Delaware durant la guerre de Sécession

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L'esclavage est un problème clivant au Delaware pendant les années qui précèdent la guerre de Sécession. L'opposition à l'esclavage au Delaware, qui plonge ses racines chez les Quakers de Pennsylvanie, pousse beaucoup de propriétaires d'esclaves à les émanciper ; la moitié de la population noire de l'État est libre en 1810, et plus de 90 % sont libres en 1860[1],[2]. Cette tendance amène aussi des législateurs conservateurs à restreindre les organisations de noirs libres, et la police de Wilmington est accusée d'application rigoureuse de la loi à l'encontre des esclaves en fuite (en) alors que beaucoup de Delawariens enlèvent des noirs libres parmi les grandes communautés dans tout l'État et le vendent dans des plantations plus au Sud[2].

Pendant la guerre de Sécession, le Delaware est un État esclavagiste qui reste au sein de l'Union. Le Delaware vote le de ne pas faire sécession. Le Delaware avait été le premier État à embrasser l'Union en ratifiant la constitution et sera le dernier à la quitter, selon le gouverneur du Delaware de l'époque. Bien que la plupart des citoyens du Delaware qui ont combattu pendant la guerre de Sécession, l'ont fait dans des régiments de l'Union, quelques-uns ont servi dans des compagnies du Delaware du côté de la Confédération dans des régiments du Maryland et de Virginie.

Le gouvernement du Delaware n'a jamais formellement aboli l'esclavage pendant la guerre de Sécession ; cependant, une grande partie des propriétaires d'esclaves de l'État ont libéré leurs esclaves.

Deux mois avant la fin de la guerre de Sécession, le , le Delaware vote le rejet du 13e amendement de la constitution des États-Unis et vote en vain la poursuite de l'esclavage après la guerre de Sécession. Le Delaware ratifie symboliquement l'amendement le , 38 ans après la proclamation d'émancipation d'Abraham Lincoln. L'esclavage au Delaware se termine seulement lorsque le 13e amendement prend effet en . Le Delaware rejette aussi le 14e amendement pendant la période de reconstruction.

Maintien dans l'Union

Dans la décennie qui précède l'élection présidentielle de 1860, le Delaware voit une forte augmentation de sa population. Cette augmentation de la population renforce les liens sociaux économiques avec les États du Nord sans toutefois rompre les liens agraires avec les États du Sud. L'augmentation de la population entre 1850 et 1860 est de 22 % pour l'ensemble de l'État et est de 52 % pour la seule ville de Wilmington[3].

En 1860, si dans les États du Nord, le parti républicain a absorbé le parti whig et des Know Nothing, dans les États limitrophes, les sympathisants whigs et know nothing préfèrent le nouveau parti de l'Union constitutionnelle qui nomme John Bell pour la candidature à la présidence. Certains des délégués démocrates, dont James Bayard et William Whiteley tentent de s'opposer à la nomination du sénateur Stephen Douglas à la candidature démocrate. Cela aboutit à la présence de deux tickets démocrates, celle de Stephen Douglas et celle de John Breckinridge[3].

Candidat Parti Voix %
Breckinridge Démocrate 7 323 45,9
Bell Union constitutionnelle 3 833 24,0
Lincoln Républicain 3 811 23,9
Douglas Démocrate 1 001 6,2
Total 15 968 100

Lors de la course au congrès, le parti républicain et le parti de l'Union constitutionnelle s'unissent face au parti démocrate divisé, parviennent à faire élire George P. Fisher (en) et obtiennent une faible marge à la chambre des représentants et au sénat[3].

Le Delaware, comme le Maryland, est géographiquement intégré au Nord mais a un tempérament sudiste[4]. Si les mouvements minoritaires pro-sécessionnistes tentent de faire pencher la balance vers la cause confédérée, les mouvements de troupes fédérales vers Washington D.C. participent à maintenir l'État dans l'Union[4].

Le gouverneur de l'État, Willam Burton, sympathisant des États du Sud, tente de faire tenir une convention spéciale pour décider du sort du Delaware et le faire basculer dans la sécession. Si la législature nouvellement élue a des sympathies pro-sudistes, elle est néanmoins en désaccord avec lui sur le sujet de la sécession. Par un vote, à l'unanimité dans la chambre basse et à cinq contre trois au sénat, la sécession est désapprouvée[3].

Élection présidentielle de 1864

Lors de l'élection présidentielle de 1864, le Delaware est toujours divisé. Les élections se déroulent comme en 1862 et 1863 sous la supervision des troupes de l'Union, et les soldats de l'Union reviennent voter. Le parti démocrate tire les conclusions de son boycott aux élections de 1863 et participe activement aux élections. Le parti démocrate remporte les élections grâce aux comtés de Kent et de Sussex. Le Delaware fait alors partie des trois États qui donnent leurs voix à George McClellan[5]. Lors de l'élection présidentielle de 1864, le Delaware, avec le New Jersey et le Kentucky, n'est pas remporté par Abraham Lincoln[4]. À la fin 1864, le parti démocrate est alors majoritaire aux deux chambres de l'assemblée générale de l'État ce qui empêchera la ratification du treizième amendement de la constitution. Seul, le gouverneur reste républicain[5].

Le Delaware rejette le 13e amendement, comme il le fera en 1868 pour le 14e amendement en 1868 et le 15e amendement en 1870 qui étendent les droits civils des anciens esclaves[6].

Contexte

Selon le recensement de la population de 1860, l'État du Delaware compte 112 218 habitants dont 1 798 esclaves soit 1,6 de la population. La population blanche compte 90 589 individus et la population de couleur compte 19 829 individus à laquelle il faut ajouter les esclaves[1].

En , le président Lincoln lance un appel pour lever 75 000 hommes contre les sept États confédérés, à ce moment, et garantir les propriétés fédérales. La circulaire du secrétaire de la guerre aux gouverneurs fournit les indications pour la levée de 94 régiments de 780 hommes. Le Delaware doit fournir un seul régiment. Néanmoins, si le gouvernement, en tant qu'État à esclaves, refuse de fournir ce régiment, les habitants du Delaware en organisent un de leur propre initiative[7].

Esclavage

Avant la fin de la guerre d'indépendance des États-Unis, le Massachusetts et la Pennsylvanie avaient voté l'extinction graduelle de l'esclavage dans leur État. Le États au Nord du Delaware suivent au cours du temps l'exemple de ces deux États, mais le Delaware reste un État esclavagiste[8]. Cependant, la population en servitude décroît progressivement passant de 4 711 (soit 6 % de la population) en 1810 à 3 292 (soit 4 % de la population) en 1830[9], et à 1 798 (soit 1,6 % de la population) en 1860. En 1860, le nombre de propriétaire d'esclaves s'élève à 587 dont 562 propriétaires de moins de 10 esclaves et 25 propriétaires de 10 à 19 esclaves[10].

Hippolyte-Lazare Carnot écrit sur la situation des esclaves dans le Delaware :

« Dans les États du nord tels que le Maryland, le Delaware, etc., où les esclaves sont peu nombreux, ils sont généralement mieux traités que dans le midi de l'Union[note 1]. On procède contre eux en justice d'après la même loi que contre les Blancs, l'institution du jury est admise dans les procédures où ils sont impliqués. Dans le Delaware, le maître est puni d'amende pour violence, et de mort pour le meurtre envers la personne de son esclave[11]. »

Néanmoins, le témoignage de Mistris Ellis tempère ce constat :

« J'ai été trente-deux ans esclave dans l'État du Delaware. J'étais traitée d'une manière tolérable, comparativement à tant d'autres. J'étais élevée dans l'ignorance, et je sentais mon esprit déprimé, affaissé... J'ai été fouettée avec un fouet de charrette... Je porterai jusqu'au tombeau une bosse au front d'un coup que m'a donné mon maître. J'ai eu quatre enfants, deux sont morts, deux se sont échappés avec moi... C'est quand mon maître me menaça de me vendre et de garder mes enfants que je le quittai... »[8]

Par ailleurs, le premier paragraphe de la section 9 de l'article 1 de la constitution des États-Unis du met fin à l'importation d'esclaves après 1808. L'une des conséquences de cette interdiction d'importation est l'enlèvement d'Afro-Américains libres qui sont vendus en tant qu'esclaves dans les États esclavagistes. La majorité des enlèvements a lieu dans les États frontaliers de la Pennsylvanie, le Maryland et le Delaware. L'avocat et pamphlétaire anti-esclavagiste Jesse Torrey a déclaré qu'il faudrait un livre pour enregistrer le nombre d'enlèvement de noirs libres au Delaware. Les raisons avancées pour lesquelles la Pennsylvanie, le Maryland et le Delaware sont des États avec un grand nombre d'enlèvements sont qu'il y a une grande communauté d'Afro-Américains libres, qu'ils sont proches de la ligne Mason-Dixon et l'anonymat des ports de Philadelphie, Wilmington et Baltimore favorisent les enlèvements[12].

Personnes notables

Notes et références

Bibliographie

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