Coupe d'antimoine
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Les coupes d'antimoine sont des coupes ou des petits gobelets d'une demi-pinte constitués en partie d'antimoine. Populaires en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles, elles étaient aussi connues sous les noms de « pocula emetica », « calices vomitorii » ou « coupes émétiques » : le vin qui y était conservé 24 heures acquérait une qualité émétique ou laxative. L'acide tartrique du vin attaquait le métal de la coupe, ce qui formait du tartrate d'antimoine[1],[2].
Les banquets romains de l'antiquité avaient des gobelets de vin à l'antimoine. La coupe d'antimoine était utilisée pour faciliter l'expulsion par vomissement d'une nourriture trop abondante[3]. Les coupes d'antimoine ont été utilisées en Grande-Bretagne et aux Amériques à partir du début du XVIIe siècle et durant une bonne partie du XVIIIe. L'orthographe de l'époque était « Antimonyall Cupps ». Ces coupes étaient communes dans les monastères[4].
Aujourd'hui elles sont extrêmement rares : on n'en connait que six en Grande-Bretagne, toutes à Londres, deux aux Pays-Bas (Amsterdam et Leyde), une en Suisse à Bâle et une en Italie à Ariccia, dans le palais Chigi. Celle qui se trouve au National Maritime Museum de Greenwich est réputée avoir appartenu au capitaine Cook. La raison pour laquelle il possédait une coupe d'antimoine est l'objet de spéculations, depuis des problèmes d'estomac jusqu'au scorbut. Cette coupe a été déposée en prêt au musée en 1983 par Lady Rowley, fille de George Monckton-Arundell, ancien Gouverneur général de Nouvelle-Zélande. La famille le possédait depuis longtemps et pensait qu'il s'agissait d'une coupe de communion en étain. L'ancêtre de Lady Rowley, le général Robert Monckton, était l'adjoint du général James Wolfe au Québec. Cook avait participé à l'expédition de 1759 sur le Saint-Laurent sous le commandement de l'amiral Edward Saunders et du général Wolfe. La coupe d'antimoine pourrait avoir été rapportée par William George Monckton-Arundell entre 1815 et 1830, parmi d'autres objets de Cook acquis lors d'une vente des biens du contre-amiral Isaac Smith (en), cousin et familier d'Elizabeth Cook (veuve de James Cook)[2].
La réapparition des coupes en antimoine dans l'Empire britannique pourrait être due à la prohibition de l'antimoine par une loi du Parlement de 1566[réf. souhaitée]. Pour contourner cette loi, on a fabriqué des coupes en étain avec une proportion variable d'antimoine[5]. Lorsqu'on y faisait reposer du vin pendant environ 24 heures, il s'imprégnait de tartrate d'antimoine, par l'action de l'acide tartrique du vin sur la couche de métal oxydée du récipient[6]. La boisson qui en résultait formait un purgatif assez agréable. La coupe d'antimoine familiale était ainsi passée de génération en génération[4].