L'Arche (mouvement artistique)

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Logotype de l'Arche (1919)

L'Arche est un groupe de travail et de réflexion d’artistes et d’artisans catholiques fondé en 1917 à Paris par l’architecte Maurice Storez et la peintre Valentine Reyre.

Son objectif principal était de réformer l'art religieux en France, en le libérant des conventions académiques et du style sulpicien jugé sentimentaliste, mièvre et dénué d'intérêt artistique.

Ce mouvement a joué un rôle crucial dans le contexte de la reconstruction d'après-guerre et du renouveau liturgique, en posant les bases théoriques et pratiques d'un art sacré renouvelé[1].

Un mouvement issu de la crise de l'Église et de la Grande Guerre

Le renouveau de l'art sacré en France au début du XXe siècle est né d'une période de bouleversements profonds. La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État mit fin aux commandes publiques d'œuvres religieuses, créant un vide institutionnel qui contraignit l'Église à repenser son rapport à l'art.

À cette "crise d'indépendance" s'ajoute le traumatisme de la Première Guerre mondiale. Le conflit, en détruisant des centaines d'églises dans le nord et l'est de la France, ouvre un champ d'action sans précédent pour la reconstruction. Parallèlement, le sacrifice des soldats fut assimilé aux souffrances du Christ, nourrissant un besoin de renouveau spirituel que l'art se devait d'accompagner.

Ce contexte a transformé l'effort artistique de L'Arche en une entreprise de réforme morale et de reconstruction de l'être spirituel de l'Homme, que l'industrialisme moderne avait, selon eux, négligé[1],[2].

La fondation du mouvement

Pendant la Première Guerre mondiale, dès 1916/1917, alors que la Société de Saint-Jean pour le développement de l'art chrétien et la Œuvre de secours aux églises dévastées commencent à organiser des concours d'art liturgique en prévision des reconstructions à venir, quelques artistes se réunissent autour de principes communs : une volonté de rénover l'art chrétien, le souhait de collaborations entre artistes de différentes disciplines, et une forme de subordination de tous les arts à l'architecture[3].

Les statuts du mouvement seront publiés en 1919[4].

Les membres

Selon l'article 1 de ses statuts, "L'Arche groupe des artistes, artisans, industriels catholiques ayant des idées esthétiques communes ou voisines dans le but d'exécuter des œuvres collectives où chacun apportera sa collaboration en vue de l'ensemble et dans un véritable esprit chrétien d'humilité"[4].

Les fondateurs ne cherchent pas à rassembler largement, les adhérents ne devenant d'ailleurs membres à part entière "qu'après de nombreuses collaborations permettant d’éprouver la similitude de leurs principes avec ceux des fondateurs"[3], le partage, la réflexion, le cheminement commun -- technique, artistique et théologique -- étant au cœur de la démarche.

Parmi les membres fondateurs ou actifs figurent[1] :

D'autres artistes les rejoindront plus tard, notamment :

Objectifs et esthétique

L’Arche affiche une volonté affirmée de restaurer un art chrétien authentique, enraciné dans la tradition mais ouvert à la modernité[6],[7],[8].

Dans un article signé par l'Arche paru en 1929 dans L'Artisan Liturgique, on peut lire :

"Artistes catholiques, les « membres de l’ARCHE », comme bien d’autres de leurs contemporains, n’ont pu supporter que l’église de Dieu fut, au regard des incroyants, et souvent par ses propres enfants, murée dans le tombeau de formules d’art mortes. Ils ont réagi vivement contre le culte du pastiche, aussi bien faux moyen âge que faux grand siècle ou faux byzantin, et ont pris rang parmi les chrétiens qui s'efforcent depuis un certain nombre d’années de mettre un « art vivant » au service de la louange divine."[3]

Maurice Denis, proche du mouvement, résume cette ambition à l'opposé de l'esthétique sulpicienne dominante à l'époque : « Ces honteux bazars [les vendeurs d'objets religieux traditionnels] s'adressent à la clientèle pieuse ; la marchandise qu'ils débitent est bien assez bonne pour l'église. C'est ainsi, les catholiques acceptent cette situation humiliante : les Beaux-Arts sont pour le monde, et l'objet religieux est pour Dieu (...) La foi personnelle de l’artiste, son expérience religieuse ont le pouvoir d’informer son imagination, de l’exalter, de la renouveler et de lui arracher des inventions qui touchent l’âme comme des cris du cœur (...). L'indifférence, en matière d'art religieux, est une erreur qui n'a que trop duré »[9],[10]. L'art, pour L'Arche, n'était pas un simple exercice esthétique, mais un "langage" qui devait être compréhensible et commun à une communauté. Le nom même du mouvement, qui évoque l'Arche de l'Ancien Testament, fut choisi pour marquer une opposition symbolique au "déluge" artistique qui, selon les convictions du mouvement, avait engendré l'individualisme[11].

L'engagement du mouvement pour une esthétique moderne était paradoxal. Les membres étaient des "rationalistes" qui se référaient à une culture historique. Leur modernité ne résidait pas dans l'adoption d'un style avant-gardiste comme le cubisme ou l'abstraction, qu'ils considéraient comme des langages opposés à l'art chrétien, didactique et figuratif. Au lieu de cela, ils cherchaient à fusionner les principes médiévaux de la construction avec les matériaux et la logique de leur temps. Pour eux, la "grande invention" de l'art roman fut l'architecture en forme de croix pour faciliter la circulation. De même, ils admiraient la capacité des architectes du Moyen Âge à marier l'art et la logique. L'Arche aspirait donc à une sorte de "modernité anti-moderniste" : une fidélité aux principes de la tradition, réincarnée dans les formes et les matériaux de l'époque[12].

Activités et rayonnement

Participation à des expositions

L’Arche participe à plusieurs expositions majeures[1],[13] :

Réalisations et Œuvres Représentatives

L'église Sainte Jeanne d'Arc de Nice

Architecture : Un laboratoire pour de nouveaux principes

Le champ d'action de L'Arche a été particulièrement fécond dans le domaine de l'architecture, favorisé par les besoins de reconstruction d'après-guerre. Le mouvement a activement contribué à la réédification de lieux de culte, privilégiant des vastes volumes et de nouveaux plans d'églises adaptés au renouveau de la liturgie communautaire. Un exemple notable est l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Nice, conçue en 1926 par l'architecte Jacques Droz (ami de Storez), qui marie des lignes futuristes et des coupoles arrondies dans un style influencé par l'Art nouveau.

La collaboration la plus emblématique fut celle entre Maurice Storez et Dom Paul Bellot pour la reconstruction de l'église Saint-Chrysole à Comines. Ce type de projet illustre la manière dont le mouvement savait mêler art et technique, utilisant de nouveaux matériaux, notamment le béton armé, pour créer des lieux à la fois fonctionnels, rationnels et profondément spirituels.

Arts visuels et décoratifs

S'il est impossible de définir un style caractéristique de L'Arche, révélant une production hétérogène, les œuvres de ses membres témoignent d'une recherche constante d'équilibre entre l'artisanat et la spiritualité. Les travaux de Valentine Reyre, qu'elle signe souvent au nom du groupe, se déploient dans de multiples disciplines. Le sculpteur Henri Charlier a également réalisé des statues pour les projets architecturaux de Dom Paul Bellot, comme à l'Oratoire Saint-Joseph de Montréal.

On peut également relever un souhait constant de simplicité esthétique : "Il y a autant de simplicité, de virginale nudité dans leur regard, qu'il y a de science et d'expérience dans leur technique"[15].

L'Arche et les Ateliers d'Art Sacré : Coopération et complémentarité

Le mouvement entretient des liens étroits avec d’autres associations d’art sacré comme les Ateliers d’Art sacré, les Artisans de l’Autel, ou encore la Société de Saint-Jean. Il bénéficie du soutien de figures intellectuelles et religieuses telles que Dom Paul Besse, le Père Sertillanges, Henry Cochin...

L'Arche et les Ateliers d'Art Sacré, fondés en 1919 par Maurice Denis et Georges Desvallières, ont souvent été perçus comme des mouvements concurrents, alors qu'ils étaient en réalité des entités complémentaires, partageant une vision et un réseau[6].

Une collaboration intellectuelle et pratique

Les deux groupes étaient unis par un engagement commun en faveur du renouveau de l'art sacré. Les fondateurs des Ateliers, étaient des guides intellectuels et moraux pour les artistes de L'Arche. Valentine Reyre a joué un rôle déterminant en tant que "pont" entre les deux organisations. Non seulement elle était une figure centrale de L'Arche, mais elle a également participé activement à la fondation des Ateliers, en rédigeant leurs statuts et en y étant une actionnaire clé[16],[17]. Les deux groupes se partageaient volontiers les commandes et les artistes, et leurs membres exposaient ensemble.

Une distinction de mission

La principale différence entre les deux mouvements résidait dans leurs missions respectives. Les Ateliers d'Art Sacré se concentraient sur la formation d'artistes et d'artisans dans le cadre d'une école. Ils visaient à créer une nouvelle génération de créateurs qui travailleraient dans l'esprit des corporations médiévales[18]. L'Arche, fondé deux ans plus tôt, fonctionnait davantage comme un groupement de travail et de réflexion qui mettait en œuvre des collaborations sur des projets spécifiques, avec une forte orientation idéologique et philosophique. Cette distinction de mission n'a pas empêché les deux groupes de travailler en symbiose, chacun contribuant à un aspect différent du renouveau de l'art sacré : L'Arche par son cadre théorique et ses projets de collaboration, et les Ateliers par leur mission éducative et leur production d'œuvres.

Héritage

Voir aussi

Notes et références

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