LGBTQ+ en Inde
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) en Inde ont évolué ces dernières années. Cependant, les citoyens LGBT indiens sont confrontés à certaines difficultés sociales et juridiques que ne connaissent pas les personnes non LGBT. Le pays a abrogé ses lois de l'ère coloniale, qui discriminaient directement les identités homosexuelles et transgenres et ont également réinterprété l'article 15 de la Constitution pour interdire la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre. Mais de nombreuses protections juridiques n'existent pas, par exemple le mariage entre personnes de même sexe.
Histoire
Selon l'universitaire Rohit K. Dasgupta (en), le Kamasutra décrit des relations homosexuelles masculines et féminines, et donne des conseils pour mieux les pratiquer. Bien que les Lois de Manu interdisent aux hommes d'avoir d'autres rapports sexuels que la pénétration vaginale, il n'existe pas de preuves historiques que quiconque ait été puni dans l'histoire ancienne de l'Inde pour avoir connu sexuellement une personne du même sexe. De plus, les traditions religieuses hindoues contiennent plusieurs exemples de fluidité de sexualité ou de genre[1].

Les poètes du mouvement bhakti ont des conceptions de la famille et de la sexualité qui incluent une très grande intimité avec les divinités. Cette dévotion intense se manifeste par exemple par des hommes qui chantent leur amour pour un dieu masculin, des femmes qui désobéissent aux obligations patriarcales (surtout de mariage), et des ermites qui quittent toute forme de vie domestique pour partir pèleriner. La même sorte de dévotion existe dans la tradition soufie[1].
Lors de la colonisation, la sexualité et le genre font partie des thèmes politiques importants par rapport auxquels les Portugais, les Français et les Britanniques justifient leur prise de pouvoir. Les mouvements anti-coloniaux s'appuient en retour aussi souvent sur l'idée d'une hétérosexualité authentiquement hindoue afin d'appuyer leur combat[1].
Démographie
D'après une estimation de l'Organisation nationale de contrôle du sida (NACO) réalisée en 2008, il y a deux millions cinq cent mille homosexuels masculins en Inde[3].
Ipsos a publié un rapport à la suite de son enquête mondiale LGBT+ Pride 2021, menée entre le et le [4]. Les résultats montrent que 2 % de la population indienne s'identifie comme autre qu'homme ou femme, notamment transgenre, non-binaire, non conforme ou encore gender-fluid. En ce qui concerne l'orientation sexuelle, le rapport montre que 3 % de la population indienne s'identifie comme homosexuelle (gays et lesbiennes), 9 % bisexuelle, 1 % pansexuelle et 2 % asexuelle. Au total, 17 % s'identifient comme n'étant pas hétérosexuelle (à l'exception de « ne sait pas » et « préfère ne pas répondre »)[4].
Communautés
Hijra
Les hijras, personnes du troisième genre considérées comme n'étant ni hommes ni femmes, ont une longue histoire dans le sous-continent indien. Criminalisés dans l'Inde britannique à la fin du XIXe siècle, ils ont continué à être stigmatisés dans l'ère postcoloniale. Depuis la fin du XXe siècle, des militants hijras ont fait pression pour la reconnaissance officielle de leur spécificité[5].
Lesbiennes
Les lesbiennes en Inde ont commencé à s'organiser et à manifester dans les années 1980, à la suite d'attaques nationalistes contre des cinémas à la sortie du film Fire en 1996. Elles ont peu de droits au sein du système juridique indien.
Sociabilité
Monde de la nuit

Depuis la dépénalisation de l'homosexualité en 2018, l'Inde voit la multiplication des lieux ouvertement LGBTQ+. C'est notamment le cas du Kitty Su, un night club situé dans au sous-sol d'un hôtel de luxe de New Delhi, fondé par Keshav Suri et qui accueille non seulement les minorités de genre, mais aussi les personnes handicapées et les victimes d'attaques à l'acide[6]. Depuis, le Kitty Su a ouvert d'autres établissements à Mumbai, Bangalore, Calcutta et Chandigarh[6]. À la suite de la fusillade du 12 juin 2016 à Orlando, le Kitty Su organise des soirées spécifiquement destinées aux personnes issues de classes populaires[6].
Le Kitty Su est à l'origine du renouveau de la culture drag en Inde, invitant les drag queen internationales Milk, Thorgy Thor (en) et Violet Chachki et mettant en valeur les artistes locales, telles que Lush Monsoon et Betta Naan Stop[6].
Conditions de vie
Opinion publique
Depuis la fin du XXe siècle, l'on constate une baisse des stéréotypes et idées homophobes dans l'opinion indienne. Ainsi, si en 1993, 93 % de la population du pays estimait que l'homosexualité était « injustifiable », ce taux est descendu à 63 % en 2006[7].
D'après une étude du Pew Research Center de 2023, 53 % de la population indienne serait favorable à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe[8].
Religions
La religion a joué un rôle significatif dans la formation des coutumes et traditions en Inde. Alors que l'homosexualité n'était pas mentionnée explicitement dans les textes religieux fondamentaux de l'hindouisme, la religion la plus pratiquée en Inde, quelques interprétations ont été vues comme condamnant l'homosexualité[9]. Les spécialistes divergent dans leur vision de la position de l'homosexualité au sein des principales traditions religieuses de l'Inde. Des arguments ont été avancés pour dire que l'homosexualité avait été présente et acceptée dans l'ancienne société hindoue[10].
Statut légal
Les relations homosexuelles ont longtemps été un crime en Inde[11], un statut qui datait de l'ère de la domination britannique. L'homosexualité a été dépénalisée le lors de la décision historique Navtej Singh Johar v. Union of India (en)[12], qui dépénalise les rapports homosexuels consensuels en réécrivant l'article 377 du code pénal indien[13]. Le , un jugement de la Cour suprême d'Inde déclare non applicable une régulation interdisant aux couples homosexuels et non mariés d'adopter des enfants[14]. Néanmoins, la cour déclare également que la charte actuelle n'implique pas un droit au mariage, et qu'il est du ressort du parlement de légiférer sur ce point, ajoutant que le pays a le devoir de protéger les personnes queers de la discrimination[15].
La Cour suprême en a reconnu les hijras, les personnes transgenres, les eunuques et les personnes intersexes comme un « troisième genre » en droit[16],[17],[18]. Le pays leur propose une option dans les passeports et dans certains documents officiels[19].
Les personnes transgenres sont autorisées à changer de sexe après une chirurgie de réassignation sexuelle en vertu de la législation adoptée en 2019 (en) et ont le droit constitutionnel de s'inscrire sous un troisième sexe. En outre, certains États protègent les hijras, par le biais de programmes de logements, et offrent des prestations sociales, des régimes de retraite, des lits dans les hôpitaux publics ainsi que d'autres programmes conçus pour les soutenir. Il y a environ cent mille personnes transgenres en Inde[20].
Culture

Représentations
Il y a eu en particulier plus de représentations de l'homosexualité dans les médias d'information indiens[21],[22],[23] et à Bollywood[24].
Arts plastiques
Comme exemples d'artistes abordant les thèmes des minorités sexuelles et de genre en Inde, une encyclopédie[Laquelle ?] donne Sunil Gupta (devenu canadien), Bhupen Khakhar (en) et Tejal Shah (en)[25].