De l'inconvénient d'être né
From Wikipedia, the free encyclopedia
| De l'inconvénient d'être né | |
| Auteur | Emil Cioran |
|---|---|
| Genre | aphorismes |
| Éditeur | Gallimard |
| Date de parution | 1973 |
| Nombre de pages | 248 |
| ISBN | 9782070721580 |
| modifier |
|
De l'inconvénient d'être né est un ouvrage publié en 1973 par le philosophe roumain Emil Cioran, qui, sous forme d'aphorismes fragmentés, livre des opinions concernant l’absurdité de la condition humaine mais aussi des prises de position sur des sujets variés.
Publié en 1973, De l'inconvénient d'être né est un recueil d'aphorismes et de fragments qui explore la condition humaine sous l'angle du désespoir, du néant et de la désillusion. Structuré en douze chapitres thématiquement ouverts, l'ouvrage totalise 883 fragments distincts [1]. La thèse centrale de Cioran renverse la perspective habituelle sur la finitude : le véritable « fléau » n'est pas la mort, mais la naissance elle-même, considérée comme une « catastrophe » et la racine de toutes les infirmités ultérieures [2].
Le texte aborde une multitude de sujets tels que le temps perçu à travers l'insomnie chronique, la vanité de l'action, l'obsession du suicide, le silence, et la figure de Dieu, souvent analysée dans une perspective gnostique [2],[3]. Cioran y prône un détachement radical, affirmant que l'homme a tout perdu en naissant et que la conscience est un exil de l'état primordial de non-être, lequel est assimilé à une liberté et un espace absolus [4].
Historique et publication
L'ouvrage paraît aux éditions Gallimard en 1973, s'insérant dans la collection « NRF Essais » [5]. Il s'agit du quatorzième livre de Cioran et du point culminant de sa période de maturité française [6]. La genèse du texte est intrinsèquement liée à ses carnets privés, notamment ses Cahiers 1957-1972, dont il a extrait et condensé les réflexions pour n'en garder que la « conclusion » incisive [7].
Traduit en anglais sous le titre The Trouble with Being Born par Richard Howard en 1976, le livre contribue à la notoriété internationale de l'auteur [8]. Bien que Cioran ait systématiquement refusé les distinctions littéraires qu'on souhaitait lui attribuer, comme le prix Roger-Nimier en 1977 ou le prix Paul-Morand en 1988, cet ouvrage a fini par devenir un classique, rejoignant la collection Penguin Modern Classics en 2020 [9].
Analyse
L'analyse de l'œuvre révèle une transition stylistique majeure : Cioran délaisse le lyrisme frénétique de ses écrits roumains de jeunesse pour une prose française classique et dépouillée, qu'il comparait à une « camisole de force » permettant de contrôler ses excès [10]. L'usage de l'aphorisme est ici central ; Cioran le définit comme une « gifle » ou un « feu sans flamme » qui refuse le système philosophique, considéré comme la pire forme de despotisme [6].
Sur le plan métaphysique, l'œuvre s'inscrit dans une filiation post-schopenhauerienne, substituant la volonté de puissance de Nietzsche par une fatigue désabusée [2],[9]. On y décèle une forte influence gnostique : le créateur du monde est dépeint comme un « mauvais démiurge », un être incompétent ayant vicié l'existence dès ses origines [9],[10]. L'écriture remplit une fonction thérapeutique et cathartique, agissant comme un « suicide différé » [4],[9]. La perfection formelle du style cioranien sert de contrepoint à la noirceur du message, vaccinant le lecteur contre la « facilité de l'espoir » par l'exercice d'une lucidité implacable [9].
Bibliographie
- André Marissel, « E.-M. Cioran. De l'inconvénient d'être né [compte-rendu] », Esprit, vol. 432, no 2, , p. 364-366.
