Insurrection syrienne de 1945
manifestations qui ont eu lieu en Syrie en 1945
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L'insurrection syrienne de 1945 ou crise du Levant, a lieu en mai- lorsque la République syrienne demande la fin du mandat français en Syrie et le départ des troupes françaises. La politique française de répression de la résistance nationaliste syrienne entraîne des manifestations et des combats entre forces indépendantistes syriennes et soldats français, notamment lors du bombardement de Damas le 29 mai[1] ; elle provoque un ultimatum britannique ; les troupes françaises doivent évacuer courant 1946 la Syrie, qui gagne son indépendance complète[2].
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Syrie |
| Casus belli | Refus de l'indépendance totale de la Syrie |
| Issue | Victoire syrienne |
| Changements territoriaux | Les troupes françaises quittent la Syrie |
| 61 tués 61 blessés |
Il s'agit d'un épisode de la décolonisation française au Levant.
Contexte : Mandat français en Syrie dès 1920

Dès 1916, Français et Britanniques projettent le dépeçage du Moyen-Orient dans le cadre des accords Sykes-Picot ; les Français s'attribuent alors le territoire syrien[3]. La défaite des Empires centraux lors de la Première Guerre mondiale entraîne la Partition de l'Empire ottoman lors du traité de Sèvres le . Les actuels États de Syrie et du Liban se retrouvent sous mandat français par l'autorité de la société des Nations, et l'Irak et la Palestine passent sous mandat britannique. La région contrôlée par la France est désignée l'État du Levant. Cette partition du Moyen-Orient avait été négociée par les accords secrets Sykes-Picot, signés dès le 16 mai 1916. Cependant, Youssef al-Azmeh, un militaire nationaliste syrien, s'oppose au mandat français, se rebelle, et monte une armée de volontaires. Il meurt au combat lors de la Bataille de Khan Mayssaloun face à l'armée française du Levant le . Le général Mariano Goybet remporte une victoire française décisive, qui permet aux troupes françaises d'entrer à Damas le lendemain. Le roi Fayçal Ier est chassé du pouvoir le , et l'éphémère royaume arabe de Syrie disparaît. Les Britanniques, pour garder une stabilité et maintenir leur influence avec le mandat britannique de Mésopotamie, lui propose le trône d'Irak, et il est couronné le 23 août 1921 et devient premier roi d'Irak[4].

Le , les accords Viénot sont signés entre la France et la Syrie, à Paris, afin de prévoir une indépendance syrienne. Toutefois, la Seconde Guerre mondiale commence en 1939, et la France est envahie le par l'Allemagne nazie, et signe l'armistice du 22 juin 1940. Le maréchal Philippe Pétain dirige désormais le régime de Vichy et, par extension, le Levant. Rapidement, les alliés et les Forces françaises libres reprennent toutefois le territoire lors de la campagne de Syrie du au , sous le commandement en chef de Henry Maitland Wilson avec une participation importante du Royaume-Uni et de ses anciens Dominions (l'Australie et l'Inde britannique)
Le général Henri Dentz, haut-commissaire de France au Levant luttant sans renforts, demande l'armistice, qui est signé le 14 juillet 1941 à Saint-Jean-d'Acre par Henry Maitland Wilson (pour le Royaume-Uni), Georges Catroux (pour les FFL) et Joseph de Verdilhac (pour l'État français). Les Syriens continuent de réclamer le départ des troupes françaises en manifestant[réf. nécessaire]. Le général Catroux est nommé délégué général de la France libre au Levant de 1941 à 1943 par Charles de Gaulle et reconnaît dès lors l'indépendance de la Syrie et du Liban. Jean Helleu lui succède en 1943 lorsque ce dernier part pour l'Algérie, et Paul Beynet obtient enfin le poste en 1944.
Tandis que la guerre continue en Europe, le Royaume-Uni demande aux Français de placer les troupes spéciales, l'embryon d'armées syrienne et libanaise, sous le contrôle direct des États. La France refuse, mais les Britanniques livrent fin 1944 2 200 fusils et revolvers à la gendarmerie syrienne, dont les effectifs passent pendant cette période de 5 000 à 7 000 hommes. Le président syrien Choukri al-Kouatli nomme à leur tête le colonel Abdulghani Kodmani[5].
Crise en mai 1945
Manifestations et émeutes syriennes

Les manifestations en Syrie sont organisées en soutien au gouvernement syrien qui refuse de négocier des traités accordant à la France une position avantageuse dans le pays[6]. Le général De Gaulle souhaitait avant tout garantir les intérêts économiques, culturels et stratégiques de la France[7]. La Syrie et le Liban s'inquiètent d'une tutelle française toujours importante ; les tensions montent. Pour préserver ses intérêts, le général Beynet s'entretient à Beyrouth avec le ministre des Affaires étrangères libanais Henri Pharaon et le Premier ministre syrien Jamil Mardam Bey au début du mois de mai[8],[9]. Il est chargé de retarder l'accès a l'indépendance des pays et a une vision négative du Proche-Orient, qu'il considère comme soumis[10] ; mais est concurrencé par son homologue britannique, Edward Spears, qui tente de chasser les Français de la zone.
La crise commence le , des manifestations à Damas donnant lieu à des échauffourées près de l'Hôpital français de Damas, avec pour bilan une douzaine de blessés.
Le lendemain, des émeutes se déclenchent à Alep où des soldats français sont blessés. Le général Fernand Olive ordonne à la troupe d'ouvrir le feu. En quelques jours, les troubles gagnent Hama et Homs[11]. A Hama, quatre-vingts morts sont dénombrés[12].
Bombardement de Damas

Le , les troupes françaises de l'armée du Levant pénètrent dans le Parlement syrien pour en arrêter le président Choukri al-Kouatli et le président de la Chambre des députés Saadallah al-Djabiri, qui s'enfuient.
L'armée française coupe l'électricité du bâtiment puis le fait bombarder. Le même jour, elle ferme la frontière avec la Jordanie, l'Irak et le Liban. En moins de trois jours, 400 Syriens sont tués[13],[14]. Damas est en partie détruite par les bombardements français[3].
Intervention britannique

Choukri al-Kouatli, qui s'est échappé, envoie une requête au Premier ministre britannique Winston Churchill pour lui demander d'intervenir en sa faveur. Churchill lui répond qu'il y est disposé mais il souhaite en même temps préserver sa relation avec De Gaulle.
Les forces britanniques dans la région sont alors constituées de la 9e armée (Royaume-Uni) stationnée en Transjordanie sous le commandement du général Bernard Paget.
Le Premier-ministre Syrien, Farès al-Khoury, alors à la Conférence de San Francisco, lance un appel au calme.
Le , Churchill autorise le général Bernard Paget à pénétrer en territoire sous contrôle français, ce que celui-ci fait le lendemain, notamment avec la 31e division blindée. Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle affirme qu’un ordre français de cessez-le-feu avait été donné dès le soir du 30 mai et exécuté avant la réception de l’ultimatum britannique. Selon son récit, les autorités françaises étaient alors parvenues à reprendre le contrôle de la situation. Il considère par conséquent l’entrée des forces britanniques et la prise de commandement annoncée par le général Bernard Paget comme une intervention dirigée non seulement contre les violences en Syrie, mais aussi contre la position politique et militaire de la France au Levant[15].
Le général Paul Beynet, délégué général de la France libre au Levant, compare l'intervention britannique pour rétablir l'ordre à un « coup de poignard dans le dos »[16]. De Gaulle rapporte qu’il prescrivit aux troupes françaises d’éviter tout affrontement avec les forces britanniques, tout en refusant de reconnaître à celles-ci une autorité sur les unités françaises. La crise provoqua une vive tension diplomatique entre Paris et Londres : le gouvernement français protesta contre l’intervention britannique et demanda que le différend soit porté au niveau des gouvernements alliés tout comme les troubles dans les pays sous mandat britannique (Irak, etc), ce qui fut vertement refusé[17].
Le ministre des Affaires étrangères Georges Bidault convoque l'ambassadeur du Royaume-Uni en France, Duff Cooper, proteste contre l'intervention britannique, et la presse française accuse les Britanniques d'avoir armé les manifestants syriens.
Bilan
Les pertes de l'armée du Levant sont de 34 tués et 30 blessés, et celles des troupes spéciales pro-françaises de 27 tués et 31 blessés. « Du côté syrien aucun chiffre réel ne fut publié, seul le chiffre de 2 000 morts fut évoqué. »[5]
La crise de mai-juin 1945 entraîne une forte détérioration des relations franco-britanniques. Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle présente l’intervention britannique comme l’aboutissement d’une rivalité ancienne entre les deux puissances au Levant. Il estime que Londres cherche à évincer la France de Syrie et du Liban et à étendre son influence politique, militaire et économique dans la région, et le fait publiquement savoir devant l’Assemblée consultative le 19 juin 1945[18].
Indépendance de la Syrie et du Liban
Malgré les protestations françaises, l’intervention britannique réduit fortement la liberté d’action militaire de la France en Syrie. Les troupes françaises sont regroupées, tandis que les gouvernements syrien et libanais obtiennent progressivement le contrôle des troupes spéciales recrutées localement. La crise rend dès lors difficile le maintien d’une présence militaire française sans l’accord des deux États.
La Syrie et le Liban participent à la conférence de San Francisco puis signent la Charte des Nations unies le 26 juin 1945 et deviennent membres de l'Organisation des Nations unies lors de son entrée en vigueur, le 24 octobre suivant. Cette reconnaissance internationale renforce leur demande d’évacuation des forces étrangères.
Le , un accord franco-britannique est signé, et les troupes françaises et britanniques commencent leur retrait. Le 17 avril 1946, le départ des dernières troupes françaises de Syrie achève l’évacuation militaire du pays et rend pleinement effective l’indépendance syrienne, déjà proclamée et reconnue diplomatiquement.