Culture d'Afanasievo
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La culture d'Afanasievo est une culture archéologique du nord de l'Asie centrale et de Sibérie méridionale, qui s'est développée au Néolithique récent, d'environ 3250 à [1], et peut-être jusqu'au début de l'Âge du bronze.
Nord-Est du Kazakhstan,
Nord du Xinjiang
| Lieu éponyme | Afanasievo |
|---|
| Répartition géographique |
Sibérie méridionale, Nord-Est du Kazakhstan, Nord du Xinjiang |
|---|---|
| Période | Néolithique récent |
| Chronologie | d'environ 3250 à |
| Type humain associé | Indo-Européens |
Objets typiques
Sépultures

Historique
La culture d'Afanasievo a été mise en évidence pour la première fois par des fouilles réalisées dans la région de Minoussinsk, dans le sud du Kraï de Krasnoïarsk, en Sibérie méridionale.
Extension géographique
Cette culture couvre aussi l'ouest de la Mongolie, le nord du Xinjiang, l'est du Kazakhstan, avec des connexions ou de possibles extensions jusqu'au Tadjikistan et la région de la mer d'Aral. Elle aurait peut-être laissé des traces jusqu'en Chine de l'Ouest, à travers la culture de Qijia[2].
Sépultures
La culture d'Afanasievo est surtout connue à travers ses sépultures, qui comprennent généralement des groupes de tumulus ronds (kourganes) mesurant chacun jusqu'à 12 m de diamètre, où les défunts sont enterrés dans des enceintes coniques ou rectangulaires, souvent en position couchée[3]. Ces sépultures ont une ressemblance remarquable avec celles, beaucoup plus occidentales, de la culture Yamna, au nord de la mer Noire et, dans une moindre mesure, avec celles de la culture des catacombes et de la culture de Poltavka, qui sont toutes considérées comme indo-européennes et relevant de la culture des kourganes, elle-même considérée par Marija Gimbutas et ses disciples comme la matrice des peuples-indo-européens.
Autres vestiges
Au-delà des sites d'inhumation, on dispose également des traces d'un certain nombre de villages. Les objets en métal (cuivre puis bronze), ainsi que la présence de véhicules à roues sont documentés.
Métallurgie du bronze
Cette culture aurait pu jouer un rôle dans une première transmission de la métallurgie du bronze vers la Chine[4],[5]. Cependant, il faudra surtout attendre la culture de Qijia, en Chine du Centre-Nord, en contact avec les cultures de Seima-Turbino et la culture d'Andronovo, qui sont plus tardives dans la steppe, pour voir démarrer l'Âge du bronze en Chine, vers La culture d'Afanasievo maitrisait par ailleurs le travail de l'or et de l'argent.
Mode de subsistance
L'économie semble avoir été le pastoralisme nomade, avec l'élevage bovin, de moutons, de chèvres et de chevaux, complété par la chasse au gibier sauvage[3]. Les moutons domestiques ont peut-être atteint l'Altaï lorsque les éleveurs de la steppe pontique ont traversé l'Asie centrale vers l'Est. Au Kazakhstan, les chevaux de Przewalski auraient été domestiqués localement par les populations de la sphère culturelle Botaï-Borly, entre 3600 et . Cette dernière s'est probablement étendue vers le sud-ouest de la Sibérie, où le site de Novoilinka-III montre une économie axée sur les chevaux[6].
Génétique
Plusieurs échantillons d'ADN autosomal provenant des tombes de la culture d'Afanasievo ont pu être étudiés et publiés en 2015, puis en 2018[7],[8]. Ils révèlent que les génomes de cette population sont remarquablement identiques à ceux de la culture Yamna, contemporaine dans la steppe pontique, plusieurs milliers de kilomètres à l'ouest[9]. La culture d'Afanasievo est donc directement issue d'une migration précoce d'un groupe de la culture Yamna, sans intermédiaire et sans aucun mélange avec des populations locales.
Les haplotypes du chromosome Y de trois hommes ont également pu être déterminés : ils sont tous les trois R1b, dont un R1b M269, soit les mêmes haplotypes que ceux trouvés dans la première vague de dispersion de la culture Yamna.
Cela a aussi permis de déterminer que la culture d'Andronovo, plus tardive en Asie centrale et possédant également de fortes caractéristiques culturelles et anthropologiques indo-européennes, a certes une population génétiquement très proche de celle de la culture d'Afanasievo, mais qu'elle n'en est pas issue. La culture d'Andronovo est en fait issue de la culture de Sintachta, elle-même directement issue d'une migration provenant de la culture de la céramique cordée, en Europe du centre-nord, qui est une autre culture indo-européenne issue de la culture Yamna (la population de la culture de la céramique cordée a un faible mélange avec des populations néolithiques européennes qui lui confèrent une signature génétique qui permet de la différencier des échantillons de la culture Yamna, et cette signature se retrouve dans les échantillons des cultures de Sintachta et d'Andronovo mais pas dans ceux de la culture d'Afanasievo). La culture d'Andronovo est donc le fruit d'une seconde vague de migration de l'Europe centrale vers l'Asie centrale, indépendante de celle qui avait engendré la culture d'Afanasievo. Les haplotypes Y trouvés dans la culture d'Andronovo le confirment également puisqu'ils sont majoritairement R1a, l'haplogroupe Y de la seconde vague indo-européenne, issue de la culture de la céramique cordée.
La dispersion des éleveurs Afanasievo en Dzoungarie s'est accompagnée d'un niveau substantiel de mélange génétique avec les populations locales, un schéma distinct de celui de la formation initiale de la culture Afanasievo dans le sud de la Sibérie[10].
Cultures postérieures
La culture d'Afanasievo a disparu en étant progressivement remplacée par la culture d'Okunevo, en grande partie d'origine sibérienne et supposément non indo-européenne. Cette dernière fut elle-même remplacée ensuite par la culture d'Andronovo, qui appartient à une seconde vague indo-européenne originaire d'Europe centrale, et qui serait à l'origine de la branche des langues indo-iraniennes.
Tokhariens
Le caractère à la fois ancien, indo-européen et oriental de la culture d'Afanasievo en faisait un candidat au titre d'ancêtre des populations tokhariennes (ou Arśi-Kuči) du Xinjiang. Ces populations parlaient deux langues indo-européennes apparentées, dans le bassin du Tarim (ouest de la Chine), encore utilisées vers la fin du Ier millénaire de notre ère. Ces populations semblaient descendre du « peuple des momies du Tarim », qui vivait déjà dans le Tarim depuis le début du IIe millénaire av. J.-C. Bernard Sergent écrivait ainsi qu'il y a « quelque consistance [dans] l'idée, défendue par James Mallory, que les Arśi-Kuči sont issus de la culture sibérienne d'Afanasievo, et se sont installés dans la région du Tarim bien avant que ne commence l'expansion vers l'Asie, en provenance des mêmes régions européennes, des locuteurs des langues indo-iraniennes[11]».
Néanmoins, une étude paléogénétique publiée en 2021[12] révèle que les momies du Tarim forment un groupe génétiquement isolé, dont les ancêtres auraient occupé la région du lac Baïkal il y a environ 9 000 ans. Les résultats de l'étude ne corroborent pas les hypothèses antérieures selon lesquelles l'origine de ces momies serait celle de pasteurs de langue proto-tokharienne, descendant de populations de la culture d'Afanasievo[10].
Si le lien entre les momies du Tarim et la culture d'Afanasievo a été démenti, l'identification entre culture d'Afanasievo et Tokhariens semble confirmée par une étude génétique de 2018[13][source insuffisante].