Makhdum Sharifi Shirazi
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[[Makhdum Sharifi Shirazi]] dans les articles relatifs au sujet.Makhdum Sharifi Shirazi (persan : مخدوم شریفی شیرازی), de son nom complet Mirzā Moʿin al-Din Ašraf, né à Shiraz entre 1540-41 et mort à La Mecque en octobre-, est un bureaucrate, juriste et polémiste sunnite actif à la fin de la période safavide. Il occupa la fonction de ṣadr (ministre des affaires religieuses et des dotations pieuses) à la cour du shah safavide Ismail II, avant de fuir vers l’Empire ottoman, où il poursuivit une carrière judiciaire et composa un important ouvrage polémique anti-chiite, « al-Nawāqeż le-bonyān al-rawāfeż ».
Origines familiales et formation
Mirza Makhdum naquit à Shiraz au sein d’une famille influente de lettrés et de propriétaires terriens. Par son père, il revendiquait une ascendance sayyid hosséinide et se rattachait à la lignée du souverain zaydite du Tabarestan, Abu Muhammad Hasan ibn Qasim al-Alawi. Il affirmait également des alliances matrimoniales anciennes avec d’importantes familles religieuses et politiques, notamment les sayyids Mar'ashis du Māzandarān.
Son grand-père paternel, Sayyed Sharif al-Din Ali, occupa la fonction de sadr sous le règne de Shah Ismaïl Ier et trouva la mort lors de la bataille de Tchaldiran en 1514. Par sa mère, il était apparenté à Qazi Jahan Sayfi Qazvini, grand vizir sunnite sous Tahmasp Ier. Son grand-père maternel, Mirza Sharaf-e Jahan, était calligraphe et poète, associé au courant littéraire dit du Woquʿ (réalisme poétique).
Son père, Mir Sharif Shirazi, exerça successivement les fonctions de juge en chef et de kalantar (magistrat municipal) à Chiraz, avant d’accéder au poste de grand vizir. Il fut notamment chargé de la tutelle du prince ottoman Abdallah, petit-fils du sultan Soliman le Magnifique, qui avait trouvé refuge en Iran avec son père Sehzade Bayezid. Mir Sharif mourut en 1566 et fut inhumé à Karbala.
Mirza Makhdum effectua ses études à Chiraz et à Kashan. Il étudia la philosophie néoplatonicienne, les mathématiques et les sciences médicales auprès de savants locaux, ainsi que le hadith, la théologie et la grammaire arabe auprès de membres de sa famille et de juristes reconnus.
Évoluant dans un environnement safavide officiellement chiite duodécimain, il fréquenta également des cercles sunnites discrets et manifesta précocement un intérêt pour la jurisprudence shaféite. Lors d’un pèlerinage au Hedjaz vers 1565, il étudia plusieurs recueils de hadith sunnites à La Mecque et au Yémen, où il obtint des ijaza (autorisations d’enseignement) de juristes shaféites.
Carrière sous les Safavides
Vers 1556, Mirza Makhdum s’installa à Qazvin, alors capitale safavide, où il se rapprocha de la princesse Pari Khan Khanum, figure influente des rivalités politiques de la cour. En 1569, il fut nommé juge en chef du Fars, mais des conflits locaux l’amenèrent à abandonner cette fonction.
À l’avènement d’Ismail II en 1576, il entra dans l’entourage rapproché du souverain. Il fut successivement précepteur royal, astronome de cour, puis nommé en au poste de sadr (autorité religieuse suprême de l’État), fonction qu’il partagea avec Mir Enayatollah Naqib Esfahani.
Dans l’exercice de ses responsabilités, il joua un rôle important dans l’interdiction du tabarra (malédiction rituelle publique des trois premiers califes sunnites) à Qazvin. Il participa également à des enquêtes visant certains dignitaires religieux chiites accusés d’avoir exercé des pressions ou des persécutions à l’encontre de notables sunnites sous le règne précédent.
Ces mesures accentuèrent les tensions religieuses et politiques au sein du royaume. Face aux protestations de plusieurs figures influentes de la cour, Ismail II finit par le destituer. Il fut emprisonné à Estakhr (dans le Fars), puis libéré après la mort du souverain. À son retour à Qazvin, sa maison fut attaquée et sa bibliothèque détruite, ce qui le conduisit à quitter l’Iran pour se réfugier dans l’Empire ottoman.
Exil et carrière ottomane
À partir de 1578, Mirza Makhdum s’établit dans l’Empire ottoman, où il intégra le corps des savants et magistrats (ilmiyye). Afin de faciliter son intégration institutionnelle, il adopta officiellement l’école juridique hanafite.
Il exerça successivement des fonctions judiciaires en Anatolie orientale, à Diyarbakir, Bagdad et Tripoli. En 1580, il fut nommé juge à Médine et passa l’essentiel de ses dernières années dans le Hedjaz. Entre 1585 et 1586, il occupa brièvement des fonctions élevées à Constantinople, avant de retourner à La Mecque, où il devint naqib al-ashraf (responsable des descendants du Prophète) sous le patronage des autorités locales.
Il mourut à La Mecque en 1587.
Œuvre
Durant son exil ottoman, Mirza Makhdum rédigea plusieurs traités de jurisprudence et de grammaire, ainsi qu’un recueil intitulé « Dhakhirat al-uqba fi dhamm al-dunya ».
Son ouvrage le plus connu demeure « Al-Nawaqid li-bunyan al-rawafid », composé vers 1579-1580. Ce traité polémique est dirigé contre les religieux chiites duodécimains de l’Iran safavide. L’auteur y critique leurs positions doctrinales, défend la légitimité des trois premiers califes sunnites et condamne ce qu’il présente comme des dérives religieuses et politiques du pouvoir safavide.
L’ouvrage constitue également une source importante pour l’étude des tensions confessionnelles du XVIe siècle, notamment autour de la pratique du tabarra, de la politique religieuse d’Ismail II et des rapports conflictuels entre autorités sunnites et chiites.
Au début du XVIIe siècle, le savant chiite Nour al-Din Shushtari rédigea une réfutation intitulée « Masaeb al-nawasib », dans laquelle il contestait les thèses de Mirza Makhdum.
Notes et références
Sources principales
◦ Ghereghlou, Kioumars (2016). “MAḴDUM ŠARIFI ŠIRĀZI”. In Yarshater, Ehsan (éd.). Encyclopædia Iranica (édition en ligne) [en ligne]. Disponible sur : https://www.iranicaonline.org/articles/makhdum-shirazi
◦ Cambridge University Press (année). Ismail II and Mirza Makhdum Sharifi: An Interlude in Safavid History (article académique sur le contexte safavide et rôle politique) [en ligne]. Disponible sur : https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/2F2C7DB8023377A9A300F275D9C660EC/S002074380006075Xa.pdf
◦ Stanley, Rosemary (année). Mirza Makhdum Sharifi Shirazi, thèse / dissertation académique [en ligne]. Disponible sur : https://books.google.com/books/about/Mirza_Makhdum_Sharifi.html?id=A99IYAAACAAJ