Loi de Wihtred
From Wikipedia, the free encyclopedia
La Loi de Wihtred est un code juridique anglo-saxon attribué à Wihtred, roi du Kent mort en 725. On estime qu'elle date de la dernière décennie du VIIe siècle et qu'il s'agit du dernier des trois codes juridiques du Kent, après la Loi d'Æthelberht et la Loi de Hlothhere et Eadric. Elle traite principalement des délits commis contre l'Église, ainsi que des droits de l'Église et du vol.

Provenance
Le prologue du texte et la rubrique typographique du manuscrit attribuent ce code juridique à Wihtred, roi du Kent mort en 725[1]. Wihtred règne de 690 environ à 725, et le texte suggère qu'il a promulgué la loi en 695[2].
À l'instar des autres codes de lois du Kent, la loi de Wihtred ne subsiste que dans un seul manuscrit, connu sous le nom de « Codex de Rochester » ou Textus Roffensis[3]. Il s'agit d'une compilation de documents historiques et juridiques anglo-saxons rassemblés au début des années 1120 sous la supervision de l'évêque de Rochester Ernulf[4]. La loi de Wihtred en occupe les folios 5r à 6v[5],[6].
Proclamation
Le prologue indique que les « grands hommes » du Kent ont promulgué la loi de Withred devant une grande assemblée de Kentiens, « au cours du cinquième hiver de son règne, dans la neuvième indiction, le sixième jour de Rugern [« récolte du seigle »] », en un lieu appelé Berghamstyde (peut-être Bearsted, près de Maidstone). C'est le seul code du Kent à fournir une date pour sa promulgation, qui correspond au [7].
Le prologue rapporte que Berhtwald, « archevêque de Bretagne » (c'est-à-dire archevêque de Cantorbéry), était présent lors de cette promulgation, de même que l'évêque Gebmund de Rochester[8]. Contrairement aux deux codes du Kent antérieurs, la loi de Wihtred concerne l'Église et les questions religieuses, ce qui rend pertinente la présence des deux évêques du royaume[1]. Ce code juridique est similaire à la loi d'Ine du Wessex sur plusieurs points ; les deux ont probablement puisé leur inspiration dans les canons ecclésiastiques latins[9].
Contenu
La linguiste Lisi Oliver propose cette division en chapitres du code[10] :
- Prologue : contexte et personnes à l'origine des décisions
- Chapitres 1-2 : droits de l'Église
- Chapitres 3-4 : dispositions contre le mariage immoral
- Chapitres 5-6 : dispositions contre les ecclésiastiques abusifs
- Chapitre 7 : affranchissement (libération des esclaves)
- Chapitres 8-11 : sanctions pour violation du droit canon
- Chapitres 12-16 : exculpation (se disculper par un serment)
- Chapitres 17-19 : droit d'exculpation de l'Église
- Chapitres 20-22 : sanction pour vol
Un précédent éditeur du code, Frederick Attenborough (en), l'avait divisé en 28 chapitres plutôt que 22[11].
La Loi stipule que la parole d'un évêque, à l'instar de celle d'un roi, est juridiquement incontestable sans qu'aucun serment ne soit nécessaire, tandis que les ecclésiastiques de rang inférieur doivent jurer devant l'autel pour être crus[12]. La première disposition exempte l'Église du paiement des impôts au roi, mais précise également que les hommes d'Église doivent prier pour le roi et l'honorer[13]. Une charte de Wihtred, datant d'environ 699, contient une disposition presque identique, exemptant d'impôt les minsters du royaume, mais exigeant en contrepartie le respect de la position du roi[13]. Les clauses concernant les mariages illicites et l'autorité des évêques font écho aux décisions rendues par le concile de Hertford présidé par Théodore de Cantorbéry en 672[14].
Parmi les autres infractions religieuses punies figurent la consommation de viande pendant le Carême et les offrandes aux idoles païennes[15]. La loi punit également les nobles qui font travailler leurs esclaves le dimanche[16] et affranchit les esclaves s'ils y sont contraints. Le travail dominical était également abordé dans le Paenitentiale Theodori, un traité de la même époque attribué à l'archevêque Théodore[17].
Les dispositions du code relatives au vol autorisent la mise à mort des voleurs pris en flagrant délit sans qu'il soit nécessaire de verser un wergeld ensuite[18]. Si le voleur n'est pas tué, celui qui le capture a droit à la moitié du paiement si le voleur est ensuite racheté. Le roi peut toutefois tuer lui-même le voleur ou le faire réduire en esclavage « outre-mer », en plus de verser une compensation d'une valeur équivalente au wergeld[19]. Le dernier chapitre de la loi stipule que tout étranger ou inconnu qui s'égare et ne se fait pas remarquer en sonnant du cor peut être tué ou réduit en esclavage[20].