Église du Pater Noster de Jérusalem

édifice religieux français à Jérusalem From Wikipedia, the free encyclopedia

L'église du Pater Noster, ou Apostoleion, est un édifice religieux catholique sis sur le mont de l'Ascension, à Jérusalem-Est, en Terre sainte. Elle est aussi appelée Éléona (du grec elaiōn, « oliveraie »). Cette église est construite sur le site où, d'après la tradition, Jésus enseigna à ses disciples le Notre Père (Luc 11:1-4) (en latin Pater Noster). Cette tradition est confirmée par les Actes de Jean à Rome, écrits apocryphes du IIIe siècle[1], et plus tard par Arculfe[2] au VIIe siècle[3]. Le site est mentionné par Égérie vers lors de son pèlerinage, dans le Burdigalensis[4] et par Eusèbe de Césarée. Le site appartient au domaine national français en Terre sainte depuis la fin du XIXe siècle.

RattachementOrdre du Carmel
Début de la construction(Première) IVe siècle
Autres campagnes de travauxXIXe siècle
Faits en bref Présentation, Culte ...
Église du Pater Noster
Vue extérieure de l'église du Pater Noster.
Vue extérieure de l'église du Pater Noster.
Présentation
Culte catholique
Rattachement Ordre du Carmel
Début de la construction (Première) IVe siècle
Autres campagnes de travaux XIXe siècle
Site web www.carmeldejerusalem.com/enVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays Voir le statut de Jérusalem-Est
Ville Jérusalem-Est
Coordonnées 31° 46′ 41″ nord, 35° 14′ 43″ est

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Construction initiale

L'intérieur du couloir en .

Sur le site a d'abord été construite au IVe siècle une église liée à l'Ascension du Christ[5] par Constantin sous la direction de sa mère Hélène qui lui donna comme nom Église des Disciples[6]. Égérie nous donne dans le Peregrinatio Silviæ des indications sur le rite de l'Église de Jérusalem de l'époque en expliquant que l'archidiacre invitait d'abord les fidèles à rentrer dans l'Éléona, d'où une procession partait vers le mont des Oliviers. Après cela, on descendait à nouveau dans l'église, où les vêpres étaient chantées[7] et où étaient lus les chapitres 24 et 25 de l'Évangile selon Matthieu[8].

Adossé au mont des Oliviers, le bâtiment était construit sur trois niveaux reliés par des escaliers :

  • l'église, au plus haut niveau, sur un rectangle de 30 × 18,6 mètres, formée d'une allée flanquée de deux rangées de colonnes. L'abside était à l'est face au soleil levant. Un baptistère se trouve à sa porte sud ;
  • l'atrium : une avant-cour à colonnades de 25 mètres de longueur, avec au centre une citerne voûtée sur piliers qui recueille l'égout des toits[9] ;
  • le plus bas niveau côté ouest : un portique sur six colonnes.

Un couvent, un monastère et une chapelle appelée l'Apostolium furent ajoutés vers par Mélanie la Jeune, chapelle où elle fut inhumée avec sa mère. Au cours du VIe siècle, la crypte et l'église étaient désignées sous le nom de Matzi ou Matheteion. Treize évêques et patriarches de Jérusalem y auraient été inhumés, dont Cyrille de Jérusalem[10] et Modeste de Jérusalem.

La Grotte dite « du Pater »

Son emplacement avait été complètement oublié, et elle ne fut redécouverte qu'en [11]. L'excavation qui s'enfonce dans une tombe du Ier siècle[12] se trouve sous le côté est de l'église. Sur le fronton de l'entrée est gravée l'inscription latine : Spelunga in qua docebat Dominus apostolos in Monte Oliveti[13] qui signifie « Grotte dans laquelle le Seigneur a enseigné à ses apôtres sur le mont des Oliviers ».

Il ne reste de l'édifice originel que quelques éléments architecturaux. Des travaux de reconnaissance non destructifs y ont été entamés en [14].

Elle est encore appelée crypte du Credo[15] ou grotte du Credo[16],[17].

Destructions

Selon Eutychius, Jérusalem fut incendiée par les Perses dirigés par Schahr-Barâz en [18], faisant environ un millier de victimes sur le mont des Oliviers, d'après Stratègios. Plus tard en , elle fut rasée par les Arabes[19]. À la fin du VIIe siècle, Adomnan d'Iona dans De Locis sanctis l'évoque comme étant toujours debout ou reconstruite.

Sous Charlemagne qui, ayant obtenu en [20] de Hâroun ar-Rachîd la protection des lieux saints pour entre autres y fonder des établissements religieux[21], des bénédictins la relevèrent de ses ruines[22]. Un recensement des monastères de Terre sainte fait en  le Commemoratorium de Casis Dei  nous apprend qu'elle était desservie par trois moines et un prêtre.

Elle semble avoir été détruite à nouveau en par Al-Hakim bi-Amr Allah[23]. Les croisés ayant reconquis la ville après le siège de Jérusalem en , ils construisirent un petit oratoire au milieu des ruines entre [24] et [25]. Le croisé Bertulphe de Nangis semble la décrire dans sa chronique Gesta Francorum Iherusalem expugnantium, et son état de ruine est confirmé par Sæwulf.

Une église est totalement reconstruite en [26] grâce à Svend Svendsson, évêque de Viborg[27], et à son frère Sveinsson Eskill, amiral du Jutland, qui furent enterrés dans l'église en [28] (leurs tombes furent redécouvertes en et ils furent réinhumés dans la nouvelle église).

Cette église, décrite en par un pèlerin allemand, Théodoric, aurait été fortement endommagée pendant le siège de Jérusalem en par Saladin[29], au point d'être abandonnée. Odoric de Pordenone mentionne encore une église en et Ludolph de Sudheim (Ludolph Schilder) parle d'une chapelle en [30]. Selon le pèlerin franciscain Nicolás de Poggibonsi, elle tombe en ruines en , pendant la domination mamelouk.

« Vue du complexe de la basilique Éléona ou église Pater Noster sur le Mont des Oliviers, Jérusalem » en .

En , sous l'empire ottoman, on en exploita les ruines pour les vendre comme pierres tombales[31].

Reconstruction

Travaux

Émue par un sermon sur la désolation des lieux saints donné par le Père Poyet, patriarche latin de Jérusalem, la princesse Aurélie de La Tour d'Auvergne, fille de Joseph Aurèle de Bossi, partit pour Jérusalem en , et en dix ans, réussit à acquérir six hectares de terrain au mont des Oliviers[32].

Elle y fit bâtir en , sous les ordres de l'architecte André Lecomte du Noüy, un cloître de 30 × 20 mètres, sur le modèle du Campo Santo de Pise, dont les plans sont attribués à Eugène Viollet-le-Duc. Elle se livra également à deux années de fouilles, aidée de Charles Simon Clermont-Ganneau, qui était depuis drogman-chancelier du consulat français de Jérusalem[33], qui permirent notamment de dégager une mosaïque du Ve siècle où étaient inscrits en grec les psaumes 121:8 et 118:20. On y a aussi retrouvé l'épitaphe de Césaire de Heisterbach[34].

Les Pères blancs entreprennent de nouvelles fouilles en -. Sont mises au jour les fondations de l'église d'Hélène, un atrium entourant une citerne, un baptistère et la fameuse crypte du Credo. Sont aussi découverts ossements, tablettes et monnaies.

Dès , un projet de restauration de la basilique de l'Éléona est envisagé mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale suspend les travaux. Le projet connaît très vite une nouvelle vigueur en avec l'idée d'une basilique dédiée au Sacré-Cœur, soutenue par Jean-Augustin Germain, archevêque de Toulouse.

Les Pères blancs lancent les travaux en . Des vestiges anciens sont démolis pour reconstituer un sanctuaire couvrant la grotte. Pour permettre la reconstruction de la basilique, une partie du cloître est également détruit. Faute d'argent, le projet est arrêté. Divers travaux d'aménagement ad minima sont alors menés par l'Association des amis de l'Éléona en (architecte Charles Couasnon) puis en - par la France (architecte Yves Boiret)[35].

De nouveaux aménagements du site sont réalisés dans les années (rampe d'accès et installation de sanitaires) puis en où un jardin d'oliviers est ouvert aux visiteurs et aux pèlerins.

Don du site à la France

Aurélie de La Tour d'Auvergne fait don du site à la France en [36],[35].

Elle divise son terrain en trois, une partie (dont la grotte du Pater) fut donnée à la France, une partie aux sœurs carmélites, et une partie aux Pères blancs. La France confie la garde du sanctuaire aux carmélites en [35].

Fondation du Carmel

Sur les conseils de Père Alphonse Ratisbonne, Mère Xavière du Cœur de Jésus, du Carmel de Lisieux, rencontre la princesse Aurélie de La Tour d'Auvergne, et fondèrent un couvent de carmélites contemplatives en , le Carmel du Pater[37],[35]. L'église est inaugurée en et les travaux du monastère commencent l'année suivante. C'est au cours de ces travaux que sont découverts les peintures dans la crypte du « Credo ».

Plaques multilingues sur les murs du cloître

Des plaques reproduisant le texte du Pater Noster en plus de 170 langues (nationales ou régionales) sont apposées sur les murs du cloître[35],[38],[39]. Les Sœurs du Carmel continuent de promouvoir l'œuvre de la princesse de La Tour d'Auvergne. De nouvelles traductions sont régulièrement ajoutées.

Mausolée

Décédée à Florence en , la princesse fut le , conformément à ses dernières volontés, enterrée dans le cloître[40], dans un mausolée de marbre blanc, surmonté de son effigie, que Napoléon III fit exécuter. Une urne, déposée dans une niche au-dessus du mausolée, renferme le cœur du père de la princesse, Joseph Aurèle de Bossi.

Situation

Le cloître du Pater.

L'église est adjacente à l'Apostoleion qui est un des lieux de station de la liturgie de Jérusalem[41] ainsi que de l'Imbomon.

Avec l'église Sainte-Anne, le Tombeau des Rois, et l'abbaye bénédictine d'Abou Gosh, elle fait partie des quatre territoires français de Jérusalem[42].

Voir aussi

  • Marcel Favier, architecte français chargé de la reconstruction de la basilique antique d'Eléona ( et après)[43].

Annexes

Bibliographie

Articles liés

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Liens externes

Notes et références

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