Jean de Bourbon (1822-1887)

prétendant légitimiste au trône de France, prétendant carliste au trône d'Espagne From Wikipedia, the free encyclopedia

Jean de Bourbon, (en espagnol : Juan de Borbón y de Braganza), infant d'Espagne, prince de Bourbon puis comte de Montizón, est né au palais royal d'Aranjuez, en Espagne, le , et mort à Hove (près de Brighton), au Royaume-Uni, le . Membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon, il est, de à , le prétendant carliste à la Couronne d’Espagne sous le nom de « Jean III », puis de à le prétendant légitimiste au trône de France.

Nom revendiqué Jean III
Prédécesseur Charles de Bourbon,
comte de Montemolín
Successeur Charles de Bourbon,
duc de Madrid
Nom revendiqué Jean III
Faits en bref Nom revendiqué, Prédécesseur ...
Jean de Bourbon
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Jean de Bourbon par Franz Eybl, v. 1847.

Titres

Prétendant carliste au trône d’Espagne


(7 ans, 8 mois et 20 jours)

Nom revendiqué Jean III
Prédécesseur Charles de Bourbon,
comte de Montemolín
Successeur Charles de Bourbon,
duc de Madrid

Prétendant légitimiste aux trônes de France et de Navarre


(4 ans, 2 mois et 25 jours)

Nom revendiqué Jean III
Prédécesseur Henri d’Artois,
comte de Chambord
Successeur Charles de Bourbon,
duc de Madrid
Fonctions militaires
Grade militaire Général d'infanterie du royaume de Piémont-Sardaigne (1847)
Biographie
Titulature Comte de Montizón
Prince de Bourbon
Dynastie Maison de Bourbon-Anjou
Nom de naissance Juan Carlos María Isidro de Borbón y de Braganza
Naissance
Aranjuez (Espagne)
Décès (à 65 ans)
Hove (Royaume-Uni)
Père Charles de Bourbon,
comte de Molina
Mère Marie Françoise de Portugal
Conjoint Marie-Béatrice de Modène
Enfants Charles de Bourbon
Alphonse-Charles de Bourbon
Religion Catholicisme romain
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Exilé du royaume d'Espagne en même temps que son père, en 1833, Jean de Bourbon passe son enfance dans l'ombre de son père puis de son frère, lesquels sont successivement prétendants carlistes au trône d'Espagne. Jean épouse l'archiduchesse Marie-Béatrice de Modène en 1847. Malgré la naissance de deux fils, en 1848 et en 1849, le couple se sépare à la fin des années 1850. Jean succède à son frère le comte de Montemolín en 1861 lorsque ce dernier décède subitement du typhus à Trieste. Peu intéressé par la politique, le nouveau prétendant carliste fait sa soumission à sa cousine la reine Isabelle II et se retire au Royaume-Uni où il s'installe avec sa maîtresse, laquelle lui donne deux enfants.

La mort du comte de Chambord le , fait de Jean de Bourbon l’aîné des Capétiens et le chef de la maison de France[1] pour les légitimistes. Le prince qui vit toujours retiré à Hove, assiste aux funérailles de son cousin et beau-frère, qui, selon la volonté de la comtesse de Chambord (qui suit les instructions de son défunt mari) sa belle-sœur, le place en tête du cortège. Toujours aussi peu intéressé par la politique, le nouveau prétendant légitimiste relève néanmoins la succession de son cousin dès la mort de ce dernier. Peu apprécié par certains carlistes pour ses idées libérales et sa vie peu conventionnelle, Jean meurt le à Hove.

Famille

Issu de la maison de Bourbon, Jean de Bourbon est le deuxième fils de l'infant Charles de Bourbon (1788-1855) et de sa première épouse la princesse Marie-Françoise de Portugal (1800-1834). Par son père, Jean est donc, par son père, le petit-fils de Charles IV (1748-1819), roi d'Espagne de 1789 à 1808, tandis que par sa mère il descend du roi Jean VI (1767-1826), roi du Portugal de 1822 à 1826.

Jean est le frère du prince Charles de Bourbon (1818-1861) et du prince Ferdinand de Bourbon (1824-1861) ainsi que l'oncle par alliance du roi Louis III (1845-1921) et le beau-frère du comte de Chambord (1820-1883). Il est également le cousin germain de la reine Isabelle II (1830-1904) et de son époux l'infant François d'Assise (1822-1902), duc de Cadix.

Le , Jean de Bourbon épouse, à Modène, l'archiduchesse Marie-Béatrice de Modène (1824-1906), fille du duc François IV de Modène (1779-1846) et de son épouse la princesse Marie-Béatrice de Savoie (1792-1840).

De ce mariage naissent deux enfants :

De sa relation avec la britannique Ellen Sarah Carter (1837-1910), Jean a également eu deux autres enfants :

  • Helen Mary Anne Joan Monfort (1859-1947) ;
  • John Monfort (1861-1929).

Jean de Bourbon a engendré une nombreuse descendance européenne, ses descendants s'unissant aux maisons royales et impériales d'Autriche, de Roumanie, de Wurtemberg, ou encore aux maisons princières de Schönburg-Waldenburg, Massimo et Wurmbrand-Stuppach (en).

Biographie

Un prince espagnol

Une enfance terne

Jean de Bourbon avec sa mère l’infante Marie-Françoise de Bragance (1824)

Deuxième des trois fils de l’infant d’Espagne Charles de Bourbon (1788-1855) futur comte de Molina, et de sa première épouse l'infante Marie-Françoise de Portugal (1800-1834), elle-même fille du roi Jean VI de Portugal, Jean naît au Palais d’Aranjuez, le . À sa naissance, Jean de Bourbon porte le titre infant d'Espagne, offert par son oncle le roi Ferdinand VII.

Considéré comme intelligent mais indiscipliné[2], Jean grandit dans une ambiance « confinée, dominée par une instruction religieuse étroite », marquée par la mauvaise relation entre le père de Jean, et son frère le roi[2]. Son éducation ne diffère pas de celle de son frère aîné, pourtant appelé à succéder à leur oncle dans un avenir prévisible[2].

Premier exil

En 1833, après la mort du roi, son père réclame le trône sous le nom de Charles V et déclenche la première guerre carliste, qui s'achève en 1839 avec la défaite des partisans carlistes et l'exil du roi Charles et de ses enfants.

Devenu adulte, et en exil, Jean prit le titre de courtoisie de comte de Montizón.

Entre 1845 et 1847, il sert comme colonel au 2e régiment d'infanterie du royaume de Sardaigne[3] avec l'appui du roi Charles-Albert[4].

Jean de Bourbon en tenue de colonel sarde.

Le à Modène, Jean de Bourbon épousa la princesse Marie-Béatrice de Habsbourg-Lorraine-Este (1824-1906), fille de François IV (1779-1846), duc souverain de Modène, de la maison de Lorraine, et de son épouse la princesse Marie Béatrice de Sardaigne (1792-1840), de la maison de Savoie. De ce mariage Jean de Bourbon eut deux fils, Charles (1848-1909) et Alphonse (1849-1936). Il aura également deux enfants adultérins, nés d'une liaison avec une Britannique (Ellen Sarah Carter) : Helena Monfort (1859-1947) et John Monfort (1861-1929), lequel a eu huit enfants et quinze petits-enfants, qui laissent une nombreuse descendance de nos jours[5].

Vie politique

Prétendant carliste au trône d'Espagne

Depuis l'échec de la deuxième guerre carliste en 1849, Jean de Bourbon ne croyait guère aux chances de la cause[6]. De plus, ses idées et ses centres d'intérêt l'éloignaient de ses partisans carlistes. Dépourvu d'ambition personnelle, il se passionnait davantage pour les sciences que pour la politique : il avait suivi à Londres les cours de l'école polytechnique et mené des expériences en daguerréotypie puis en photographie ; il réalisa vers 1855 la première photographie d'un hippopotame en Grande-Bretagne, qui fut publiée dans le Times (mais sous son propre nom - ce qui l'obligea à déménager car il était sous protection judiciaire : il avait en effet été exfiltré en Grande-Bretagne sur ordre de la reine Victoria sur un navire de la Royal Navy[7]). Ses photos (sur collodion) des animaux du zoo de Londres furent présentées à l'Exposition universelle de 1855 à Paris[8].

Hippopotame au zoo de Regents park à Londres, tirage sur papier albuminé,vers 1855.

Doté d'un esprit inventif, le comte de Montizón avait mis au point un modèle de bateau en caoutchouc pour la marine préfigurant les zodiacs[9]. Ses réflexions personnelles le conduisaient à adopter des vues libérales et il était favorable à la souveraineté nationale, au suffrage universel, à l'indépendance de la justice, à la liberté d'expression et de culte, à l'égalité devant la loi et comprenait l'aspiration à l'unité italienne[Note 1]. Abhorrant les intrigues, il détestait aussi l'idée de faire couler le sang espagnol[9].

Ses idées étaient en opposition à celles de son épouse. Il refusa que l'éducation de ses enfants fût confiée aux jésuites et ceci entraîna la séparation des époux. Jean s'installa à Brighton et son épouse et ses deux fils partagèrent leur vie entre Modène et Venise. Le comte de Chambord envoya une garde hongroise pour veiller sur sa belle-sœur et ses neveux[10].

Au décès de son frère aîné le comte de Montemolín, dit Charles VI, à Trieste le , le prince Jean devint pour les carlistes, le nouvel héritier légitime du trône des Espagnes et des Indes sous le nom de « Jean III ».

Ayant refusé le trône de l'empire du Mexique que lui proposa Napoléon III, Jean fit sa soumission à Isabelle II en et ne voulut plus porter que le titre de courtoisie de comte de Montizón, du nom d'une ancienne seigneurie andalouse fondée par Charles III en 1767[11].

Déçus par l'inaction de Jean de Bourbon, les carlistes se tournèrent vers son fils aîné, qu'ils proclamèrent héritier des Espagnes et des Indes à Londres le . Ce dernier parvient à déclencher la troisième guerre carliste et à se faire proclamer roi sous le nom de Charles VII.

En conséquence de quoi, à la demande de son fils aîné, Jean de Bourbon abdiqua ses droits au trône d'Espagne, à Paris le .

Prétendant légitimiste au trône de France

Puis au décès de son cousin le comte de Chambord (dit Henri V) à Frohsdorf (Autriche) le , Jean de Bourbon devint l'aîné des descendants d'Hugues Capet, de saint Louis, d'Henri IV et de Louis XIV. Une partie des légitimistes français le reconnurent alors comme « roi de France et de Navarre » sous le nom de « Jean III ».

Pour les Légitimistes, Jean de Bourbon est Jean III de France.

Le à Gorizia, le nouvel aîné des Bourbons, ceint du cordon bleu[12],[13],[14] de l'ordre du Saint-Esprit d'Henri V, que lui avait remis la comtesse de Chambord, présida les obsèques du défunt prétendant : il fut le premier Capétien venant juste après le représentant (neveu (de)) de l'empereur d'Autriche, tant pour suivre le convoi funèbre depuis la gare jusqu'à la cathédrale de Gorizia, que pendant la cérémonie des obsèques dans la cathédrale. À la suite de Jean de Bourbon, se tenaient ses deux fils — l'aîné, le duc de Madrid, étant le prétendant carliste au trône d'Espagne, et le nouveau dauphin des légitimistes français — et son petit-fils, puis le duc déchu de Parme (qui passera ensuite devant[12] le petit-fils et le fils cadet de Jean III, donc à la quatrième place), le grand-duc déchu de Toscane, le prétendant migueliste au trône de Portugal (Michel de Bragance), et le prince royal Louis-Ferdinand de Bavière[Note 2]. Le roi déchu des Deux-Siciles et le comte de Paris (prétendant orléaniste au trône de France) avaient refusé d'assister aux obsèques (bien qu'ils fussent présents l'avant-veille, à l'office funèbre qui eut lieu à Frohsdorf), ce dernier n'ayant pu jouir de la première place qu'il convoitait. Le comte de Chambord sera ensuite inhumé en dehors de la ville, au couvent de Kostanjevica (auprès de Charles X, du dauphin, de la dauphine, et de la duchesse de Parme), situé depuis 1947 à deux cents mètres derrière la frontière italo-slovène.

Jean de Bourbon déclara :

« Devenu le chef de la Maison de Bourbon par la mort de mon beau-frère et cousin M. le comte de Chambord, je déclare ne renoncer à aucun des droits au trône de France que je tiens de ma naissance. »

Le texte avait été rédigé par Maurice d'Andigné (ancien secrétaire du comte de Chambord) au début de l'année 1886, à la demande du prétendant Jean III, qui souhaitait protester solennellement contre l'usurpation de la succession dynastique d'Henri d'Artois par les Orléans. Mais bien que satisfait du texte écrit par d'Andigné, le comte de Montizón en ajourna la publication pour des raisons extérieures[15]. Finalement, ce n'est qu'en , un mois après la mort du prétendant, que d'Andigné publia la déclaration de Jean de Bourbon dans le Journal de Paris.

Mort

Jean de Bourbon mourut dans sa maison sise au no 25, Seafield Road, à Hove, près de Brighton, dans le Sussex (Angleterre), où il vivait incognito sous le nom de « Mr Charles Monfort ». Son acte de décès britannique le mentionne comme don Juan de Bourbon, male, 65 years, of Royal Rank.

Ses obsèques furent célébrées le dans l'église du Sacré-Cœur de Hove (en). L'office fut chanté par le révérend père Hayes, ancien précepteur du petit-fils de Jean de Bourbon, Jacques de Bourbon, futur duc d'Anjou et de Madrid. Ses fils légitimes assistèrent aux obsèques. Son corps fut conservé dans un catafalque pendant plusieurs mois, avant d'être transporté à Londres. Là, le sien et celui de sa mère qui reposait à Gosport, mais qui fut exhumée sur ordre de la reine Victoria, furent placés avec les honneurs militaires sur un navire d'une compagnie maritime britannique afin de rejoindre l'Italie pour être enterrés à Trieste.

Le , le Journal de Paris, à l'époque hebdomadaire légitimiste, parut bordé de noir avec comme grand titre « MORT DU ROI JEAN III ». Le même jour, l'hebdomadaire Avranchin rappela que « le roi Jean [...] était, par la loi salique, le successeur d'Henri V au trône de France »[16].

Le les légitimistes français firent célébrer une messe de requiem à Paris en la basilique Notre-Dame-des-Victoires.

Jean de Bourbon est inhumé[17] à Trieste, dans la cathédrale Saint-Just, en tant que « Jean III, roi d'Espagne » (Ioannes III Hispan Rex).

Le légitimiste français Maurice d'Andigné déclara :

« Le roi Jean III nous avait donné l'assurance que s'il s'asseyait un jour sur le trône de France, son programme et son drapeau seraient ceux de monsieur le comte de Chambord. »

Ascendance

Jean de Bourbon est issu de multiples mariages consanguins.

Le photographe

Les œuvres photographiques de Jean de Bourbon sont notamment présentes dans la collection de la Royal Photographic Society.

Titulature

Faits en bref Indirecte, Directe ...
Jean de Bourbon
Description de l'image Private Coat of Arms of Infante Juan of Spain, Count of Montizón.svg.
Formules de politesse
Indirecte Son Altesse Royale
Directe Votre Altesse Royale
Alternative Monsieur
Fermer

En Espagne (revendiqué)

  • -  : Son Altesse Royale Juan de Borbón, infant d'Espagne ;
  • -  : Son Altesse Royale Juan de Borbón, infant d'Espagne, comte de Montizon ;
    • Sa Majesté le roi des Espagnes ;
  • -  : Son Altesse Royale Juan de Borbón, comte de Montizon.

En Espagne (officielle)

  • -  : Son Altesse Royale Juan de Borbón, infant d'Espagne ;
  • -  : Juan de Borbón
  • -  : Juan de Borbón, comte de Montizon.

En France (légitimiste)

  • -  : Son Altesse Royale Jean de Bourbon, prince du sang ;
  • -  : Son Altesse Royale Jean de Bourbon, prince du sang, comte de Montizon ;
  • -  : Son Altesse Royale Jean de Bourbon, duc d’Anjou, comte de Montizon ;
    • Sa Majesté le roi de France et de Navarre.

Décorations

En qualité de chef de la maison de Bourbon et prétendant légitimiste au trône de France, et comme prétendant carliste au trône d’Espagne, Jean de Bourbon revendiquait la grande maîtrise des ordres dynastiques traditionnels.

Ordres dynastiques français

Comme prétendant légitimiste au trône de France, il revendiquait la grande maîtrise des ordres suivants :

Ordres dynastiques espagnols

Comme prétendant carliste au trône d'Espagne, il revendiquait la grande maîtrise des ordres suivants :

Ordres sous la protection du roi d'Espagne

Notes et références

Voir aussi

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