Fuite de données Facebook de 2021
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Les Facebook Leaks de 2021 sont une fuite de documents internes, issue de l'entreprise Facebook (depuis renommée Meta Platforms, ou Meta). Ces documents révèlent que l'entreprise connaissait les effets néfastes de ses plateformes sur la démocratie, les discours haineux en ligne, et sur la santé mentale des utilisateurs (jeunes notamment) ; mais persistait néanmoins à algorithmiquement privilégier les profits pécuniaires au détriment de ces effets adverses.
La fuite est détectée par la lanceuse d'alerte Frances Haugen. Elle est médiatisée en premier lieu dans le Wall Street Journal en , sous le titre « Facebook Files ». Une publication des « Facebook Papers » est faite le mois suivant par un consortium de médias.
L'enquête a principalement révélé que, d'après des études internes, Facebook était pleinement consciente des effets néfastes d'Instagram sur les adolescents utilisateurs, ainsi que de faits graves de violence propagée via Facebook notamment dans les pays en développement.
Les fuites ont aussi montré que l'entreprise avait pleinement conscience de l'impact des plateformes de l'entreprise sur la diffusion de fausses informations, et qu'elle a néanmoins sciemment utilisé des algorithmes mettant en avant les publications clivantes et « incendiaires ». Et, Facebook, par ses études internes, savait pertinemment que certains des contenus préjudiciables mis en avant par ses algorithmes et atteignaient particulièrement les jeunes utilisateurs. Parmi ces contenus figuraient des flots de publications faisant l'apologie de l'anorexie mentale et d'autres troubles des conduites alimentaires et des photos et conseils d'automutilation.
En , l'ONG Whistleblower Aid a déposé huit plaintes anonymes auprès de la Securities and Exchange Commission, au nom de la lanceuse d'alerte Frances Haugen, affirmant que Facebook avait connaissance de l'utilisation de sa plateforme pour promouvoir la traite d'êtres humains et l'exploitation domestique, mais n'avait pas pris de mesures suffisantes pour y remédier. Des documents internes montraient en effet que des signalements répétés de contenus liés à ces pratiques avaient été ignorés ou traités de manière inadéquate par Facebook. Haugen accusait donc Facebook de fraude boursière, au motif que la société avait induit en erreur ses investisseurs en minimisant publiquement les risques liés à ces activités illicites. Ces révélations ont contribué à intensifier les critiques sur la gestion des contenus dangereux par Facebook, notamment dans les pays en développement, et ont ensuite alimenté les appels à une régulation plus stricte des plateformes numériques[1],[2],[3].
Après avoir révélé publiquement son identité dans l'émission 60 Minutes[4],[5] Haugen a témoigné devant la sous-commission du commerce du Sénat américain chargée de la protection des consommateurs, de la sécurité des produits et de la sécurité des données, en expliquant le contenu des documents divulgués et les plaintes[6]. Après que l'entreprise se soit renommée Meta Platforms[7] Whistleblower Aid a déposé deux plaintes supplémentaires pour fraude boursière auprès de la SEC contre l'entreprise au nom de Haugen en [8].
À la mi-, le Wall Street Journal a commencé à publier une série d'articles sur Facebook, basés sur des documents internes alors d'origine anonyme. Parmi les révélations figuraient des informations sur des autorisations spéciales accordées aux publications d'utilisateurs influents (« XCheck »), un manque de réponses fortes aux signalements d'informations concernant des trafiquants d'êtres humains et des cartels de la drogue, une action en justice intentée par des actionnaires concernant le coût de la protection de la responsabilité personnelle du PDG de Facebook (désormais Meta), Mark Zuckerberg, dans le cadre du règlement du scandale des données de Cambridge Analytica, une initiative visant à accroître la présence d'actualités favorables à Facebook dans les fils d'actualité des utilisateurs, et des informations internes montrant comment Instagram a exacerbé l'image négative de soi chez les adolescentes interrogées[9].
Siva Vaidhyanathan a écrit dans The Guardian que les documents provenaient d'une équipe de Facebook « dédiée aux sciences sociales et à l'analyse des données, destinée à aider les dirigeants de l'entreprise à comprendre les conséquences de leurs politiques et de leurs conceptions technologiques »[10].
Casey Newton, dans The Verge, a écrit qu'il s'agissait du plus grand défi auquel l'entreprise ait été confrontée depuis le scandale des données de Cambridge Analytica[11].
Les documents divulgués comprennent une étude interne de Facebook portant sur l'impact d'Instagram sur la santé mentale des adolescents[12]. Alors que Facebook avait affirmé que ses règles s'appliquaient à tous les utilisateurs de la plateforme de manière égale, des documents internes partagés avec le Wall Street Journal faisaient état d'exceptions spécifiques réservées aux utilisateurs VIP, notamment les célébrités et les personnalités politiques[13]. À la suite de ces révélations, le conseil de surveillance de Facebook a annoncé qu'il examinerait le système[14],[15].
Le , Frances Haugen, l'ancienne employée de Facebook à l'origine de la fuite, a révélé son identité lors d'une interview à l'émission 60 Minutes (une émission d'information télévisée américaine emblématique, diffusée sur CBS depuis 1968, reconnue pour ses enquêtes approfondies, ses interviews exclusives et un journalisme d'investigation rigoureux). Elle y a détaillé les préjudices que Facebook a sciemment tolérés sur sa plateforme[16] et expliqué que c'est le fait qu'une amie ait été victime de propagande en ligne qui l'a poussée à dénoncer publiquement les agissements de Facebook[17].
Élections américaines de 2020 et attaque du Capitole américain le 6 janvier
À partir du , plusieurs médias commencent à publier des enquêtes et articles basés sur des documents fournis par les avocats de Haugen, issus d'un fonds baptisé « Facebook Papers ». Ces articles détaillent des pratiques de la part de Facebook[18],[19].
En 2019, le New York Times fait état de discussions internes à l'entreprise où des employés s'inquiétaient de la diffusion par Facebook de contenus relatifs à la théorie du complot « QAnon » plus d'un an avant les élections américaines de 2020. Après l'élection, un data scientist de l'entreprise signale, dans une note interne, que 10 % des messages à contenus politiques aux États-Unis concernaient des publications affirmant que l'élection avait été frauduleuse[20]. Parmi les dix plaintes anonymes déposées auprès de la SEC par Whistleblower Aid au nom de F. Haugen, l'une alléguait que Facebook avait induit en erreur ses investisseurs et le grand public quant à son rôle dans la propagation de la désinformation relative aux élections de 2020 et à l'extrémisme politique ayant conduit à l'attentat du Capitole le 6 janvier[1],[4].
F. Haugen est employé chez Facebook de à , au sein de l'équipe Intégrité civique de l'entreprise (Civic Integrity Team), créée en 2018 pour prévenir les manipulations électorales, la diffusion de fausses informations et les abus politiques et idéologiques sur Facebook... en réponse directe au récent scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ. Mais cette équipe est dissoute en (peu après l'élection présidentielle américaine). Cette équipe devait identifier et résoudre les problèmes liés aux élections mondiales sur la plateforme, afin que Facebook cesse de diffuser de la désinformation et de la mésinformation politiques, et d'inciter à la violence et d'être détournée par des entités ou gouvernements malveillants[21],[22].
Au même moment (dans les semaines qui ont suivi l'élection présidentielle américaine de 2020), Facebook recommence à assouplir les mesures de modération de contenu mises en place pendant la campagne électorale, et ce, en dépit de données internes montrant explicitement une augmentation des contenus enfreignant ces règles sur la plateforme, alors même que le compte Facebook de Donald Trump figurait sur la liste blanche du programme XCheck de l'entreprise[22],[23].
Une autre plainte déposée par Haugen auprès de la SEC, en tant que lanceuse d'alerte, alléguait que l'entreprise avait aussi induit en erreur les investisseurs, et le grand public quant à l'application de ses conditions d'utilisation, en raison de cette inscription sur la liste blanche du programme XCheck[1],[4]. Haugen est interrogée (en visioconférence) en par la commission spéciale de la Chambre des représentants américaine chargée d'enquêter sur l'attaque du . Elle rapporte son expérience chez Facebook, réexplique ce que contenaient les documents de l'entreprise fournis au Congrès, la structure de l'entreprise et son témoignage devant le Congrès fait le mois précédent. Cependant, aucune des informations fournies à la commission n'est incluse dans son rapport final[24],[25].
Les effets d'Instagram sur les adolescents
Les documents révèlent que Facebook (désormais Meta) menait depuis 2018 une étude interne sur l'impact d'Instagram sur les jeunes utilisateurs. Si les résultats indiquent qu'Instagram est néfaste pour une grande partie d'entre eux, les adolescentes sont parmi les plus touchées. Des chercheurs internes ont rapporté qu'« Instagram aggrave les problèmes d'image corporelle chez une adolescente sur trois ». Par ailleurs, une étude interne a également révélé que les adolescents de sexe masculin étaient affectés par la comparaison sociale négative, touchant 14 % des garçons américains en 2019[26]. Il a été conclu qu'Instagram contribuait à des problèmes plus spécifiques à son utilisation, comme la comparaison sociale chez les adolescents[27]. Le , Facebook publie une partie de son étude interne, affirmant que ces rapports dénaturaient l'objectif et les résultats de ses recherches 28 (Musil, Steven (September 30, 2021). « Facebook releases internal research on Instagram's effects on teens, ahead of testimony ». CNET. Archived from the original on July 22, 2022. Retrieved July 22, 2022.).
Étude de Facebook sur les préadolescents
Les Facebook leaks révèlent aussi que Facebook avait constitué une équipe chargée spécialement d'étudier les préadolescents, avec un objectif fixé à trois ans pour créer davantage de produits destinés à cette tranche d'âge. Elle devait produire des recherches et études stratégiques sur les perspectives commerciales à long terme liées à l'attraction des préadolescents. Parmi ces recherches figurent des études sur l'utilisation des applications de médias sociaux par les préadolescents et sur les inquiétudes et réactions des parents. Bien que les lois fédérales américaines sur la protection de la vie privée limitent la collecte de données sur tous les enfants de moins de 13 ans, des documents internes (d') font état de projets de création d'applications ciblant les enfants de 6 à 17 ans. En septembre, le responsable d'Instagram annonce l'arrêt du développement de ces applications[28].
Un document de Facebook daté de 2020 pose la question : « Pourquoi nous intéressons nous aux préadolescents ? » et il y répond en affirmant qu'« ils représentent un public précieux mais encore inexploité »[29].
Violence dans les pays en développement
Une note interne étudiée par le Washington Post, montre que Facebook était conscient des discours haineux, y compris des appels à la violence contre des groupes comme les musulmans et les Cachemiris[30]. D'autres documents ont montré que Facebook avait réagi à ces incidents en supprimant les publications qui enfreignaient clairement son règlement, mais sans déployer aucun effort substantiel pour empêcher la récidive[30].
Alors que 90 % des utilisateurs mensuels de Facebook se trouvent désormais hors des États-Unis et du Canada, Facebook affirme que les barrières linguistiques constituent un obstacle à une réforme d'envergure.
Promotion de publications incitant à la colère (2015)
En 2015, outre le bouton « J'aime » sur les publications, Facebook a introduit d'autres options de réaction émotionnelle : j'adore, haha, super, wow, triste et en colère[31].
Le Washington Post a rapporté que pendant trois ans, les algorithmes de Facebook avaient favorisé les publications recevant ces nouvelles réactions (et notamment la réaction « En colère ») en leur attribuant un score cinq fois supérieur à celui des « J'aime » traditionnels.
Des années plus tard, les chercheurs de Facebook ont souligné que les publications avec des réactions « En colère » étaient beaucoup plus susceptibles d'être toxiques, clivantes, fausses ou de faible qualité. Ignorant de fréquents avertissements internes, l'entreprise n'a pas différencié la réaction « En colère » des autres réactions jusqu'en , date à laquelle sa valeur a été supprimée (après avoir constaté le mécontentement croissant des utilisateurs face aux réactions « En colère » reçues de lecteurs leurs publications ou de bots et autres trolls). Il y a eu d'autres cas où Facebook a privilégié de nouvelles fonctionnalités qu'il souhaitait promouvoir, même si cela s'est avéré être une promotion de contenus toxiques ou incitant à la radicalisation[32].
En 2018, Facebook a entièrement revu l'algorithme de son fil d'actualité, en implémentant un nouvel algorithme privilégiant les « interactions sociales significatives » (ISS). Ce nouvel algorithme accordait une importance accrue aux contenus partagés, une mesure visant à « inverser la baisse des commentaires et encourager la publication de contenus originaux ». Cet algorithme a atteint cet objectif, mais avec des conséquences négatives connexes observées (dont des signalements d'utilisateurs faisant remarquer une baisse de la qualité du fil d'actualité et une augmentation de la colère sur le site. Des documents divulgués révèlent que des employés ont en interne proposé plusieurs modifications visant à corriger certains des problèmes identifiés dans l'algorithme. Mais ces documents affirment que Mark Zuckerberg a refusé les modifications proposées, craignant qu'elles ne réduisent l'engagement des utilisateurs sur Facebook.
Des documents font également état d'une autre étude interne, menée par Facebook en 2019. L'Inde est le marché le plus important de facebook (elle compte plus d'utilisateurs facebook que tout autre pays, avec près de 450 millions d'utilisateurs en , mais avec une expansion très ralentie de l'usage de facebook par les femmes : Les hommes représentaient 75 % des utilisateurs actifs mensuels de Facebook en Inde l'année dernière en 2021, à comparer aux 62 % au début 2020)[33].
Les chercheurs de Facebook avaient donc créé un faux compte (basé en Inde), pour analyser les effets de l'algorithme des modifications récentes des recommandations de Facebook sur le contenu présenté à ce compte, qui simulait le comportement d'un nouvel utilisateur indien, sans interactions particulières, durant trois semaines après l'ouverture. Les chercheurs ont observé que rapidement, le fil d'actualité du compte s'est rempli de contenus extrêmes, notamment de fausses informations, de discours haineux, de pornographie et de propagande politique. Les chercheurs ont alerté sur le fait que l'algorithme favorisait les contenus les plus engageants, souvent polarisants ou toxiques, au détriment de la qualité ou de la véracité. L'étude montrait clairement que le système (algorithme) des recommandations de Facebook pouvaient facilement radicaliser les utilisateurs, même passifs, en les exposant à des contenus de plus en plus extrêmes, confirmant les limites de la modération automatisée existant au sein de Facebook, et les risques liés à l'optimisation algorithmique pour l'engagement. Facebook a reconnu l'existence de cette étude, mais sans qu'aucune mesure corrective majeure n'ait été mise en œuvre à l'époque. L'expérience a renforcé les critiques sur la responsabilité de Facebook dans la propagation de contenus nuisibles, notamment dans les pays en développement où les ressources de modération sont limitées[34].
Début 2022, les conclusions d'une autre étude interne (basée sur des dizaines de milliers de personnes et sur des données internes d'utilisateurs) était communiquée à certains employés (menée sur deux ans jusqu'à la fin de 2021), qui concluait qu'en Inde (premier marché mondial de Facebook), de nombreuses femmes évitaient maintenant le réseau social parce que dominé par les hommes et parce qu'elles s'inquiétaient pour leur sécurité et leur vie privée (cf. sécurité du contenu et contacts non désirés). « Meta ne peut pas réussir en Inde tout en laissant les femmes de côté. » concluait l'étude, alors que le même jour (), le directeur financier de l'entreprise affirmait que si Meta Platforms, pour la première fois, enregistrait une baisse trimestrielle du nombre d'utilisateurs quotidiens de Facebook en Inde alors que WhatsApp et Instagram progressaient, c'était à cause d'une hausse des coûts des données mobiles.
Insatisfaction des employés (2019-2020)
Politico cite plusieurs employés de Facebook ayant exprimé leurs inquiétudes quant à la volonté et à la capacité de l'entreprise à réagir aux dommages psychiques causés par sa plateforme. Un message de 2020 indique : « Il est anormal qu'un grand nombre de personnes de l'équipe chargée de la sécurité du site démissionnent en disant : “Ah, et au fait, on contribue activement à rendre le monde pire, pour info.” Chaque fois que ce problème est soulevé, on le balaie d'un revers de main en disant : “Les gens changent d'emploi tout le temps”, mais ce n'est PAS normal. » Un autre message de 2019 précise : « Nous disposons d'indicateurs fiables nous permettant de savoir si une modification de l'algorithme de classement risque d'entraîner des atteintes à l'intégrité — même avec une précision limitée, nous pouvons raisonnablement évaluer si une mise à jour favorise la haine, la désinformation ou d'autres contenus problématiques. En revanche, nous ne savons pas comment réduire efficacement la visibilité de ces contenus de manière ciblée… et même si nous le pouvions, il nous serait souvent impossible de déployer ces solutions, pour des raisons de conformité à nos politiques »[35].
Apple menace de supprimer Facebook et Instagram (2019)
En 2019, après des signalements inquiétants, montrant que Facebook et Instagram étaient utilisés pour organiser le commerce de domestiques et travailleuses du sexe au Moyen-Orient, Apple a menacé de retirer ces deux applications de l'App Store sur iPhone, en raison de violations graves des règles de modération et de sécurité.
Facebook a alors promis de renforcer ses règles, avant de reconnaître par la suite qu'elles étaient insuffisante[36]. Deux ans plus tard, une recherche sur Facebook donnait encore des résultats concernant ces travailleuses du sexe, et ces dernières ont témoigné avoir été affamées, vendues, séquestrées et agressées physiquement[37].
Programme « Crosscheck » ou « XCheck »
Les documents, notamment portés à la connaissance du public par le Wall Street Journal le , révèlent[38] l'existence d'un programme privé, baptisé « XCheck » « Crosscheck » (ce qui signifie en français « vérification croisée »), utilisé par Facebook pour secrètement autoriser les publications d'utilisateurs considérés comme « influents » même quand elles ne respectent pas les règles supposées s'appliquer à tous les usagers.
Initialement conçu comme une mesure de contrôle qualité, ce système a depuis été étendu pour protéger des millions d'utilisateurs VIP des procédures de sanction habituelles de l'entreprise. L'objectif du programme XCheck était d'éviter tout affrontement public avec des personnalités suffisamment influentes pour nuire à Facebook, en leur accordant des exceptions aux règles de modération appliquées aux autres utilisateurs[39]. XCheck a permis à des célébrités et à d'autres personnalités publiques de totalement échapper aux sanctions infligées aux utilisateurs Facebook lambda malgré des violation des règles de Facebook. Et il a permis à d'autres de pouvoir poster (ou continuer à poster) des messages enfreignant clairement les règles et signalés comme tel... en attendant une vérification par un employé de la plateforme.
Par exemple, en 2019, le footballeur Neymar avait publié des photos de nu d'une femme qui l'accusait de viol ; ces photos étaient restées en ligne pendant plus de 24 heures. Selon le Wall Street Journal.
Facebook aurait aussi sciemment laissé certains comptes partager des affirmations (jugées fausses par les factcheckers de Facebook), y compris disant que les vaccins tuent, qu'Hillary Clinton a couvert de supposés réseaux pédophiles ou que Donald Trump a qualifié d'« animaux »' tous les demandeurs d'asile.
Le compte Facebook de Donald Trump a lui-même bénéficié du programme XCheck, ce qui lui a permis de contourner les règles de modération, même en pleine période électorale (notamment pour ses publications controversées sur le vote et la supposé fraude électorale), et ceci, en dépit des éléments de preuves d'utilisation alors récente et démontrée de Facebook et des données volées à des dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook pour fausser le jeu des élections américaines (et d'autres) en influençant un grand nombre d'utilisateurs par des messages ciblés, grâce à une intelligence artificielle (Ripon) et à des officines (Cambridge Analytica et AggregateIQ)[40], via un dispositif international[41], monté et financé par des proches de Donald Trump et de l'extrême droite américaine (Steve Bannon[42], le Groupe SCL, le milliardaire Robert Mercer (milliardaire informaticien et pionnier du domaine de l'intelligence artificielle)[43],[44].
XCheck n'est pas marginal et concerne au moins 5,8 millions d'utilisateurs en 2020, selon des documents internes de Facebook[45].
Collaboration avec le gouvernement vietnamien en matière de censure (2020)
En 2020, le gouvernement communiste vietnamien menace de fermer Facebook si le réseau social ne coopérait pas à la censure des contenus politiques dans le pays, pays émergeant qui est un marché important pour Meta (alors encore baptisé Facebook) en Asie du Sud-Est[46]. La décision de se conformer à cette menace est approuvée personnellement par Mark Zuckerberg[47],[48]. Fin 2020, Facebook annonce avoir renforcé sa censure de 983 % par rapport à son précédent rapport[49].
Suppression des mouvements politiques sur sa plateforme
En 2021, Facebook élabore une nouvelle stratégie pour lutter contre les contenus préjudiciables sur sa plateforme, mettant en œuvre des mesures visant à réduire et à endiguer la propagation des mouvements jugés « haineux ». Selon un haut responsable interne de la sécurité, l'entreprise « ne chercherait à perturber les mouvements sur sa plateforme que s'il existait des preuves convaincantes qu'ils étaient le fruit de cercles d'utilisateurs très soudés, liés à des actes de violence ou autres préjudices dans le monde réel et déterminés à enfreindre les règles de Facebook ».
Dans le cadre d'une nouvelle stratégie contre les contenus nuisibles, Facebook a discrètement limité la visibilité de certaines pages jugées problématiques : leurs publications étaient moins mises en avant dans le fil d'actualité des utilisateurs, et ces derniers n'étaient plus informés des nouveaux posts. Parmi les groupes visés figuraient le Parti Patriot, lié à l'attentat du Capitole aux États-Unis, ainsi que Querdenken, un groupe conspirationniste allemand plus récent, placé sous surveillance par les services de renseignement, après des manifestations qu'il a organisé, qui ont, à plusieurs reprises, entraîné des violences, avec des blessés parmi les forces de l'ordre[50].
L'utilisation de l'IA par Facebook suscite des inquiétudes (2019)
En 2019, bien avant l'explosion de l'IA générative dans le grand public (2022-2023 avec ChatGPT), des documents révélés par le Wall Street Journal montrent que Facebook a réduit le temps passé par ses modérateurs humains aux signalements de discours haineux, privilégiant désormais ses systèmes d'intelligence artificielle pour réguler ce type de contenu. Cependant, des signalement et documents internes d'employés indiquent que cette IA s'est avérée largement inefficace dans cette tâche, peinant notamment à détecter des vidéos d'accidents de voiture, de combats de coqs, et à comprendre les discours haineux en langues étrangères[51]. Des ingénieurs et chercheurs internes à Facebook estimaient que leur IA n'avait été capable de détecter et supprimer que 0,6 % de « l'ensemble des contenus enfreignant les règles de Facebook contre la violence et l'incitation à la haine »[51].
Inclusion de Breitbart News comme source d'information fiable
Le Wall Street Journal a aussi rapporté que les dirigeants de Facebook ont refusé de retirer le site web d'extrême droite Breitbart News (notoirement lié à Steve Bannon, qui a été conseiller de Donald Trump et de la Maison Blanche) de l'onglet Actualités de Facebook, afin d'éviter de s'attirer les foudres de Donald Trump et des membres républicains du Congrès, malgré des critiques des employés de Facebook[52],[53] s'appuyant notamment sur une étude interne de Facebook (datant d') qui avait révélé que Breitbart News était la source d'information la moins fiable et la moins bien classée parmi les sources analysées aux États-Unis et en Grande-Bretagne[52].
Podcast du Wall Street Journal
De manière complémentaire à la série de reportages « The Facebook Files », le Wall Street Journal a produit un podcast sur sa chaîne The Journal, divisé en huit épisodes :
- Partie 1 : The Whitelist (La liste blanche)[54]
- Partie 2 : 'We Make Body Image Issues Worse' (« Nous aggravons les problèmes d'image corporelle »)[55]
- Partie 3 : 'This Shouldn't Happen on Facebook' (« Cela ne devrait pas arriver sur Facebook »)[56]
- Partie 4 : The Outrage Algorithm (L'algorithme d'indignation)[57]
- Partie 5 : The Push To Attract Younger Users (« La stratégie de séduction des jeunes utilisateurs »)[58]
- Partie 6 : The Whistleblower (Le lanceur d'alerte)[59]
- Partie 7 : The AI Challenge (Le défi de l'IA)[60]
- Partie 8 : Une nouvelle stratégie de modération[61]
Réponse de Facebook
Lors d'une conférence téléphonique sur les résultats du troisième trimestre 2021, le PDG de Facebook , Mark Zuckerberg, a évoqué les récentes fuites, les qualifiant d'efforts coordonnés visant à donner une fausse image de son entreprise en divulguant sélectivement des documents[62].
Selon un courriel interne divulgué et consulté par le New York Times, Facebook a demandé à ses employés de « conserver les documents et communications internes depuis 2016 », une pratique appelée « obligation de conservation légale ». Le courriel poursuit : « Comme c'est souvent le cas après ce type de révélation, plusieurs enquêtes ont été ouvertes par des gouvernements et des instances législatives concernant les activités de l'entreprise »[63].
Lobbying
En , le Wall Street Journal a révélé que Meta menait des actions de lobbying pour diviser les parlementaires américains et semer la confusion au Congrès, afin d'entraver la réglementation à la suite des révélations de la lanceuse d'alerte de 2021[64]. L'équipe de lobbying de Facebook à Washington a suggéré aux élus républicains que la lanceuse d'alerte « tentait d'aider les démocrates », tandis que le discours tenu aux collaborateurs démocrates était que les républicains « se focalisaient sur la décision de l'entreprise d'interdire toute expression de soutien à Kyle Rittenhouse », rapportait le Wall Street Journal.
Selon l'article, l'objectif de l'entreprise était de « semer la confusion, diviser les parlementaires selon les clivages partisans et empêcher la formation d'une alliance transpartisane » contre Facebook (désormais Meta) au Congrès[65].
