Il manifesto
journal politique italien
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il manifesto est un quotidien italien publié à Rome, qui porte depuis son premier numéro le sous-titre de quotidiano comunista.
Il naît en juin 1969 comme revue mensuelle dirigée par Lucio Magri et Rossana Rossanda, au sein d'un courant hétérodoxe du Parti communiste italien. Les positions qui y sont exprimées entraînent en novembre 1969 la radiation de ses animateurs, accusés de fractionnisme. La revue devient quotidien le .
Le groupe se constitue en formation politique, puis fusionne en 1974 avec le Parti d'unité prolétarienne avant de s'en détacher en 1977 ; le journal adopte dès lors un point de vue autonome au sein de la gauche italienne. Depuis 1994, il appartient à une coopérative formée de ses journalistes et de ses salariés, modèle qui a fait l'objet d'une étude publiée par la Harvard International Journal of Press/Politics.
Le titre a traversé plusieurs crises financières, dont une procédure de liquidation dont il est sorti en 2016 par un rachat coopératif. Son histoire est également marquée par un attentat contre son siège en 2000 et par l'enlèvement en Irak de sa journaliste Giuliana Sgrena en 2005, dont la libération s'est soldée par la mort de l'agent des services italiens Nicola Calipari (it).
Histoire
Revue
Le premier numéro de la revue mensuelle paraît le , publié par les Edizioni Dedalo, sous la direction de Lucio Magri et Rossana Rossanda, avec une maquette de Giuseppe Trevisani[1],[2]. La rédaction réunit Luigi Pintor, Aldo Natoli, Valentino Parlato, Luciana Castellina, Lidia Menapace et Ninetta Zandegiacomi[1].
Le tirage du premier numéro atteint soixante-quinze mille exemplaires[1],[2]. Treize fascicules paraissent jusqu'à la fin de 1970, le dernier annonçant la transformation en quotidien[3].
Radiation du Parti communiste
Les positions exprimées par la revue provoquent trois réunions du comité central du PCI, au cours desquelles sa suspension est demandée, d'abord en termes non impératifs puis de manière définitive. Natoli, Pintor et Rossanda refusent[3].
Le , le comité central prononce leur radiation pour fractionnisme[1]. Une mesure administrative est ensuite prise à l'encontre de Lucio Magri, tandis que les adhésions de Valentino Parlato, Luciana Castellina et Massimo Caprara ne sont pas renouvelées[1].
Rossanda a par la suite relevé que le terme de radiation, moins grave que celui d'exclusion en usage dans les autres partis communistes, correspondait à une accusation de constitution de fraction qu'elle contestait, le groupe n'ayant jamais agi de manière clandestine[2].
Quotidien
Le journal devient quotidien le , sous la direction de Luigi Pintor et avec la maquette de Trevisani[4],[5].
Le groupe se développe alors comme force politique et devient l'une des principales organisations de la nouvelle gauche italienne. Il se présente aux élections de 1972 sans obtenir de représentation, engage en 1973 un processus d'unification avec le Parti d'unité prolétarienne, qui aboutit en 1974 à la fondation du PdUP pour le communisme, puis s'en détache à partir de 1977[4].
Le journaliste Massimiliano Di Giorgio, auteur d'une histoire du titre, a retenu pour la caractériser la formule de giornale-partito, en référence à cette double nature[5].
Coopérative
Le journal devient en 1994 la propriété d'une coopérative éditrice formée par ses journalistes et ses salariés, selon une formule d'autogestion[4].
Ce modèle a fait l'objet d'une étude publiée en 2000 par la Harvard International Journal of Press/Politics[6].
Crises financières
Le titre traverse à partir de 2011 une crise qui le conduit à une procédure de liquidation, dont il sort en 2016 par un rachat opéré par une nouvelle coopérative[7]. Cette période a été analysée dans le cadre plus large des difficultés de la presse de gauche italienne, marquée à la même époque par la fermeture d'autres titres[8].
En , la directrice Norma Rangeri alerte publiquement sur les conséquences de la réduction du fonds public d'aide à l'édition[9].
Ligne éditoriale
Le journal conserve depuis son premier numéro le sous-titre de quotidiano comunista[5]. Il occupe une position autonome au sein de la gauche italienne depuis son détachement du PdUP en 1977[4].
Le titre figure parmi les sources reprises par les plateformes européennes de curation et de traduction de presse[10].
Son cinquantième anniversaire, en 2021, a donné lieu à des publications retraçant l'histoire d'un quotidien communiste maintenu sur cinq décennies[11].
Diffusion
Le journal figure parmi les quotidiens nationaux italiens de faible diffusion, dans un contexte de recul général des ventes de la presse quotidienne[12].
Affaires et incidents
Procès Almirante
En 1971, le journal publie, avec l'Unità, un document attribué à Giorgio Almirante, secrétaire du Mouvement social italien, concernant un appel aux partisans daté de la période de la République sociale italienne. La publication donne lieu à une procédure judiciaire qui se prolonge jusqu'en 1978[13],[14].
Attentat de 2000
Le , un engin explosif vise le siège du quotidien à Rome[15].
Enlèvement de Giuliana Sgrena
La journaliste Giuliana Sgrena, envoyée du quotidien en Irak, est enlevée en [16]. Sa libération, le , se solde par des tirs de forces américaines qui blessent la journaliste et tuent l'agent des services de renseignement italiens Nicola Calipari, venu la récupérer[17].
Fuite de données de 2025
En , une fuite de données affectant le journal expose des informations relatives à ses lecteurs[18].
Directeurs
La désignation du directeur s'effectue par vote de l'assemblée des sociétaires de la coopérative, qui réunit journalistes et ouvriers du livre, procédure présentée comme unique dans la presse italienne[19],[20].
| Période | Direction |
|---|---|
| 1971-1975 | Luigi Pintor[21] |
| 1975-1976 | Valentino Parlato (it)[21] |
| 1976-1978 | Direction collégiale : Luciana Castellina, Valentino Parlato, Rossana Rossanda[21] |
| 1978-1985 | Valentino Parlato[21] |
| 1985-1986 | Luigi Pintor[21] |
| 1987-1990 | Direction collégiale : Rossana Rossanda, Valentino Parlato, Luigi Pintor[21] |
| 1990-1991 | Sandro Medici[21] |
| 1991-1995 | Luigi Pintor[21] |
| 1995-1998 | Valentino Parlato[21] |
| 1998-2003 | Riccardo Barenghi[21] |
| 2003-2009 | Mariuccia Ciotta et Gabriele Polo[21],[22] |
| 2009-2010 | Comité de direction[21] |
| – | Norma Rangeri[20],[23] |
| depuis le | Andrea Fabozzi[24],[25] |
Norma Rangeri, élue le et en fonction pendant treize ans et deux mois, est la personnalité ayant exercé la direction le plus longtemps dans l'histoire du journal[20].
Andrea Fabozzi, né à Naples en 1971, journaliste depuis 1996 et membre de la rédaction depuis 2001, y a exercé les fonctions de rédacteur en chef puis de président du conseil d'administration de la coopérative avant son élection[23],[25].