à lui. Mais en chemin, une épidémie frappe la troupe et décime de nombreux indigènes. La plupart des survivants, révoltés, abandonnent Cleveland et regagnent leurs habitations, réduisant ainsi l’escorte à une soixantaine d’hommes. Poursuivant leur route, le groupe est ensuite attaqué par les Rouintons, qui massacrent et dévorent les derniers Abaquis. Cleveland et les siens sont faits prisonniers et contraints de suivre les Rouintons. Mais Mme Riding, affaiblie, ainsi que la fille de Cleveland, ralentissant le rythme de la marche, sont emmenées par les Rouintons, vraisemblablement pour être dévorées. Persuadé de leur mort, Cleveland tait la vérité à Fanny pour la ménager. La troupe reprend finalement la route et les Rouintons finissent par donner leurs prisonniers à une autre tribu, moins féroce, qui revend bientôt les captifs à des Espagnols de Pensacola. Ces derniers, découvrant après les avoir achetés qu’ils sont Européens, se voient obligés de les libérer. En discutant avec l’un d’eux, Cleveland apprend qu’Axminster se trouve dans leur ville : il s’y rend aussitôt avec Fanny et le retrouve, malade et affaibli. Axminster leur raconte ses malheurs, la mort de son escorte et d’Iglou, puis meurt peu après. Cleveland et Fanny se rendent ensuite à La Havane, où celle-ci met au monde des jumeaux. Plus tard, Cleveland entend parler d’un ermite qui vit sur l’île déserte de Serrane et décide d’aller lui rendre visite. L’homme se révèle être Lambert, ancien allié de Cromwell trahi, qui raconte à Cleveland sa disgrâce :

envoyé en prison, il y rencontra Venables, qui fut auparavant lui-même trahi par son amante espagnole qu'il avait contrainte à le suivre après une expédition sur l'île d'Hispaniola, dans le Nouveau Monde. Après leur libération, Lambert retrouva Venables et sa compagne, tomba amoureux d’elle, et organisa leur fuite vers Hispaniola. Il ne s'agissait en réalité que d'un plan tramé par l'Espagnole pour retrouver sa famille. Trompé à son tour, Lambert fut contraint de retourner en Europe avant de former le projet de s’exiler définitivement sur l’île de Serrane.

Cleveland, découvrant l’identité de Lambert, critique sa complicité passée avec Cromwell tout en compatissant à son sort. Il lui propose de le ramener en Jamaïque. Lambert, d’abord furieux, finit par accepter. Retournant ensuite à La Havane en passant par Port-Royal, Cleveland est surpris de retrouver Bridge et Gelin, qui lui racontent leurs aventures :

après avoir vainement cherché la colonie rocheloise, ils finirent par rejoindre l’île de Sainte-Hélène. Un jour, une partie de la colonie se rendit sur l'île et leur apprit que la communauté avait été décimée par une épidémie. Bridge et Johnston purent retrouver leurs épouses en retournant dans la colonie, tandis que celle de Gelin avait péri. Les survivants fondèrent une nouvelle ville sur l’île de Sainte-Hélène. Bridge décida ensuite de revoir Cleveland et partit avec Gelin à La Havane, laissant Johnston sur place pour prendre soin de leurs proches.

Cleveland propose à Bridge d'habiter avec lui et ses proches, et de faire venir Angélique à La Havane. Bridge accepte et Cleveland s'apprête même à commencer la traversée avec lui et Gelin quand il apprend que Mme Lallin est toujours à Powhatan. Ils se séparent et Cleveland se rend seul à Powhatan pendant que Bridge et Gelin se rendent à Sainte-Hélène. Après quelque temps, c'est donc tous les protagonistes qui se retrouvent à La Havane, ce qui laisse présager un bonheur durable. Cependant, la jalousie de Fanny vient troubler cette paix : voyant Mme Lallin se rapprocher de Cleveland, elle se désespère. Gelin, tombé amoureux de Fanny, profite de sa faiblesse pour la convaincre que son mari l'a trahie. Rongée par la douleur, elle dépérit peu à peu. Après la mort de Dom Pedro d'Arpez, Cleveland projette de ramener tout le groupe dans son pays d'origine, où Charles II a repris le pouvoir. Ils partent donc tous en bateau et passent par Sainte-Hélène pour emmener Johnston et sa femme en Angleterre avec eux. Mais une fois sur place, le groupe découvre qu'ils sont tous deux morts. Durant la halte sur l'île, Gelin parvient définitivement à convaincre Fanny de son malheur : cette dernière décide de le suivre une nuit et de partir en Europe, en laissant derrière elle son mari et ses jumeaux. Au matin, Cleveland, fou de douleur, tombe à son tour gravement malade. Le voyage se poursuit malgré tout jusqu’à La Corogne où ils font halte. Un soir, alors que Bridge s’apprête à remonter à bord du navire, il croise par hasard Gelin qui s'est lui aussi arrêté dans cette ville avec Fanny. Après un échange amer, une rixe éclate, et Gelin assène un coup d’épée mortel à Bridge. Transporté sur le bateau, ce dernier a tout juste le temps de raconter ce qui s’est passé à son demi-frère avant de mourir. Cleveland ordonne alors immédiatement de lever l’ancre pour éviter tout scandale. En s’éloignant des côtes, il porte secours à des Français dont le navire a pris feu puis, désabusé, il renonce à rechercher son épouse qu’il croit infidèle et décide de ramener les rescapés à Nantes.

Livre VI

De retour en France, Cleveland et ses proches s’installent à Saumur, haut lieu du protestantisme, où il peut inscrire ses enfants dans une école publique. Mais hanté par ses malheurs passés, il sombre dans la mélancolie et songe de plus en plus au suicide. Il s’apprête à passer à l’acte lorsque ses deux enfants surviennent, ce qui l'en dissuade. Inquiètes de son état, Mme Lallin et Angélique font appel à des personnalités locales pour le distraire. Cependant, ces visites prennent vite un tour conflictuel lorsque se succèdent un ministre protestant et un prêtre janséniste, le père Le Bane, chacun cherchant à convaincre Cleveland de la justesse de sa foi et de l’hérésie de l’autre camp. Le père Le Bane, irrité par les doutes de Cleveland et par son dialogue régulier avec un protestant, finit par comploter contre lui. Par une lettre de cachet, il le fait transférer à Angers. Contraint d’obéir, Cleveland s’y rend avec sa famille. Sur place, l’évêque d’Angers lui apprend que ses enfants et sa nièce ont été placés, sans son accord, dans des institutions religieuses pour y parfaire leur éducation. Stupéfait, Cleveland rencontre dans le même temps plusieurs Anglais qui lui conseillent de solliciter le comte de Clarendon, personnalité anglaise influente du monde anglican, bien qu'exilé à Orléans. Grâce à lui, Cleveland obtient une entrevue avec Madame, duchesse d’Orléans, à Saint-Cloud. Charmée par son esprit et émue de son sort, celle-ci lui promet son aide. Elle lui confie même qu’elle croit savoir où se trouve Fanny — dans le couvent de Chaillot — révélation qui trouble profondément Cleveland. Madame lui permet ensuite de rencontrer le roi à Versailles, devant qui elle plaide sa cause. L’entretien dépasse toutes les espérances de Cleveland : il obtient non seulement réparation de l’injustice qui l’a conduit à Angers, mais aussi le droit de s’installer à Saint-Cloud avec sa famille, près de Madame. Avec le temps, la duchesse lui fait également restituer les biens d’Axminster, dont Cleveland est l’héritier légitime, et qui était jusque-là détenus par leur dépositaire, Terwill. Mais malgré sa nouvelle position très avantageuse, Cleveland demeure en proie à une langueur qui inquiète Madame. Elle lui présente alors un jésuite qui le renseigne sur la religion et tente de lui redonner goût à la vie. Ce religieux lui fait rencontrer une jeune fille, Cécile, d’une beauté remarquable, fille d’un protestant nommé M. de R.. Peu à peu, Cleveland retrouve espoir et se prend d’amour pour elle. Mais la répression contre les protestants s’intensifiant, M. de R. en informe Cleveland et lui demande de conduire sa fille à Rouen, chez Clarendon, où elle sera en sécurité. Cleveland et Cécile partent donc de nuit en carrosse. En chemin, un échange galant révèle leur amour mutuel. Pris d’un même élan, ils décident de rebrousser chemin : Cleveland propose de la cacher chez lui à Saint-Cloud, tout en faisant croire à sa fuite. Avant d’en informer leurs proches respectifs, ils se retrouvent donc en secret, à l’aube, dans le jardin de Cleveland. L’émotion et la tendresse les rapprochent alors dangereusement, jusqu’à ce que Cécile, prête à s’abandonner, lui demande la promesse d'un mariage. Troublé, Cleveland avoue qu’il est déjà marié : Cécile, indignée, le couvre de reproches, ce qui le pousse à raconter les malheurs de sa vie. La colère de Cécile apaisée et Cleveland justifié, ils se réconcilient finalement sans aller plus loin. Leur entretien est interrompu par l’arrivée d’Angélique et de sa fille, venues faire connaissance avec Cécile. Peu après, le jésuite — celui-là même qui avait favorisé leur rapprochement — revient rendre visite à Cleveland pour le consoler de l’apparente fuite de Cécile. Il lui demande l’hospitalité pour la nuit, mais Cleveland, préférant rester prudent, refuse sans s’expliquer. Le jésuite, blessé par ce refus, conserve sa civilité mondaine mais en garde rancune.

Livre VII

Le jésuite finit par découvrir que Cécile se cache chez Cleveland, notamment grâce à Mme Lallin, dont il est le confesseur. Soucieux d’empêcher les projets d’émigration de Cleveland et de M. de R., il demande à l’archevêque de Paris, M. de Péréfixe, de faire enfermer Cleveland à la Bastille. Mais il commet l’imprudence d’en parler à Mme Lallin, qui prévient aussitôt Cleveland, lequel informe à son tour M. de R.. Pour justifier la présence de sa fille chez Cleveland, M. de R. propose à ce dernier de l’épouser. Comme elle, il tombe des nues en apprenant que Cleveland est déjà marié. Ce dernier fait de nouveau le récit de sa vie. M. de R. suggère alors une solution : dans un premier temps faire annuler son mariage avec Fanny, puis l'unir à Cécile dans un second temps. Tandis que Cleveland hésite, M. de R. agit sans attendre : il se rend au couvent de Chaillot et obtient de Fanny son consentement pour la rupture du mariage. Il revient ensuite annoncer la nouvelle à Cleveland et à sa famille, ajoutant qu’il fera intervenir le Consistoire de Charenton pour l'officialiser. Bien que ce projet corresponde à ses désirs, Cleveland est bouleversé : il s’évanouit et voit, dans ses rêves, les figures de Fanny et de Cécile se confondre. Peu après, Angélique lui raconte une scène poignante survenue dans l’église du couvent de Chaillot : elle s’y est rendue avec Mme Lallin et les jumeaux de Cleveland, qui ont reconnu leur mère également présente et aussitôt tombée évanouie. En revenant à elle, Fanny a supplié de revoir ses enfants dans une chambre, mais, en apercevant Mme Lallin, elle s’est de nouveau évanouie. Ce récit redouble le trouble de Cleveland, d’autant qu’un ecclésiastique vient bientôt le trouver de la part de Fanny. Il réclame pour elle une entrevue avec leurs enfants et plaide sa cause sur un ton offensif. Cleveland, surpris, accepte tout de même que ses enfants revoient leur mère. Alors que les démarches visant à rompre le mariage se poursuivent, un chanoine de Saint-Cloud, M. Audiger, présente dans le même temps à Cleveland un homme mystérieux qui ne se révèle qu'après avoir été introduit. Il s'agit de Gelin, qui provoque d'une manière vindicative Cleveland en duel. Celui-ci feint d’accepter, tout en avertissant discrètement ses gens du danger. Mais Gelin s’en aperçoit, se jette sur lui et le transperce avant de tenter de s’enfuir. Les domestiques de Cleveland accourent aussitôt, capturent Gelin et interrogent M. Audiger, soupçonné de complicité. Le chanoine explique qu'il ne connaît pas Gelin, et qu'il l'a présenté à Cleveland seulement sur l'ordre du chapelain du couvent de Chaillot. Tous les soupçons de l’attentat se tournent alors contre Fanny. Gravement blessé, Cleveland souhaite voir Gelin pour comprendre les raisons de sa fureur, mais il apprend que celui-ci a été emprisonné et qu’aucune entrevue n’est possible. Résigné, Cleveland décide d’attendre l'arrivée de Madame, espérant qu’elle pourra faciliter sa demande.

Livre VIII

À l'arrivée de Madame, les événements s’accélèrent. Ayant entendu le récit de Fanny, la duchesse prend sa défense, convaincue de son innocence. Pendant ce temps, le jésuite tente de gagner la confiance de Cleveland et parvient, par la ruse, à découvrir ses projets ainsi que ceux de M. de R.. Ce dernier tente de le devancer en envoyant à Rouen, en vue d’un départ pour l’Angleterre, Cécile, les jumeaux de Cleveland, ainsi qu’Angélique et sa fille. Mais il agit trop tard : le groupe est arrêté en chemin à cause des manigances du jésuite, décidé à faire souffrir Cleveland en l’éloignant de Cécile. Les trois femmes sont placées au couvent de Chaillot, tandis que les jumeaux sont envoyés au collège jésuite Louis-le-Grand. De son côté, Madame décide d’éclaircir la vérité en confrontant Gelin. Elle le fait venir enchaîné chez elle et fait placer Fanny derrière un rideau afin qu’elle puisse vérifier ses dires. Gelin avoue alors avoir poussé Fanny à le suivre par amour, avoir voulu provoquer Cleveland en duel après le refus de Fanny de l’épouser, et avoir fini par l’attaquer lorsqu’il le surprit réclamer discrètement de l’aide. Mais lorsque Gelin affirme que Cleveland aurait délaissé sa femme pour Mme Lallin, ce que Fanny confirme, Madame commence à douter de l'honnêteté de son protégé. Cependant, en apprenant du Consistoire que le mariage évoqué ne concerne pas Mme Lallin, elle décide d’organiser une entrevue surprise entre Fanny et Cleveland, alors alité chez lui. La rencontre bouleverse les deux époux : chacun plaide son innocence, les blessures de Cleveland se rouvrent, et Fanny, en pleurs, subit les reproches de son mari. Et alors que Madame s’apprête à repartir, en défendant de plus en plus la cause de Fanny, celle-ci aperçoit Mme Lallin s’approchant de la chambre de Cleveland et s’évanouit aussitôt. De retour au couvent de Chaillot, Fanny apprend qu’Angélique souhaite la voir. Leur conversation dissipe enfin le malentendu : Fanny comprend que Cleveland ne l’a jamais trompée et avoue l’aimer encore profondément. Elle supplie qu’on abandonne le projet de mariage entre Cleveland et Cécile. Angélique la rassure, lui expliquant que l’état de Cleveland ne permet de toute façon pas de finaliser un tel projet pour le moment, puis l’invite à lui raconter le récit de ses malheurs.

Livre IX

Fanny commence son récit au moment où Cleveland demanda à Mme Lallin de rejoindre sa famille à La Havane.

La présence de cette dernière éveilla peu à peu sa jalousie. Gelin profita de cette fragilité : il la persuada que Cleveland rencontrait Mme Lallin en secret chaque jour et monta même une fausse scène d’adultère. Il cacha et enferma Fanny en face du cabinet de lecture de son mari et lui fit croire que Cleveland s’y trouvait en tête-à-tête avec Mme Lallin, alors qu’il s’agissait en réalité de Gelin lui-même, déguisé en Cleveland, et d'Angélique, menant une simple conversation. Accablée par ces soi-disant preuves, Fanny tomba malade. Gelin en profita pour lui souffler l’idée de fuir sur une île proche de Cuba. Elle refusa, espérant toujours retourner un jour en Angleterre — chose qui était selon elle impossible pour Mme Lallin, Française et catholique. Gelin insista jusqu’à Sainte-Hélène, où Fanny fut anéantie d’apprendre que son mari projetait d’aller en France. Hésitante jusqu’au dernier moment, elle voulut revenir sur sa décision la nuit même de sa fuite, mais Gelin usa de sa force pour la faire monter à bord du navire à destination de l'Europe. La traversée fut misérable pour elle, malgré la compassion du capitaine et de sa femme, le couple Ogères. Débarquant à Madère, Fanny rencontra une jeune femme trompée par son mari : Gelin tenta de tirer parti de cet exemple pour la convaincre de rester à jamais sur l’île, loin de Cleveland. Fanny refusa et ils repartirent avec les Ogères.

Tout en racontant ces événements, Fanny interrompt parfois son récit pour évoquer les indices qui, rétrospectivement, auraient dû lui révéler les intentions de Gelin : ses évanouissements répétés, après lesquels elle retrouvait Gelin embrassant ses mains ou ses jambes.

Finalement, le navire des Ogères arriva à La Corogne : Fanny apprit un soir la mort de Bridge et vit Gelin être ramené mourant dans leur auberge. Celui-ci, en lui racontant un combat glorieux contre Bridge et ses hommes, tenta une fois encore de lui faire accepter un exil. Fanny, bouleversée, songea même au suicide, de la même manière que Cleveland. Sur les conseils de Gelin, elle demanda toutefois la protection du gouverneur dom Pedro Taleyra, ancien ami de son grand-père. Taleyra l’accueillit chaleureusement, et bientôt tous ses soldats — notamment son fils Thadeo — tombèrent amoureux d’elle. Une querelle éclata même, qui laissa Thadeo blessé. Fanny, toujours désespérée, crut une nuit voir le fantôme de Bridge. Elle insista pour se rendre aussitôt à Bayonne, mais découvrit que Taleyra la retenait prisonnière et voulait la marier à Thadeo pour redonner vie à ce dernier. Fanny repoussa fièrement cette proposition, ce qui provoqua la colère de Taleyra. Mais bientôt pris de remords, il s’excusa platement et accepta de la laisser libre, tout comme Fanny accepta de voir Thadeo avant de partir. Elle embarqua donc de nouveau avec les Ogères, sans avertir Gelin encore convalescent. À Bayonne, elle s’installa chez les Ogères, mais les déclarations d’amour insistantes qu’elle reçut de toutes parts l’amenèrent à se retirer dans un couvent. Elle y rencontra une dame qui la mit en relation avec Madame la duchesse d'Orléans, laquelle l’encouragea à entrer au couvent de Chaillot. Une fois installé là-bas, Gelin parvint à la retrouver et obtint d'elle plusieurs entretiens : il renouvela ses mensonges, prétendant que Cleveland se rapprochait de Mme Lallin et s’apprêtait à l’épouser. Résignée, Fanny envisagea alors de prononcer ses vœux, désormais convertie au catholicisme. Mais elle retrouva ses enfants à l’église — scène déjà rapportée par Angélique — et tout s’enchaîna : elle s’informa du supposé mariage de son mari ; Gelin lui proposa de l’épouser puis s’en prit à Cleveland ; Madame fit interroger Gelin enchaîné et organisa finalement l’entretien entre Fanny et Cleveland.

À la fin de son récit, Fanny avoue qu’elle croit depuis quinze ans à la complicité de son mari avec Mme Lallin. Elle demande à Angélique de prévenir Cleveland au plus vite pour éclaircir les choses. Angélique la rassure et lui conseille de se reposer pour préparer au mieux leur réconciliation.

Livre X

Alors qu’Angélique se prépare à prévenir Cleveland d’une manière qui ne le bouleverse pas trop, Cécile — restée au couvent de Chaillot — souhaite rencontrer Fanny, qu’elle admire. Leur entretien a lieu et les rapproche. Parallèlement, Madame parvient à obtenir une lettre de cachet qui libère toutes les femmes victimes des machinations du jésuite. Mais la joie qui en résulte est de courte durée : Madame meurt soudainement, jetant Cleveland dans un profond désespoir. Ce n'est qu'en parlant avec Mme Lallin qu’il retrouve peu à peu l'espoir et se met à croire à l’innocence de Fanny. Pendant ce temps, M. de R. recommence à envisager un départ pour Rouen. Cécile, qui renonce définitivement à Cleveland, accepte d’y partir avec sa mère et son père, Angélique et sa fille, ainsi que Fanny. En chemin, le groupe s'arrête à Quevilly pour assister au prêche d’un temple. Fanny, désormais catholique, préfère attendre à l’extérieur. C’est à ce moment qu’elle rencontre par hasard Mme Riding, méconnaissable, qui habite précisément à Quevilly. Celle-ci lui raconte brièvement ses malheurs, depuis sa séparation d'avec le groupe de Cleveland :

épargnée par les Rouintons lorsqu’ils découvrirent qu’elle était une femme, elle révèle que la fille de Fanny fut également épargnée. Elle passa deux ans en Amérique avec celle-ci, avant qu’une série de hasards ne les conduise dans un port français, puis en France via Le Havre-de-Grâce. Le capitaine qui les fit traverser l'Atlantique proposa d’héberger Mme Riding chez sa famille protestante à Quevilly. Après le baptême de la fillette, un couple aisé qui venait de perdre un enfant du même âge offrit de la prendre en charge, moyennant une pension. Mme Riding accepta à condition de pouvoir lui rendre visite plusieurs fois par an.

Au terme de ce récit, Mme Riding révèle le nom des bienfaiteurs de sa protégée : il s’agit de M. et Mme de R., ce qui signifie que Cécile est la fille de Fanny et de Cleveland. S'ensuit alors une scène de reconnaissance : Cécile retrouve Fanny, apprend en même temps que tous les autres personnages qu’elle est sa mère, et l’émotion est telle que cette dernière s’évanouit. La situation désormais éclaircie, Fanny et Cécile veulent immédiatement aller voir Cleveland. Angélique les persuade d’aller d’abord à Rouen. Au même moment, Clarendon envoie à M. de R. une lettre l’informant qu’il est prêt à accueillir tous les protagonistes.

Livre XI

M. et Mme R., Angélique et sa fille, ainsi que Cécile, Fanny et Mme Riding se retrouvent donc chez Clarendon, où ils font la connaissance du duc de Monmouth, fils naturel de Charles II. Impulsif et orgueilleux, celui-ci s’éprend aussitôt de Fanny, charmé par elle et par sa fille. Cela n’empêche pas Angélique et Mme Riding de repartir à Saint-Cloud pour annoncer toutes les bonnes nouvelles à Cleveland. À leur arrivée, elles apprennent que le protagoniste s'entretient avec Gelin, venu lui confesser tous ses crimes :

il raconte à Cleveland comment il fit croire à Fanny que ce dernier aimait Mme Lallin, comment il tenta d’empêcher Fanny de quitter Madère, ou encore comment ce fut celle-ci qui l’abandonna à La Corogne après son duel avec Bridge. La retrouvant par la suite au couvent de Chaillot, il retenta en vain de la conquérir, allant même jusqu’à essayer un sortilège impliquant du sang et des cheveux de la jeune femme. Voyant l’échec de toutes ses manœuvres, il résolut de l’enlever mais suspendit ce projet en apprenant que Cleveland demandait le divorce. Croyant alors son sortilège efficace, il proposa le mariage à Fanny, ce qu'elle refusa avec dédain. Repoussé et humilié, il s'en prit finalement à Cleveland.

Touché par le repentir sincère de Gelin, le protagoniste le pardonne. Cleveland apprend ensuite coup sur coup qu’Angélique souhaite le voir et que Mme Lallin a fui sa demeure, se jugeant responsable de sa séparation d'avec Fanny. Il tente en vain de la faire revenir, mais elle préfère s'exiler. Pendant ce temps, Angélique croise les Ogères à Saint-Cloud, venus rendre visite à Fanny en compagnie de Thadeo.

Celui-ci, remis de ses blessures, partit à Bayonne pour retrouver Fanny, y rencontra les Ogères et se résolut à guérir de son amour pour elle. Il suivit tout de même les Ogères lorsque ceux-ci reçurent une invitation envoyée par Briand, un ancien officier de Madame, pour venir à Saint-Cloud.

Angélique rejoint finalement Cleveland et prépare son cœur au bonheur : elle introduit Mme Riding, qu’il croyait morte en Amérique ; elle lui révèle ensuite que Fanny est à Rouen chez Clarendon avec Cécile ; puis elle lui présente les Ogères et Thadeo. Ceux-ci repartent aussitôt pour Rouen et font halte à Quevilly. Le soir, par curiosité, Thadeo assiste à la prière du temple et y rencontre Mme de R. et Cécile. Remarquant la ressemblance de la jeune fille avec Fanny, il engage la conversation. Il s'étale et leur raconte son amour passé pour Fanny : Mme de R. et Cécile, surprises d’entendre ce récit de la part d’un inconnu, préfèrent garder le silence. Le lendemain, Thadeo se met à errer seul autour du château de Clarendon, espérant apercevoir Fanny, mais tombe sur Monmouth, dont l’arrogance déclenche une vive tension. Introduit malgré tout chez Clarendon, Thadeo assiste aux retrouvailles des Ogères et de Fanny, et comprend qui est réellement Cécile. Emporté par son émotion, il laisse échapper son amour pour elle. Le lendemain, il se heurte aux alentours du château à trois hommes au service de Monmouth : insulté, il en tue deux avant d’être arrêté et conduit devant Clarendon et sa compagnie. Monmouth qui est présent s’emporte, tandis que Clarendon et Fanny prennent sa défense. De son côté, Cleveland reçoit un émissaire des Jésuites et dénonce les agissements du jésuite devenu son ennemi. Il recommence de surcroît à marcher lorsqu'il aperçoit la voiture qui transporte M. de R., les Ogères et Cécile : ceux-ci ont quitté Rouen plus tôt, excédés par les avances répétées de Monmouth à Fanny. La seconde voiture, qui transporte Mme de R., Clarendon, Thadeo et Fanny, tarde à arriver. Cécile, qui retrouve Cleveland, se jette dans ses bras en le nommant son « père », ce qu’il comprend de manière symbolique. Angélique ne corrige pas le malentendu pour ménager ses émotions. Dans l’attente de l'arrivée de Fanny, M. de R. raconte à Cleveland les intentions de Monmouth et retrace sa vie :

vaniteux dès l’enfance et en rébellion contre son père Charles II, il épousa sa maîtresse sans respecter les convenances et attira bientôt chez lui une partie de la Cour. Cependant, ayant découvert la conduite « voluptueuse » de son épouse, il la tua dans un mouvement de colère. Regrettant trop tard son geste, il vécut une année de deuil jusqu'au moment où son père l'envoya en France comme ambassadeur, ce qu'il accepta d'autant plus volontiers qu'il y vit un moyen de se libérer de sa tutelle. En France, il tenta de se rapprocher de Madame, sa propre tante, et suscita la jalousie de Monsieur, que certains soupçonnent de sa mort par empoisonnement. Après ce tragique événement, Monmouth se retira à Rouen, et finit par rencontrer Fanny.

À peine Cleveland a-t-il le temps de réfléchir à la conduite de cet homme que la voiture qui transporte le reste du groupe arrive mais sans Fanny. Clarendon en explique la raison :

un homme masqué — en réalité Gelin — les arrêta pour les avertir d’un danger imminent, avant de tenter de rattraper la voiture transportant Cécile. Mme de R. et Fanny se réfugièrent alors à Saint-Germain, tandis que Clarendon et Thadeo continuèrent la route. Sur le chemin, ils découvrirent tous deux l'ampleur du danger : quatre hommes, menés par le jésuite, venaient d’affronter Gelin et ses compagnons. Ce dernier leur révéla tout : le jésuite, renvoyé par son ordre à cause de Cleveland, avait projeté d’enlever Fanny et Cécile, désirant épouser cette dernière. Il avait mis Gelin dans la confidence en lui promettant Fanny. Gelin avait feint d’accepter, décidé en réalité à se racheter. C’est lui qui avait tout fait pour avertir les voitures puis qui avait renversé le jésuite. Cela avait fonctionné : en arrivant sur les lieux de l'affrontement, Clarendon découvrit la victoire de Gelin et de ses compagnons, et écouta les derniers mots du jésuite. Avant de mourir, celui-ci avoua ses crimes, son libertinage, et prévint même Clarendon que les fils de Cleveland étaient menacés d’empoisonnement. Gelin, honteux de reparaître devant Cleveland, préféra se rendre aussitôt au collège Louis-le-Grand afin d’assurer lui-même leur protection.

Livre XII

Fanny arrive enfin à Saint-Cloud avec Mme de R., où une fête est organisée pour célébrer leurs retrouvailles. Cleveland, comblé, découvre que Cécile est sa fille et s’évanouit sous l’émotion. À son réveil, il forme le projet ambitieux de s’installer à Paris avec sa famille et ses proches, tandis que M. et Mme de R. pourront aller vivre à Londres. Clarendon part quant à lui à Paris pour vérifier l’état des jumeaux de Cleveland, et revient accompagné du recteur des Jésuites, qui rassure le protagoniste. Une discussion religieuse s’engage alors entre les personnages, au grand plaisir du recteur, persuadé de pouvoir convertir Cleveland et Clarendon au catholicisme. Cleveland prie ensuite Clarendon de lui raconter sa disgrâce.

Celui-ci explique qu’après être devenu conseiller particulier de Charles II, il surprit un soir une conversation entre le roi et le duc de Buckingham, dénonçant la conduite licencieuse de la reine. Buckingham venait en fait tout juste de découvrir celle-ci à une soirée masquée, et s'était immédiatement rendu auprès du roi pour le lui rapporter. Lors de cet entretien, il lui proposa d’enlever la reine et de la déporter secrètement en Amérique. Sans attendre la réaction du roi, Clarendon intervint dans le plus grand secret : il se rendit à la fête en question et fit évader la reine avant que Buckingham ne mît son projet à exécution. Ses motivations étaient cependant stratégiques : en maintenant la reine sur le trône, Clarendon espérait favoriser, à la mort du roi sans héritier légitime, l’accession au trône du duc d’York — futur Jacques II et époux de sa propre fille. Charles II et Buckingham comprirent rapidement ses intentions et le soupçonnèrent d’avoir déjoué leurs plans. Pour ne pas compromettre sa fille, il se retira alors en France.

Clarendon redoute désormais le duc de Monmouth, que Charles II pourrait légitimer pour empêcher son frère, le duc d'York, d’accéder au trône. Après ce récit, Cleveland demande à M. et Mme de R., qui s’apprêtent à retourner en Angleterre, de protéger la duchesse d’York contre toute répression éventuelle. Tandis que M. et Mme de R., heureux de pouvoir aider Clarendon, préparent leur départ, Cleveland s’installe à Paris avec sa famille et mène une vie mondaine. Il rend visite à ses jumeaux à Louis-le-Grand et les trouve bien entourés. Dans le même temps, Fanny subit les avances de plus en plus pressantes de Monmouth. Loin de le repousser, elle utilise ses sentiments pour obtenir qu’il intercède auprès du roi en faveur de Clarendon et de sa fille, ce qu’il promet. Le temps passe et l’installation parisienne du couple et de leurs amis leur apporte un bonheur durable, troublé seulement par les manœuvres d’une comédienne, dona Cortona, introduite chez eux par la naïveté de Thadeo, et qui tente en vain de séduire Cleveland pour nuire à Fanny. Un autre jour, le protagoniste propose enfin à Mme Riding de raconter comment elle a survécu en Amérique.

Livre XIII

Elle commence donc son récit :

les Rouintons, sur le point de dévorer Mme Riding et Cécile, découvrirent leur sexe et les placèrent avec d'autres femmes. Mme Riding tenta à plusieurs reprises de rejoindre la partie de la tribu où se trouvaient Cleveland et Fanny, sans succès. Après avoir échappé à une maladie contagieuse, elle parvint à s’enfuir avec Cécile. Livrée à elle-même dans les vastes étendues désertes et sauvages de l’Amérique, elle erra pendant un an avant de retrouver le chemin de la côte, et alla même jusqu’à nourrir le bébé avec son propre sang pour assurer sa survie.

Livre XIV

Mme Riding finit par rencontrer la tribu des Nopandes, qui l’accueillit chaleureusement. D’abord entièrement libre de ses mouvements, elle comprit vite que le prince comptait la retenir pour vivre auprès d’eux, d’autant que son fils, âgé d’une douzaine d’années, s’éprit de la petite Cécile, encore bébé. Profitant d’une chasse au cours de laquelle ce jeune prince devait partir avec vingt hommes hors de la cité, Mme Riding s’évada avec Cécile et accompagna quelque temps leur groupe. Par amour pour l’enfant, le fils du prince avait en fait accepté de les aider à retrouver leurs proches. Parvenus sur la côte est du continent, ils aperçurent un navire anglais auquel ils firent signe. Comme le capitaine ne pouvait embarquer qu’un nombre limité de passagers, Mme Riding, après s’être concertée avec lui, se résolut à trahir le jeune prince : elle s’embarqua de nuit sans le prévenir. Le capitaine, refusant de la mener jusqu’à Cuba, la déposa dans un port français d’où elle gagna finalement le Havre-de-Grâce.

La suite de son histoire étant celle qu’elle a déjà confiée à Fanny au LIVRE X, son récit se trouve ainsi complet. L’émotion gagne toute l’assemblée, surtout Thadeo qui désespère que son amour pour Cécile soit sans espoir. Il s’en ouvre à Cleveland qui lui promet la main de sa fille, pourvu que celle-ci l’aime. Or Cécile, mystérieusement, affirme ne vouloir épouser personne, malgré ses nombreux prétendants. Cleveland reprend alors sa vie mondaine, qui laisse Fanny indifférente. Des conversations avec ses nouveaux amis l’amènent un temps vers le matérialisme, mais il s’en détourne aussitôt après avoir assisté à la conversion édifiante de Tréville qui, aux portes de la mort, a reconnu ses erreurs. L’exemple vertueux de Fanny et la petite vérole contractée par les jumeaux achèvent de le ramener à un mode de vie plus simple. Cependant, la question des prétendants de Cécile revient avec insistance : Monmouth et Thadeo semblent chacun la convoiter. Dona Cortona, comédienne qui avait déjà tenté de séduire Cleveland, manigance et propose à Monmouth d’enlever Cécile lors d’une soirée masquée organisée à Saint-Cloud. Tous deux sont sur le point d’y parvenir lorsque Thadeo intervient et affronte Monmouth en duel. Terrifiée, Cécile est prise d’une crise d’épilepsie tandis que dona Cortona s’enfuit. Cleveland, qui discutait à l’écart avec Fanny, et qui a entendu le cliquetis des armes, accourt : il secourt d’abord sa fille puis découvre Thadeo étendu qui a déjà reçu un coup mortel. Le jeune homme expire très vite et laisse Cleveland en proie au doute quant aux véritables intentions de sa fille.

Livre XV

Cleveland, persuadé que Cécile aime Manmouth, propose à ce dernier de l’épouser. Honteux de ses manigances passées, Manmouth congédie alors sa complice, dona Cortona. Mais Cécile assure à son père qu’elle déteste Manmouth et refuse absolument cette union. Cleveland lui impose alors un ultimatum : dans les jours qui suivent, elle devra choisir quelqu'un pour époux. Entre-temps, dona Cortona tente une dernière perfidie : elle glisse un poison destiné à Cleveland dans des cadeaux que Manmouth a envoyés à Cécile et à son père, tout en feignant de prévenir Cleveland pour faire accuser Manmouth. Mais son stratagème se retourne contre elle : averti, Manmouth l'assassine sans autre forme de procès. Tandis que les négociations autour du mariage stagnent, notamment à cause de complications politiques, Cécile dépérit mystérieusement, ce qui alarme Manmouth et désespère Fanny et Cleveland. En discutant avec ce dernier, elle avoue que c’est la contrainte de devoir renoncer à l’amour qu’elle lui portait qui la ronge. À l’agonie, elle reçoit la visite de plusieurs médecins, parmi lesquels se cache Manmouth qui approche Cécile alitée avant d'être démasqué et de fuir. L’état de Cécile s’aggrave encore. Cleveland préfère se retirer à Paris pour ménager Fanny. Ils envoient alors le père recteur du collège Louis-le-Grand auprès de la jeune fille. Le lendemain, celui-ci revient leur annoncer sa mort. Accablé, Cleveland projette le transfert de sa famille, de ses proches, et de la dépouille de Cécile — qu’il fait embaumer — en Angleterre. Avant leur départ, il rend visite à Clarendon à Rouen qui lui apprend que sa fille, la duchesse d’York, a été empoisonnée après de nouvelles intrigues de cour. Admiratif de la force morale de Clarendon, Cleveland entame avec lui un long échange philosophique. Il s’oriente alors vers la religion, au grand bonheur de Fanny. Dans les préparatifs précédant la traversée de la Manche, Cleveland et Fanny cherchent également à revoir Mme Lallin pour lui proposer de partir avec eux. Ils la retrouvent grâce au capitaine John Will, devenu vice-amiral et plein de repentir, qui a enfin retrouvé la trace de celle qu’il aime toujours, désormais sœur converse au couvent d’Hautebruyères. Mais Mme Lallin, effrayée en revoyant John Will, préfère demeurer au couvent. Les derniers instants des protagonistes en France sont ensuite seulement troublés par Manmouth qui, fidèle à lui-même, s’éprend brusquement et à nouveau de Fanny sans percevoir l’indécence de la situation. Peu après arrivent à Rouen les derniers proches de Cleveland : Mme Riding, qui amène le cercueil de Cécile, John Will, ainsi que les jumeaux, accompagnés d’un jésuite qui n’est autre que Gelin, converti et repentant. Tous se rassemblent autour du cercueil de Cécile et préparent leur départ pour l’Angleterre. Le roman s’achève sur cette perspective, Prévost ajoutant que l’on pourra un jour lire la vie chrétienne de Cleveland rédigée par ses enfants, manière de clore provisoirement la fiction tout en laissant ouverte une suite éventuelle en cas de succès.

Bibliographie

Notes et références

Liens externes

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