Controverse Bufnoir-Boutmy sur l'enseignement du droit
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La controverse Bufnoir-Boutmy sur l'enseignement du droit (ou polémique Boutmy-Bufnoir[1]) est une controverse d'ordre académique, pédagogique et épistémologique qui a lieu durant les années 1880 et jusqu'au début des années 1890, durant laquelle s'opposent le professeur de droit de l'université de Paris Claude Bufnoir et le directeur de l'École libre des sciences politiques Émile Boutmy sur la manière d'enseigner le droit et sur la nature de la science politique.
Cette polémique recouvre une opposition entre les facultés de droit et la nouvelle école de sciences politiques de Boutmy. Elle participe de la genèse de la science politique en France.
Contexte
Depuis Napoléon Ier, l'enseignement du droit est assuré en France par les universités, au sein des facultés de droit. La tradition qui prédomine est la tradition positivisme, selon laquelle le droit étant positif, l'enseignement doit consister en un commentaire et une interprétation du droit (méthode exégétique)[2].
Certains professeurs s'opposent toutefois à cette méthode. Une première controverse a lieu sous la monarchie de Juillet entre Édouard Lefebvre de Laboulaye et Julien-François Oudot[3]. Ce dernier considérait que la méthode positiviste et exégétique du droit était celle qui convenait à la discipline ; Laboulaye lui répond en publiant en 1839 De l'enseignement du droit en France et des réformes dont il a besoin, où il soutient que le droit doit être enseigné à travers une diversité de méthodes et de prismes, et non seulement sous l'angle positiviste[4].
Genèse
Émile Boutmy crée, en 1871, l’École libre des sciences politiques, dont le projet est de former une nouvelle élite française. Alors que les facultés de droit disposaient jusqu'alors du monopole de l'enseignement du droit, Boutmy introduit des cours de droit et propose une manière inductive et empirique d'enseigner la discipline, tranchant radicalement avec la méthode positiviste des facultés. Cet évènement réactive les positions soutenus lors du débat Laboulaye-Oudot[2]. La controverse qui s'apprête à naître est aussi la révélatrice des tensions entre cette nouvelle école et les facultés de droit, qui craignent pour leur monopole[5].
Le directeur de Sciences Po publie des articles au sujet de l'enseignement du droit prôné par l’École libre, articulé aux autres sciences sociales et irrigué par la philosophie du droit. L'objectif de cet enseignement est alors de former non pas des techniciens du droit, mais des utilisateurs du droit disposant d'un recul sur celui-ci. Cet enseignement est sous-tendu par une approche expérimentale et inductive[6]. Il s'oppose ainsi frontalement à l'enseignement des facultés de droit, et notamment celle de l'université de Paris, qui est technique et doctrinale[6]. Déductive, positiviste, l'enseignement des facultés donnant accès à la licence de droit se veut fondée sur la maîtrise des règles de droit[7]. Toutefois, des doyens de la faculté de droit de Paris demandent au ministère de l'Enseignement la création de chaires et de programmes sur la science politique, inspirés par ce que Boutmy a créé dans son école[8].