Frontalité

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Vue frontale du Taj Mahal.

La frontalité est une notion esthétique qui caractérise des sujets présentés perpendiculairement au regard du spectateur.

Quand la représentation est plate, comme en peinture, en photographie, en audiovisuel, la frontalité exclut l'existence d'axes obliques, mettant en évidence la perspective. Elle conserve, par conséquent, la symétrie. Une « photo témoin », cherchant à rendre compte sommairement de l'apparence du sujet, comme une photographie d'identité, privilégie presque toujours la vue frontale.

Dans les représentations en relief, comme au théâtre et en sculpture, la frontalité installe les axes des sujets  regards, action  dans une direction privilégiée comme la perpendiculaire à une paroi ou l'axe de symétrie d'une salle.

La frontalité a toujours un statut particulier dans l'esthétique, soit qu'on la rejette, soit qu'on l'exalte[1]. Selon Pierre Bourdieu, elle reflète « le souci de donner de soi la meilleure image la plus conforme à l'idéal de dignité et d'honneur[2] ». Pour d'autres, elle est conventionnelle, ou évoque une insupportable intimité[3].

Sculpture

Figurine cycladique (24e au 26e siècle av. J.-C.).

Des archéologues ont théorisé, à la fin du XIXe siècle, une loi de frontalité dans les sculptures anciennes[4].

Julius Lange a défini en 1899 la frontalité des statues dans l'art primitif[5] : « Le plan médian (...) qui partage le corps en deux moitiés symétriques, reste invariable, ne se courbant ni se tournant d'aucun côté. Une figure peut donc bien se courber en avant et en arrière, le plan médian ne cesse pas pour cela d'être un plan, mais il ne se produit ni flexion, ni torsion latérale[6] ». Il divise l'histoire de l'art en deux périodes : celle où la frontalité existe, au début de la civilisation ; et la suivante. La limite se situe selon lui à l'introduction du contrapposto en Grèce antique au VIe siècle av. J.-C.

Les remarques de Lange sont largement reçues dans le domaine de l'esthétique. Mais l'archéologue Waldemar Deonna lui oppose en 1912 la frontalité dans les œuvres du gothique roman, plus de quinze siècles plus tard[7], et l'anthropologue Félix Régnault la constate dans des statues du Dahomey du musée du Trocadéro qui montrent de nombreux détails asymétriques, dans des statuettes à visage dissymétrique représentant des sujets atteints de torticolis et de contracture faciale, dans des amulettes néo-zélandaises de personnages assis jambes croisées avec leur tête inclinée sur l'épaule, dans des poupées yakoutes (Sibérie) du musée Guimet avec la tête inclinée ou la bouche de travers - ce dernier trait se retrouvant dans maintes autres cultures -, et dans l'art populaire contemporain[8].

Sans nier la fréquence de la frontalité dans « l'art des sauvages et celui des peuples anciens », Regnault conclut que cette loi n'est pas absolue. Elle ne provient pas de l'état de la technique. « Je crois, écrit-il, que la frontalité provient surtout du Cérémonial dont les règles sont strictes dans les sociétés barbares et inégalitaires[9] ».

Art égyptien, frontalité et aspectivité

Dans la statuaire égyptienne, la frontalité permet un contact direct, « regard contre regard » entre le spectateur et l'œuvre ; et toutes les têtes de personnages sont sur une même ligne[10].

Mais la statuaire égyptienne obéit aussi au principe d'aspectivité, qui perturbe cet alignement[11]. Il faut rendre visibles les attributs essentiels du sujet. Ainsi une statue en ronde-bosse de Sépa indique sa qualité de magistrat non seulement par le cartouche en bas-relief mais aussi par la position des jambes, symbolisant un hiéroglyphe similaire l'activité et le mouvement, par d'une canne qui rappelle comme un rébus la parole, par un sceptre qui symbolise le pouvoir. Ces attributs ainsi que les hiéroglyphes qui identifient le personnage se lisent vus depuis le côté droit. Il y a deux axes privilégiés, et non un seul[12]. Les trois statues de Sépa et de son épouse Nésa, construites de la même façon sur deux axes, sont au Louvre « alignées dans une longue vitrine qui oblige le visiteur à se placer face à elles pour les regarder, en lui interdisant la vue latérale sinistroverse ». La muséographie a privilégié la frontalité, « probablement parce qu'il est difficile à un esprit occidental (…) de concevoir une image selon plusieurs points de vue simultanés[13] ».

Peinture et dessin

Théâtre et danse

Arts photographiques

Annexes

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