Dominance écologique
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La dominance écologique est le degré selon lequel une ou plusieurs espèces exercent une influence majeure sur les autres espèces de leur communauté écologique (en raison de leur grande taille, de leur population, de leur productivité ou d'autres facteurs connexes) ou constituent la majeure partie de la biomasse. La composition et l'abondance des espèces au sein d'un écosystème peuvent être influencées par les espèces dominantes présentes.
Le concept de domination est considéré comme l’un des concepts les plus anciens en écologie[1]. Cependant, le terme de dominance écologique, parfois dénommé domination écologique, est un concept qui peut prendre des sens différents selon la discipline considérée. Pris dans un sens très général, il correspond à « (l')exercice d'une influence décisive en raison de leur effectif, de leur taille physique, de leur capacité de reproduction ou d'autres motifs, par une ou plusieurs espèces sur toutes les autres »[2].
Écologie et environnement
Dans la plupart des écosystèmes du monde, les biologistes ont observé à plusieurs reprises une courbe rang-abondance[a] dans laquelle les écosystèmes comprennent quelques espèces extrêmement abondantes, mais un plus grand nombre d'espèces rares et peu nombreuses[3],[4],[5],[6].
Le botaniste danois Christen C. Raunkiær a décrit ce phénomène comme sa « loi de fréquence » en 1918, reconnaissant que dans les communautés où une seule espèce représente la majeure partie de la biomasse, la diversité des espèces était souvent plus faible[7].
On s'attend logiquement à ce que les espèces les plus nombreuses aient des effets plus profonds[8]. Formalisée pour la première fois sous le nom d'« hypothèse du rapport de masse » dans un article de 1998 par l'écologiste anglais J. Philip Grime, les espèces écologiquement dominantes sont censées avoir des effets importants sur le fonctionnement des écosystèmes et les processus écologiques en raison de leur biomasse relativement élevée et de leur ubiquité[9].
La plupart des communautés écologiques sont définies par leurs espèces dominantes[10],[11].
Exemples d'espèces dominantes
- Dans de nombreux exemples de forêt humide en Europe occidentale, l'arbre dominant est l'aulne (Alnus glutinosa)[12].
- Dans les prairie à herbes hautes du nord-est du Kansas, l'herbe dominante est Andropogon gerardii[13],[14],[15],[16].
- Dans les tourbières tempérées, la végétation dominante est généralement constituée d'espèces de mousses du genre Sphagnum[17].
- Les marais à marée des tropiques sont généralement dominés par des espèces de palétuviers (Rhizophoraceae)[18],[19].
- Les côtes rocheuses exposées sont dominées par des organismes sessiles comme les balanes et les patelles[21].
- La fourmi tortue (Cephalotes pusillus) est considérée comme dominante dans les communautés de fourmis arboricoles du cerrado brésilien[22].
Il existe actuellement plusieurs métriques différentes pour évaluer la dominance des espèces dans les écosystèmes naturels, notamment l'indice de valeur d'importance[23], l'indice de compétition[24], l'indice d'importance communautaire[25], et l'indice de dominance[11].
Dominance et contrôle écologique
Edgar Morin souligne de son côté que bien que l’éco-diversité comporte des espèces ou associations dominantes, la dominance écologique ne signifie pas domination. « La biomasse dominante est à la base de la pyramide écologique, et non au sommet. Elle est autant, même plus, exploitée qu’exploiteuse. Elle ne contrôle pas l’éco-organisation[b] »[26].
Il introduit la notion de « points faibles » au sein des écosystèmes. où de petits événements, incidents, habitants, peuvent déclencher d’importantes modifications éco-organisatrices. Il s'appuie notamment sur l'exemple d'un micro-organisme situé en l’un de ces points faibles ayant été à l'origine d'une évolution majeure : le champignon Endothia parasitica, introduit du Japon en Amérique du nord, a éliminé les châtaigniers américains et, du coup, des dizaines d’espèces participant au réseau trophique associé aux châtaigniers. Un autre exemple est celui de l’effet des écureuils gris, introduits du Canada, dont l'action serait à l'origine de la progression du sycomore aux dépens du chêne et du hêtre en Angleterre.
L'auteur indique que, bien que les notions de dominance et de contrôle jouent un rôle clé dans la description des écosystèmes, ces notions, à la différence de ce que montrent par exemple les sociétés humaines, y sont dissociées et relativisées. La biomasse dominante ne contrôle pas l’écosystème, lequel est contrôlé en ses points faibles par des intrus ou des marginaux. Les écosystèmes, conservent encore une vertu organisatrice qualifiée « d'anarchiste » ou de « spontanée » en dépit de la domination et du contrôle exercé par les humains.