Livre des dix traités sur l'œil

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GenreLittérature médicale
Livre des dix traités sur l’œil
Kitab al-Ashr Maqalat fil-Ayn
Image illustrative de l’article Livre des dix traités sur l'œil
Description au 9ᵉ siècle de Hunayn ibn Ishaq du schéma de l’œil dans un exemplaire de son livre, Kitab al-Ashr Maqalat fil-Ayn ("Dix traités sur l’œil"), dans une édition du 12ᵉ siècle

Auteur Hunayn ibn Ishaq
Pays Califat abbasside
Genre Littérature médicale
Sujet Ophtalmologie
Version originale
Langue Arabe
Titre كتاب العشر مقالات في للعين
Éditeur Manuscrit original
Date de parution 9ᵉ siècle
Version française
Éditeur Manuscrit original
Date de parution 9ᵉ siècle
Type de média Manuscrit

Livre des dix traités sur l’œil (en arabe : كتاب العشر مقالات في للعين, Kitab al-Ashr Maqalat fil-Ayn) est un traité du IXᵉ siècle sur la perception visuelle rédigé par Hunayn ibn Ishaq, fondé sur les natures cosmologiques des voies allant du cerveau vers l’objet perçu. Cette composition ophtalmique est largement dérivée des œuvres de Galien : De placitis Hippocratis at Platonis et De usu partium, tant en ce qui concerne l’anatomie que la physiologie décrites. Le succès de Hunayn réside dans la présentation systématique des parties de l’œil et les ajouts qu’il a apportés aux aspects cosmologiques de l’ouvrage. Sa traduction précoce en latin a également permis aux ophtalmologues médiévaux occidentaux de se familiariser avec le travail de Galien[1].

Le traité de Hunayn ibn Ishaq sur la vision et l’anatomie de l’œil repose sur quatre principes essentiels :

  • Ordre structurel : chaque composant de l’œil possède sa propre nature et est disposé de manière à respecter une harmonie cosmologique.
  • Finalité médicale (téléologie) : l’existence de chaque composant est déterminée par sa fonction ultime, la vision. Leur fonction secondaire, guidée par leur nature immédiate, influence la manière dont la vision se réalise.
  • Les éléments : chacun des quatre éléments classiques — terre, feu, air et eau — correspond à un sens particulier. Le cinquième sens résulte de la combinaison de deux de ces éléments.
  • Applicabilité des composants : l’efficacité de chacun des cinq sens dépend largement d’un composant analogue à l’objet de la sensation.

Hunayn construit sa conception de la vision en s’appuyant sur ces principes, intégrant l’anatomie de l’œil à la théorie de la perception de sorte que l’étude de l’un sans l’autre serait incomplète[2].

Anatomie de l’œil

Manuscrit datant d’environ 1200, Bibliothèque nationale du Caire.

Hunayn ibn Ishaq décrit la structure de l’œil selon une hiérarchie, en commençant par la partie la plus directement responsable de la vision et en descendant vers les parties dont le rôle est uniquement de faciliter cette fonction. La lentille cristalline est décrite comme blanche, transparente et lumineuse, avec une composition permettant de recevoir rapidement les couleurs. Contrairement à Galien, qui envisageait la lentille comme une surface plane, Hunayn privilégie une forme sphérique permettant un champ visuel plus large. Il affirme que la lentille cristalline se situe exactement au centre de l’œil, une idée qu’il pourrait avoir initiée. Cette conception a été largement acceptée de l’époque de Hunayn jusqu’à la fin du XVIᵉ siècle[3].

Hunayn décrit ensuite le système reliant l’œil au cerveau. La sclère, membrane épaisse et dure, protège les nerfs internes contre les blessures. La choroïde, fine et souple, remplie de veines et d’artères, nourrit l’ensemble de l’œil, tandis que la rétine transmet les nutriments directement aux lentilles. Il présente également le système de protection de l’œil. Depuis l’extérieur vers l’intérieur : la conjonctive, la cornée et l’uvée. La conjonctive et la cornée assurent la protection sans gêner la lentille, tandis que l’uvée concentre le pneuma sortant de l’œil pour éviter sa dissipation par la lumière[4].

Fonctions du cerveau

Hunayn ibn Ishaq décrit le cerveau comme la source principale de la perception, du mouvement volontaire et du libre arbitre. Il est également considéré comme le siège du pneuma psychique. Selon Hunayn, le pneuma vital, issu du cœur, se dirige vers le cerveau où il est affiné pour devenir un pneuma spécialisé utilisé dans la vision.

L’auteur introduit une hiérarchie des sens, plaçant la vue au sommet et l’associant à l’élément feu. Il distingue trois niveaux de cet élément : la flamme, la chaleur rouge et la lumière, expliquant la présence de cette dernière par la formation de flammes après sa concentration via un verre magnétique[5].

Hunayn souligne que le cerveau fournit directement aux yeux le pneuma nécessaire à leur fonctionnement, la lumière jouant le rôle d’illumination indispensable pour discerner les objets observés.

Fonction du pneuma et de la vision

Trois traités (maqālāt) sur l’ophtalmologie, Iran Qajar, première moitié du XIXᵉ siècle.

Hunayn ibn Ishaq décrit le rôle du pneuma psychique dans la vision. Une fois concentré dans le cerveau, ce pneuma très fluide se propage à travers le réseau de l’œil jusqu’à la région antérieure. Il se mélange à l’humeur aqueuse existante, remplissant l’uvée et provoquant les étirements observés au niveau de la pupille. Si un œil est fermé alors que l’autre reste ouvert, le pneuma destiné à l’œil fermé est redirigé vers l’œil ouvert, entraînant l’expansion de la pupille observée par la suite. Après son accumulation dans l’uvée, le pneuma se déplace ensuite à travers l’air, subissant une transformation adaptée à la forme qui l’entoure et renvoyant ce signal à l’œil[6].

Hunayn propose une analogie pour illustrer ce mécanisme :

« Si une personne marche dans l’obscurité en tenant un bâton qu’elle tend devant elle sur toute sa longueur, et que le bâton rencontre un objet qui l’empêche d’avancer, elle sait immédiatement, par analogie, que l’objet qui empêche le bâton d’avancer est un corps solide résistant à tout ce qui le touche… il en va de même pour la vision. »

Ainsi, l’air agit comme le bâton, permettant au pneuma d’identifier l’objet et de transmettre l’information à l’œil pour produire la vision, à condition qu’il y ait de la lumière. La lumière et le pneuma agissent ensemble pour surmonter les obstacles et transmettre directement la sensation à l’œil, permettant ainsi l’accomplissement de la vision[7].

Influence et postérité

Références

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