Brigade des papiers

From Wikipedia, the free encyclopedia

La « brigade des papiers » désigne un groupe d’environ quarante intellectuels juifs du ghetto de Vilnius qui, entre et , ont participé sous la contrainte à la destruction et au tri des bibliothèques (juives et non juives), tout en tentant de sauver clandestinement des milliers d’ouvrages et de manuscrits pour préserver la culture juive des spoliations nazies.

Histoire

Ghettoïsation

À la suite de l'occupation de la Lituanie par l’Allemagne nazie en , les autorités allemandes mettent en place le ghetto de Vilnius, déportant la quasi‑totalité de la population juive locale.

Les nazis mobilisent notamment l’« Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg », unité chargée de piller les bibliothèques et collections juives pour les envoyer en Allemagne, dans le cadre de la politique de spoliation culturelle et de destruction systématique des identités juives.

Dans ce cadre, les Juifs du ghetto sont contraints de constituer des équipes de tri pour ouvrir, classer et préparer les livres, manuscrits et documents pour le transport vers l’Allemagne.

C’est dans ce contexte qu’est formée la « brigade des papiers », un groupe composé essentiellement de poètes, d’écrivains, de linguistes et savants (dont Abba Kovner, Shmerke Kaczerginski et Avrom Sutzkever)[1], qui reçoivent des « ordres » explicites de récupérer certaines œuvres rares au profit de l’Allemagne, mais en tentent de les cacher à la fois aux nazis et à leurs propres oppresseurs collaborant avec eux.

Ils utilisent ce privilège pour dissimuler des dizaines de milliers de volumes et de manuscrits dans des caches secrètes dans le ghetto[2], notamment dans des murs, des caves et des décombres, afin d’éviter que tout soit confisqué ou brûlé[3]

Ces opérations se font dans un contexte de terreur permanente : les membres de la « brigade des papiers » risquent à tout moment d’être fusillés ou déportés s’ils sont découverts, et ils doivent jongler entre les exigences de l’occupant, les pressions des instances du ghetto et les scrupules moraux de participer à la spoliation.

Certains s’efforcent aussi de tenir des archives clandestines et des témoignages sur la vie du ghetto, ce qui donne une dimension « documentaire » et presque archivistique à leur résistance.

De la spoliation à la résistance

Au‑delà de l’acte de sauvetage matériel des livres, plusieurs membres de la « brigade des papiers » adhèrent à la résistance juive dans le ghetto, en particulier à la Fareynikte Partizaner Organizatsye, qui prépare la lutte armée et la fuite vers les forêts.

À partir de , lorsque le ghetto de Vilnius est progressivement liquidé, certains brigadistes réussissent à s’échapper et à rejoindre les partisans dans les forêts, continuant le combat contre l’occupant tout en défendant l’héritage culturel qu’ils ont tenté de préserver[4].

Libération

Après la libération, plusieurs survivants (comme Kaczerginski) reviennent sur place pour exhumer les caches et récupérer une partie des trésors sauvés, ce qui permet de reconstruire une partie du patrimoine littéraire et archivistique juif régional.

Une partie de ces fonds est envoyée au YIVO (à New York) et à diverses institutions, tandis qu’une autre reste en Europe, formant aujourd’hui la base de collections majeures de la culture ashkénaze[5].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI