Félix Moloua
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| Félix Moloua | |
Félix Moloua en 2022 | |
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| Biographie | |
| Lieu de naissance | Bangui, République centrafricaine |
| Nationalité | Centrafricaine |
| Parti politique | Mouvement Cœurs Unis (MCU) |
| Profession | Mathématicien, Démographe, Enseignant-chercheur |
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Félix Moloua, né le à Bangui, est un homme d'État, mathématicien et démographe centrafricain. Il est Premier ministre de la République centrafricaine depuis le , après avoir été nommé par le président Faustin-Archange Touadéra en remplacement d'Henri-Marie Dondra.
Issu d'une formation académique en mathématiques et en démographie, il enseigne à l'Université de Bangui avant d'intégrer progressivement les hautes sphères de l'administration de l'État. Directeur de cabinet du ministère de l'Économie pendant six ans, gouverneur national représentant la République centrafricaine auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Fondation africaine pour le renforcement des capacités (ACBF), il est nommé ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération internationale en , dans le gouvernement Sarandji, à la suite de l'élection présidentielle remportée par Faustin-Archange Touadéra.
Décrit par l'Agence Anadolu comme « un bon technocrate qui n'a pas un profil politique »[1], Félix Moloua représente un profil atypique dans le paysage politique centrafricain : sans assise partisane autonome, sa légitimité repose sur la maîtrise de dossiers techniques complexes, la diplomatie financière internationale et la continuité institutionnelle. Il est reconduit dans ses fonctions en pour diriger le premier gouvernement de la 7ᵉ République, au lendemain de l'adoption d'une nouvelle Constitution par référendum.
Félix Moloua naît le à Bangui, capitale de la République centrafricaine, alors territoire de l'Oubangui-Chari en voie d'accession à l'indépendance. Il grandit dans un pays dont la jeune histoire républicaine est marquée par une succession d'instabilités politiques.
Après ses cycles primaire et secondaire à Bangui, il intègre l'École normale supérieure de Bangui|École Normale Supérieure (ENS) de l'Université de Bangui, où il se spécialise en mathématiques et en physique. Il y obtient en 1981 le Certificat d'Aptitude au Professorat du 1er Cycle (CAPC), option Mathématiques-Physique[2]. Il poursuit sa formation universitaire jusqu'en 1985, date à laquelle il obtient le Diplôme Universitaire d'Études Scientifiques (DUES II), option Mathématiques-Physiques, à l'Université de Bangui[1].
C'est toutefois son séjour au Cameroun, entre 1993 et 1995, qui constitue le tournant décisif de son parcours intellectuel. Il intègre l'Institut de Formation et de Recherches Démographiques (IFORD) de l'Université de Yaoundé II, où il obtient un Diplôme d'Études Supérieures Spécialisées (DESS) en démographie[1]. Cette spécialisation lui confère les outils analytiques pour appréhender les dynamiques de population, essentielles à la planification du développement d'un État. Le lien avec cette institution reste vivace : en septembre 2025, la 45ᵉ promotion de l'IFORD est baptisée de son nom, en hommage à son parcours.
Il complète sa formation par de nombreux séminaires et ateliers techniques au fil des années, notamment sur les enquêtes MICS (Multiple Indicator Cluster Surveys) auprès de l'UNFPA à Dakar et d'AFRISTAT à Bamako, ainsi que sur la planification stratégique et le suivi-évaluation des programmes de développement.
Carrière d'enseignant-chercheur et publications
À l'issue de ses études, Félix Moloua exerce comme professeur de Mathématiques, de Physique, de Statistique et de Démographie à la faculté des Sciences de la Santé de l'Université de Bangui[2]. Il conduit parallèlement des travaux de recherche en démographie appliquée, axés sur les questions de santé reproductive et de vulnérabilité de l'enfance en République centrafricaine.
Publications
Son œuvre intellectuelle principale est le recueil collectif L'enfant en Centrafrique : famille, santé, scolarité, travail, publié en 2004 aux Éditions Karthala[3]. Cet ouvrage, qui fait encore autorité dans les études africanistes sur l'enfance, analyse les vulnérabilités structurelles de la jeunesse centrafricaine, en abordant notamment :
- les mécanismes de la sexualité précoce chez les adolescentes, avec un âge médian aux premiers rapports sexuels relevé à 15,9 ans ;
- le lien entre précarité économique des ménages et travail précoce des enfants ;
- l'insuffisance des structures d'encadrement et l'absence d'un programme national de santé adapté aux jeunes.
Il est également l'auteur d'une étude sur la santé de la reproduction des adolescents en République centrafricaine, publiée en 1998 pour le compte de l'UNFPA[4], ainsi que de travaux sur les approches socioculturelles et biologiques de la procréation en Afrique centrale, qui dénoncent les mariages forcés et l'instrumentalisation des enfants dans les processus de travail informel.
Carrière administrative et internationale
Fort de son expertise en statistique et en économie du développement, Félix Moloua occupe successivement plusieurs postes à haute responsabilité dans l'administration centrafricaine et dans des institutions financières internationales.
Il est pendant six ans directeur de cabinet du ministère de l'Économie et du Plan de la République centrafricaine[5], acquérant une connaissance approfondie des mécanismes budgétaires et des relations avec les bailleurs de fonds.
Entre 2010 et 2013, il est administrateur de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), représentant la République centrafricaine au sein de l'institution monétaire régionale[2].
Il exerce également les fonctions de :
- Gouverneur national représentant la République centrafricaine auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Fondation africaine pour le renforcement des capacités (ACBF)[1] ;
- Ordonnateur national du Fonds européen de développement (FED)[1].
Ces responsabilités lui permettent de tisser un réseau dense au sein de l'élite technocratique africaine et des institutions de Bretton Woods.
Carrière politique
Engagement au sein du Mouvement Cœurs Unis
Félix Moloua est un militant de la première heure du Mouvement Cœurs Unis (MCU), parti politique fondé par le président Faustin-Archange Touadéra en . Au sein du bureau exécutif du MCU, il exerce la fonction de conseiller politique chargé des relations avec les autres partis politiques et les organisations non gouvernementales[1].
Directeur adjoint de campagne présidentielle (2015–2016)
Lors de la campagne présidentielle de 2015-2016, Félix Moloua est désigné directeur national adjoint de la campagne de Faustin-Archange Touadéra, contribuant à sa victoire au second tour. Cette implication marque son entrée définitive dans la sphère politique[2].
Ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération internationale (2016–2022)
À la suite de l'élection de Touadéra à la présidence, Félix Moloua est nommé en ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération internationale dans le gouvernement dirigé par Simplice Sarandji[6]. Il occupe ce portefeuille durant l'intégralité du premier quinquennat présidentiel.
Après la réélection de Touadéra en décembre 2020, il est reconduit au rang de ministre d'État à la tête du même ministère dans le gouvernement dirigé par Henri-Marie Dondra, nommé Premier ministre le . Sous son égide, le ministère du Plan coordonne le Plan de Relèvement et de Consolidation de la Paix (RCPCA), document stratégique visant à engager la reconstruction post-conflit par le développement. Il supervise également la gestion du fonds fiduciaire Békou de l'Union européenne et l'ordonnancement du Fonds européen de développement.
Nomination au poste de Premier ministre
Contexte
Le , le président Touadéra met fin aux fonctions d'Henri-Marie Dondra, en poste depuis huit mois. Ce départ intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre Bangui et Paris, d'influence croissante de conseillers russes notamment issus du groupe de sécurité privé Wagner (groupe) Wagner et d'une redistribution des équilibres au sein du pouvoir exécutif[7],[5]. Si Dondra était perçu comme un interlocuteur privilégié des bailleurs de fonds occidentaux, certains observateurs relevaient ses difficultés à s'imposer face aux ministères régaliens[8].
Prise de fonctions
Félix Moloua est nommé Premier ministre par décret présidentiel n°22.040 le [2]. Il prend officiellement ses fonctions lors de la passation de service à la primature de Bangui le [2]. La presse internationale, notamment l'Agence France-Presse et Africanews, couvre largement sa nomination en soulignant son profil de « bon technocrate qui n'a pas un profil politique »[1].
Composition du gouvernement
Le , il forme son premier gouvernement, qualifié de «gouvernement de continuité» par les observateurs, la quasi-totalité des membres du gouvernement Dondra y étant reconduite[9]. Cette décision suscite des critiques au sein de l'opposition et de la société civile[10]. Il cumule la primature avec le portefeuille de ministre d'État à l'Économie et au Plan.
Les priorités affichées sont la consolidation des acquis de la politique sécuritaire du président Touadéra, l'assainissement des finances publiques et la mise en œuvre du projet de société présidentiel.
Gouvernance et réformes
Gestion économique et accord avec le FMI
L'un des actes majeurs de son mandat est la relance de la coopération avec les institutions financières internationales. En , à la suite d'une mission à Washington, Félix Moloua annonce le rétablissement du cadre de coopération avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, obtenant une facilité élargie de crédit (FEC) sur 38 mois d'un montant supérieur à 100 milliards de francs CFA[11]. Ce financement est assorti d'objectifs de transparence, notamment l'amélioration de la collecte des recettes fiscales et la maîtrise des dépenses publiques.
En , son gouvernement lance la plateforme numérique Dunia, outil de modernisation administrative destiné à lutter contre la corruption et à améliorer l'efficacité des services publics.
Politique éducative
Félix Moloua supervise le Projet d'Appui au Plan Sectoriel de l'Éducation (PAPSE II), financé à hauteur de 30,85 millions de dollars par l'Association internationale de développement (IDA/Banque mondiale). Ce projet vise à améliorer l'accès à l'enseignement primaire et secondaire notamment pour les filles et à réintégrer les enfants et adolescents déplacés par les conflits dans le système scolaire.
Politique étrangère
Relations avec la Russie
Dans le contexte de l'intervention des conseillers militaires russes et des effectifs du groupe Wagner (groupe)|Wagner, Félix Moloua maintient une position de défense de la souveraineté nationale, qualifiant cette coopération de «gagnant-gagnant» inscrite dans un cadre bilatéral légal pour protéger l'intégrité du territoire et former l'armée nationale centrafricaine. En , il participe au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, où il présente le potentiel minier et agricole centrafricain devant des investisseurs russes.
Relations avec la France
Malgré les tensions diplomatiques ayant accompagné la nomination d'Dondra puis son éviction, Félix Moloua poursuit un dialogue avec Paris, s'inscrivant dans une normalisation progressive des relations bilatérales, illustrée par la visite du président Touadéra à l'Élysée en .
Relations avec le Rwanda
La coopération militaire avec le Rwanda constitue un pilier de la stratégie de sécurisation du territoire. Les troupes rwandaises jouent un rôle stabilisateur dans plusieurs préfectures. Félix Moloua s'efforce de minimiser les tensions régionales entre Kigali et Kinshasa, en dénonçant ce qu'il qualifie de «manipulations» sur les réseaux sociaux.
Controverses
Référendum constitutionnel de 2023
Le , un référendum constitutionnel est organisé à l'initiative du président Touadéra. La nouvelle Constitution, promulguée le , marque l'entrée du pays dans sa 7ᵉ République. Elle comprend notamment la prolongation du mandat présidentiel de cinq à sept ans, la suppression de la limitation du nombre de mandats, ainsi que l'exclusion des binationaux de la candidature à la présidence.
Cette réforme est vivement contestée par l'opposition et la société civile réunis au sein du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC). Félix Moloua en défend la nécessité, arguant que la Constitution de 2016, issue d'une période de transition, n'est plus adaptée à la réalité d'un pays aspirant à une stabilité durable.
Situation des droits de l'homme
Les rapports de la MINUSCA et d'organisations non gouvernementales font état de violations persistantes des droits de l'homme depuis 2022, incluant des arrestations arbitraires, des atteintes à l'intégrité physique et des violences basées sur le genre (VBG)[12]. Le gouvernement est régulièrement interpellé sur le comportement de certaines unités des Forces armées centrafricaines (FACA) et de leurs alliés. Félix Moloua réaffirme son engagement pour la protection des civils, tout en invoquant le contexte de guerre asymétrique imposé par la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC).
Reconduction comme Premier ministre de la 7ᵉ République (2024)
Le , le président Touadéra reconduit Félix Moloua au poste de Premier ministre par décret présidentiel, le chargeant de diriger le premier gouvernement de la 7ᵉ République[13],[14]. Ce nouveau gouvernement compte 32 ministres, dont dix nouveaux entrants principalement issus des acteurs ayant soutenu la campagne référendaire de 2023, ainsi que trois ministres changeant de portefeuille[15].
