Fidèle à son goût des formes esthétiques à la fois complexes et ludiques, Charles Dantzig n’a pas choisi la forme du roman traditionnel. « Histoire de l’amour et de la haine est un roman en forme de manuel, qui questionnerait justement le roman dans sa forme[1].» Ce manuel, organisé par thèmes, rassemble autant d’études de cas, comme « mode d’emploi de la sympathie » ou encore « traitement des salauds », que le lecteur peut lire et relire en fonction de ses besoins. Le roman propose ainsi une manière de lire complémentaire à la narration suivie.
Cette construction savante permet à l’auteur d’éviter le type du livre « à sujet ». Il se situe en effet « aux antipodes de la mode de la confession réaliste et des documentaires sans âme[2]». Si ce roman est un roman engagé, il ne l’est pas à la manière des romans à thèse, mais parce qu’en tentant de comprendre les répercussions qu’un événement peut avoir sur les individus, il peut se lire comme un manuel à l’usage de ceux qui tentent de survivre dans une société qui maltraite l’amour [3].
Sans tomber dans les travers de la confidence intimiste ou du pamphlet, l’auteur fait passer son indignation, mais affirme également sa joie de vivre, dans ce roman qui se termine par un mariage. Ce travail de la forme est ce qui permet à Charles Dantzig de résister lorsque les temps se font difficiles et que l’informe menace, et de mettre dans son roman tout à la fois « Une voix, une esthétique, un art de vivre[4]».