L'Ombre (pièce)

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L'Ombre (en russe : Тень, Ten) est une pièce de théâtre écrite par le dramaturge soviétique Evgueni Schwartz en 1940. Inspirée du conte L'Ombre de Hans Christian Andersen, l’œuvre est une satire philosophique et politique qui met en scène le rapport entre l’homme et sa part obscure. La pièce est l’une des œuvres les plus célèbres de Schwartz et figure parmi les grandes pièces du théâtre russe du XXe siècle.

Evgueni Schwartz écrit L'Ombre à la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de forte censure en Union soviétique. Connu pour ses réécritures de contes à portée satirique, l’auteur utilise l’univers du fantastique pour contourner les restrictions idéologiques et proposer une critique voilée du pouvoir, du conformisme et de la corruption morale.

Bien que rédigée en 1940, la pièce ne connaît une diffusion large qu’après la guerre, en raison des contraintes politiques pesant sur la création théâtrale.

Résumé

Un jeune savant idéaliste séjourne dans un pays imaginaire, dans une auberge tenue par un ogre, Pietro, et dont la fille, Annunziata, se fait la domestique du savant tout en lui donnant des clés de lecture de la société où il s'est retrouvé. La princesse du pays tombe sur lui et s'entiche de lui alors qu'elle doit chercher un époux. Au même moment,l'ombre du savant se détache de lui et prend une existence autonome.

Les ministres, invoquant l'impératif d'État, décident d'éliminer ce prétendant étranger, soit en l'écartant soit en le faisant tuer. Un homme, qui se dit intime du savant et qui n'est autre que son ombre, leur propose de le convaincre. Il communique au savant le complot des ministres, mais dans le même temps manœuvre auprès de la princesse pour montrer que le savant est prêt à renoncer à son mariage pour de l'argent.

Devenue un personnage à part entière, l’Ombre acquiert richesse, pouvoir et influence, et même la promesse du mariage de la part de la princesse tandis que le Savant, resté pauvre et fidèle à ses principes, perd peu à peu sa position et se retrouve bientôt en prison

Dans un ultime rebondissement, le Savant parvient à reprendre le contrôle de son ombre. La Princesse le supplie finalement lui de l'épouser. Le Savant refuse et quitte le pays avec Annunziata, seul personnage à avoir été attaché à lui de manière constante et transparente.

Personnages principaux

  • Le Savant : personnage idéaliste, honnête et naïf
  • L’Ombre : double maléfique du Savant, ambitieuse et manipulatrice
  • La Princesse : rêve féminin du savant, elle s'avère être imbue d'elle-même et versatile
  • Annunziata : jeune fille naïve qui gagne finalement par son honnêteté le coeur du savant
  • Le Premier Ministre et le Ministre des Finances : couple de personnages imbus d'eux-mêmes, bureaucrates
  • César Borgia et Pietro : couple de personnages subalternes, l'un journaliste l'autre tenancier d'hôtel (et ogre) - ils sont peu fiables et aspirent à l'arrivisme.

Thèmes

La pièce aborde plusieurs thèmes majeurs :

  • le dédoublement de la personnalité
  • le pouvoir et la corruption
  • la trahison de soi-même
  • le conflit entre l’idéal et le pragmatisme

À travers l’opposition entre le Savant et son Ombre, Schwartz interroge la nature humaine et la facilité avec laquelle la société accepte le mensonge lorsque celui-ci s’accompagne de pouvoir et de réussite.

Portée politique

L'Ombre est interprétée comme une allégorie du totalitarisme et de l’oppression politique. L’Ombre incarne l’arrivisme, la duplicité et l’adaptation opportuniste au pouvoir, tandis que le Savant représente l’intellectuel honnête, marginalisé et finalement éliminé par un système fondé sur le mensonge et la manipulation[1].

Plusieurs critiques voient dans la pièce une dénonciation indirecte du stalinisme, dissimulée sous la forme du conte afin d’échapper à la censure soviétique[2]; on y retrouve le même recours au merveilleux et au grotesque que dans Le Maître et Marguerite" (1940) de Bougakov. Comme dans d’autres œuvres de Schwartz, le merveilleux sert de masque à une critique du conformisme idéologique et de la corruption du pouvoir[3].

Réception

En Union soviétique, la réception de L’Ombre fut d’abord prudente en raison de sa dimension satirique et de ses possibles lectures politiques. La pièce ne s’imposa réellement au répertoire qu’après la Seconde Guerre mondiale, dans un climat culturel légèrement assoupli[4].

À partir des années 1960, L’Ombre est traduite et jouée dans de nombreux pays européens, notamment en France, en Allemagne et en Italie. La critique occidentale salue alors la finesse de son symbolisme politique et la modernité de son écriture dramatique[5].

La pièce est aujourd’hui considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du théâtre satirique du XXe siècle[6].

Adaptations

L'Ombre a connu plusieurs adaptations importantes :

Au cinéma

Тень (L’Ombre), film soviétique réalisé par Nadejda Kocheverova en 1971, avec Oleg Dahl dans le rôle du Savant. Cette adaptation est l’une des plus connues et a contribué à la popularité durable de l’œuvre en Russie.

À la télévision

Plusieurs captations télévisées ont été réalisées par la télévision soviétique et russe entre les années 1960 et 1980.

Au théâtre en France

La pièce est montée en France à plusieurs reprises à partir des années 1970, notamment dans des théâtres publics et universitaires.

Une mise en scène remarquée a été présentée au Théâtre de l’Est parisien dans les années 1980, dans une traduction française destinée au jeune public et aux adultes.

L’Ombre est également régulièrement jouée dans les conservatoires et les scènes nationales dans le cadre du théâtre de répertoire contemporain[7].

Postérité

Voir aussi

Notes et références

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