D'Chimbo
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Orpailleur, bandit |
D'chimbo est un africain originaire du Gabon, né vers 1828 et mort exécuté le , sur la place du marché de Cayenne, en Guyane. Orpailleur très réputé converti au banditisme, il devient une légende dans l’imaginaire collectif guyanais.
L'immigrant, le bandit et l'orpailleur
Le , dix ans après l'abolition de l'esclavage[1], D'chimbo arrive en Guyane à la suite d'un appel à la main d'œuvre étrangère pour relancer l'économie guyanaise[1]. D'chimbo est embauché par la Compagnie Aurifère et agricole de L’Approuague avant de s'adonner à plusieurs vols et autres crimes.
Arrêté et condamné à trois mois de prison et cinq ans de surveillance de la Haute police à la geôle de Cayenne, il s'en évade le pour se réfugier dans la forêt de l'Ile de Cayenne. D'chimbo est alors fugitif pendant 17 mois, et commet de nombreux crimes et délits tels que des vols, des assassinats, des agressions physiques et sexuelles sur la population guyanaise. D'chimbo est un homme qui capte l'attention déjà par son physique : petit, trapu, très musclé, il a des dents en forme de pointe. Le plus souvent, il circule avec le torse nu et garde toujours avec un sabre d'abattis en sa possession[2]. Il semble posséder des tatouages au niveau de la poitrine mais également des cicatrices dues à des balles et à des épines de la forêt[1]. H. de Saint-Quentin réalise le portrait de D'chimbo en 1861 : ce dernier est aujourd'hui exposé au Musée départemental Alexandre-Franconie[3].
Quand D'chimbo arrive en Guyane par le biais de recrutement par voie de rachat - un procédé commercial mis au point par les négriers pour remplacer la traite interdite après l'abolition de 1848. La réalité est assez négative au niveau des représentations de la paysannerie créole qui nait après plusieurs siècles d'esclavage. C'est à l'immigration que revenait le rôle de résoudre le problème de la désertion des habitations par les esclaves libérés. Le , un décret est pris par le Prince Président Louis Napoléon Bonaparte en ce sens là, et surtout pour réorganiser la traite des Noirs sous forme de contrats d'engagement. Conforme à l'idéologie de la Bourgeoisie Française, le recrutement des travailleurs immigrés est mis en vigueur sur un modèle esclavagiste. D'chimbo est un exemple d'immigré qui se comporte suivant les codes du marronage, ce qui en fait un Noir marron post-esclavagiste mais ne respectant point la déontologie maronne, et s'en prenant de préférence au petit peuple[4].
Avec la présence de D'Chimbo en Guyane, la peur commence à régner. Dans la nuit du , sur l'habitation Beauregard à Rémire, l'engagé Africain du propriétaire Pierre Bouché se retrouve couvert de sang, blessé à la tête et aux mains. Le surveillant rural François Haasseg grâce aux détails de la description reconnait l'agresseur comme étant le Rongou nommé D'Chimbo, qu'il avait rencontré sur la route à environ cent mètres des lieux. Haasse tente de l'arrêter pour le reconduire chez son engagiste comme le recommande les règles de l'immigration. D'Chimbo s'enfuit et nie toutes les accusations qui ont été formulées à son encontre. D'Chimbo seme la terreur sur l'Ile de Cayenne pendant plus d'un an.
Selon son compagnon de bois dénommé Guingué, la compagne de D'Chimbo M'Boyo disparait sans laisser de trace. Guingué ne soupçonne pas D'Chimbo, mais après plusieurs autres actes de banditisme effectués par ce dernier, on finit par établir le lien. En , D'Chimbo débute en tant qu'ouvrier agricole à la compagnie aurifère et agricole de l'Approuague, première compagnie exploitant les gisements d'or découverts en Guyane. D'Chimbo semble avoir eu des comptes à régler avec le colonel Charrière , directeur de la compagnie. Il est donc arrêté sur les placers de l'Approuague , mais parvint à s'enfuir. On réussit à le rattraper et on le transfère à Cayenne pour qu'il soit jugé. La chambre correctionnelle de la Cour Impériale de Cayenne le condamne, le , à trois mois de prison et à cinq années de surveillance de la Haute Police pour coups et blessures, vol et vagabondage. Le , D'Chimbo réussit à s'évader de la prison de Cayenne et se réfugie dans la forêt, où il vit pendant dix-sept mois de chasse et de cueillette, sans oublier ses vols sur les habitations aux alentours de son campement[4].
D'Chimbo n'avoue jamais les crimes qui lui sont imputés. Sa réponse à toutes les questions qui lui ont été posées se résument à la "dénégation formelle" et au "démenti invariable". Il est condamné à mort par la Cour d'assises de la Guyane Française le , à l'âge de 33 ans. Ainsi, le mardi , il est conduit sur la place publique du marché de Cayenne pour y être exécuté[5]. La guillotine utilisée pour son exécution se trouve actuellement conservée au Musée départemental Alexandre-Franconie avec les archives du procès. En guise d'exemple pour éviter des cas similaires, la tête de D'Chimbo est exposée à l'Hôpital Jean Martial. Quand en 1955, deux journalistes américains la prennent en photo et la publient en couverture de magazine, le Ministre de la Justice ne tolère pas cet acte odieux et demanda au parquet de Cayenne de faire inhumer la tête du défunt.
