Loi organique de régulation de l'euthanasie

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Titre Ley Orgánica 3/2021, de 24 de marzo, de regulación de la eutanasia
Référence BOE-A-2021-4268
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Loi sur l'euthanasie
(es) Ley de Eutanasia
Description de l'image Escudo de España (mazonado).svg.
Présentation
Titre Ley Orgánica 3/2021, de 24 de marzo, de regulación de la eutanasia
Référence BOE-A-2021-4268
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Type Loi organique
Adoption et entrée en vigueur
Législature XIVème législature
Gouvernement Sánchez II
Approbation 10 mars 2021 (Sénat)
18 mars 2021 (Congrès des députés)
Promulgation 24 mars 2021
Publication 25 mars 2021
Entrée en vigueur 25 juin 2021
Modifications Article 143 du Code pénal espagnol

Lire en ligne

(es) Sur le site du Bulletin officiel de l'État

La loi organique de régulation de l'euthanasie du 24 mars 2021 (en espagnol : Ley Orgánica 3/2021, de 24 de marzo, de regulación de la eutanasia), plus connue en tant que loi sur l'euthanasie (Ley de Eutanasia), est une loi organique espagnole approuvée le , qui légalise et régule le droit à l'euthanasie sur le territoire espagnol[1]. L'adoption de cette loi fait de l'Espagne le septième pays au monde à légaliser l'euthanasie[2].

La loi régule le droit à l'euthanasie et au suicide assisté pour les personnes qui souffrent de « maladies graves et incurables » ou des « douleurs chroniques et immobilisantes » provoquant une dépendance et des « souffrances physiques et psychiques constantes et insupportables ». Elle fixe également les formalités juridiques de mise en œuvre du processus d'euthanasie[3].

Un an après l'entrée en vigueur de la loi, un total de 180 personnes ont fait valoir leur droit à l'euthanasie en Espagne, selon la ministre de la santé Carolina Darias[4].

Anciens projets de loi

Statut de l'euthanasie dans le monde :
  • Euthanasie active légale
  • Euthanasie passive légale (refus de traitement et/ou retrait du support vital)
  • Euthanasie active illégale, euthanasie passive non réglementée
  • Toutes formes d'euthanasie illégales
  • En , le groupe parlementaire Unidos Podemos-En Comú Podem-En Mare présente une proposition de loi sur l'euthanasie, incluant la dépénalistion de l'acte d'assistance à la mort par un médecin, en modifiant l'article 143 du code pénal espagnol[5]. Malgré le soutien du Parti nationaliste basque et de la Gauche républicaine, le projet de loi a été rejeté par le Parti Populaire alors au pouvoir, le Forum des Asturies et l'Union du peuple navarrais ; de plus, l'abstention du PSOE et de Ciudadanos a définitivement mis fin au projet[6],[7]. Le PP a notamment justifié sa position en affirmant que la loi « n'est pas prioritaire » et qu'elle « présente des problèmes importants »[8].

    Un an plus tard, le , le PSOE a présenté une nouvelle proposition de loi organique avec comme objectif de réguler l'euthanasie[9]. Après l'adoption de la motion de censure contre le gouvernement de Mariano Rajoy et l'avènement du gouvernement Sánchez I, la proposition de loi fut débattue au Congrès le [10]. Le PP a maintenu sa ferme opposition à loi, bien que le PSOE avait le soutien de la majorité des forces de gauche[11]. Cependant la loi ne fut toujours pas adoptée, puisque le bureau du Congrès des Députés (es), sur proposition du PP et de Ciudadanos, a notamment repoussé 19 fois la date limite pour présenter des amendements[12].

    Avec la formation du gouvernement Sánchez II, le PSOE présente une nouvelle fois la proposition de loi organique début 2020. La proposition de loi est débattue pour la première fois le , recevant les votes positifs de tous les groupes parlementaires excepté ceux du PP, de Vox, de l'UPN et du Forum des Asturies, soit 201 votes pour et 140 votes contre[13]. Le PP et Vox ont chacun présenté des textes alternatifs centrés sur les soins palliatifs, qui seront tous deux rejetés par le Congrès[14].

    Approbation

    Le texte de loi définitif fut approuvé par le Congrès le , avec 198 votes pour (PSOE, Podemos, BNG, ERC, Gauche républicaine, Junts, Más País, EH Bildu, PNV, CUP et Ciudadanos) et 138 votes contre (PP, Vox et UPN)[15]. Le texte fut transmis au Sénat, où les différents groupes —PSOE inclus— ont présenté de nouvelles modifications. Le Sénat approuve le texte le , avec 155 votes pour, 101 votes contre et 4 abstentions[16].

    La loi est définitivement adoptée lors de son dernier examen au Congrès le [17]. Après le vote, les députés socialistes et leurs alliés ont applaudi pendant plus de trois minutes, tandis que les députés de Vox ont affiché sur leurs ordinateurs portable le message « nous l'abrogerons » ; la présidente du Congrès Meritxell Batet a rappelé aux membres du groupe parlementaire que « [l'opinion dans l'hémicycle] s'exprime par des paroles et non pas avec des pancartes »[16]. Le texte est publié au Bulletin officiel de l'État le , mais ne rentre en vigueur que trois mois plus tard, le [3].

    Répartition des votes au Congrès des Députés
    Date Vote Total
    18 mars 2021 (Majorité absolue requise)

     pour 120 33 12 10 6 6 5 1 1 1 1 1 1
    198  /  350
     contre 87 52 1 1 1
    142  /  350
    Abstention 1 1
    2  /  350

    Contenu

    Présentation générale

    Le préambule de la loi définit l'euthanasie comme une « action qui entraîne directement et intentionnellement la mort d'une personne par une relation de cause à effet unique et immédiate, à la demande informée, expresse et répétée dans le temps de la dite personne, et qui s'inscrit dans un contexte de souffrance due à une maladie ou à un état incurable, ressentie comme inacceptable par la personne et ne pouvant être apaisée par d'autres moyens ».

    Le texte permet aux personnes souffrant d'« une maladie grave et incurable » ou d'« une douleur chronique et immobilisante » produisant une perte d'autonomie majeure provoquant une « souffrance physique et psychique constante et insupportable » de solliciter de l'aide afin de mettre fin à leur vie, dans des conditions à respecter. La loi dispose que lorsqu'une personne se trouve dans une situation « qui porte atteinte à sa dignité, sa vie privée et son intégrité, [...] il n'existe pas de devoir constitutionnel de protéger à tout prix la vie [d'une personne] contre sa volonté », et que « l'État est obligé de fournir un régime juridique établissant les garanties et la sécurité juridique nécessaires [pour pratiquer l'euthanasie] »[18],[19]:

    « [La loi] vise à légiférer afin de respecter l'autonomie et la volonté de mettre fin à la vie de ceux souffrant de douleurs chroniques et immobilisantes, ou d'une maladie grave et incurable, provoquant une souffrance insupportable qui ne peut être apaisée dans des conditions qu'ils considèrent comme acceptables, dans ce que l'on appellera "contexte euthanasique". À cette fin, la présente loi réglemente et dépénalise l'euthanasie dans certains cas clairements définis, offrant des garanties suffisantes qui préservent la liberté absolue de décision, en excluant toute pression extérieure de quelque manière que ce soit. »

    La loi organique crée le cadre juridique donnant naissance à un droit nouveau, le droit à l'euthanasie, sur le territoire espagnol. L'euthanasie est définie comme une action entraînant la mort d'une personne sous réserve de sa demande « informée, expresse et répétée » de la dite personne ; le texte établit cependant une distinction entre l'euthanasie active indirecte — dans laquelle le patient reçoit un agent passif provoquant la mort — et l'euthanasie passive, dans laquelle le patient n'adopte pas de nouveaux traitements et interrompt les traitements déjà en place. En outre, la loi mentionne que l'euthanasie peut se faire activement (lorsque le médecin met fin à la vie du patient), ou sous forme de suicide assisté — bien que cela ne soit pas défini comme tel dans le texte —, c'est-à-dire lorsqu'un patient se donne la mort avec un médecin qui lui fournit les outils nécessaires et le guide pendant le processus[1],[18].

    Le texte restreint le droit à l'euthanasie aux personnes majeures, de nationalité espagnole, et résidant légalement sur le territoire espagnol depuis plus d'un an. En outre, la maladie de laquelle souffre le patient doit répondre aux critères de gravité, de perte d'autonomie rt d'incurabilité mentionnés ci-dessus, et le patient doit être capable de prendre une décision « autonome, consciente et informée » sans pression extérieure de la part de tiers[1].

    La loi précise que la demande d'euthanasie doit être écrite, datée et signée par le patient après en avoir informé l'équipe médicale, qui doit la consigner de le dossier médical du patient. Si le patient n'est pas considéré comme étant « pleinement capable et conscient », l'euthanasie peut tout de même être effectuée si le patient a précédemment rédigé « un testament de vie, des directives anticipées ou des documents équivalents légalement reconnus ». Le patient a également la possibilité de revenir sur sa décision à tout moment du processus[1].

    Déroulement de la procédure

    Afin de débuter la procédure, le médecin responsable du patient doit donner son autorisation initiale. Ensuite démarre une « procédure de délibération » au niveau du pronostic, où est également abordée la question des choix palliatifs. Quinze jours après la première autorisation, le patient doit réitérer sa demande ; cette période peut être raccourcie si la mort ou la perte de conscience du patient est jugée imminente. Après cette seconde demande, le patient doit décider dans un délai de 24 heures s'il se désiste de la procédure ou non. Le médecin doit alors, dans un délai de 10 jours, demander un second avis médical qui vérifie le respect ou non des conditions citées ci-dessus, et qui émet un rapport qui peut servir de recours en cas de refus. Le second médecin doit « être informé des pathologies dont est atteint le patient », tout en n'appartenant pas à l'équipe du médecin responsable[18].

    À partir de cette étape du processus, celui-ci implique la Commission de garantie et d'évaluation (Comisión de Garantía y Evaluación) ; cet organisme, qui est pluridisciplinaire et doit compter « au minimum sept membres issus entre autres du personnel médical, juridique et infirmier », est chargé d'effectuer un contrôle a priori en nommant deux membres (un professionnel médical et un professionnel juridique) qui sont chargés de vérifier si les conditions sont remplies, et qui remettent un rapport dans un délai de sept jours.

    Chaque communauté autonome dispose de sa propre commission, et est chargée d'en nommer les différents membres. En cas de refus d'une demande par la Commission, le patient peut faire appel de cette décision devant le tribunal administratif compétent. Au contraire, si la demande est refusée par le corps médical, le patient peut faire appel de cette décision devant la Commission[1],[18].

    Autres mesures

    Au niveau du lieu où peut se dérouler l'euthanasie, la loi affirme que celle-ci peut s'effectuer soit dans un centre médical public ou privé, soit à domicile. L'euthanasie est prise en charge par le Système national de santé (es)[1].

    La loi garantit également aux médecins le droit de refuser de prendre part à un processus d'euthanasie si ceux-ci en font la demande écrite[18],[19]. La loi oblige également les administrations de la santé à « établir un registre des membres du personnel médical objecteurs de conscience ».

    Réactions

    Notes et références

    Voir aussi

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