La Grande Françoise, ou Grande Nef Françoise, est un navire de guerre de très grande dimension construit au Havre sur ordre de François Ier au début du XVIesiècle, dans le cadre du renforcement de la flotte française. Les sources situent le début de sa construction en 1520 ou 1529. Conçue comme une caraque d’environ deux mille tonneaux, elle se caractérisait par une coque en chêne doublée de plomb, plusieurs ponts, cinq mâts et un armement conséquent. Divers aménagements inhabituels lui sont également attribués, notamment une chapelle, une forge, un moulin à vent et un jeu de paume. Bien qu’achevée, la nef ne put jamais quitter le port en raison d’un tirant d’eau trop élevé. Renversée lors d’une tempête dans le bassin de la Grande-Barre, elle fut finalement abandonnée puis démantelée.
La Grande Françoise, également désignée sous le nom de Grande Nef Françoise, fut un navire de guerre construit sur ordre du roi François Ier au cours de la première moitié du XVIesiècle[1]. Ce bâtiment s’inscrit dans la politique navale du souverain, qui cherchait alors à renforcer la flotte française afin de rivaliser avec la puissance maritime de l’Angleterre, gouvernée par Henri VIII[2] et son vaisseau le Henry-grâce-à-Dieu[1] .La Grande Nef Françoise aurait été conçue en vue d'une expédition vers le Levant, où elle aurait dû participer à une opération contre les forces ottomanes. Ce projet est évoqué dans le contexte du rapprochement diplomatique entre François Iᵉʳ et Henri VIII en 1532[3].
Selon les sources, la construction aurait commencé en 1520[4],[1] ou 1529[3]. La mise en chantier de la nef eut lieu au Havre, port nouvellement fondé par François Ier sur le ber du site de Saint-Nicolas-de-Leure[1],[3].La direction des travaux fut confiée à l’architecte Jérôme Fer (parfois nommé Féot)[1], assisté de M. L’Épargne, gentilhomme breton, chargé de la supervision du chantier[3],[5].Signée le , une ordonnance de François Iᵉʳ accorde 2 875 livres tournois pour achever la construction de La Grande Françoise , somme versée au trésorier de la marine en complément des financements déjà accordés[6].
Bien que pleinement achevée vers 1524[1],[4] ou 1532[3], la Grande Françoise ne put jamais quitter le port du Havre en raison d’un tirant d’eau trop important. Lors d’une première tentative de mise à flot en 1524[4], le navire heurta le fond au niveau de la jetée prolongée par la tour François-Iᵉʳ[3], et les opérations menées pour l’allégerse révélèrent insuffisantes[2].
Plusieurs essais successifs eurent lieu au cours des années, lors des grandes marrées[3]. Dans la nuit du [1] ou 1538[4], jour de la saint Clément, une forte tempête provoqua la rupture de ses amarres. Le navire se renversa sur l’un de ses flancs, s’emplit d’eau et devint irréparable. Abandonnée dans le bassin de la Grande-Barre, la Grande Françoise resta plusieurs années à l’état d’épave jusqu’à son démantèlement[1]. Avec l’extension de la ville du Havre, le bois de la nef fut récupéré et employé à la construction de plusieurs maisons du quartier des Barres[7].
Caractéristiques
Gravure représentant, de manière chronologique, sur un plan du port du Havre de 1530, l'histoire de La Grande Françoise, sa construction, sa tentative de sortie du port, puis son démantèlement.
Aucune représentation ou plan d’époque représentant la Grande Françoise n’existe encore de nos jours[2]. Conçue comme une caraque de très grande dimension, elle était estimée à environ deux mille tonneaux. Les évaluations modernes situent sa longueur entre 70[1] et 80[2] mètres, plusieurs récits évoquant une mesure de 50 toises, soit environ 97,5 mètres[4]. Le navire aurait suivi les proportions des caraques du début du XVIesiècle, avec une largeur équivalente à la moitié de la longueur de la quille, selon la proportion 1/2/3[2].
Sa coque, construite en chêne, était doublée de plomb et assemblée à l’aide de clous de fonte de la quille jusqu’au tirant d'eau[4]. Les sabords étaient organisés en trois rangs croisés, disposés en damier pour optimiser la solidité structurelle et l’agencement de l’artillerie[2]. Le navire comportait entre cinq et sept ponts, ainsi qu’un château arrière deux fois plus grand que le château de proue[2]. Le gréement comprenait cinq mâts, dont trois d’artimon, un de misaine et un maitre mât d’un diamètre , mesurant cinq à six brasses de circonférence (environ neuf mètres ). Celui-ci portait quatre hunes superposées, certaines étant équipées de pierriers, renforçant les capacités militaires du navire[2]. La proue du navire était équipé d'un mat de beaupré avec en figure de proue une représentation d'un Saint François accompagnée de la salamandre, emblème personnel de François Iᵉʳ. Au niveau de l'arrière figuraient les armoiries de France et la représentation d’un phénix[3].
En plus des espaces liés à la navigation et à l’artillerie, le la Grande Françoise aurait comporté un jeu de paume, une forge destinée aux travaux de réparation en mer[1]ainsi qu’ une chapelle dédiée à saint François[4],où était célébrée une messe dominicale, fréquentée notamment par les ouvriers italiens employés au chantier[7]. Les sources mentionnent également la présence d’un moulin à vent installé à bord, dispositif rare censé permettre une production autonome de farine[2]. Enfin, une structure en bois aurait été érigée sur le pont afin d’abriter les tillacs et d’organiser les espaces supérieurs[2].
12345678910B. Lefrancois, «La « Grande Françoise » (nef du XVIe siècle)», Études Normandes, vol.livraison 65, non°199, 4e trimestre 1967, p.1-4 (lire en ligne)
12345678Jean LAIGNEL, Texte établi, présenté et commenté par Hervé CHABANNES et Dominique ROUET, Antiquitez du Havre de Grâce, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre;, , 231p. (ISBN978-2-87775-502-3, lire en ligne), p.67-80
↑Marie Le Masson Le Golft, «Premier entretien», dans Coup d’œil sur l’état ancien et présent du Havre, Presses universitaires de Rouen et du Havre, coll.«Le Havre: territoire d'écriture», , 270p. (ISBN979-10-240-1644-3, lire en ligne), p.23–40
12Guillaume de Marceilles, Mémoires de la fondation et origine de la ville françoise de Grâce, composez par maistre Guillaume de Marceilles,, Le Havre, , 48p. (lire en ligne), p.8-9