Incommunication
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L'incommunication est un concept issus des sciences de l'information et de la communication et de la sociologie.
Concept
L’incommunication désigne une situation dans laquelle un échange communicationnel ne produit pas l’intercompréhension attendue entre les acteurs. Elle ne se réduit ni à l’absence de communication ni à un simple dysfonctionnement technique, mais renvoie à l’écart persistant entre intention, réception et interprétation des messages.
Le concept est notamment développé par Dominique Wolton, pour qui l’incommunication constitue une dimension structurelle de la communication dans les sociétés contemporaines. Dans ses travaux, Wolton distingue l’augmentation des capacités techniques de transmission de l’information de la capacité réelle des acteurs à se comprendre. L’incommunication apparaît ainsi comme le produit de la pluralité des cultures, des valeurs et des rationalités dans l’espace public.
Dans le prolongement de cette approche, Éric Dacheux analyse l’incommunication comme une composante ordinaire des démocraties pluralistes. Il la définit comme une situation dans laquelle les acteurs ont le sentiment de ne pas parvenir à se comprendre ou, inversement, croient se comprendre alors qu’un malentendu persiste. Pour Dacheux, l’incommunication ne constitue pas seulement un échec, mais un révélateur des désaccords structurants de l’espace public.
Certains auteurs mobilisent également le concept pour analyser les désajustements cognitifs et normatifs dans les interactions sociales. Dans une perspective sociologique, Raymond Boudon met en évidence les logiques de rationalité individuelle susceptibles de produire des incompréhensions collectives, notamment lorsque les acteurs interprètent différemment une même situation. Cette approche éclaire l’incommunication comme effet de cadres cognitifs distincts plutôt que comme simple déficit d’information.
D'autres travaux en sciences de l’information et de la communication, notamment ceux de Pascal Robert, Thierry Paquot, Samuel Lepastier ou Geoffrey Volat, insistent sur les dimensions organisationnelles, médiatiques, relationnelles ou encore contextuelles de l’incommunication.
L’incommunication est ainsi envisagée, selon les auteurs, soit comme une condition structurelle de la communication dans des sociétés pluralistes, soit comme le produit de rationalités divergentes, soit encore comme l’effet de dispositifs socio-techniques. Loin de désigner une absence de communication, le concept met en évidence les tensions constitutives de l’échange symbolique dans les démocraties contemporaines.
