Hilaire d'Arles
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Hilaire d’Arles (Hilarius Arelatensis, 401 - ) fut un moine-évêque qui, comme saint Martin, contribua activement à l'enracinement du christianisme en Gaule. Figure énergique et originale, il fut archevêque d’Arles de 430 à sa mort, et saint de l'Église catholique romaine. Il est fêté localement le .
Jeunesse
Hilaire nait en 401 d'une riche famille d'origine grecque de Bourgogne, de Lorraine ou de Belgique[réf. nécessaire]. Il vient probablement de la même région que son prédécesseur et parent Honorat d'Arles. Il a une sœur, Piméniole, qu'il marie à saint Loup de Troyes. Il étudie l’éloquence et les belles-lettres, puis occupe un poste élevé dans l'administration impériale. Attaché au monde et à ses « appâts illusoires », il reste réticent aux exhortations d'Honorat qui essayent de l'en détacher.
Moine à Lérins
Toutefois, il change bientôt d’avis et rejoint Honorat au monastère de Lérins. Il rejette alors tout ce qui avait été pour lui un attrait. Il distribue tous ses biens et œuvre de toutes ses forces pour rattraper le temps perdu et progresser vers la perfection monastique, sous la direction d’Honorat. Pendant cette période, Eucher, futur évêque de Lyon, lui confie l'éducation de ses deux fils, Salon (Salonius) et Véran (Veranus).
Premiers contacts avec Arles
En 428, Hilaire accompagne Honorat, devenu évêque d'Arles. Il l’assiste quelque temps dans ses tâches pastorales, mais l'amour de la solitude l'emporte et il retourne rapidement dans l'île monastique. Il répond toutefois à l'invitation d'Honorat pour l'assister dans ses derniers instants. Après le décès de l’évêque le , Hilaire en fait l'éloge funèbre, dépeignant ce qu'est la vie monastique. On retrouve dans cette Vita les thèmes traditionnels. La vie monastique y est définie comme un service à Dieu.
Mais il ne s’attarde pas en Arles et reprend aussitôt le chemin du monastère, par crainte d'être élu pour lui succéder. Il est alors arrêté par le gouverneur Castus et ramené de force en ville, où le clergé et le peuple procèdent à son élection dans un grand enthousiasme. On rapporte que le saint protesta en disant qu'il ne se soumettrait que si Dieu lui montrait de manière évidente que c'était Sa volonté. Alors une colombe blanche vint se poser sur sa tête, et ne s'envola qu'après qu'il eut donné son assentiment.
Archevêque d'Arles
Il est ainsi élu évêque malgré lui à 29 ans. Arles est alors une métropole, dont la juridiction englobe plus de 25 évêchés de Provence.
- Ses prédications
Il connaît des débuts difficiles, car son caractère entier lui fait interpeller du haut de la chaire les fidèles pour les apostropher par leurs noms[réf. nécessaire] : « Vous l'épicière, vous faussez vos balances ... Vous le juge, votre jugement dépend des poulardes qu'on vous donne. » Mais il change sa façon de parler et s’adapte à son auditoire, quand il s'aperçoit que ses fidèles se font plus rares et qu'ainsi la parole de Dieu n'est plus entendue. Hilaire est connu pour son talent oratoire. Il sait s'adresser aussi bien aux grands de ce monde qu'aux gens du peuple, et il prêche la vérité évangélique sans déguisement et sans crainte des puissants, n'hésitant pas à les reprendre directement en public. Mais il se montre néanmoins d'une grande tendresse à l'égard des pécheurs. Son grand principe est de tout rapporter à Dieu et d'examiner en tout temps l'état de son âme, comme si elle était prête à être examinée par le souverain Juge.
- Un prélat actif
Pendant toute la durée de son ministère épiscopal, Hilaire lutte contre les hérésies, en particulier le pélagianisme, avec l'aide de son ami saint Germain d'Auxerre. Il préside plusieurs conciles, rétablit la discipline ecclésiastique, fonde des églises et des monastères qui suivent la tradition de Lérins. Certains hagiographes le font participer au concile qui députe en Grande-Bretagne saint Germain d’Auxerre et Saint Loup de Troyes, pour aller y défendre la grâce contre les Pélagiens. Toutefois ce concile s'est plus probablement tenu en 428, sous l’épiscopat d’Honorat.
En 434, il consacre saint Maxime de Riez, sur l’évêché de Riez. En tant que métropolite de Provence, il préside les conciles de Riez (), d'Orange (441), de Vaison (442) et d'Arles (443). Le concile de Riez reprend un bon nombre des dispositions du concile de Turin (397 ou 418) et essaye de remédier également au désordre de l’évêché d’Embrun.
Son activisme le pousse parfois à prendre des décisions qui heurtent ses collègues évêques et le Saint-Siège. Il remplace par exemple un évêque malade qui n’est pas encore décédé, ce qui pose quelques problèmes lorsque le prélat se rétablit. Le pape Léon lui reprochera également un peu plus tard son ardeur missionnaire, qui ne s’embarrasse guère des règles administratives, ni des cadres territoriaux et qui le pousse parfois à adopter la manière forte : « Une troupe de soldats, nous a-t-on appris, suit Hilaire à travers les provinces et se met à sa disposition pour attaquer dans la confusion les églises que leurs évêques ont égarées »[1].
- L’affaire de l’évêque Chélidoine
Ce comportement lui vaut d’être durement sanctionné par le pape en 444, à propos de l’affaire de l’évêque Chélidoine (ou Célidoine). L’histoire dit qu’Hilaire allant rendre visite à Germain, évêque d'Auxerre, s’arrête à Besançon où il organise un concile. Avec les évêques voisins, il dépose l'évêque de Besançon, Chélidoine, qui ne dépend pourtant pas de la juridiction d'Arles. Il le fait sous prétexte que Chélidoine aurait épousé une veuve avant son entrée dans l'Église et qu'il aurait présidé à des exécutions. Pour se défendre, Chélidoine se rend à Rome auprès du pape Léon, obtient gain de cause et retrouve son siège épiscopal.
Porté par son zèle, Hilaire se rend à son tour à Rome, en plein hiver 444-445. Mais sa défense est maladroite et Léon est prévenu et devenu méfiant vis-à-vis de l'ascétisme des moines-évêques : la réhabilitation de Chélidoine est confirmée. Hilaire, désavoué par l’Église, est alors accusé de plusieurs affaires. La sanction est lourde : Léon le déclare séparé de la communion, lui ôte la juridiction non seulement sur les autres provinces, mais aussi sur la Viennoise même. Il lui défend d’ordonner les évêques et d'assister aux ordinations. Mais le pape va encore plus loin : le [2], il obtient de l’empereur Valentien III un rescrit contre Hilaire, présenté comme un homme rebelle à l’autorité du Siège apostolique et à la majesté de l’Empire. Cet édit, qui souligne la suprématie du pontife romain dans la surveillance des élections épiscopales, est une mesure contre les désirs d'indépendance de l’évêque d'Arles. Hilaire se soumet, mais publie divers écrits pour défendre sa cause. Il se donne ensuite tout entier à la prière et à la prédication. On connaît aussi une lettre du préfet Auxiliaris, adressée à l’évêque Hilaire et datée de 445[3].
- Hilaire, constructeur de la cathédrale
Hilaire est probablement l’initiateur de la nouvelle cathédrale d'Arles, appelée Saint-Étienne et située à la jonction du cardo et du decumanus. Devenue depuis église Saint-Trophime, elle est destinée à remplacer l'ancienne, qui date du second quart du IVe siècle et qui est située près du rempart sud-est de la ville. À cette occasion, l'Église d'Arles, sans doute avec l’accord du pouvoir civil, n'hésite pas à piller les monuments romains et à les utiliser comme carrières. C'est le cas du théâtre antique, en raison de sa proximité avec la nouvelle basilique et de l'hostilité chrétienne aux spectacles des comédiens.
- Décès
Épuisé par son zèle et son austérité, Hilaire tombe malade à 48 ans. Après avoir désigné son successeur, il remet son âme à Dieu le . On rapporte que pendant ses funérailles, « on entendit chanter les psaumes uniquement en hébreu, par les Juifs d'Arles qui honoraient eux aussi le saint, la voix des chrétiens étant étouffée par la douleur ».
Le corps d'Hilaire est enterré dans l’église de Saint-Genès, où fut inhumé Honorat et où son sarcophage est conservé[4]
D’après une lettre du pape Léon du 26 (ou du 22) , son successeur fut Ravennius. La date de sa mort est controversée : Bellarmin la place en 445, Aubert le Mire en 446 et Gennade sous l’empereur Marcien, c’est-à-dire pas avant 450.
Notes et références
- ↑ Paul-Albert Février (dir) - La Provence des origines à l'an mil - Chapitre VII (Jean Guyon) - p.410.
- ↑ Louis Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, p. 118. Texte en ligne.
- ↑ GCN, t..III, Arles (archevêques, conciles, prévôts, statuts), p. 30, n° 555.
- ↑ D’après les historiens, la sépulture de saint Hilaire d’Arles était un sarcophage installé jadis aux Alyscamps. Il se composait d’une cuve païenne, décorée du mythe de Prométhée offerte à Louis XVIII en 1822 et aujourd’hui conservée au musée du Louvre, d’un couvercle resté à Arles et portant la mention : « Hilaire, prêtre de la Loi divine, repose ici », et d’une grande plaque de marbre (épitaphe) qui célèbre la carrière de cet illustre évêque. Une exposition de cette sépulture recomposée a été présentée au musée de l'Arles et de la Provence antiques en 2007.
Annexes
Bibliographie
- Congrégation de Saint-Maur, Histoire littéraire de la France, t. II, p. 262 et suivantes. Texte en ligne
- Paul-Albert Février (dir.), La Provence, des origines à l'an mil, Éditions Ouest-France Université, 1989 (ISBN 2737304563)
- Louis Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule. Texte en ligne
- Lennart Hakanson, « Some critical notes on the Vitae Honorati et Hilarii » in Vigiliae Christianae, 31, 1977, p. 55-59
Articles connexes
- Histoire d'Arles à l'époque romaine
- Sarcophages d'Arles
- Antiquité tardive
- Archevêché d'Arles
- Liste des archevêques d'Arles
Liens externes
- Ressource relative à la religion
: - Ressource relative aux beaux-arts
: - (de) Hilarius von Arles, Friedrich Wilhelm Bautz, Verlag Traugott Bautz GmbHb
- Mission Saint Hilaire d'Arles
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