Maison de la sagesse

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La Maison de la sagesse (en arabe : بيت الحكمة (bayt al-ḥikma), à Bagdad sous les Abbassides, serait une bibliothèque.

Savants dans une bibliothèque abbasside. Le Maqâmât al-Harîrî Schefer illustré par Yahya al-Wasiti en 1237.

L’existence de cette institution unique fait aujourd’hui débat parmi les historiens qui nuancent son importance. Néanmoins, ce terme « Maison de la sagesse » (transcrit aussi par Dâr al-Hikma ou Beit Al-Hikma) désigne parfois, par extension, diverses institutions savantes apparues à partir du IXe siècle dans le monde arabe.

Les sources arabes médiévales mentionnent rarement le Bayt al-Ḥikma Maison de la Sagesse ») et n’en donnent aucune description détaillée. Les historiens contemporains, parmi lesquels Dimitri Gutas et George Saliba, s’accordent à dire qu’il ne s’agissait pas d’une académie organisée ni d’un complexe réunissant bibliothèques, observatoires et hôpitaux. D'autres auteurs confirment cette lecture : le Bayt al-Ḥikma correspondrait à une bibliothèque de cour où des lettrés, traducteurs et secrétaires, travaillaient sous le patronage d’al-Maʾmūn[1].

Sans les y réduire, on évoque couramment leur rôle majeur dans la « transmission de l'héritage des civilisations[2] » : bien sûr grecque, perse et du Moyen-Orient, mais aussi indienne[3], chinoise, etc. Cet aspect fait de ces maisons un des symboles de l'âge d'or de la science arabe[4], comme lieu de collecte, de diffusion, de copie et de traduction de la littérature d'adab (les belles-lettres).

Leurs rôles dans l'histoire scientifique

Dessin d'une opération au XVe siècle.

Certains auteurs modernes ont comparé ces bibliothèques et cercles savants à des formes d'universités[5],» ou à la bibliothèque d'Alexandrie. Toutefois, cette assimilation est jugée anachronique : les Bayt al-Ḥikma relevaient du mécénat califal, sans structure d’enseignement ni statut comparable à ceux des universités médiévales. Mais les liens historiques les plus sûrs, particulièrement pour la plus ancienne d'entre elles, sont ceux qu'elles ont avec l'antique académie de Gundishapur (Djund-i Shapur) des Sassanides (et, à travers elle, les écoles d'Athènes), ainsi qu'avec l'école de Dayr Qunna[6] (ou Deïr Qunna), une école de scribes nestoriens[7] de culture syriaque[8].

Manuscrit abbasside

Les premières traductions en arabe furent réalisées à partir de textes grecs, syriaques et persans déjà transmis et étudiés par les savants de l’Empire sassanide. Ces œuvres, traduites en pehlevi puis en syriaque sous le patronage des souverains sassanides, furent reprises et adaptées par les traducteurs de Bagdad, souvent chrétiens de langue syriaque. Parmi les écrits grecs traduits sous les Abbassides figuraient notamment les Topiques et la Physique d'Aristote qui contribuèrent à diffuser une culture dialectique commune aux savants musulmans et chrétiens, utilisée dans les débats théologiques et philosophiques du IXᵉ siècle[9].

Ces premières traductions entament un mouvement de translation d'une partie des textes de philosophie, de médecine, de logique, de mathématiques, d'astronomie, de musique grecs, pehlevis, syriaques, hébreux, sanskrits, etc., dont ceux d'Aristote, de Platon, de Pythagore, de Sushruta, d'Hippocrate, d'Euclide, de Charaka, de Ptolémée, de Claude Galien, de Plotin, d'Âryabhata et de Brahmagupta au monde arabo-musulman. Les traductions s’accompagnaient de réflexions, de commentaires, et ont donné lieu à une nouvelle forme de littérature.

Le Bayt al-Hikma de Bagdad

Sous le règne du calife al-Maʾmūn (813-833), Bagdad devint un centre intellectuel majeur du califat abbasside. Plusieurs bibliothèques et cercles de traducteurs y furent actifs, parfois regroupés sous l’appellation de Bayt al-Ḥikma Maison de la sagesse »), sans qu’il s’agisse d’une institution créée à une date précise ni fondée par le calife abbasside Haroun ar-Rachid. Parmi les savants liés à ces milieux figurent, al-Khwariz, al Kindi, Thābit ibn Qurra, Al Jahiz, et Al-Hajjaj ibn Yusuf ibn Matar représentatifs de traditions scientifiques et philosophiques diverses soutenues par le mécénat califal[10]. Du IIe/VIIIe siècle jusqu’à l’invasion par les Mongols, Bagdad était un centre intellectuel autant pour les arts que pour la science[11]. La Maison de la Sagesse apparaît justement à ce moment, durant l’âge d’or de l’islam[12]. La Maison de la Sagesse, ou Bayt al-Hikma (House of Wisdom), était aussi connue sous le nom de Khizanat al-H⁄ikma (Repository of Wisdom)[11]. Dans plusieurs textes, on y fait aussi référence en tant que bibliothèque du palais du califat abbasside du IXe siècle, à Bagdad[11]. Plus précisément, le califat abbasside fait référence à la 2e grande dynastie de l’empire musulman, dont le règne fut actif de 750 CE à 1258[13]. Le terme « ḥikma », fréquemment employé dans le Coran, désigne à l’origine la sagesse et un savoir d’inspiration divine. À l’époque abbasside, le mot est associé aux sciences rationnelles et à la philosophie, sous l’influence des traductions grecques. Dans certains courants postérieurs, notamment dans la tradition ismaélienne, il prend un sens plus spécifiquement doctrinal[11]. C’est pourquoi le contexte sociohistorique a une importance non-négligeable pour comprendre la véritable histoire de la Maison de la Sagesse, ses fondements et son origine.

La Maison de la Sagesse est un symbole du monde scientifique, mais à cause de mauvaises traductions, d’un manque de contextualisation sociohistorique (et de compréhension dudit contexte) et de préjugés, la manière dont elle a été parfois représentée est erronée[14],[15]. De plus, plusieurs textes académiques démontrent que, à cause de la propagande antimusulmane, l’histoire occidentale serait devenue peu à peu erronée face aux réelles contributions de l’Islam à la science, aux mathématiques et à la philosophie[14]. La Maison de la Sagesse existe à la fois comme réalité historique et comme idée, à la frontière entre idéal et histoire.

À propos du Bayt al-Hikma de Bagdad, M.-G. Guesdon conclut (en 1992, p. 150) qu'« appuyé sur la culture des communautés en présence plus que sur un modèle ancien, il fut [...] une appropriation active, donnant lieu à une création originale, dont les raisons tenaient tant à la continuité humaine et culturelle d'une région qu'aux problèmes posés par l'islamisation de la société. »

Des traductions y sont réalisées, en particulier sous l'égide du Persan Salm, qui fut le premier directeur du Bayt al-Hikma[16]. Le chrétien nestorien Hunayn ibn Ishâk al Ibadi est chargé par Al-Mamun de vérifier les corrections des autres traducteurs, mais rien ne permet d'étayer l'affirmation selon laquelle il aurait dirigé le premier atelier de traduction de cette institution[17]. Il traduit, avec l'aide de son fils Ishâq et son neveu Hubaysh et d'autres spécialistes moins connus comme Étienne ibn Bâsil, Musâ ibn Khalid et Yahyâ ibn Hârûn[18], une centaine d'ouvrages du grec vers le syriaque puis du syriaque vers l'arabe. Une bibliothèque prenait place dans la Maison de la Sagesse, et contenait des connaissances inestimables, dont de nombreuses traductions vers l’arabe d’écrits en grec, en hindou et en perse. Les érudits qui ont contribué à la Maison ont fait des progrès incroyables pour la science et l’avancement de la recherche académique. Par exemple, en seulement 50 ans, ils ont traduit l’intégrité des ouvrages de langue grecque en science et en philosophie[14]. Cette traduction de masse se nomme le « Graeco-Arabic translation movement », qui souligne l’avancement énorme fait par les érudits de la Maison de la Sagesse durant l’âge d’or de l’islam, en particulier pour ce qui est des traductions du grec vers l’arabe, mais aussi du pahlavi, sanskrit et syriaque vers l’arabe[12]. Les érudits arabes ont donc joué un rôle crucial du dans le développement et l’avancement de l’occident d’aujourd’hui[14]. Sans ces traductions, la science ne serait pas ce qu’elle est désormais.

La Maison avait initialement été conçue comme une librairie personnelle pour les collections de Hārūn al-Rašīd. Cependant, sous le règne de son fils, la bibliothèque est plutôt devenue un centre intellectuel pour la recherche, la connaissance et la traduction. La collection de la Maison de la Sagesse se voulait le reflet de la continuité de l’héritage perse[13]. La bibliothèque contenait deux grandes sections. Dans la première, on pouvait retrouver des traductions en de nombreuses langues vers l’arabe. Dans la deuxième, il y avait plutôt une collection de livres qui provenait de partout à travers le monde[12]. La Maison a grandement évolué à travers les années, et s’est enrichie sous le règne de Hārūn al-Rašīd de 786 à 809. Cependant, elle atteint son apogée sous le règne du fils de Hārūn, al-Ma'mûn, de 813 à 833. Par ailleurs, la maison continue de se développer sous les califes Al-Mutasim et Al-Wathiq, mais semble décliner sous le règne d'Al-Mutawakkil. Après l’an 833, marquant le décès de al-Ma'mûn, les mentions qui célèbrent la grande bibliothèque cessent presque entièrement[13]. En effet, elle devait alors servir de tribunal musulman lors de la crise mutazilite qui optait pour un Coran créé, et non incréé. Ce sont finalement les partisans d'un Coran incréé qui devaient l'emporter. Une fois le mutazilisme défait, après l'arrivée au pouvoir d'Al-Mutawakkil en 847, et l'interdiction définitive de discuter du Coran, la maison redevint une simple bibliothèque. Sous le nom d'Hizanat al-Ma'mun, elle restera ouverte au moins jusqu'au Xe siècle[19], peut-être même jusqu'à la destruction des bibliothèques de Bagdad, en 1258[20].

Plusieurs grands scientifiques sont historiquement associés à la Maison de la Sagesse, comme Muḥammad ibn Mūsā al-Khwārizmī, un mathématicien considéré comme le père de l’algèbre, dont le nom latinisé est à la base du terme « algorithme »[13].

Aujourd'hui

La Maison de la sagesse du IXe siècle a laissé place à un institut de recherche. L'ancienne madrasa médiévale n'existe plus et le centre de recherche contemporain fut en partie détruit lors de la guerre d'Irak de 2003[21]. En 2012, La Maison de la sagesse de Grenade, Andalousie, saluée par l'Unesco comme une initiative citoyenne œuvrant pour la paix dans le monde a été lancée par des citoyennes et citoyens de Grenade, sur une idée de Khal Torabully. Elle a pour but de réactualiser la convivencia.

Autres institutions marquantes

Algérie

Bien que moins connue que celle de Bagdad fondée par le calife abbasside Al-Ma’mun au IX e siècle[22].

Durant les périodes médiévales et ottomanes, plusieurs centres de savoir ont existé en Algérie, notamment à Tlemcen, Bédjaïa, Alger et Constantine, où des érudits ont joué un rôle majeur dans la transmission et le développement des sciences et des lettres.

Bedjaïa (Bougie) : Un Centre de savoir

Au XIIe siècle, sous les Hammadides, Bédjaïa a été un foyer intellectuel majeur, surnommé parfois l’Athènes de l’Afrique du Nord. Des savants comme Al-Idrissi (géographe), Ibn Hamdis (poète) et surtout Leonardo Fibonacci (mathématicien italien) y ont étudié.

La ville abritait des madrasas et bibliothèques ou les sciences, la philosophie et la médecine étaient enseignées, dans un esprit similaire à celui de la Beit al-Hikma de Bagdad.

Tlemcen : Une tradition universitaire

Tlemcen, sous les Zianides (XIII-XVI siècles), a connu une grande prospérité intellectuelle, notamment avec des institutions comme la Madrasa Tachfinia, qui formait des érudits en théologie, médecine et astronomie.

Ibn Khaldoun, grand historien et philosophe, y a enseigné.

Alger et Constantine à l’époque ottomane

l’époque ottomane, Alger et Constantine possédaient des bibliothèques et écoles théologiques comparables aux grandes maisons de la sagesse (Beit al-Hikma) du monde musulman.

La mosquée Ketchaoua à Alger et la médersa Sidi Kettani à  Constantine étaient des centres de savoir influents.

Bien qu’il n’y ait pas eu une Beit al-Hikmaâ unique et officielle en Algérie comme Bagdad, plusieurs villes ont joué un rôle similaire, en accueillant et en diffusant le savoir scientifique, philosophique et religieux. L’héritage de ces institutions a contribué à faire de l’Algérie un centre intellectuel important dans le monde islamique médiéval.

Cordoue

Au Xe siècle, le calife omeyyade Al-Hakam II développe une bibliothèque avec un réseau de libraires-copistes à Cordoue[23]

Le Caire

En 1004 le sixième calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah fonde la Maison du savoir, le Dar al-Hikma du Caire[réf. nécessaire].

Fès

Au XIVe siècle, le sultan mérinide Abu Inan Faris, fonde à Fès la bibliothèque rattachée à la medersa.

Le lancement des activités de la Maison de la Sagesse Fès-Grenade par le Cardinal Barbarin a lieu à son siège social, le Palais Shéréhézade à Fès, le , en présence de son fondateur Khal Torabully et du bureau[24].

La Maison de la Sagesse Fès-Grenade est une organisation internationale reliée à Grenade, Quanzhou et Samarkand. Elle est une initiative reconnue par l'UNESCO.

Tunis

Beït El Hikma a Tunis.

Notes et références

Annexes

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