L'art imite la nature

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L'art imite la nature (en grec ancien : ἡ τέχνη μιμεῖται τὴν φύσιν, en latin : ars imitatur naturam) est une locution d'origine gréco-latine qui signifie que la nature constitue pour l'art un modèle à reproduire.

Derrière son apparente simplicité, la locution « L'art imite la nature », ou « L'art est l'imitation de la nature, » masque des sens divers. Elle peut être prise au sens factuel : ce que fait l'art, c'est reproduire la nature. Dans ce cas, la locution sert à décrire l'activité artistique. Elle peut aussi avoir un sens normatif : l'art doit ou devrait reproduire la nature. Dans ce cas, la locution sert à juger le produit de l'art. Ces deux sens sont utilisés par Iris Murdoch. Murdoch fait d'ailleurs remarquer qu'« Il est facile d'avoir les idées embrouillées, ou plutôt de nous embrouiller nous-mêmes quand nous réfléchissons à cette question », celle de savoir « qu'est-ce exactement que l'imitation, et qu'est-ce qui peut être reconnu comme étant de l'imitation ? »[1]. Le sens normatif est utilisé par Sœur Saint-Martin-de-Tours[2].

Il y a une ambiguïté sur le terme de « nature », qui permet là encore au moins deux sens possibles. Soit l'art imite l'apparence des choses naturelles, c'est-à-dire la nature naturée, le résultat de la production naturelle. L'art reproduit donc la nature considérée comme un donné extérieur, que l'artiste perçoit et dont il veut donner l'illusion en quelque sorte. Soit l'art imite le processus de production de la nature, c'est-à-dire la nature naturante, la nature en tant qu'activité et non en tant que résultat. L'art reproduit donc la nature comme de l'intérieur, comme s'il était à sa place. Cette distinction entre nature naturée et nature naturante est empruntée par le phénoménologue Mikel Dufrenne à Spinoza pour concevoir le rapport entre l'art et la nature[3]. Il écrit :

« Imiter ne signifie pas seulement reproduire le modèle, mais suivre un modèle – imiter, par exemple, Jésus-Christ. Et l'on remarque aujourd'hui qu'Aristote ne recommande pas, comme la tradition l'a cru, d'imiter les choses naturelles, mais d'imiter la nature : de produire des objets qui, bien qu'ayant leur principe dans la poiésis humaine, manifestent la même puissance d'exister que les objets qui ont leur principe en eux-mêmes et témoignent ainsi de la poiésis de la nature. »

Histoire

Antiquité grecque

Si Platon n'utilise pas l'expression, il soutient que l'art est une imitation des apparences sensibles que l'on trouve dans la nature ; or, les apparences sensibles n'étant qu'un simulacre du réel, l'art qui l'imite n'est qu'un simulacre de simulacre[4],[5].

Aristote est le premier à écrire que l'art imite la nature, dans la Physique[6]. Il utilise en grec le terme de technè pour désigner l'art, c'est-à-dire la technique productrice, et non l'art dans son sens latin ars, artis, qui désigne les beaux-arts[réf. nécessaire]. L'art n'est pas une simple imitation, ni une concurrence, ni une servilité[7]. L'art vise à « achever ce que la nature n'a pas pu mener à bien »[8]. Cette imitation est donc recommandable[9]. La nécessaire observation de la nature par l'utilisateur de la technique est une partie de la mimèsis[10].

Antiquité romaine

Sénèque écrit dans les Lettres à Lucilius[11] que omnis ars naturae imitatio est (« tout art est l'imitation de la nature »). Selon lui, en effet, l'art est image de la nature. L'utilisation du mot ars (l'art) est ici au sens de l'art artistique, et non de l'art-technè[12].

Néoplatonisme

Moyen Âge

Thomas d'Aquin passe la célèbre formule au filtre de la scolastique. Il écrit dans sa Somme théologique[13] que ars imitatur naturam. Selon lui, la phrase signifie à la fois que l'art reproduit la nature, et que l'art opère comme la nature[14]. L'art est ici entendu dans son sens d'art-technè : la nature, lorsqu'elle « guérit le malade en altérant, maîtrisant et chassant la matière qui causait la maladie », agit comme un médecin, et vice versa[15].

Renaissance et Âge classique

Thomas Hobbes ouvre le Léviathan (1651)[16], par une réflexion sur la nature. Reprenant Aristote, il écrit que « la nature [...] est si bien imitée par l'art de l'homme, en ceci comme en de nombreuses autres choses, que cet art peut fabriquer un animal artificiel »[17].

L'astronome et penseur de la nature Johannes Kepler s'oppose à la thèse aristotélicienne. La révolution scientifique de son époque lui fait percevoir différemment le rapport entre la nature et la technique. Il écrit que « Dieu, à la manière d'un de nos architectes, a procédé à la construction du monde par ordre et norme, ayant mesuré chaque chose de telle façon qu'il semble non que l'art imite la nature, mais que Dieu lui-même regardait par avance l'art de construire de l'homme à venir »[18].

René Descartes renverse la proposition d'Aristote en écrivant: « du moment que l'art est un imitateur de la nature et que les hommes peuvent fabriquer des automates variés dans lesquels, sans aucune pensée, se trouve le mouvement il semble conforme à la raison que la nature produise aussi ses automates, mais qui l'emportent de beaucoup sur les produits de l'art, à savoir toutes les bêtes »[19],[20]. La copie conduit à la connaissance de l'exemplaire[21].

Nicolas Boileau, dans l'Art poétique[22], appelle ses lecteurs à apprendre ce que produit la nature pour que leur art sache l'imiter[23].

Lumières et Romantisme

Critiques

Notes et références

Voir aussi

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