Mikoyan MiG 1.44
avion militaire (prototype)
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Le Mikoyan Project 1.44/1.42 est un prototype d'avion de chasse de 5e génération de l'armée de l'air soviétique puis russe, étudié pour succéder aux Mikoyan MiG-29 et Sukhoï Su-27. Commencés dans les années 1980 sous l'Union soviétique, les travaux déboucheront sur le vol d'un prototype en 2000 avant que le programme soit abandonné.
| Project 1.44 Flatpack | ||
Le prototype du MiG 1.44 au salon MAKS 2015, à Moscou. | ||
| Constructeur | ||
|---|---|---|
| Rôle | Avion de chasse | |
| Statut | Démonstrateur technologique | |
| Premier vol | ||
| Nombre construits | 1 | |
| Équipage | ||
| 1 pilote | ||
| Motorisation | ||
| Moteur | Aviadvigatel/Soloviev D-30F-6M ou Saturn-Lyulka AL41F | |
| Nombre | 2 | |
| Type | turboréacteurs avec postcombustion et poussée vectorielle | |
| Poussée unitaire | 9 500 kg (15 500 kg avec post-combustion) (D-30F-6M) ou 19 500 kg (AL41F) | |
| Dimensions | ||
| Envergure | 16,4 m | |
| Longueur | 19 ou 21,70 m | |
| Hauteur | 4,50 ou 6 m | |
| Masses | ||
| À vide | 15 000 ou 18 000 kg | |
| Maximale | 35 000 kg | |
| Performances | ||
| Vitesse maximale | 2 761,2 ou 3 200 km/h (Mach 2,7+) | |
| Plafond | 20,000 m | |
| Rayon d'action | 4 000 km | |
| Armement | ||
| Interne | 1 canon Griazev-Chipounov GCh-30-1 de 30 mm
Armement air-air : missiles R-73 et R-77 (théorique) Armement air-sol : missiles Kh-55, Kh-61, Kh-41, Kh-29, Kh-31 ; bombes KAB-500 et ODAB-500 (théorique) |
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Histoire
Alors que les MiG-29 et Su-27 sont encore en développement, l'état-major soviétique réfléchit déjà à leur futur remplaçant, amené à entrer en service dans quelques années. Les réflexions autour du futur appareil débutent vers la fin des années 1970 sous la dénomination de programme I-90 (« истребитель 1990-х годов », soit « Chasseur des années 90 »). Une liste de priorités que doit satisfaire le futur appareil est alors définie et comprend une polyvalence complète aussi bien air-air que air-sol, une discrétion visuelle, radar et électromagnétique, une super-manoeuvrabilité en combat rapproché et une vitesse importante[1].
Sukhoï, MiG et Yakovlev proposèrent de répondre à ce programme, mais seul MiG fut retenu pour mener le projet à bien. Sukhoi obtint seulement l'autorisation de produire un démonstrateur aérodynamique, le S-32 (qui deviendra le S-47 Berkut) tandis que Yakovlev ne produira que quelques maquettes qui resteront sans suite.
Le programme est d'abord baptisé Izdeliye 5.12 soit Produit 5.12. Cette dénomination est calquée sur celle utilisée dans la documentation technique du MiG-29 afin de préserver la confidentialité du projet. Les premières études du futur avion sont placées sous la responsabilité de l'ingénieur Grégori Sedov tandis que la supervision générale du programme est confiée au concepteur général de l'avionneur, Rostislav Belyakov[1].
Vers 1983, des informations sur le futur ATF américain - qui deviendra le F-22 Raptor - commencent à circuler, encourageant les Soviétiques à faire du programme une priorité.
En 1986, au terme d'une réunion à huis-clos du Politburo et du Conseil des ministres de l'URSS, le gouvernement soviétique précise ses intentions pour le futur avion en lançant deux projets : le programme MFI (« МФИ » pour « многофункциональный фронтовой истребитель » soit « chasseur de première ligne multifonctions ») qui doit déboucher sur un chasseur lourd, et le LFI qui devait aboutir à un chasseur léger. La réunion secrète a également permis de définir les étapes-clés du programme, son calendrier et échéances ainsi que le partage des responsabilités. Les responsables insistent sur une ligne de conduite appelée « Trois C » : vitesse de croisière supersonnique (сверхзвуковая крейсерская скорость) ; super maniabilité (сверхманевренность) et furtivité (скрытность)[1]. Ces exigences plutôt contradictoires nécessitent un important travail de recherche qui aboutissent à un avion radicalement différent de ses prédécesseurs.
Les premières études aérodynamiques permettent la construction d'une maquette dénommée DM512 à l'échelle 1/4,5 pesant environ 500 kilos. Larguée par un hélicoptère Mil Mi-8 ou un bombardier Tupolev Tu-16LL, elle permet de valider la configuration générale de l'appareil entre 1987 et 1992. Le caractère hautement secret du programme nécessite de nombreuses précautions. Les essais sont menés sur le terrain isolé de l'Institut de recherche de l'Armée de l'air près d'Aktobe, les maquettes utilisées sont peintes en jaune et vert pour les confondre avec le paysage environnant, les largages étaient programmés pour coïncider avec les « fenêtres d'opportunité » entre les survols des satellites de reconnaissance occidentaux et les maquettes récupérées quelques minutes après leur atterrissage[1].
Dès 1991, la configuration de l'avion est approuvée par un comité d’État et l'autorisation de construire un premier démonstrateur dépourvu de système de mission est donnée. L'avion prend alors le nom d'Izdeliye 1.44 et est destiné à valider l'aérodynamique, les moteurs et les systèmes d'assistance au pilotage.
Mais l'effondrement de l'Union soviétique coupe presque entièrement les financements du programme. En grande difficulté financière, le bureau d'étude Mikoyan est fusionné avec plusieurs entreprises aéronautique pour le consolider, mais sans résultat notable. Ainsi, l'usine Gidromash de Nijni Novgorod refuse de fournir à MiG des servomoteurs sans être payée d'avance. Plusieurs systèmes et sous-systèmes inachevés sont abandonnés tandis que le pilote d’essai Mikhaïl Kvochur quitte l'entreprise sur fond de désaccord avec la direction.
Fin 1994, Mikoyan est parvenu tant bien que mal à terminer l'assemblage de son prototype et le premier vol est prévu pour la fin de l'année. Le 15 décembre, le pilote d'essai n'arrive toutefois pas à faire décoller l'appareil. En juin 1995, le concepteur général adjoint Anatoly Belosvet annonce que le MiG-1.42 sera présenté au Salon aéronautique MAKS à Joukovski. La démonstration est toutefois annulée par les autorités quelques heures avant l'ouverture de l'événement. Seuls quelques haut responsables politiques et militaires sont autorisés à pénétrer dans le hangar où est stocké l'avion. Un responsable se contente d'explique que le MFI a été conçu « en réponse au programme américain ATF et que le bureau d'études avait scrupuleusement respecté le cahier des charges, répondant ainsi aux exigences de l'Armée de l'air. » L'appareil est également présenté comme équivalent à son homologue américain, mais aussi « supérieur sur plusieurs points. »
Le MiG-1.42 est de nouveau évoqué le 21 mars 1996 lors de la présentation du MiG-AT par Vladimir Kuzmin, directeur général de MiG, qui explique qu'avec les financements adéquats, l'appareil pourrait effectuer son premier vol « dans les six mois. » Une démonstration dynamique de l'appareil est évoquée pour l'édition 1997 du salon MAKS, mais est reportée et n'aura jamais lieu[1].
En 1997, le rival Sukhoï parvient à faire voler son S-37 Berkut alors que le MiG-1.44 dort toujours dans un hangar. Sans grands moyens financiers, Mikoyan peine à acheter les composants nécessaires pour achever l'assemblage de l'appareil. L'avionneur parvient malgré tout à terminer son prototype et à le présenter au sol à l'aéroport de Joukovski le 12 janvier 1999 à un parterre d'invités dont le ministre russe de la Défense, Igor Sergueïev, le commandant en chef de l'armée de l'air, Anatoli Kornoukov, le ministre de l'Économie, Andreï Chapovaliants, et le conseiller présidentiel Evgueni Chapochnikov. Commandant en chef de l'armée de l'air sous l'Union soviétique, ce dernier joua un rôle important dans le développement du programme à l'époque. Lors de la conférence de presse qui suit la présentation, les dirigeants de MiG se montrent encore confiants dans le succès et à la faisabilité du programme alors que les ministres de la Défense et de l'Économie se montrent plus réservés, arguant des contraintes financières.
La même année, le gouvernement russe annule officiellement le programme et supprime ses financements. Néanmoins, l'avionneur continue de travailler sur ses fonds propres et demande plusieurs fois sans succès au gouvernent russe de déclassifier le programme pour pouvoir exposer le MiG-1.44 dans des meetings aériens et attirer l'attention d'éventuels partenaires et clients[2].
En Russie, le programme demeure mal connu, y compris de la presse spécialisée qui considère l'avion présenté en janvier 1999 comme une « maquette » voire un « développement » du MiG-31 avec lequel le MFI ne partage pourtant que ses moteurs. Aux États-Unis, l'appareil est présenté pour la première fois dans la publication Aviation Week and Space Technology le 11 janvier 1999[3]. En Occident, il reçoit alors la dénomination OTAN de Flatpack, soit « meuble en prêt-à-monter » alors que le 1.42 sera baptisé Foxgloves[4]. Il semble que la désignation 1.42 recouvre le projet et son prototype tandis que 1.44 désigne la cellule d'essai aérodynamique[5]. La désignation « finale » de l'avion n'a jamais été connue, les noms de MiG-35 ou MiG-39 circulant parfois[6].
Il faudra encore un an de plus pour débuter les essais en vol : le 29 février 2000, à 11h25, le MiG-1.44 avec aux commandes Vladimir Gorbounov, prend enfin son envol. L’appareil effectue deux cercles autour de l'aéroport pendant 18 minutes, avec le train d’atterrissage sorti. Après le vol, le pilote explique : « Le vol que nous attendions tous depuis si longtemps s'est déroulé de façon étonnamment routinière. L'appareil s'est bien comporté, même s'il s'agit manifestement d'un avion totalement nouveau en termes de caractéristiques de vol. Le travail reste donc considérable. » Toutefois, contrairement à la présentation de l'appareil l'année précédente, l'événement est peu médiatisé et l'avionneur se contente d'un bref communiqué de presse sur son site internet.
Un deuxième vol de 22 minutes a lieu le 27 avril 2000 avec le train d'atterrissage rentré. Ce sera le dernier vol du MiG-1.44 qui fut ensuite remisé au hangar.
En 2001, un nouveau programme pour un avion de combat de nouvelle génération est annoncé par le gouvernement russe sous le nom de PAK FA ou I-21. Mikoyan propose le projet E-721 qui semble reprendre certaines idées développées pour le MiG-1.44[7]. C'est toutefois la proposition du concurrent Sukhoi qui est retenue en avril 2002, les travaux débouchant sur le futur Su-57. Mikoyan poursuit toutefois ses travaux durant quelques années, l'idée étant de proposer un chasseur plus léger que l'appareil de Sukhoi. Faute d'intérêt de l'armé russe, le projet s'enlise avant d'être relancé en 2020. Le 16 janvier, United Aircraft Corporation annonce que MiG continue de travailler sur « un chasseur furtif léger de cinquième génération » capable d'épauler le Su-57. Néanmoins, en 2021, c'est Sukhoi qui présente un appareil léger, le Su-75[8]. Le projet de Mikoyan semble de nouveau être à l'arrêt depuis.
À noter que le août 2015, le MiG-1.44 est présenté au grand public lors du salon aéronautique MAKS, dans la partie historique du salon[9].
Description technique

Le MiG-1.44 est un avion nettement plus volumineux et plus lourd que le MiG-29 qu'il aurait dû remplacer. Son aérodynamique assez atypique s'inspire de travaux menés par le bureau d'études TsAGI et se caractérise par la présence de plans canards mobiles, de quilles ventrales sous les dérives fortement inclinées et une aile delta à 52°. L'entrée d'air ventrale abrite des conduits en S permettant de masquer les aubes des réacteurs.
La structure de l'avion est réalisée en alliages d'aluminium pour 35%, en acier et titane pour 30% et en matériaux composites pour 30%. La version définitive aurait probablement été dotée de matériaux absorbant les ondes radar .
L'unique MiG-1.44 produit est propulsé par deux réacteurs Soloviev D-30F6, les mêmes que ceux montés sur le MiG-31 Foxhound. À terme, le MiG-1.44 aurait dû être doté de deux Saturn-Lyulka AL-41F à pétales de tuyères orientables pour augmenter la manœuvrabilité et un soin particulier avait été accordé aux matériaux afin de réduire la chaleur émise par les réacteurs. Une vingtaine de moteurs seront produits et testés sur des bancs d'essai au sol, mais aussi sur des laboratoires volants Tupolev Tu-16 et MiG-25PD.
La mise au point de l'avionique a demandé un effort important à l'industrie soviétique, permettant au MiG-1.44 de constituer une véritable rupture avec le MiG-29 et le Su-27. Le système d'armes devait être bâti autour d'un radar Phazotron N-014 à impulsion Doppler capable de suivre 20 cibles différentes et d'en engager 6 simultanément. Un détecteur d'alerte radar arrière et un radar N-012 de détection latérale étaient également prévus. La détection et l'engagement des cibles aurait également pu se faire via un système de visée photoélectrique incluant un télémètre laser à suivi infrarouge et un viseur de casque, permettant au pilote de détecter et engager des cibles sans avoir besoin d'allumer le radar principal susceptible de trahir la présence de l'avion.
La navigation aurait été assurée par un système de navigation satellite, un système de navigation inertiel et un système de radionavigation à courte portée. Il était également prévu de doter l'avion d'un système d'approche et d'atterrissage automatisé. Le module de guerre électronique aurait été articulé autour d'un système de brouillage actif à 360° dont les antennes sont situées dans les carénages en bout d'ailes et sur les dérives. L'avionique comprenait également un système permettant de surveiller en temps réel la condition physique du pilote.
S'il n'existe pas de photographies clairement identifiées du cockpit du MiG-1.44, les sources d'informations évoquent toujours un cockpit tout-écrans. L'avion est logiquement doté de commandes de vol électriques.
Selon Mikoyan, le MiG-1.44 aurait dû être doté d'une technologie furtive à base de « plasma » capable de « générer une bulle de brouillage autour de l'avion ». Aucune information technique n'a été donnée à son sujet et l'on ignore de quoi il était réellement question.
Le seul armement monté sur le MiG-1.44 est le canon automatique GSh-30-1 de calibre 30 mm approvisionné par 250 obus. Il avait été prévu que l'avion puisse embarquer des missiles air-air R-73 et R-77 dans une soute ventrale, mais elle ne sera jamais utilisée. Les ingénieurs soviétiques avaient envisagé l'installation d'une deuxième soute permettant le tir de missiles vers l'arrière, mais cette solution trop complexe sera abandonnée. Les ingénieurs soviétiques étudièrent également la possibilité de doter l'avion d'une soute dorsale, les missiles étant éjectés par des propulseurs hydropneumatiques après l'ouverture des trappes. Trop complexe, cette idée sera abandonnée[1]. Devant être multirôle, le MiG-1.44 aurait théoriquement pu embarquer une vaste gamme d'armements air-sol incluant des bombes et des missiles guidés. Étant donné le volume de ce type de munitions, elles auraient probablement été installées sur des points d'emport externes.
Développements liés
- Pour répondre au programme de chasseur léger LFI, Mikoyan envisagea un MiG-4.12 reprenant la configuration aérodynamique du 1.44, mais plus petit et monoréacteur. L'avion devait être également doté de capacité air-sol respectables. L'abandon du programme LFI stoppa les recherches de Mikoyan autour de ce chasseur léger.
- Un MiG-1.42R de reconnaissance a été envisagé, les soutes à armement étant modifiées pour embarquer des instruments d'observation[10].
- Le MiG-1.42K aurait été une version navalisée dotée d'ailes repliables, d'une crosse d'appontage et d'une structure renforcée[10].
- Une version biplace du MiG-1.42 et destinée à l'entraînement a été envisagée.
- En 2011, un MiG-LMFS apparaît sous forme d'images de synthèse. Avion monomoteur et dérivé lointain des travaux effectués pour le MiG-1.44, il est présenté comme un « chasseur léger furtif » de cinquième génération. En juillet 2021, il est révélé que son développement a été abandonné et que le futur chasseur léger proposé par l'industrie russe sera le Sukhoi Su-75 Checkmate[11].
- Il est souvent avancé que le Chengdu J-20 chinois est inspiré du MiG-1.44, leurs configurations aérodynamiques présentant de vagues ressemblances. Cela n'a toutefois jamais été confirmé par les deux avionneurs.