Murs du Bénin
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Les murs du Benin ou grand Iya du Benin, aussi appelés murs de Benin City, sont un ensemble architectural d'ouvrages en terre composé de murs et de douves s'étendant sur 6 500 km2 et dont la longueur cumulée serait d'environ 16 000 km. Cet ensemble se compose de plusieurs sites principaux comme les murs de Benin City, d'Ife, Oyo Ile (en) et l'Eredo de Sungbo, cependant la majorité de sa longueur estimée constitue le maillage de villages entre ces sites. Sa construction débute au VIIIe siècle et se poursuit jusqu'au milieu du XVe siècle. L'expédition punitive britannique au Bénin en 1897 détruit une grande partie des 15 kilomètres de murs intérieurs de Benin City. Actuellement, l'ensemble archéologique souffre d'un état de dégradation avancé.
| Murs de Benin City | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| État | État d'Edo | |
| Coordonnées | 6° 19′ 43″ nord, 5° 37′ 08″ est | |
| Critères | (ii) (d), (iii) (d), (iv) (d) et (v) (d) | |
| Géolocalisation sur la carte : Nigeria
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||
Description
Contexte d'ensemble

Les murs du Benin sont un réseau de fortification nommé Benin Iya s'étendant sur 6 500 km2 et dont la longueur cumulée est estimée à 16 000 km au sein de la couronne forestière. Il intègre plusieurs sites, dont les murs de Benin City et l'Eredo de Sungbo[1],[2]. Cet ensemble est parfois considéré comme la plus grande construction artificielle en terre de la planète[3],[4].
Plusieurs fouilles archéologiques ponctuent l'ensemble architectural. Ces travaux identifient une concentration de murs et douves autour des principales villes de l'actuelle État d'Edo tels que Benin City, Ife, Oyo Ile (en). L'extension de l'ensemble rejoint de plus petites communautés et correspond à un large maillage du centre du Yorubaland[5]. Les principales fouilles sont réalisées dans les années 1960 et 1970 par Graham Connah et Patrick Darling et distingue deux types de murs, les murs intérieurs qui entourent les cités et les murs extérieurs qui les relient[2].
Les murs étaient construits avec des fossés et des digues ; le fossé était creusé pour former une douve intérieure et la terre excavée servait à ériger le mur[6]. Les murs n'étaient pas des « remparts » mais des terrassements linéaires dont la vocation défensive n'est pas assurée[7]. L'ensemble forme un maillage en nid d'abeilles dont l'objectif serait de l'ordre de l'allégeance politique plutôt que d'un usage défensif[8]. Des travaux plus récents combinant l'archéologie spatiale, les tracés archéologiques identifiés et une prospection thermique par drone, permet d'identifier l'état actuel préservé de l'ensemble[2].
Murs de Benin City

Les murs de Benin City possèdent deux réseaux différents au sein de ce maillage : des murs intérieurs qui délimitaient chacun des bâtiments et des murs extérieurs qui englobent l'ensemble du réseau propre à Benin City. Ces murs se distinguent de l'ensemble des murs du Benin par leur dimension[2]. Les murs intérieurs de Benin City couvrent un périmètre de 15 km[9].

Les murs de Bénin sont actuellement dans un état de dégradation avancé et risquent de se détériorer davantage en raison de l'expansion urbaine[10]. Bien que certaines sources récentes aient affirmé que l'expédition punitive britannique de 1897 ait « détruit » ou « gravement endommagé » les remparts de Bénin[11], aucune preuve historique ou archéologique ne vient étayer cette affirmation[10],[12],[13]. Une étude réalisée en 1964 a révélé que les remparts et les douves étaient encore en grande partie intacts, même si la ville avait déjà commencé à s'étendre au-delà et que certains dommages avaient été causés[14]. Cependant, depuis les années 1960, le développement urbain s'est rapidement étendu et plus de la moitié des remparts et des douves d'origine autour de la ville de Bénin ont été détruits. Parmi les causes de cette destruction, on peut citer l'extraction de terre pour la réparation des routes et la fabrication de briques, l'aplanissement des remparts ou le comblement des fossés pour gagner de l'espace pour les bâtiments, l'érosion accélérée et l'envasement des fossés dus au drainage des rues, la création de brèches dans les remparts pour faire place à des rues et l'utilisation des douves comme dépotoir pour les déchets[10],[7]. Les ouvrages de terrassement ruraux répartis dans l'État d'Edo ont également souffert de la destruction et de la négligence des populations locales[15].
Sur les 12,4km de murs de la ville initialement fouillés dans les années 1960, il n'en reste plus que 6km dont moins de 3km sont encore en bon état de conservation. Les risques actuels pourraient provoquer la disparition des vestiges d'ici 2075 et des portions intérieures d'ici 2050[2].
Eredo de Sungbo
L'Eredo de Sungbo est l'un des plus important exemple de murs encore préservés et couvre une longueur de 150 km, intégrant plusieurs villes et villages historiques Ijebu[9].
Histoire
La construction de l'ensemble de murs de terre débute au VIIIe siècle[1] et s'étend jusqu'au milieu du XVe siècle[5]. Plusieurs Oba sont mentionnés comme ayant contribué à l'expansion de l'ensemble tel qu'Oguola, Esigie ou Ewuare[2]. La tradition orale veut qu'Oguola construise le premier mur extérieur de Benin City, qu'Ewuare ou Esigie construisent les murs intérieurs et qu'Ozolua introduise la pratique de la construction de murs dans les autres villes et villages contrôlés par le royaume du Bénin[9]. Cette chronologie ne correspond pas aux indications archéologiques et semblent plutôt servir d'indicateur de l'élaboration du maillage des murs en plusieurs phases progressives. En effet, les premiers murs érigés tendent à délimiter les terres exploitées par les villes et village avant de s'intégrer progressivement à un maillage complexe[9].
De 1953 à 1957, l'archéologue Astley John Hilary Goodwin effectue des fouilles à Ife et Benin City. Ses travaux sur les murs ne sont pas intégrés à ses publications et ne sont réévalués qu'ultérieurement. En 1984, Darling fouille 1300 km de murs et estime que l'ensemble total porterait sur une longueur de 16 000 km. Les datations des murs intérieurs de Benin City tendent à confirmer une importante phase de construction au XIVe siècle durant le règne d'Ewuare[9].
À l'époque moderne, l'essor de l'urbanisation a pour conséquence que la majorité des murs intérieurs des cités ont disparu[2].
L'ensemble a été inscrit, avec celui de l'Eredo de Sungbo, sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1995[16],[1].
- Benin City en 1897.
Fonction
Les fonctions des murs du Benin font l'objet de discussion. Initialement considérée sous le prisme européen comme des structures défensives, elles présentent une multiplicité de fonctions qui se spécifient selon les villages, villes et quartiers. Le maillage intérieur au sein des villes sert de délimitation urbanistique, tandis que les éléments extérieurs qui entourent les villes sont percés de portes et ont une fonction défensive. L'intégration au maillage architectural des plus petites communautés relève d'une fonction d'intégration à un ensemble politique. La hauteur des murs correspond aux sites d'influence politique[9].
Les discussions modernes portent sur la multiplicité des fonctions de ces murs dont l'une des principales fonctions constituent des espaces délimitant la société yoruba et ses strates sociales. En effet, une grande partie des constructions servent d'abord de démarcation territoriale entre les différents villages. Dans le cas des principales villes, les murs intérieurs ont une portée socio-politique, économique et cosmologique. Les parcelles intérieures palatiales délimitent l'espace sacré dans la cosmogonie yoruba, ainsi que les élites locales et les quartiers économiques[9].