Dogue allemand

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Le dogue allemand (Deutsche Dogge) est une race de chien molossoïde à poil court, originaire d'Allemagne, classée par la Fédération cynologique internationale (FCI) dans le groupe 2, section 2.1, sous le standard N°235[1]. Il est également connu sous le nom de grand danois (Great Dane) dans l'usage anglophone et nord-américain. C'est l'une des plus grandes races de chiens au monde, souvent surnommée « l'Apollon des chiens »[1].

RégionDrapeau de l'Allemagne Allemagne
TailleMinimum 80 cm au garrot (mâles), 72 cm (femelles) selon le standard FCI N°235
PoidsNon précisé par le standard FCI. Référence vétérinaire académique (Meyer & Zentek, 2005) : 60 kg (mâles) et 55 kg (femelles) pour le dogue classique ; fourchette typique observée en pays FCI : 50–90 kg (mâles) et 45–60 kg (femelles)
PoilCourt et dense, lisse et couché bien à plat, luisant
Faits en bref Région d’origine, Région ...
Dogue allemand
Dogue allemand arlequin et chiot dogue allemand fauve.

Dogue allemand arlequin et chiot dogue allemand fauve.
Région d’origine
Région Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Caractéristiques
Taille Minimum 80 cm au garrot (mâles), 72 cm (femelles) selon le standard FCI N°235
Poids Non précisé par le standard FCI. Référence vétérinaire académique (Meyer & Zentek, 2005) : 60 kg (mâles) et 55 kg (femelles) pour le dogue classique ; fourchette typique observée en pays FCI : 50–90 kg (mâles) et 45–60 kg (femelles)
Poil Court et dense, lisse et couché bien à plat, luisant
Robe Quatre variétés officielles FCI (2024) : fauve et bringé, noir et arlequin, bleu, gris bigarré de noir (merle)
Tête Allongée, étroite, expressive ; lignes du crâne et du chanfrein parallèles ; stop nettement prononcé
Yeux En amande, aussi foncés que possible ; yeux clairs ou vairons admis chez les arlequins et (depuis 2024) chez les gris bigarrés
Oreilles Naturellement tombantes, attachées haut, de grandeur moyenne, bord antérieur accolé à la joue
Queue Atteignant le jarret, portée en sabre en action sans dépasser le niveau du dos
Nomenclature FCI
  • groupe 2
    • section 2.1
      • no 235
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Origines et histoire

Le dogue allemand est une race d'origine allemande[2],[3]. Son nom français « grand danois » — et son équivalent anglais Great Dane — vient de l'appellation « Le Grand Danois » employée par Buffon dans le tome V de son Histoire naturelle (1755)[4]. Cette dénomination, forgée pour désigner les grands chiens de type dogue d'Europe du Nord, s'est maintenue dans l'usage anglophone et nord-américain malgré l'absence de tout lien historique entre la race et le Danemark[4],[2]. En Allemagne, la race est toujours désignée sous son nom officiel Deutsche Dogge. Dans le stud book anglais, la dénomination German Boarhound n'est remplacée par Great Dane qu'en 1894[5].

Formation de la race (XVIe siècleXVIIIe siècle)

Les tentatives de rattacher la race à des types de chiens antiques ou médiévaux, parfois évoquées dans la littérature cynophile du XIXe siècle (notamment l'hypothèse d'une descendance des alanus introduits en Europe au IVe siècle par les Alains), restent incertaines ; la comparaison des ADN mitochondriaux de diverses races n'a pas confirmé de lien avec le dogue du Tibet[6].

L'histoire du dogue allemand est continue depuis le début du XVIe siècle. À cette époque, la noblesse européenne importa d'Angleterre et d'Irlande de grands chiens puissants issus de croisements du mâtin anglais avec le lévrier irlandais : on les désignait en Allemagne sous le nom d'Englische Docke (ou Dogge) ou d'Englischer Hund — soit simplement « chien anglais »[7]. Dès le début du XVIIe siècle, ces chiens étaient élevés dans les cours princières germaniques de manière indépendante[7],[8].

Utilisés pour la chasse à l'ours, au sanglier et au cerf, les plus beaux spécimens servaient également de Kammerhunde (chiens de chambre), protégeant les princes pendant leur sommeil depuis leur litière de pelages ou de peaux d'ours, parés de colliers de velours vert à lettres d'argent pour les premiers, de velours rouge à lettres de laiton pour les seconds[9]. Lors des chasses au sanglier, les dogues portaient une cuirasse de tissu rembourré renforcée de fanons de baleine sur le ventre pour se protéger des défenses[10].

Ces chiens portent différents noms selon les régions germaniques : Ulmer Dogge (arlequin, Wurtemberg), Dänische Dogge (bleu et fauve, régions du Nord), Saupacker (chien de vautrait) ou Hatzrüde (chien courant)[1],[7]. Le standard FCI identifie comme ancêtres directs de la race le Bullenbeißer ainsi que ces Hatz- et Saurüden[1].

Bismarck et le « Reichshund »

Otto von Bismarck possède des dogues allemands tout au long de sa vie. Il aurait emmené une dogue blonde nommée Ariel lors de ses études de droit à l'université de Göttingen dès 1832[11]. Son préféré, Sultan, lui est offert par le comte bavarois Holnstein ; à la mort de Sultan le , il ne peut être consolé que par le don d'un nouveau dogue du même comte, Tyras. Lors du Congrès de Berlin de juillet 1878, Tyras attaque le chancelier russe Gortchakov et lui déchire le pantalon. Le journal satirique Kladderadatsch publie le le poème An den Reichshund Au chien de l'Empire ») — qui identifie à tort le chien comme Sultan, déjà mort à cette date[11]. Tyras meurt le  ; l'empereur Guillaume II offre alors à Bismarck un second dogue nommé Tyras II, qui sera le modèle du chien figurant sur plusieurs monuments dédiés au chancelier[11]. Le terme Reichshund s'étend par la suite à la race en général[12]. Le peintre Wilhelm Trübner (1851–1917) renforce aussi la notoriété de la race en représentant fréquemment son dogue Caesar dans des portraits parfois ironiques.

Unification de la race et premier standard (1863–1897)

Sur la première grande exposition canine allemande, organisée à Hambourg en 1863, huit dogues sont présentés comme « danois » et sept comme Ulmer Doggen. Ce classement se reproduit lors d'une exposition à Altona en 1869, bien qu'aucun de ces chiens ne soit d'origine danoise[7]. C'est à l'occasion d'une exposition à Hambourg en 1876 que les juges proposent aux éleveurs des deux variantes de s'entendre sur le nom commun de Deutsche Dogge[13].

En 1878, un comité de sept éleveurs et juges réuni à Berlin sous la présidence du Dr Bodinus, directeur du zoo de Berlin, officialise cette décision[2],[1]. Le premier standard est rédigé à l'exposition de Berlin en 1880. Le Deutscher Doggen Club (DDC) est fondé à Berlin le  ; c'est le premier club de race canine d'Allemagne[2]. Il publie en 1891 le standard qui constitue le socle du standard FCI N°235, et ouvre en 1897 le premier livre des origines Deutsche Dogge avec 538 entrées[2].

Développement international

La Fédération cynologique internationale, créée en 1911, reprend le standard de la race sous le numéro 235. En France, le Doggen Club de France (DCF), association loi 1901, gère la race depuis sa fondation en Alsace le , affilié à la SCC et à la FCI[14]. L'Eu.D.D.C. (Association of European Deutsche Doggen Clubs) regroupe les clubs nationaux depuis sa fondation le à Bensheim ; le DDC en est membre fondateur[15].

Le standard FCI N°235 a été révisé le (publication le ), introduisant notamment la reconnaissance officielle du gris bigarré (merle) comme variété de plein droit[1].

Description

Aspect général

Le standard décrit le dogue allemand comme « l'Apollon des chiens », réunissant dans un ensemble noble une grande construction, une puissance et une élégance[1]. Le corps s'inscrit dans un format carré : la longueur du tronc ne doit pas dépasser de plus de 5 % la hauteur au garrot chez les mâles, ni de plus de 10 % chez les femelles. Le dimorphisme sexuel est marqué[1].

Taille et poids

Le standard FCI N°235 fixe une hauteur au garrot minimale de 80 cm chez les mâles et de 72 cm chez les femelles, sans plafond strict ; il ne précise aucune valeur de poids[1]. La pratique cynologique en pays FCI fixe néanmoins implicitement une fourchette haute idéale d'environ 90 cm chez les mâles et 84 cm chez les femelles[16].

En l'absence de valeurs officielles, la référence académique vétérinaire en pays germanophones est l'ouvrage de Helmut Meyer et Jürgen Zentek sur la nutrition du chien[17], qui retient un poids adulte de référence de 60 kg chez les mâles et de 55 kg chez les femelles pour le dogue classique[18]. Selon la même source, le poids de naissance moyen d'un dogue allemand est de 567 g[17],[18].

Dans la pratique, les sources cynologiques allemandes rapportent des poids adultes situés entre 50 et 90 kg chez les mâles et entre 45 et 60 kg chez les femelles[19],[20]. Une tendance récente, parfois qualifiée d'« hypertype », résulte de la sélection de sujets plus massifs (particulièrement par certains éleveurs en France, en Italie et dans d'autres pays continentaux) pouvant dépasser 95 kg chez les mâles ; cette dérive est critiquée par les associations vétérinaires en raison de ses conséquences sanitaires (affections cutanées, palpébrales et locomotrices)[21].

Plusieurs records mondiaux Guinness du chien le plus haut au garrot ont été détenus par des dogues allemands. Gibson, dogue arlequin de Grass Valley en Californie, détenteur du record en 2004 (107,2 cm)[22], meurt le d'un ostéosarcome après amputation d'une patte[23]. Giant George, dogue allemand bleu mesurant 109,2 cm et pesant 111 kg, détient le titre brièvement en 2010[24]. Zeus (2008–2014), mesurant 111,8 cm au garrot, lui succède et demeure à ce jour le chien le plus grand jamais homologué par le Guinness[25]. Un second dogue nommé Zeus (2019–2023), mesurant 104,6 cm, détient ensuite le titre du chien vivant le plus grand avant sa mort le [26].

Tête

La tête est allongée, étroite, expressive, délicatement ciselée sous les yeux. Les lignes supérieures du crâne et du chanfrein sont parallèles, le stop nettement prononcé. La truffe est noire chez la plupart des sujets, anthracite chez les bleus, et peut être ladrée chez les arlequins. La denture complète comporte 42 dents articulées en ciseaux. Les yeux, en amande et aussi foncés que possible, sont admis clairs ou vairons chez les arlequins et, depuis la révision FCI de 2024, chez les sujets gris bigarrés[1].

Robes et couleurs

Le standard FCI N°235 révisé en 2024 reconnaît officiellement les variétés suivantes[1] :

Fauve et bringé

Le fauve va du jaune or clair au jaune or intense, avec masque noir recherché. Le bringé présente un fond jaune or rayé de noir, les rayures suivant la direction des côtes, nettement dessinées.

Noir et arlequin

Le noir est un noir de laque (marques blanches admises à la poitrine et aux pieds) ; ce groupe inclut les dogues à manteau (Manteltiger, cape noire sur fond blanc) et les Plattenhunde (fond blanc à grandes plaques noires). L'arlequin (officiellement « blanc bigarré de noir ») présente un fond blanc pur avec des taches noir de laque au contour déchiqueté, bien réparties. Seuls environ 10 % des chiots issus de deux sujets porteurs du gène arlequin présentent phénotypiquement la coloration souhaitée[27].

Bleu

Bleu acier pur, marques blanches admises à la poitrine et aux pieds, truffe anthracite.

Gris bigarré de noir (merle)

Fond gris avec taches noir de laque déchiquetées, bien réparties. Cette variété a été officiellement reconnue lors de la révision FCI de 2024, avec la sous-variante Mantel Merle (manteau gris bigarré sur fond blanc) et la tolérance des yeux clairs ou vairons[1].

L'accouplement de deux porteurs du gène merle est interdit par la réglementation FCI — et constitue une forme d'élevage maltraitant au sens du droit allemand[28] — les sujets dits « double merle », homozygotes, présentant des anomalies majeures (surdité, cécité, pelage majoritairement blanc)[1]. De même, l'homozygotie du gène arlequin est létale au stade embryonnaire[27].

Les trois variétés de couleur ne peuvent pas être mélangées en élevage, sauf dans le cadre de croisements dits de « sauvetage génétique » (Sanierungszucht) autorisés par les clubs.

Caractère

Le standard FCI décrit un chien « de caractère amical, très grand chien de compagnie par excellence », « aimable et très attaché aux membres de la famille, tout particulièrement aux enfants », pouvant se montrer réservé envers les étrangers, sans agressivité, et doué d'un seuil de réaction élevé[1]. Un tempérament timide, peureux, nerveux ou agressif constitue un défaut éliminatoire[1].

Le chien prend plaisir à participer à la vie de sa famille et se montre, en dépit de son attachement aux humains, moins soumis que la plupart des autres races[29]. S'il est bien éduqué, le dogue allemand n'est pas plus agressif que les autres chiens ; il est généralement calme et mesuré, et fait un bon chien de garde dont la masse impressionnante est à elle seule dissuasive. Son éducation doit être précoce et cohérente, en raison du poids atteint à l'âge adulte qui peut rendre la maîtrise physique extrêmement difficile.

Santé

Espérance de vie

Le dogue allemand est l'une des races canines à l'espérance de vie la plus courte. Une analyse des données de santé conduite en 2016 par Ruth Stolzewski (IG Gesunde Deutsche Dogge, gesunde-dogge.de), fondée sur plusieurs études et collectes de données internationales, établit l'espérance de vie moyenne à 6,5 ans[30]. Le suivi sanitaire réalisé par le Deutscher Doggen Club en 2008 montre que seulement 25 % des dogues atteignent l'âge de 8 ans[30]. Une étude suédoise portant sur plus de 350 000 chiens assurés de 1995 à 2000 relève que 83 % des dogues allemands sont décédés avant 10 ans, contre 35 % pour l'ensemble des races[31]. Une étude publiée dans Scientific Reports en 2024 estime l'espérance de vie moyenne à 10,6 ans, sur la base d'un large échantillon britannique[32]. Cette brièveté de l'espérance de vie, liée au gigantisme et à plusieurs prédispositions héréditaires, vaut à la race le sobriquet anglais de heartbreak breed race du chagrin »)[32]. Les causes de mortalité les plus fréquentes sont les cancers, la torsion gastrique et les maladies cardiaques[30].

Cardiomyopathie dilatée

La cardiomyopathie dilatée (CMD) est l'une des principales causes de mortalité dans la race. Elle se caractérise par une dilatation des cavités ventriculaires, un amincissement des parois, une baisse de la contractilité et le développement fréquent d'une fibrillation auriculaire[33]. 20 à 35 % des dogues allemands développent la maladie au cours de leur vie[34]. Une étude de dépistage échocardiographique menée au Royaume-Uni sur 92 dogues (Stephenson et al., 2012) estime la prévalence à 35 à 47 % lors d'une évaluation transversale[35]. Le mode de transmission génétique est discuté : une étude américaine (Meurs et al., 2001) suggère un mode récessif lié à l'X[36], tandis que l'étude britannique de 2012 évoque un mode autosomique dominant[35]. La survie médiane après l'apparition des signes d'insuffisance cardiaque congestive est de l'ordre de cinq semaines chez le dogue allemand, contre une vingtaine de semaines toutes races confondues[37].

En France, le Doggen Club de France a élaboré un protocole de dépistage, validé par la commission scientifique de la Société centrale canine et par le Conseil National Supérieur de l'Ordre des vétérinaires, prévoyant un contrôle échocardiographique tous les dix-huit mois, particulièrement entre 3 et 6 ans[38]. Les reproducteurs indemnes figurent sur une liste officielle[38].

Dilatation-torsion gastrique

La dilatation-torsion gastrique (en anglais gastric dilatation-volvulus, GDV) est une urgence vitale fréquente chez les chiens à thorax profond. Une étude de cohorte prospective portant sur 1 637 chiens de grande race (Glickman et al., 2000) a estimé le risque cumulé sur la vie d'un dogue allemand à 42,4 %[39],[40]. Le tableau clinique associe distension abdominale brutale, vomissements improductifs et état de choc pouvant survenir en quelques heures. Les facteurs de risque reconnus incluent la consommation rapide de grandes quantités d'aliments, le tempérament anxieux, l'âge avancé et l'apparentement à un sujet ayant présenté l'affection[39]. Pour limiter le risque, il est recommandé d'éviter toute agitation, course ou saut après les repas, et de fractionner la ration en plusieurs petits repas.

Ostéosarcome

L'ostéosarcome est particulièrement fréquent chez les races géantes, atteignant 10 à 25 % des dogues allemands selon la variété de couleur et la région[41]. Une étude VetCompass britannique (Edmunds et al., 2023) rapporte une prévalence annuelle de 0,87 % et un rapport de cotes de 34,24 par rapport aux chiens croisés[42], classant la race au troisième rang derrière le Scottish Deerhound et le Leonberger, avec un âge médian au diagnostic de 9,64 ans. La première manifestation est généralement une boiterie progressive de l'extrémité des os longs.

Syndrome de Wobbler

Le syndrome de Wobbler, ou spondylomyélopathie cervicale (cervical spondylomyelopathy, CSM), est une compression de la moelle épinière cervicale par malformation ou instabilité vertébrale. Le dogue allemand, avec le doberman, est l'une des races les plus fréquemment atteintes[43]. Chez le dogue, la forme osseuse-associée prédomine et se manifeste typiquement avant l'âge de trois ans[44].

Autres affections

Le dogue allemand est également touché par d'autres affections[45] :

Pendant la croissance (environ trois ans), les affections ostéo-articulaires juvéniles (panostéite, ostéochondrose) sont favorisées par tout excès énergétique ou déséquilibre du rapport calcium/phosphore.

Stérilisation

La question de l'âge optimal de stérilisation chez le dogue allemand a fait l'objet d'études spécifiques. Des travaux menés sur d'autres races géantes prédisposées à l'ostéosarcome — notamment le Rottweiler (Cooley et al., 2002) — ont mis en évidence un risque accru de cancer osseux en cas de stérilisation avant l'âge d'un an[46]. Une étude spécifique au dogue allemand menée par l'UC Davis et portant sur 353 sujets (Hart et al., 2020) n'a cependant pas mis en évidence d'augmentation du risque de troubles articulaires, de cancers ni d'incontinence urinaire selon l'âge de stérilisation chez cette race, malgré sa croissance rapide[47]. Les recommandations cliniques précises restent ainsi à apprécier au cas par cas avec un vétérinaire, en tenant compte de la lignée familiale et du contexte de vie du chien.

Mode de vie et soins

Alimentation et croissance

La croissance du dogue allemand est l'une des plus rapides du monde canin ; le chiot multiplie son poids par environ cent entre la naissance et l'âge adulte. L'alimentation doit être adaptée à chaque phase de croissance et la ration fractionnée en plusieurs petits repas pour limiter le risque de dilatation-torsion gastrique[39]. Pendant les trois premières années, il convient d'éviter les sauts, courses violentes et glissades.

Exercice et habitat

Contrairement à l'idée reçue, le dogue allemand est un chien calme à l'intérieur et peut vivre en appartement, à condition de sorties quotidiennes longues et de sols non glissants. C'est un chien très social, attaché à sa famille, qui supporte mal la solitude[48].

Coupe des oreilles

Dogue allemand noir aux oreilles naturellement tombantes, conforme au standard FCI N°235.

La coupe des oreilles (otectomie), historiquement pratiquée pour que le chien ne puisse pas avoir les oreilles arrachées lors de la chasse au sanglier, est aujourd'hui interdite à des fins non curatives dans la quasi-totalité des États européens signataires de la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie de 1987 — notamment en Allemagne, au Royaume-Uni, au Danemark, en Irlande, en Belgique et en Suisse. En France, l'otectomie non curative est interdite depuis le décret no 2004-416 du (article R214-21 du code rural et de la pêche maritime) ; le décret no 2008-871 du interdit en outre la vente et la présentation publique d'animaux essorillés, sous peine d'une contravention de la quatrième classe[49],[50]. Le standard FCI N°235 précise que les oreilles sont « naturellement tombantes »[1]. L'American Veterinary Medical Association s'est formellement prononcée contre l'otectomie esthétique[51].

Sélection en France

Les chiens inscrits au Livre des origines françaises (LOF) peuvent être présentés à l'examen de confirmation à partir de 15 mois, conformément au règlement SCC pour les molossoïdes du groupe 2 et tel que précisé dans le règlement des expositions du Doggen Club de France[52],[53]. La confirmation se déroule lors d'une exposition (Régionale d'élevage, Nationale, CACS) ou d'une séance dédiée. Le DCF gère également la confirmation européenne dans le cadre de l'Eu.D.D.C.[15].

Trois dépistages encadrent la sélection des reproducteurs : la CMD, la dysplasie de la hanche (HD) et la dysplasie du coude (ED)[54]. Le protocole CMD, validé par la commission scientifique de la SCC et par le Conseil National Supérieur de l'Ordre des vétérinaires, prévoit un contrôle échocardiographique tous les dix-huit mois, particulièrement entre 3 et 6 ans ; les reproducteurs indemnes figurent sur une liste officielle[38]. Les radiographies HD et ED sont lues par les lecteurs officiels du club[54].

Réglementation

Le dogue allemand est inscrit sur la liste des races réglementées dans le canton du Tessin (Suisse), où sa détention est soumise à autorisation.

Dans la culture populaire

Littérature et philosophie

Jean-Jacques Rousseau décrit, dans la Deuxième Promenade de ses Rêveries du promeneur solitaire (1782), comment un grand danois lancé au galop le renverse au sol, lui procurant au réveil une singulière sensation de paix et de suspension de l'identité[55]. Heinrich Mann met en scène un dogue allemand nommé Schnaps dans son roman Le Sujet (Der Untertan, 1918) pour caricaturer la déférence de son personnage envers l'autorité.

Dans le roman Le Guépard (1958) de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, le chien du prince Fabrizio de Salina, Bendicò, est un grand dogue dont la présence traverse l'ensemble du récit. L'auteur a décrit ce personnage comme « presque la clé du roman »[56]. L'œuvre est adaptée au cinéma par Luchino Visconti en 1963.

Dans le roman Le Gardien de son cœur de Nicholas Sparks, l'ange gardien de la protagoniste Julie est un dogue allemand.

Personnages et compagnons historiques

Maximilien de Robespierre possédait un dogue allemand nommé Brount, qu'il avait ramené de son voyage en Artois en 1791 et qui l'accompagnait dans ses promenades aux Champs-Élysées. Élisabeth Le Bas, fille de Maurice Duplay chez qui Robespierre logeait, rapporte dans ses mémoires : « Il avait un chien, nommé Brount, qu'il aimait beaucoup ; la pauvre bête lui était très attachée »[57],[58]. Le chien apparaît notamment dans le tableau d'Alfred Loudet Robespierre, Danton et Marat (1882).

Peinture

Le peintre allemand Wilhelm Trübner (1851–1917) représente fréquemment son dogue Caesar dans des portraits parfois ironiques, contribuant à la notoriété publique de la race en Allemagne dans le dernier tiers du XIXe siècle.

Bande dessinée et manga

Le chien de garde du docteur J. W. Müller dans l'album de Tintin, L'Île Noire (1937) d'Hergé, est un dogue allemand arlequin[59].

Le comic strip Marmaduke du dessinateur américain Brad Anderson, dont le personnage principal est un dogue de la famille Winslow, est publié sans interruption depuis 1954 et distribué par le King Features Syndicate[60]. Une adaptation cinématographique sort en 2010.

Dans le manga japonais Ginga Densetsu Weed de Yoshihiro Takahashi (publié de 1999 à 2009 dans le Weekly Manga Goraku), l'antagoniste principal Hougen et son frère Genba sont représentés comme des dogues allemands arlequins[61].

Cinéma et animation

Scooby-Doo, personnage de la franchise d'animation Hanna-Barbera créée en 1969, est un dogue allemand. Son créateur Iwao Takamoto a déclaré avoir délibérément construit le personnage à l'opposé du standard de la race — queue longue, pattes arquées, dos voûté, menton fuyant — après avoir étudié des croquis d'un éleveur de dogues[62].

Elmer the Great Dane, personnage créé par Walter Lantz pour la série Oswald le lapin chanceux, fait ses débuts en 1935 dans le court-métrage éponyme produit par les Walter Lantz Productions[63]. Le personnage du Grand Danois apparaît également comme personnage secondaire dans le dessin animé Les 101 Dalmatiens des studios Disney (1961).

Dans le film d'aventure familial Quatre Bassets pour un danois (The Ugly Dachshund, 1966) de Norman Tokar pour les studios Disney, le personnage central Brutus est un dogue allemand élevé parmi quatre teckels[64]. Dans le film La Folie des grandeurs (1971) de Gérard Oury, plusieurs dogues allemands poursuivent Blaze (Yves Montand) dans les appartements de don Salluste (Louis de Funès). Dans Le Guépard de Luchino Visconti (1963), le chien du prince de Salina, Bendicò, est un dogue allemand. Dans la comédie italienne La Lycéenne et les Fantômes (1982) de Bruno Corbucci, le chien parlant Gaetano compagnon de l'acteur Renato Pozzetto est également un dogue allemand.

Histoire militaire

Just Nuisance (1937–1944) est le seul chien à avoir été officiellement enrôlé dans la Royal Navy britannique. Ce dogue allemand de Simon's Town (Afrique du Sud), enrôlé le et inscrit sous le grade de matelot, sert de mascotte sur la base HMS Afrikander lors de la Seconde Guerre mondiale et est inhumé avec les honneurs militaires[65],[66]. Une statue en bronze réalisée par la sculptrice Jean Doyle se dresse depuis 1985 au Jubilee Square de Simon's Town[65].

Personnalités contemporaines

L'ancien entraîneur de l'Olympique de Marseille Éric Gerets a fait connaître son dogue allemand George dans l'émission 30 millions d'amis en 2007[67].

Symboles officiels

En 1965, le dogue allemand est désigné chien officiel du Commonwealth de Pennsylvanie par l'Act of August 17, 1965, P.L. 331, No. 178 de l'Assemblée générale[68].

Notes et références

Voir aussi

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