Jacques Ier (roi d'Aragon)
roi d'Aragon (1208-1276)
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Jacques Ier d'Aragon dit le Conquérant (en catalan : Jaume el Conqueridor ; en occitan : Jacme lo Conquistaire), né le à Montpellier et mort le à Valence en Espagne, est roi d'Aragon (1214-1276), roi de Majorque (1229-1276), roi de Valence (1239-1276), comte de Barcelone et seigneur de Montpellier (1213-1276). Conquérant de Valence, et des îles Baléares, il est l'un des principaux artisans de la Reconquista au XIIIe siècle. Il a rédigé en catalan une chronique de son règne, le Livre des faits, qui forme la première des quatre grandes chroniques de la couronne d'Aragon et une des premières, très rares, autobiographies d'Europe. Encore au XXIe siècle, il est considéré comme le principal personnage historique et symbolique des pays catalans, dont le culte est encore vivace dans l'île de Majorque et surtout dans la région de Valence.
| Jacques Ier | |
Jacques le Conquérant, portrait réalisé en 1427, musée national d'art de Catalogne. | |
| Titre | |
|---|---|
| Roi d'Aragon | |
| – (62 ans, 10 mois et 15 jours) |
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| Prédécesseur | Pierre II |
| Successeur | Pierre III |
| Roi de Majorque | |
| – (47 ans) |
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| Prédécesseur | création du royaume |
| Successeur | Jacques II |
| Roi de Valence | |
| – (38 ans) |
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| Prédécesseur | création du royaume |
| Successeur | Pierre III |
| Biographie | |
| Titre complet | Roi d'Aragon et comte de Ribagorce Comte de Barcelone |
| Dynastie | Maison de Barcelone |
| Nom de naissance | Jaume d'Aragó |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Montpellier |
| Date de décès | (à 68 ans) |
| Lieu de décès | Alzira (Valence) |
| Sépulture | Abbaye de Poblet |
| Père | Pierre II |
| Mère | Marie de Montpellier |
| Conjoint | Aliénor de Castille Yolande de Hongrie |
| Enfants | Alphonse (es) Yolande Constance Pierre III Jacques II Sancha Isabelle Marie Sanche |
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| Rois d'Aragon | |
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Biographie
Origine et jeunesse
Fils de Pierre II le Catholique, roi d'Aragon et comte de Barcelone, et Marie, dame de Montpellier, il descend de deux prestigieux lignages : par son père il est l'héritier des rois d'Aragon, par sa mère il est apparenté à la famille impériale byzantine des Comnène et héritier de la seigneurie de Montpellier.
La nuit de sa conception au château de Mireval à côté de Montpellier, vers le 1er mai 1207 est documentée par plusieurs chroniques [1],[2].
Son père, qui s'était marié pour mettre fin aux intrigues des nobles catalans qui réclamaient un héritier, finit par répudier la reine après être parvenu à asseoir son pouvoir sur la seigneurie de Montpellier.
Jacques est âgé de deux ans lorsque, le , son père conclut, sur la commune de Melgueil ( Mauguio), proche de Montpellier, un traité de non-agression avec le chef de l'armée des croisés français Simon de Montfort, assorti d'une promesse de mariage entre lui et Amicie, la fille de Simon. Jacques est livré comme otage à ce dernier. Il est maintenu en détention au château de Carcassonne.
En 1213, en pleine croisade contre les albigeois, son père meurt à la bataille de Muret. L'infant reste le prisonnier de Simon de Montfort, qui ne se résigne à le libérer que grâce aux pressions du pape Innocent III à travers le cardinal Pierre de Bénévent[3]. Durant le reste de sa minorité, il est confié aux Templiers[4]. Il est élevé au château de Monzón à partir de 1215 avec son cousin Raymond-Bérenger V de Provence. Pendant ce temps, son grand-oncle Sanche d'Aragon, principal acteur de la libération de Jacques, est reconnu régent d'Aragon. Jacques hérite de la seigneurie de Montpellier à la mort de sa mère en 1213.
Orphelin, il a six ans lorsqu'il est reconnu roi par les cortes de Lérida en 1214. C'est dans la même ville qu'en , les premiers cortes généraux d'Aragon et de Catalogne se réunissent et le déclarent majeur.
Le , il épouse Aliénor de Castille, fille d'Alphonse VIII de Castille, à Ágreda[4], puis est fait chevalier en la cathédrale de Tarazona. Le roi n'est âgé que de treize ans, elle en a dix-neuf. Ce mariage répond à des intérêts politiques, mais Jacques répudie son épouse en 1229, invoquant une trop proche parenté. Le , à Barcelone, il épouse la princesse Yolande, fille du roi André II de Hongrie. Par le testament de son cousin germain Nuno Sanche de Roussillon, il hérite les comtés du Roussillon et de Cerdagne en 1241.
Roi d'Aragon

Durant les quinze premières années de son règne, Jacques est aux prises avec la noblesse aragonaise. En 1224, il est fait prisonnier par son oncle, l'infant Ferdinand, et emmené en captivité à Saragosse[4]. En 1227, il doit faire face à une nouvelle révolte nobiliaire, dirigée par Ferdinand. Jacques ne sauve son trône que grâce à l'intervention de l'archevêque de Tortosa[4]. Les accords d'Alcala du marquent le triomphe de la royauté sur la noblesse. Après ces accords, la situation se stabilise suffisamment pour permettre au roi de lancer de nouvelles campagnes contre les musulmans. Les réussites du roi finiront par apaiser la noblesse.
En effet, Jacques le Conquérant va beaucoup contribuer au renforcement du pouvoir royal, notamment en menant avec fermeté la normalisation du droit dans chacun des territoires de la couronne d'Aragon. Il charge ainsi l'évêque d'Huesca, Vidal de Canyelles (es), de codifier le droit coutumier du royaume d'Aragon, entreprise qui aboutit lors des cortes d'Huesca de 1247, qui imposent un droit unique au royaume au-dessus des droits particuliers. En Catalogne, ce sont les usages de Barcelone qui s'imposent peu à peu à tout le pays. D'autre part, il développe le système des cortes ou corts, sortes de parlements généraux réunissant des délégués nobles, ecclésiastiques et citadins autour du roi. Chacun des royaumes de la Couronne a ses propres cortes, excepté le royaume de Majorque, qui envoie des délégués aux corts de Catalogne.
Conquête de Majorque
Préparatifs de l'expédition

La volonté de Jacques Ier de conquérir les îles Baléares est motivée par une combinaison de facteurs économiques et stratégiques. La conquête des îles Baléares permet aux marchands catalans et provençaux d'éliminer la concurrence des marchands majorquins et de démanteler un important repaire de pirates barbaresques[5]. La prise des îles Baléares représente également le début d'une expansion commerciale visant à obtenir un monopole des échanges avec le Maghreb et renforçant aussi le commerce avec l'Italie et le reste de la Méditerranée[6].
Une première réunion informelle se tint fin novembre 1228 chez, et à l'invitation de, Pere Martell, grand commerçant, armateur et capitaine de navires, en présence du roi et de ses principaux vassaux et nobles de Catalogne, où ce dernier leurs expliqua l'intérêt de conquérir tout d'abord l'île de Majorque, en tenant compte de ses richesses et de sa position géographique.
Puis le roi convoque les corts catalanes tenues en à Barcelone, où les trois ordres ( clergé, noblesse, bourgeois) discutent de l'opportunité de mener une campagne militaire contre les îles Baléares ou contre Valence[7]. Un vaste programme de conquête est envisagé, accompagné d'une répartition des terres conquises. Il s'agit d'un programme de gouvernement, prévoyant les frais de guerre, gérant les vaincus maures et instaurant un État de justice fondé sur une colonisation chrétienne. Un débat houleux divise les représentants des corts. Faut-il conquérir la région côtière de Valence avec les îles ou seulement les îles, car les deux sont également des repaires de pirates ? Si l'opulent royaume de Valence tombe sous la coupe des chrétiens, ne seraient-ils débordés par la masse des musulmans, par l'importance des terres et des biens à gérer ou à écouler sur le marché ? Les ombrageux Aragonais tranchent ce débat mitigé : ils auront une option préférentielle pour décider de la conquête de Valence, quand ils seront prêts[6].
Comme une croisade est d'abord une entreprise de guerre, Jacques consulte sur le plan diplomatique à la fois le pape et les puissances italiennes, qui estiment avoir un droit de regard sur la Méditerranée occidentale. Le pape, bien informé par ses évêques, donne sa bénédiction à l'entreprise et en souligne la mûre réflexion préalable[N 1]. Les Vénitiens et surtout les Génois reconnaissent la volonté d'expansion thalassocratique de la Catalogne, mais veulent être associés à l'exploitation économique des îles en demandant l'obtention d'un quartier — ou barri — marchand dans la ville fortifiée de Majorque[N 2]. Alors que les plans de conquête et d'aménagement d'après-conquête sont dûment archivés pour Majorque et les autres îles, il reste un point crucial : le financement. En , une réunion de marchands barcelonais accepte de financer l'expédition. Des navires sont mis à la disposition de nobles catalans qui participent à cette aventure en échange de la concession de domaines territoriaux et de la promesse d'un important butin. Lors d'une autre réunion à Lleida, les nobles aragonais acceptent une telle entreprise, mais suggèrent au roi de la diriger plutôt contre les musulmans de Valence. Beaucoup de combattants se présentent déjà au roi pour cette expédition encore à l'état de projet : c'est une pléthore de cités d'Italie du Nord, de Provence, de France occitane qui proposent une participation ponctuelle, mais aussi des terres excentrées du roi, Roussillon ou Montpellier. Le roi pour faire l'unanimité chrétienne sélectionne les candidats marins ou combattants, leur fixant une participation ou des droits sur le fruit de l'opération. Marseille, à l'instar de Barcelone ou Tarragone, et de nombreux petits ports du Llevant catalan ou du Languedoc, figure ainsi parmi les ports d'embarquement de la flotte de conquête. Les conseillers royaux se méfient déjà de la puissance navale italienne. Gênes joue en retrait, prête à intervenir en soutien.
Le roi et ses cortes s'associent pour financer l'essentiel de la flotte et la troupe de débarquement, les villes terrestres participantes s'engagent à prêter leurs unités de milices, les villes portuaires à fournir les flottilles d'appoint et assurer la logistique des échanges maritimes après le débarquement. Les marchands, qui veulent capter le monopole du marché des îles, complètent le financement de façon à payer les mercenaires et à assurer la provision des importants versements prévus aux alliés de la croisade, retenus par le roi et ses principaux conseillers.
Le roi reçoit le soutien du pape Grégoire IX qui, en , autorise son légat en Aragon à accorder des indulgences aux participants de l'expédition, tout en rappelant aux villes côtières de Gênes, Pise et Marseille, l'interdiction du commerce de matériaux stratégiques avec les marchands de Majorque[8],[9].
Le roi est réticent à hâter l'opération, mais, n'ayant pas beaucoup à perdre puisqu'il dispose maintenant d'une supériorité maritime incontestable, accepte que l'expédition vers Majorque soit menée très rapidement en son nom, tout en incitant les chevaliers aragonais à ne pas y participer; ils seront finalement assez peu nombreux, et uniquement de son proche entourage. Il faut ajouter que les Catalans, peuple terrien et paysan à l'origine, mais investissant de plus en plus dans la mer et le commerce maritime, étaient les premières victimes des actes de barbarie sauvage et de piraterie maures. Ce sont donc en majorité des Catalans qui partent à la conquête de Majorque.
Débarquement et prise de la ville fortifiée de Majorque


Le nombre des troupes qui participent au débarquement est d'environ 16 000 hommes, répartis sur 155 vaisseaux[10]. La flotte prend la mer des ports de Salou, Cambrils et Tarragone le [10]. Non sans avoir éprouvé une importune tempête, les troupes chrétiennes débarquent dans la baie de Santa Ponsa (es) le . Le lendemain, ils battent l'armée du wali almohade Abu Yahya à la bataille de Portopi. Guillaume de Moncade, vicomte de Béarn, y trouve la mort[11]. Les soldats musulmans se retranchent alors derrière les murs de Medina Majorca, l'actuelle Palma de Mallorca. Les troupes chrétiennes mettent le siège devant la ville le et finissent, après un piétinement de plus de trois mois, par pénétrer dans la ville, non sans massacrer une fraction de la population musulmane apeurée, le . Il s'agit d'une réponse aux sanglantes exactions des raids de rebelles musulmans, venus du cœur de l'île, qui entravaient la mise en place technique du siège et rendaient le moindre village ou la moindre habitation imprenables. Mais la quantité de cadavres intra ou ex-muros est telle qu'une épidémie se déclare dans la grande ville et décime autant l'armée conquérante que la population. Les nobles catalans se disputent le butin, provoquant des échauffourées qui affaibliront la puissance militaire du roi. Les marchands italiens interviennent auprès du roi Jacques pour instaurer une plus grande tolérance.
En quelques mois, l'essentiel de la conquête de l'île est faite, mais l'insécurité est longtemps notoire. Après le siège réussi de la forteresse d'Alaró, de petits groupes de rebelles musulmans résistent jusqu'en 1232, en particulier dans la sierra de Tramuntana et dans les grottes du Llevant. Les populations musulmanes n'ont en général pas pu fuir vers l'Afrique. Une partie, qui ne peut payer les taxes seigneuriales, est réduite en esclavage. La majorité, choquée mais survivante, se place sous l'autorité tolérante et protectrice du roi Jacques.
Majorque devient un royaume de la Couronne d'Aragon et obtient une charte de franchise en 1230. Le premier repeuplement de Majorque fut principalement constitué de colons catalans, mais une seconde vague, vers le milieu du XIIIe siècle, voit également l'arrivée d'Italiens, d'Occitans, d'Aragonais et de Navarrais, grâce à un statut légal accordant aux colons la possession des biens saisis lors de la conquête. Quelques résidents mudéjars et juifs restent dans la région, bénéficiant d'un statut officiel protégeant leurs droits et leur accordant une autonomie fiscale[12].La création de la municipalité de Majorque en 1249, longtemps nommée « La Ciutat », devenue tardivement la ville de Palma, contribue grandement à l'institutionnalisation du royaume.
Conquête d'Ibiza et de Minorque
Le roi n'était pas en mesure de conquérir Minorque en raison de divisions internes au sein de son armée. Les musulmans minorquins acceptent néanmoins de devenir les vassaux du roi d'Aragon en 1231. La vassalité de Minorque ne devait être transférée au royaume d'Aragon qu'après la conquête définitive et sanglante de l'île sous le règne d'Alphonse III (à la suite de la capitulation d'Abû Umar (en) en 1287). L'île est alors petit à petit repeuplée par des Catalans, en même temps que les habitants musulmans sont peu à peu bannis ou forcés de se convertir.
En 1235, Jacques, qui avait donné des droits de conquête, constate la prise rapide des îles d'Ibiza et Formentera. Le roi n'est pas satisfait de la concession ou soumission à plusieurs nobles, dont Guillaume de Montgri (es), au départ administrateur catalan pour le compte de l'archevêché de Tarragone et son frère Bernardo de Santa Eugenia (es). Avec l'archevêque de Tarragone, il reprend le contrôle de l'île, tout en laissant le gouverneur et seigneur d'Ibiza Guillaume de Montgri. Des contremaîtres catalans, et quelques migrants chrétiens, en particulier venus d'Ampurias bien après 1236, marquent la volonté colonisatrice de l'archevêque.
Conquête de Valence


La conquête de Valence, contrairement à celle de Majorque, s'effectue avec un important contingent d'Aragon. En , Jacques rencontre Blasco de Alagon et le maître de l'ordre de l'Hôpital à Alcaniz, ensemble ils établissent les plans pour conquérir Valence. La première phase de la conquête consiste à s'emparer de deux enclaves montagneuses : Morella, qui est rapidement prise par Blasco de Alagon du fait de la faiblesse du gouvernement musulman local ; et Ares, conquise par le roi Jacques. La conquête de ce qui sera le royaume de Valence commence donc véritablement en 1232 avec la capture de Morella.
En 1233, les troupes chrétiennes prennent Borriana et Peniscola. En 1236, Bernat Guillem de Entenza, l'oncle de Jacques, est chargé par le roi de conquérir la localité du Puig de la Cebolla et de la fortifier[13]. Le Puig étant une position clé pour l'accès à l'Horta de Valence, Zayyan Ibn Mardanich, roi de Valence, rassemble une importante armée pour la reconquérir, mais est vaincu par Bernat lors de la bataille du Puig de Cebolla le . Bernat meurt quelques jours plus tard des suites de ses blessures. Contrairement à l'avis de ses barons, qui lui conseillent d'abandonner la position du Puig, le roi rend visite en personne à la garnison[14]. Le siège de Valence débute en .
Le , Jacques d'Aragon reprend la ville de Valence aux musulmans, après avoir reçu la reddition de son émir Zayyan Ibn Mardanich et signé avec lui un traité de paix le spécifiant une trêve de sept ans, le retrait des soldats et des notables musulmans au sud du fleuve Jucar et la possibilité pour tous les autres musulmans de rester chez eux en continuant leurs activités avec le respect de leurs lois et de leur religion, y compris en conservant quelques mosquées.
Après diverses péripéties et révoltes des musulmans, les troupes chrétiennes se dirigent les années suivantes vers le sud pour atteindre le fleuve Jucar et la ville d'Alzira, qui est conquise le . Entre 1243 et 1245, les troupes aragonaises atteignent les limites prévues par le traité d'Almizra de 1244, Jacques Ier et l'infant Alphonse de Castille s'étaient entendus pour délimiter leurs zones respectives d'expansion dans les territoires musulmans. Les terres situées au sud de la ligne Biar–Villajoyosa sont dévolues à la Castille, y compris donc ce qui va devenir le royaume de Murcie, que le traité d'Elche de 1305 donnera à la couronne d'Aragon.
À la fin des années 1240, Jacques doit faire face à toute une série de révoltes dirigées par le seigneur musulman Al-Azraq. Jacques en sort néanmoins victorieux et parvient à intégrer les territoires conquis dans la Couronne d'Aragon, tout en respectant un grand nombre des coutumes musulmanes, dont l'usage de certaines mosquées, les autres étant transformées en églises. Jacques Ier fait rédiger les furs de Valence (code juridique) et les promulgue lors d'une réunion des corts valenciennes.
- La conquête de Valence ; 1230-1240.
- La conquête de Valence ; 1240-1250.
Traité de Corbeil
Pour résoudre les différends de la couronne d'Aragon avec le royaume de France, des représentants de Jacques Ier signent avec Louis IX le traité de Corbeil le . En vertu de ce traité, le roi de France renonce à ses droits « théoriques » sur le Roussillon, le Conflent et la Cerdagne, ainsi que sur les comtés catalans. En échange, le roi d'Aragon cède à la reine Marguerite ses droits sur les comtés de Provence et de Folcalquier, ainsi que la seigneurie des villes d'Arles, Marseille et Avignon, qui avaient appartenu au comte Raimond-Bérenger. Au nord du Roussillon, Jacques ne conserve que la seigneurie de Montpellier et le vicomté de Carlat[15]. En gage de cette nouvelle amitié, l'infanta Isabelle, la plus jeune fille du roi d'Aragon, est promise en mariage à Philippe, fils et héritier de saint Louis. Ce traité, très favorable au roi de France, est jugé sévèrement par les historiens[4]. L'historien Charles de Tourtoulon considère ce traité comme une « abdication[16] ».
Conquête de Murcie

Selon les termes du traité d'Almizra, la région de Murcie est censée être sous domination castillane. Durant plus de vingt ans, la coexistence entre chrétiens et musulmans amène une période de grande prospérité. Toutefois, à partir de 1264, la région est en proie à de nombreuses révoltes des mudéjars murciens qui sont soutenues par les Nasrides de Grenade et les Almohades d'Afrique. Le roi de Castille Alphonse X le Sage ne parvient pas à imposer son autorité, si bien que sa femme la reine Yolande, fille de Jacques Ier, demande de l'aide à son père. En , les troupes aragonaises et catalanes, fortes d'environ 10 000 hommes, entrent dans Murcie. Pierre d'Aragon fait passer Murcie dans le giron aragonais.
Dernières années

En 1262, Jacques Ier nomme Guillaume de Roquefeuil lieutenant-gouverneur de Montpellier. En , il lève une armée et part de Barcelone pour se rendre en Terre sainte combattre Baybars. Mais leurs navires sont dispersés par une tempête et le roi est forcé de débarquer en Camargue pour finalement renoncer à l'expédition.
Jacques Ier assiste au second concile de Lyon de 1274[4]. Le concile délibère des aspects financiers d'une nouvelle croisade. On décide que pendant six années la dîme de tous les bénéfices de la chrétienté doit revenir à la croisade. Jacques souhaite organiser l'expédition immédiatement, mais les Templiers s'y opposent, rendant la prise de décision difficile. Contrarié par l'indécision des autres participants, Jacques Ier prend congé du pape Grégoire X et quitte le concile avec ses barons. Cette croisade n'aura finalement jamais lieu.
À la fin de sa vie, le roi dicte ses mémoires en catalan. Le Livre des faits (Llibre dels fets) devient la première des quatre grandes chroniques de la couronne d'Aragon.
Après un règne de presque soixante-trois ans, le roi meurt à Valence, en Espagne, le . Il est âgé de soixante-huit ans.
Les restes du roi sont déposés à Sainte-Marie de Valence, ils y restent jusqu'en , date à laquelle ils ont été transférés au monastère de Poblet, panthéon des rois d'Aragon depuis Alphonse Ier d'Aragon. Cependant, après les confiscations de Mendizabal, le monastère fut abandonné et le corps de Jacques Ier fut à nouveau transféré en 1843, mais cette fois à Tarragone. Un mausolée construit derrière la cathédrale pour accueillir les restes du roi sera inauguré en 1856. Le roi termine finalement son voyage en 1952, année qui marque le retour du corps du roi à Poblet.
Relations avec les musulmans
Jacques est cité dans de nombreuses chroniques et documents en langue arabe de son temps.
Le diplomate et historien natif de Valence Ibn al-Abbar, qui le connut personnellement, le nomme "le tyran" Jaqmu Al-Barxaluni (Jacme le barcelonnais)[17].
Jacques fournit des soldats au sultan hafside de Tunis, qui préférait avoir des chrétiens étrangers pour sa garde personnelle plutôt que des musulmans[18].
Ascendance
Descendance
Alors qu'il est âgé de treize ans, le , il épouse à Ágreda Aliénor de Castille, fille du roi Alphonse VIII de Castille et de son épouse Aliénor d'Angleterre, elle-même fille de Henri II Plantagenêt et Aliénor d'Aquitaine. De ce premier mariage, est issu :
- Alphonse (es) (1222 – 1260), marié à Constance de Moncade, fille de Gaston VII de Béarn, sans descendance.
Après avoir répudié sa première femme en 1229, il épouse à Barcelone en secondes noces le , Yolande, fille du roi André II de Hongrie. De ce second mariage sont issus :
- Yolande (1236 – 1301), mariée à Alphonse X de Castille, dont descendance ;
- Constance (1239 – 1269), mariée à Jean-Emmanuel de Castille, dont descendance ;
- Pierre (1240 – 1285), roi d'Aragon, marié à Constance de Sicile, fille de Manfred Ier de Sicile, dont descendance ;
- Jacques (1243 – 1311), roi de Majorque, marié à Esclarmonde de Foix, fille de Roger IV de Foix, dont descendance ;
- Ferdinand (1245 – 1250) ;
- Sancha (1246 – 1262), religieuse ;
- Isabelle (1247 – 1271), mariée à Philippe III de France, dont descendance ;
- Marie (1248 – 1267), religieuse ;
- Sanche (1250 – 1275), archevêque de Tolède.
Le troisième mariage de Jacques Ier est plus incertain, mais il semble que le roi ait épousé secrètement son amante, Thérèse Gil de Vidaure, fille de Jean Gil de Vidaure et de Toda Garcés de Azagra (1193-1306), des seigneurs d'Albarracín. Le roi l'abandonna lorsque cette dernière contracta la lèpre. De leur liaison sont issus :
Description morphologique
Un médecin légiste espagnol indique, dans une étude réalisée en 1952 lors du transfert de son corps de Tarragone au monastère de Poblet, que le roi était de très grande taille, probablement supérieure à deux mètres, comme son contemporain et demi-cousin-oncle Sanche VII de Navarre[19].
Iconographie, statuaire, blasons et numismatique
Fresque sur poutre de la rue des Soeurs Noires à Montpellier
Une fresque peinte sur un grosse poutre en bois de 5,75 mètres de long a été découverte en 2015, lors de la réfection d'un appartement dans un très vieil immeuble de la rue des Soeurs Noires située vers l'église et la place Saint Roch, dans le quartier moyen-âgeux, sous plusieurs couches d'enduits et de plâtre.Elle a été expertisée par Jean-Louis Vayssettes, archéologue à la D.R.A.C de Montpellier, nettoyée et préservée in situ, et étant dans une propriété privée, elle n'est pas visible par le public. Cette fresque, très colorée, représente des épisodes de la conquête de l'île de Majorque par Jacques, ou Jacme/Jaume, Ier, avec des bateaux, des soldats, des drapeaux, le siège de la ville de Mallorca, etc.Elle est datée par les experts de la seconde moitié du XIIIe siècle[20].
Croquis et dessins des marges du Petit Thalamus de Montpellier
( à compléter )
Héritage et persistance de sa mémoire et de son culte jusqu'au XXIe siècle
Héritage et persistance de sa mémoire et de son culte jusqu'au XXIe siècle[21] :
Corpus juridique
- Les Furs de Valencia, code juridique qui fut promulgué par Jacques d'Aragon entre 1240 et 1261, et qui sont toujours en partie en vigueur à Valence pour certaines affaires civiles[22].
- La charte du Consulat de la mer de Barcelona de 1258[23], code de droit maritime.
Archives royales
Selon l'historien Richard Ayoun, " Les registres de la Chancellerie de la Couronne d'Aragon sont les mieux organisés et les plus riches d'Europe, après ceux du Vatican "[24], car il fut le premier souverain chrétien d'Europe de l'ouest à avoir à sa disposition une fabrique de papier dans la ville de Xàtiva ( Jativa en castillan) qu'il conquit en mai 1244.
- La fabrique de papier de Xàtiva[25]
Fêtes et commémorations en son honneur au XXIe siècle[26]
A Majorque (à compléter)
A Valence Le 9 octobre, fête nationale du Pays Valencien , commémorant la reddition des musulmans et l'entrée dans la ville de Jacques d'Aragon en 1238[27] (à compléter)
A Montpellier
A Lattes ((ancien port de Montpellier faisant partie de sa seigneurie )
Une statue en bronze d'environ 3 mètres de haut de Jacques Ier le Conquérant, conçue par la sculptrice Madeleine Tézenas du Montcel , fut inauguré le 23 septembre 2000 par son maire Michel Vaillat, aussi vice-président du Conseil Régional Languedoc-Roussillon, en présence de Jacint Mora, conseiller du président de la Generalitat de Catalunya Jordi Pujol, de Enric Garriga-Trullos, président de l'association " Cercle d'agermanament Occitano-Catala - CAOC, et de gardians à cheval[28].
Ce fut la première statue de ce roi et seigneur dressée sur le territoire français, et la seule à ce jour ( en août 2026), alors qu'il en existe de multiples dans les pays catalans espagnols. Sur le socle de cette statue est écrit son nom de naissance en occitan Jacme.
Le blason officiel de la commune de Lattes, d'or à 4 pals de gueules, brisé de gueule, et surmonté d'une couronne royale est le même que le blason officiel de la région autonome des Iles Baléares, sauf que pour celui des îles la brisure est en bleu. Ce blason représente le symbole du fils cadet de Jacques le conquérant, Jaume ( nommé Jacques en français) natif de Montpellier en 1243 qui le désigna comme son héritier pour ses possessions catalanes au nord des Pyrénées ( actuel département des Pyrénées Orientales) et de la seigneurie de Montpellier dont Lattes. Il prit le titre de roi de Majorque, sous le nom de Jaume II ( Jacques II en français,) et seigneur de Montpellier.