Musée juif de Prague
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Le Musée juif de Prague (en tchèque : Židovské muzeum v Praze) est l'un des plus anciens musées juifs d'Europe. Fondé en 1906, il préserve et présente le patrimoine culturel juif de Bohême et de Moravie. Ses collections comprennent plus de 44 000 objets de collection, 130 000 livres et un vaste fonds d'archives documentant l'histoire des communautés juives dans les pays tchèques.
| Nom local |
(cs) Židovské muzeum v Praze |
|---|---|
| Fermeture |
1906 |
| Dirigeant |
Pavla Niklová |
| Visiteurs par an |
549 288 (2025) |
| Effectif |
104 employés () |
| Site web |
| Nombre d'objets |
44 000 objets de collection a 130 000 livres |
|---|
| Adresse | |
|---|---|
| Coordonnées |
Il est l'un des plus anciens musées juifs européens et possède une des collections Judaica exceptionnelle des plus importantes au monde et une abondante documentation des histoires des communautés juives tchèques et moraves.
Histoire
Fondation

Le Musée juif de Prague naît en 1906 par la volonté de l'historien et érudit hébreu le Dr. Salomon Hugo Lieben (1881–1942) et d'un représentant du mouvement juif tchèque, le Dr. August Stein (1854–1937) qui deviendra plus tard le chef de la communauté juive de Prague[1].
Il se situe à côté du bâtiment de la synagogue espagnole de style mauresque achevée en 1868[2].
Le projet est de documenter l'histoire, les coutumes et les traditions de la communauté juive de Bohême, de Moravie et de Prague[3], en particulier au moment où le ghetto de Josefov connait une refonte urbaine radicale au début du XXe siècle et, en quelque sorte « perd son âme ». La base de sa collection est constituée d'objets domestiques, synagogaux et de maisons de prière, d'iconographie des grands hommes et du patrimoine…, des éléments disparus lors du réaménagement du ghetto, ce qui rend cette institution d'autant plus urgente[1],[3].
Dès 1909, une partie des collections est exposée au musée[3].
Seconde Guerre mondiale

Après l'occupation nazie des terres tchèques en et la création du protectorat de Bohême et de Moravie dans une partie de l'ancienne Tchécoslovaquie, le musée est fermé par les Nazis[3], l'association du musée est dissoute à l'automne 1939 et la collection du musée est reprise par la communauté juive de Prague.
Le musée devient le « Bureau central pour l'émigration juive ». Son nom est ensuite changé en « Bureau central pour l'arrangement de la question juive en Bohême et en Moravie ».
En 1942, par l'intermédiaire du chef du Département des affaires rurales, Karel Stein (1906–1961), il est lancé la création du soi-disant « Musée central juif » (nouvelle appellation) où les conservateurs essaient ainsi de sauver le patrimoine juif des confiscations et destructions[3]. Les Nazis approuvent le projet, même si les intentions d'Albert Speer, collaborateur d'Hitler, sont différentes de celles de ses créateurs[1]. En effet, les Nazis pensent faire de tout le ghetto de Josefov un musée exotique « d'une race disparue » et que le musée devienne un dépôt des traces de toute l'Europe centrale juive, à suite de son extinction[2],[4]. Y sont ainsi entreposés, numérotés et répertoriés quelque 200 000 objets, des livres et des archives issus des pillages des synagogues et lieux communautaires juifs du protectorat et d'Europe centrale mais majoritairement de ceux des Juifs déportés de Prague et des environs vers les camps de concentration et d'extermination nazis[1].
Le Musée central juif (Jüdische Zentral Museum) devient ainsi un nom de couverture et un dépôt sûr qui, par l'ironie tragique de son histoire, enrichit sa collection d'oeuvres durant la Seconde Guerre mondiale grâce au Troisième Reich[1].

Les membres du personnel juif qui ont déjà perdu leur famille et travaillent sous la menace constante de déportation et de mort, se consacrent à la préservation de cet héritage, sous la direction de Karel Stein. Ce personnel ne survit que tant qu'il peut prouver qu'il est « utile » aux nazis mais sa très grande majorité est déportée aux camps de Terezin et d'Auschwitz[2],[3].
Les efforts de l'historien de l'art et conservateur en chef Josef Polák et de ses collègues, notamment de Tobias Jakobovits et du Dr. Hana Volavkova[5] (1904-1985) permettent à ce musée de fonctionner comme une institution hautement professionnelle et jette les bases du travail professionnel d'aujourd'hui[1].
Après-guerre
Après la guerre, une administration nationale est imposée au musée qui rétablit son activité en . Seule survivante de l'équipe, Hana Volavkova[5] retourne travailler au musée et devient sa directrice nommée par la communauté[2]. Parmi les personnalités qui y travaillent figure le poète et érudit H.G. Adler qui a sauvé de nombreux documents inestimables du ghetto Theresienstadt pour le musée.
Comme environ 80 000 Juifs tchèques et moraves ont été victimes de la Shoah, il n'y a presque plus personne pour réclamer les objets confisqués par les Nazis et conservés au musée. Le musée a pour nouvelle mission de commémorer la tragédie de la guerre. Sa première exposition après la guerre a lieu le .
En plus des objets de la culture matérielle juive, le musée commence également à gérer des livres qui ont perdu leurs propriétaires, qui deviennent une partie de la bibliothèque du musée, qui a été officiellement créée en 1950. L'État crée ensuite de telles conditions qu'il empêche le successeur légal de toutes les corporations juives, le Conseil des communautés religieuses juives des pays tchèques et moraves-silésiens, de prendre effectivement en charge l'administration du musée avant le coup d'État communiste de [1].
Direction communiste

Le , le musée passe sous la direction de l'État communiste tchécoslovaque qui le nationalise et centralise toutes les activités économiques et cultuelles. Son nom est changé en « Musée juif d'État ».
Ses travaux ultérieurs sont marqués par une pression idéologique qui influence considérablement le registre des sujets autorisés par le régime et leur traitement, et empêche le personnel du musée de développer des activités professionnelles et scientifiques indépendantes[1].
Les sujets apparemment liés à la « campagne pour la paix et contre le fascisme » (clichés favoris des communistes) ont été autorisés mais la campagne contre un autre adversaire idéologique, le sionisme, restreint le fonctionnement du musée presque au point d'exclusion.
Le musée est, par exemple, en partie ouvert aux étrangers mais les chercheurs locaux ne sont pas autorisés à entrer en contact avec leurs collègues à l'étranger. Aussi, il n'y a pas de livres en hébreu, langue qu'il est presque impossible d'apprendre et les personnes rapidement suspectées de sionisme ne sont pas autorisées à accéder à la bibliothèque du Musée juif[2]. L'activité du musée est ainsi suivie de près par les organes de l'État.
Durant cette période, le musée est quelque peu négligé et « perd » un certain nombre d’objets de grande valeur (parfois retrouvés en vente au marché noir)[4].
Dès 1968 et pendant les deux décennies suivantes, jusqu'à ce que le Rideau de fer soit abattu en 1989, la vie culturelle et religieuse de la capitale tchèque est pratiquement réduite au silence par le régime communiste[2].
Vers la liberté
Après la chute du régime communiste en 1989, la dissolution de la Tchécoslovaquie en 1992 et l'avènement de la nouvelle République tchèque indépendante, les bâtiments du Musée juif sont rendus à la communauté juive de Prague et à ses responsables en 1994, ainsi que le vieux cimetière juif de Prague[1]. Ludmila Kybalová devient la nouvelle directrice du musée. Grâce à elle, les bâtiments dans lesquels le musée fonctionnait sont restaurés en 1994 ainsi que l'ancien cimetière juif.
La majorité des collections du musée sont reprises à l'État par la Fédération des communautés juives (FJC) de République tchèque, qui sert d'organisation parapluie pour les institutions juives du pays[2]. Le , le Musée juif de Prague est créé en tant qu'institution non gouvernementale et redevient le Židovské Muzeum v Parze[3].
Le personnel en assure l'administration à partir de 1996[1]. Le Musée de Prague entame ainsi un nouveau chapitre de son existence de plus de 100 ans. Son très mauvais état oblige à une restauration qui durera 10 ans[2].
Description

Le Musée juif de Prague fait partie des plus anciens musées juifs d'Europe et compte parmi les institutions muséales les plus visitées de Prague[6],[7],[8].
Sa collection de Judaica est l'une des plus importantes au monde. Elle comprend plus de 44 000 objets de collection, 130 000 livres et un vaste fonds d'archives documentant l'histoire des communautés juives de Bohême et de Moravie.[9]
Le musée conserve notamment un Parohet (rideau d’Arche sainte), de 1592, considéré comme l'un des plus anciens connus au monde, ainsi qu'un ensemble continu d'objets cultuels allant jusqu'au XIXe siècle.
Le Musée juif de Prague administre plusieurs monuments historiques, expositions permanentes, collections, une bibliothèque et des archives. Ses expositions permanentes présentent l'histoire, la culture et les traditions des Juifs dans les pays de Bohême, ainsi que la mémoire de la Shoah. Le musée mène également des activités de recherche, de documentation et d'éducation.
En 2025, le musée a accueilli 549 288 visiteurs.
Administration
Depuis le 1er octobre 1994, le Musée juif de Prague fonctionne comme une institution non étatique.Leo Pavlát en a été le directeur de 1994 à 2023 ; Pavla Niklová lui a succédé à la direction du musée[2].
Le musée administre un ensemble exceptionnel de monuments historiques situés dans l'ancien quartier juif de Prague, à Josefov. Il comprend notamment la Synagogue Maisel, la Synagogue Pinkas, la Synagogue espagnole (Prague), la Synagogue Klaus, l'ancienne salle de cérémonie et le Cimetière juif de Prague. Ces lieux permettent de présenter l'histoire, la culture et les traditions des Juifs de Bohême et de Moravie, ainsi que la mémoire de la Shoah.
Le Cimetière juif de Prague, utilisé du XVe siècle jusqu'en 1787, fait partie des monuments les plus connus administrés par le musée. La Synagogue Pinkas abrite le mémorial aux victimes de la Shoah originaires des pays tchèques, tandis que les autres synagogues historiques accueillent des expositions permanentes consacrées à l'histoire juive, aux traditions religieuses et aux collections du musée[10].
Le musée conserve également d'importantes collections de Judaica, une bibliothèque et des archives. Les archives sont situées dans la synagogue de Smíchov. ARTSCHUL, anciennement galerie Robert Guttmann, est actuellement en reconstruction et doit servir de nouvel espace culturel et éducatif du musée[11].
La Synagogue vieille-nouvelle fait partie du circuit de visite de la Ville juive de Prague, mais elle est administrée par la communauté juive de Prague.
« Même si des composantes ethnographiques existent dans ces collections, l’accent est mis sur des ensembles prestigieux de grande qualité artistique »[3].
- La synagogue Maisel (1590-1592) de style baroque, reconstruite en 1893-1905 dans le style néo-gothique.
- Inscription de milliers de noms de personnes assassinées sur le Mémorial aux victimes de la Shoah dans la synagogue Pinkas
Exposition : The Precious Legacy
À partir de 1980, l'exposition The Precious Legacy (en) rassemble des artefacts remontant au XVIIe siècle qui avaient été confisqués par l'Allemagne nazie pour le projet de « Musée d'une race éteinte » et qui appartiennent désormais au Musée juif de Prague. L'exposition itinérante d'art judaica tchèque s'ouvre à Manchester au Royaume-Uni, pour se poursuivre aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Suède, en Nouvelle-Zélande et en Australie.
L'exposition itinérante ''The Precious Legacy'' a joué un rôle important dans la présentation internationale des collections du Musée juif de Prague. Organisée à partir des années 1980, elle a réuni des objets de judaica conservés à Prague, dont une partie provenait des communautés juives de Bohême et de Moravie détruites pendant la Seconde Guerre mondiale.
Présentée d'abord à Manchester, puis aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Suède, en Nouvelle-Zélande et en Australie, l'exposition a contribué à faire connaître à un large public la richesse et la singularité des collections pragoises. Elle a également attiré l'attention sur l'histoire particulière du musée, dont les collections furent préservées dans des circonstances exceptionnelles pendant l'occupation nazie.
Publication : Judaica Bohemiae
De 1965 à 1993, le Musée juif publie le magazine académique intitulé Judaica Bohemiae. Entre 1994 et 2008, il se transforme en annuaire et est publié deux fois par an depuis 2009[12],[13].
La revue qui paraît en anglais et en allemand se concentre thématiquement sur l'histoire et la culture des juifs en Bohême et de Moravie (ou dans d'autres pays de l'ancienne monarchie des Habsbourg) du Moyen Âge à nos jours.
Judaica Bohemiae est indexée dans Arts and Humanities Citation Index (Web of Science), Scopus et dans l'European Reference Index for the Humanities (ERIH).
Liens internes
Voir aussi
Les articles sur le Musée juif de Prague, les différentes synagogues et autres sites importants de Josefov :
Lien externe
- (en + cs) Site web du Musée juif à Prague.
