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Abid al-Boukhari

ancienne armée d’esclaves marocaine From Wikipedia, the free encyclopedia

L’Abid al-Boukhari (arabe : عبيد البخاري, littéralement "les esclaves d'Al-Boukhari") connue sous le nom de la Garde noire, était une armée, ou guich constituée par Moulay Ismaïl en 1673 et composée d'esclaves noirs, qui sera jusqu'aux débuts de la colonisation française la garde personnelle du sultan[1]. L'armée est nommée d'après le serment fait par ses membres, juré sur la collection de hadiths de l'imam Al Boukhari.

Soldat de la garde noire du Maroc

Deux réalités coïncident sous le nom de Garde noire, la garde rapprochée du sultan, aujourd'hui devenue garde royale marocaine, et l'armée des Abid al-Boukhari.

Sous Moulay Ismaïl

Moulay Ismaïl succède à son demi-frère Moulay Rachid en 1672 peu de temps après l’avènement de la dynastie alaouite, dans un contexte régional encore instable qui l'amène à vouloir créer une armée forte et loyale. Un conseiller surnommé Alilich lui proposa de réunir les esclaves noirs qui avaient été dans l'armée de Ahmed el Mansour, depuis, éparpillés un peu partout dans Marrakech[2]. Le terme "Abid" en arabe signifie esclave, mais il fut associé aux noirs[3]. Petit à petit, il entreprend de constituer une armée d’esclaves. Dans une lettre adressée aux jurisconsultes de la mosquée al-Azhar au Caire pour légitimer cet enrôlement forcé, le sultan justifie son choix en affirmant que les hommes libres de son pays ne conviennent pas à l'engagement militaire en raison de « la paresse et la fainéantise » ancrées dans leurs habitudes. À l'inverse, il explique privilégier ces populations noires car cette « espèce est peu coûteuse, qu'elle se contente de peu » et qu'elle s'avère plus robuste et patiente pour endurer les déplacements militaires, la surveillance des frontières et la protection du territoire face à « l'ennemi athée »[4]. De nombreux esclaves du monde arabe sont alors des Noirs africains, provenant de régions de religions traditionnellement animistes. Mais Moulay Ismaïl va violer la loi musulmane en enrôlant de force toutes les personnes noires du royaume, musulmanes ou affranchies, en plus des esclaves déjà présent sur le territoire marocain. Malgré une résistance des Noirs eux-mêmes et de juristes musulmans[3], le projet s’accomplira tout de même avec succès, à l'exception de la ville de Fès[réf. nécessaire], où la résistance de juristes influents, tels que le cadi de Fès Al-Arabi Bourdellah et Muhammad bin Abdul Qadir al Fassi, aura raison de la volonté du sultan.

Le sultan Moulay Ismaïl, fondateur de la Garde noire, et dont la mère était une esclave noire

Les Abids étaient regroupés dans un camp spécial à Mechra el Remel afin d’y engendrer des enfants. Moulay Ismaïl avait lui-même pour mère une esclave noire. Il faisait marier les Abids mâles avec des marocaines pour tenir en bride ses propres sujets et faisait marier les femmes Abids à des marocains pour s'assurer la domination sur Songhai[5]. Les enfants de la communauté, garçons et filles, étaient présentés au sultan vers l’âge de 10 ans, puis soumis à un programme d’entraînement strictement réglementé. Les garçons y apprenaient des corps de métier et des compétences militaires : maçonnerie, équitation, tir à l’arc et maniement des armes à feu ; les filles étaient formées à la vie domestique ou aux arts du divertissement. À 15 ans, ils étaient répartis dans les différents corps de l’armée et mariés ; le cycle se reproduisait ensuite avec leurs propres enfants[1].

À son apogée, l'armée des Abid-al-Boukhari atteint 150 000 hommes[1], une armée qu'on a parfois qualifié de janissaires de couleur[6]. Le sultan incorpore une partie des soldats dans sa garde personnelle, la Garde noire, tandis que le reste sert de garnison dans les villes ou d'armée de campagne, sous le nom d'askar al-boukhari ou jaych al boukhari. Les Abids étaient directement engagés dans la conquête et l'administration des territoires tribaux dans tout le Maroc. En 1700, il y avait des garnisons de Abids dans toutes les villes[7]. Les descendants de Boukhari servent également dans l'administration[8].

Ils étaient craints par les autres peuples marocains, non seulement en raison de leur statut de serviteurs du roi, mais aussi car ils patrouillaient dans les campagnes marocaines et collectaient les impôts[9]. Ils étaient plus haut gradés que les Aluj (pluriel d'Alj), les esclaves blancs chrétiens, et grassement payés. Vers 1697-1698, on leur donna même le droit de posséder des biens[9]. Selon le consul français Jean-Baptiste Estelle : "Ce prince a rendu son autorité et celle de ses Noirs si grande que les Blancs, qui sont les habitants de ses royaumes, en sont devenus leurs esclaves."[3]

L'après Moulay Ismaïl

La période qui suivit la mort de Moulay Ismaïl en 1727 fut anarchique. Les Abid-al-Boukhari ont commencé à s'impliquer dans les intrigues politiques allant jusqu'à faire et défaire les sultans à leur guise[10]. La discipline se relâcha, les soldes privilégiées n’étant plus versées, les Abids se tournèrent vers le brigandage. Beaucoup abandonnèrent leurs garnisons pour s’installer dans les villes, d’autres devinrent agriculteurs ou paysans. Ceux qui restèrent dans l’armée constituèrent un élément instable, prompt à l’intrigue et aux révoltes. Sous certains sultans énergiques, les Abid-al-Boukhari furent périodiquement réorganisés, mais ils ne retrouvèrent jamais leur ancienne puissance ni leur effectif d’autrefois. Le corps fut définitivement dissous à la fin du XIXe siècle et seul un petit nombre symbolique fut conservé comme garde personnelle du souverain[1]. Après l'établissement du protectorat, la garde noire est réduite à une fonction cérémonielle[8].

Références

Voir aussi

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