Destroy Man & Jhonygo
duo de hip-hop français
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Destroy Man & Jhonygo sont un duo de rappeurs français actifs à Paris à partir du début des années 1980. Ils sont considérés comme des pionniers du rap en français. Après deux singles, ils se séparent à la suite de conflits avec leur maison de disques. Chacun poursuit ensuite une courte carrière solo au début des années 1990.
| Origine |
Paris |
|---|---|
| Genre | |
| Instrument |
Voix, boîte à rythmes |
| Date d'activité |
Années 1980 |
| Date de fin |
Années 1990 |
| Date de fin |
Années 1990 |
| Langue |
Français |
| Label |
| Ex membres |
Destroy Man Jhonygo |
|---|
Origines
Destroy Man (de son vrai nom Max Jesbac[1]) fréquente les Black Panthers, une bande antiraciste de banlieue parisienne qui s'oppose aux bandes racistes dans des affrontements physiques[2]. C'est dans ce cadre qu'il rencontre Jhonygo (de son vrai nom Pierre Letin[3]), qu'il introduit dans le groupe[2]. Destroy Man et Jhonygo sont également proches des milieux antifascistes et anarchistes actifs en France dans les années 1980, aux côtés de groupes comme les Ducky Boys et les Red Warriors[4].
Avant de se consacrer au rap, les deux hommes gravitent autour du milieu rock ; Destroy Man fréquente notamment les Bains douches et entretient des liens avec J'Ai Mal à la Tête, groupe de rock dont son cousin, le chanteur Christian Prudent, fait partie[2]. Le nom de scène de Jhonygo est une référence à Johnny B. Goode de Chuck Berry[5].
Carrière
Débuts
Jhonygo découvre le rap dans une discothèque parisienne vers 1982. Le rap les séduit tous les deux par son côté « rock, dur, comme Chuck Berry »[6]. Ils y trouvent une résonance avec leur propre expérience, y reconnaissant des jeunes Noirs habillés comme eux et racontant des choses similaires à ce qu'ils vivent à Paris[5]. Jhonygo s'y consacre dès lors en privilégiant le français pour l'écriture[6].

Jhonygo et Destroy Man font partie des premiers rappeurs à se produire dans les lieux fondateurs de la scène hip-hop parisienne naissante[7]. Destroy Man, d'abord en charge de la sécurité lors des après-midis organisées par DJ Chabin au Bataclan (ensuite organisées à la salle de la Grange-aux-Belles), prend progressivement le micro lors des sessions open mic en duo avec Jhonygo[2],[7]. Ils rappent aux côtés de Lionel D, Gary Gangster Beat et Domi Rapper T[7]. Ils se produisent également à la discothèque Le Phil One, où se tient notamment un clash qui oppose les partisans du rap américain et ceux du rap français. Destroy Man et Jhonygo y affrontent Gary Gangster Beat et Domi Rapper T, représentant les pro-rap américain et qui interprètent une reprise en français approximative d'un morceau des Cold Crush Brothers tiré de la bande originale de Wild Style. Destroy Man et Jhonygo les enchaînent en français, les moquant en rimes et en improvisation, et emportent l'adhésion du public. Dee Nasty y voit rétrospectivement la victoire du rap français sur le rap américain[6]. Avec Lionel D, Jhonygo est ainsi l'une des figures fondatrices du rap francophone en tant que pratique artistique à part entière[8].
Entrée au sein de l'industrie du disque

Destroy Man se procure une Roland TR-808, avec laquelle il compose les premières productions du duo[2]. En 1987, Jhonygo et Destroy Man enregistrent un maxi, Égoïste / On l'balance, produit par Francis Kertekian[9]. La pochette est réalisée par le dessinateur Tanino Liberatore, que Destroy Man avait rencontré aux Bains douches. Les scratchs sont assurés par Dee Nasty[2]. Kertekian, convaincu de la valeur du duo, peine d'abord à trouver une maison de disques. Il parvient finalement à les faire signer chez Barclay grâce à l'entremise de Philippe Constantin. Les ingénieurs du son choisis par la maison de disques ne partagent cependant pas les références musicales de Jhonygo et Destroy Man. Kertekian évoque un « vrai choc culturel »[9]. Sur le plan de la promotion, les tensions s'exacerbent avec la maison de disques au point que Constantin organise une réunion de conciliation, qui tourne court[10]. La même année, ils se produisent sur le plateau de Thierry Ardisson et apparaissent dans un film d'Alain Tanner[11]

En 1988, un second single, J'en ai assez, paraît chez Barclay, dont l'édition est assurée par Virgin sur décision d'Emmanuel de Buretel. Le mix est confié à Frédéric Chichin des Rita Mitsouko, au détriment d'une version que le duo avait produite avec des scratchs et un riff de guitare de Jesse Johnson, ce qui provoque le mécontentement de Destroy Man[2]. Malgré les conflits du duo avec la maison de disques, Constantin leur maintient son soutien et engage la production d'un album. Une dizaine de titres sont enregistrés et mixés, parmi lesquels Hey négro !, J'suis dégoûté, Mon frère et Petite Sophie, mais des désaccords persistants avec l'équipe de promotion de Barclay conduisent à l'abandon du projet. Dee Nasty, qui avait participé à l'album, décrit rétrospectivement ce disque comme « l'album qui manqua au rap français »[2]. Barclay met fin à la collaboration avec le duo cette même année[10].
Carrières solo

Destroy Man publie en 1992 chez Barclay l'album Nouvelle classe en solo, précédé du single Édith, adressé à la première ministre Édith Cresson et coproduit avec le duo Rap Two. Pour en assurer la promotion, plusieurs centaines de cassettes du single, accompagnées d'un manifeste sur la situation des jeunes, sont envoyées aux députés de l'Assemblée nationale. L'album reçoit peu de soutien de la part de Barclay et est un échec commercial. Destroy Man ne publie plus de disque par la suite[1]. Jhonygo publie pour sa part l'album Réalités en 1993 chez Sony Music, aux ambiances proches du reggae[11],[12]. Sony lui annonce dès l'année suivante qu'il ne produira pas de suite[12].