Jet (mathématiques)
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En mathématiques, un jet est une opération qui, en chaque point de son domaine, associe à une fonction différentiable f un polynôme : la série de Taylor de f tronquée. Bien que ceci soit la définition d'un jet, la théorie des jets considère ces polynômes comme des polynômes formels plutôt que des fonctions polynomiales.
Cet article explore d'abord la notion de jet d'une fonction d'une variable réelle à valeur réelle, suivie d'une discussion de la généralisation à plusieurs variables. Ensuite, il donne une construction rigoureuse des jets et des espaces de jets entre espaces euclidiens. Il conclut par une description des jets entre variétés, et d'une construction intrinsèque de ces jets. Dans ce cadre plus général, il donne un résumé de quelques-unes des applications des jets à la géométrie différentielle et à la théorie des équations différentielles.
Exemple : le cas unidimensionnel
Avant de donner une définition rigoureuse d'un jet, il est utile d'examiner quelques cas particuliers.
Soit une fonction à valeur réelle ayant au moins dérivées dans un voisinage du point . Alors, d'après le théorème de Taylor,
où
Alors le jet d'ordre k ou k-jet de au point est, par définition, le polynôme
Les jets sont normalement considérés comme des polynômes formels de la variable et pas comme de véritables fonctions de cette variable. En d'autres termes, est une variable indéterminée qui permet d'accomplir différentes opérations algébriques sur les jets. En fait, c’est le point de base qui donne à un jet sa dépendance fonctionnelle. Ainsi, en variant le point de base, un jet donne un polynôme d’ordre au plus en chaque point. Ceci est une différence conceptuelle importante entre les jets et les séries de Taylor tronquées : habituellement une série de Taylor est considérée comme ayant une dépendance fonctionnelle par rapport à sa variable plutôt que par rapport à son point de base. Au contraire, les jets séparent les propriétés algébriques des séries de Taylor de leurs propriétés fonctionnelles. Nous verrons les raisons et les applications de cette séparation plus loin dans l’article.
Exemple: Applications d’un espace euclidien vers un espace euclidien
Soit une fonction d’un espace euclidien vers un autre espace euclidien, au moins (k+1) fois dérivable. Dans ce cas, le théorème de Taylor généralisé affirme que :
Alors, le jet d’ordre k de f au point est par définition le polynôme :
Exemple: Quelques propriétés algébriques des jets
Il y a deux structures algébriques basiques dont les jets sont porteurs. La première, qui finalement se révèle être la moins importante est la structure de produit. La seconde est celle de la composition des jets.
Si sont deux fonctions à valeurs réelles, alors le produit de leur jet peut être défini de la façon suivante :
- .
Ici, on a supprimé l’indéterminée z, car il est bien entendu que les jets sont des polynômes formels. Ce produit est simplement le produit ordinaire des polynômes en z, modulo . En d’autres termes, c’est la multiplication dans l’anneau commutatif , où est l’idéal engendré par les polynômes homogènes d’ordre ≥ k+1.
Considérons maintenant la composition des jets. Pour éviter des détails techniques superflus, nous considérons les jets de fonctions pour lesquelles l’image de l’origine est l’origine. Si et avec f(0)=0 et g(0)=0, alors . La composition des jets est définie par On vérifie immédiatement en utilisant la règle de dérivation des fonctions composées, que la composition des jets est une opération associative et non-commutative sur l’espace des jets à l’origine. En fait, la composition des jets d’ordre k n’est rien d’autre que la composition des polynômes modulo l’idéal des polynômes homogènes d’ordre .
Exemples:
- En dimension 1, soit et . Alors
et
Définitions rigoureuses des jets en un point d’un espace euclidien
Cette sous-section s’intéresse à deux définitions rigoureuses des jets d’une fonction en un point, suivies d’une discussion sur le théorème de Taylor. Ces définitions s’avèreront utiles plus tard, lors de la définition intrinsèque du jet d’une fonction définie entre deux variétés.
Définition analytique
La définition suivante utilise une approche analytique pour définir les jets et les espaces de jets. Elle peut être généralisée à des fonctions régulières entre espaces de Banach, à des fonctions analytiques entre des domaines réels ou complexe, à l’analyse p-adique, et à d’autre branches de l’analyse.
Soit l'espace vectoriel des fonctions régulières , soit k un entier positif ou nul, et soit p un point de . On définit la relation d'équivalence sur cet espace de la manière suivante : f et g sont équivalentes jusqu'à l'ordre k si et seulement f et g ont la même valeur en p ainsi que toutes leurs dérivées partielles jusqu'à l'ordre k inclus. En bref, au sens de si et seulement si jusqu'à l'ordre k inclus.
L'espace des jets d'ordre k de en p est par définition l'ensemble des classes d'équivalences de , et noté par .
Le jet d'ordre k en p d'une fonction régulière est par définition la classe d'équivalence de f dans .
Définition algébro-géométrique
La définition suivante utilise des notions de géométrie algébrique et algèbre commutative pour établir la notion de jet et d'espace de jets. Bien que cette définition ne soit pas particulièrement adaptée en elle-même à une utilisation en géométrie algébrique, puisqu'elle est forgée dans la catégorie régulière, elle peut facilement être adaptée à de tels usages.
Soit l'espace vectoriel des germes, en un point p de , de fonctions régulières . Soit l'idéal des fonctions qui s'annulent en p. (C'est en fait l'idéal maximal pour l'anneau local .) Alors l'ideal est l'ensemble des germes de toutes les fonctions qui s'annulent en p jusqu'à l'ordre k inclus. On peut maintenant définir l'espace des jets en p par :
Si est une fonction régulière, on peut définir le jet d'ordre k de f en p comme l'élément de donné par :
Le théorème de Taylor
Indépendamment de la définition des jets, le théorème de Taylor (ou ses diverses généralisations : théorème de Laurent, théorème de Fourier) établit un isomorphisme canonique d'espaces vectoriels entre et . Et donc dans le contexte euclidien, les jets sont typiquement identifiés, par cet isomorphisme, aux polynômes qui les représentent.
Espaces de jets d'un point à un point
Nous avons définit l'espace des jets en un point . Le sous-espace des jets des fonctions f telles que f(p)=q est noté :