La Madone des pèlerins
tableau du Caravage
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La Madone des pèlerins (en italien Madonna dei Pellegrini), nommée également pour son sujet La Madone de Lorette ou La Vierge de Lorette[1], est un tableau de Caravage peint entre 1604 et 1605 et conservé à la basilique Saint-Augustin à Rome.
Historique
Commandée à Caravage par la famille Cavalletti pour Ermete Cavaletti mort en 1602[2], l'œuvre a été exécutée pour la chapelle familiale de Sant'Agostino, près de la piazza Navona.
L'œuvre est restée en place depuis (fait rare pour les œuvres du peintre)[3],[4].
En 1604, les archives municipales de Tolentino attestent de la présence du Caravage dans cette ville de la région des Marches italiennes. Le Pèlerinage de Rome à Lorette par la Via Lauretana étant très pratiqué à l’époque, et même s’il n’existe pas de preuve du passage de Caravage à Lorette, il semble probable qu’il s’y soit rendu. Après son retour des Marches, les traces du périple italien de Caravage sont perdues. L’on sait seulement qu'il vécut quelques mois plus tard à Rome, dans le Vicolo di San Biagio qui correspond aujourd’hui au numéro 19 de l'actuel vicolo del Divino Amore où il a probablement peint la Madone des pèlerins. Le logement de Caravage était proche de la Basilique de Saint Augustin à Campo Marzio.
Description
Au contraire des autres peintures sacrées du Caravage, celle-ci ne s'inspire pas d'un texte biblique ou d'une œuvre préexistante mais s'inspire de la légende du transport de la sainte Maison à Lorette alors premier sanctuaire marial d’Occident et deuxième lieu saint d’Italie après Rome où l’on y célébrait la figure populaire de la Madonna di Loreto (Notre Dame de Lorette).
Par l’apparition de la brique sous l’enduit du mur, Caravage rappelle ainsi la relique de la sainte Maison de Lorette, maison originelle rapportée de Terre Sainte à la fin du XIIIe siècle telle que relatée par Pietro Giorgio Tolomei[5].
Cette maison, à la fois relique et lieu saint de l’Annonciation, fit l'objet d'un pèlerinage entre les XVIe et XVIIe siècles.
D’autres peintres dont Annibale Carracci, Guido Reni, le Dominiquin , Carlo Bononi, Le Pérugin, Raphaël, Marco Palmezzano, Vincenzo Pagani, Saturnino Gatti[6] mais aussi Jean-François Millet, Giambattista Tiepolo ou Pierre-Claude-François Delorme pour l’église de Notre Dame de Lorette dans le 9°arrondissement de Paris ont réalisé une oeuvre sur le sujet.
Dans celle du Caravage, la composition est d’un grand réalisme, de beaucoup d’originalité au regard de la tradition iconographique de l'époque, et d’une profonde humanité.
Sous les traits fort probables de Maddalena Antognetti[7], la Vierge, placée en haut à gauche dans l'embrasure d'une porte, tient dans ses bras un Enfant-Jésus nu et lourd à travers un lange.
Deux inconnus frappent à la porte
Une femme, tenant son enfant dans les bras, leur ouvre. Comme toute mère, elle protège son fils par une lègère torsion vers l'arrière. Admirons le mouvement du corps de la Vierge, de la tête inclinée regardant les deux inconnus par-dessus son épaule jusqu'au pied gauche relevé et donnant l'impression d'un pas de danse. Constatons combien le Caravage l'a parfaitement saisie par son dessin. Une position qui donne beaucoup d'élégance et de douceur à la Vierge.
Donc deux pèlerins issus du peuple (pieds nus et sales, mains rugueuses, visages burinés) sont agenouillés les mains jointes, leurs bâtons au côté. Nous sommes à l'instant où Marie découvre les deux inconnus à genoux devant la porte. Sont-ils mendiants ? Ils n'en ont pas l'air. Ils sont marqués par l'âge, le travail, et la fatigue. Leurs pieds sales indiquent qu'ils ont marché et leur bâton, qu'ils sont pèlerins. Ils sont placés en contrebas à droite, sous la marche qui supporte la Vierge qu'on reconnaît à son auréole en attendant sa bénédiction.
Leurs mains jointes montrent leur dévotion. Ils sont venus rendre grâce et l'on devine leurs visages rayonnants. Marie montre un sentiment de bienveillance[8]. L'enfant, lui, s'intéresse à la scène mais il est impossible de saisir les expressions de son visage. Sa nudité contraste par sa lumière et en fait le centre de la scène. C'est bien lui qu'ils sont venus vénérer[9].
Postérité
La peinture fait partie du musée imaginaire de l'historien français Paul Veyne, qui le décrit dans son ouvrage justement intitulé Mon musée imaginaire[10].