Dépendance à la pornographie
From Wikipedia, the free encyclopedia
La dépendance à la pornographie est un trouble psychique défini comme une consommation auto-déclarée excessive et répétitive de pornographie.

Ce trouble fait l'objet de centaines de publications scientifiques, mais, comme pour l'addiction sexuelle, il n'existe pas de consensus fort sur sa définition précise et sa caractérisation clinique.
On peut parler de dépendance à la pornographie dans le cas où une personne n'arrive pas à contrôler son attirance pour la pornographie, qu'elle y consacre beaucoup de temps, ou que cette dépendance a un impact important sur sa vie sociale, son travail, sa santé, sa vie de couple ou sa vie de famille.
Études médicales
CIM-11 (classification de l'OMS)
La dépendance à la pornographie ne figure pas en tant que telle dans la classification internationale des maladies de l'OMS (CIM-11). Cependant on y trouve le trouble du comportement sexuel compulsif ("compulsive sexual behaviour disorder"), également appelé Hypersexualité, dans la section 6C.
Littérature scientifique
Une méta-étude publiée en dans le Journal of Clinical Medicine, intitulée Online Porn Addiction: What We Know and What We Don’t—A Systematic Review (Addiction à la pornographie en ligne: ce qu'on sait et ce qu'on ignore)[1] a recensé 184 articles traitant du sujet. Les auteurs observent que "bon nombre d'études récentes soutiennent l'idée que [l'usage problématique de la pornographie en ligne] serait une addiction avec des symptômes cliniques comme le troubles de l'érection et l'insatisfaction sexuelle". L'état actuel de la recherche permet de dire que ce trouble compulsif est comparable à une addiction comportementale, comme l'addiction aux jeux de hasard[2]. Les recherches sur le cerveau ont mis en lumière un plaisir anticipé à la consommation de pornographie supérieur au plaisir au moment de la consommation, ce qui est caractéristique des addictions comportementales[3]. L’usage problématique est souvent lié à la recherche de plaisir sexuel pour échapper à des émotions désagréables, ce qui suggère que celui-ci est lié à une multitude de facteurs [4].
Le développement d'une sexualité compulsive, comme l'addiction au porno, est particulièrement facilité par des traumas survenus dans l'enfance, des abus émotionnels, de la négligence ou des agressions sexuelles comme peut l'être une exposition précoce à la pornographie[5],[6],[7],[8]. L’exposition précoce à la pornographie peut créer un mécanisme addictif lié à la reproduction de traumatismes sexuels. Chaque passage à l’acte ou visionnage réactive les circuits cérébraux associés à la sidération, à la domination et à l’humiliation, déclenchant des décharges hormonales (cortisol, adrénaline, ocytocine) similaires à celles du trauma initial. Ce brouillage entre les systèmes de plaisir et de violence renforce le fonctionnement traumatique, valide les comportements problématiques et diminue la capacité de conscience et de prise en charge des traumatismes. Les biais cognitifs permissifs s’accentuent avec le temps, et la consommation de pornographie les amplifie, favorisant ainsi un cycle addictif de répétition[9],[8],[10],[11].
Quant aux traitements possibles, le sevrage peut permettre la disparition complète des symptômes[12], mais il faut aussi traiter les causes de l'addiction ou les comorbidités associées (anxiété, dépression, psychopathie, ...), ainsi la psychothérapie accompagnée si besoin d'un traitement médicamenteux sont indiqués[11].
Plusieurs articles, rapports gouvernementaux et études scientifiques témoignent que l'augmentation de dépendance à la pornographie est en corrélation avec l'accès gratuit aux plateformes pornographiques, et facilité par l'usage de smartphones avant l'entrée dans l'adolescence[13],[14],[15], et au fonctionnement des algorithmes qui étudient le comportement des internautes pour favoriser l'addiction[16],[17].
IRM
En 2006, une équipe de chercheurs américains a entamé une expérience de plusieurs mois[18] d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), afin de mettre en évidence sur le cerveau les effets des images pornographiques, sans qu'il soit permis de conclure sur de possibles effets cliniques.
En 2016, une étude menée en Allemagne[3] a montré que certaines zones du cerveau liées au système de récompense — notamment le striatum ventral — s’activent lorsqu’une personne regarde des images sexuelles explicites. Plus cette zone était active, plus les participants déclaraient des symptômes d’addiction à la pornographie en ligne. Ces résultats suggèrent que le cerveau traite certains contenus pornographiques comme une récompense, renforçant l’envie de les consommer. Ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi certaines personnes perdent progressivement le contrôle de leur usage, comme dans d’autres formes d’addiction.
Au cinéma
- Good Dick (en) de Marianna Palka[19]
- Shame de Steve McQueen
- Don Jon de Joseph Gordon-Levitt