Mémoires d'une jeune fille rangée

livre de Simone de Beauvoir From Wikipedia, the free encyclopedia

Mémoires d'une jeune fille rangée, paru en 1958 par Gallimard, est le premier volet de l'œuvre autobiographique de Simone de Beauvoir. Suivront La Force de l'âge (1960), La Force des choses (1963), Tout compte fait (1972), textes auxquels on peut rallier le récit Une mort très douce (1964). Le titre féminise celui d'un roman de Tristan Bernard, paru en 1899, Mémoires d'un jeune homme rangé[1].

Faits en bref Auteur, Pays ...
Mémoires d'une jeune fille rangée
Auteur Simone de Beauvoir
Pays France
Genre Mémoires
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution 1958
Nombre de pages 473
Chronologie
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Au regard des polémiques suscitées par la publication du Deuxième Sexe, les Mémoires seront perçus comme une tentative de mater la critique qui s'était attachée à brosser un portrait défavorable de Beauvoir : « la Simone que Beauvoir nous donne dans son autobiographie, n’est pas la femme que les critiques du Deuxième Sexe ont évoquée, une femme amère, désabusée. On pourrait même dire que, d’une certaine façon, elle entreprend son travail autobiographique pour se présenter sous un autre jour[2]. »

Résumé de l'œuvre

Les Mémoires d'une jeune fille rangée décrivent les vingt et une premières années de l'auteure : de sa toute petite enfance à sa réussite à l'agrégation de philosophie en 1929[3]. Le livre est divisé en quatre parties. Dans le première, elle parle à son enfance et les débuts d’un esprit qui deviendrait la philosophe existentialiste Simone de Beauvoir ; dans le deuxième, elle écrit sur ses parents et le monde qui les crée ; dans le troisième, elle commence à épouser sa liberté et sa capacité de rejeter le mythe d’une vie qu’elle ne peut pas contrôle ; et, dans le quatrième partie, Beauvoir étudie à la Sorbonne et rencontre les autres intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre[3], avec qui elle aurait une relation complexe et intellectuelle[4].

Le livre ouvert à sa naissance (« Je suis née à quatre heures du matin… » ) et continue à décrire son éducation dans une famille bourgeoise[5]. Elle trouve dans les expériences d’un enfant les débuts d’une philosophie de la vie. Par exemple, la jeune Beauvoir décide que:

Le blanc n’était que rarement tout à fait blanc, la noirceur du mal se dérobait : je n'apercevais que des grisailles. Seulement, dès que j'essayais d'en saisir les nuances indécises, il faillait me servir de mots, et je me trouvais rejetée dans l'univers des concepts aux dures arêtes. Ce que je voyais de mes yeux, ce que j'éprouvais pour de bon, devait rentrer tans bien que mal dans ces cadres ; les mythes et les clichés prévalaient sur la vérité : incapable de la fixer, je laissais celle-ci glisser dans l'insignifiance[6].

On peut voir Beauvoir comme une jeune existentialiste ; elle pense aux idées d'ambiguïté et des mythes qui seraient centrales à l'existentialisme, particulièrement l'existentialisme de Beauvoir[7]. De la même façon, la jeune Beauvoir questionne les idées comme la religion et l'idée de Dieu, mais avec l'esprit d'un enfant (« Les grands mystères de la religion étaient beaucoup trop lointains et trop difficiles pour me surprendre. Mais le familier miracle de Noël me fit réfléchir » )[8].

Elle décrit aussi sa relation entre les personnages de son enfance : sa mère (« Maman »), sa nurse Louise, la reste de sa famille (son père, ses tantes et oncles, sa sœur) mais surtout Zaza, ou Élisabeth Mabille, une amie très proche qui forme la vie et la philosophe de Beauvoir[3]. Les sentiments que Beauvoir a pour Zaza sont très forts. À la fin de la première partie du roman, Beauvoir dit que « Je ne concevais rien de mieux au monde que d'être moi-même, et d'aimer Zaza »[9].

Dans la reste du livre, Beauvoir donne au lecteur un image d'une femme qui devient soi-même[10]. Sa relation avec Zaza, et la tragédie de sa mort prématurée, influence la philosophe de Beauvoir sur la liberté et la position des femmes, particulièrement à cause de l'engagement que Zaza avait avant de sa mort[11]. Elle est influencée aussi par son cousin Jacques, qui lui montre un monde plus grand de la littérature et de la philosophie[12]. Beauvoir continue à penser aux idées de la liberté, le soi, le choix, et la philosophie, et elle commence à étudier à la Sorbonne. Là, elle entrera un groupe d'étudiants brillants qui inclue Sartre et Herbaud. Le surnom de Castor lui est donné par son nouvel ami Herbaud, trouvant une ressemblance entre le mot Beauvoir et le mot beaver qui signifie castor en anglais[3].

La forme des Mémoires d'une jeune fille rangée est un exemple de la philosophie de Beauvoir sur les livres et le soi. Pour Beauvoir, la forme du mémoire était une extension de son travail philosophique ; son étudiante, Sylvie Le Bon de Beauvoir, a dit que l'autobiographie « n'est jamais autocentré[e]. Si elle parle d'elle, c'est une façon de parler des autres et de parler du monde. »[13]. Cet idée est clair quand on considère la place du féminisme dans le livre. Quand elle utilise ses expériences pour montrer et partager les expériences des femmes partout, Beauvoir évite le « narcissisme » d'une autobiographie[10]. La réception critique des Mémoires se réfléchit cette philosophie. Un critique, Jacques Howlett, a décrire le livre comme « ambiguë »[11], un mot qui est aussi pertinent à la philosophie de Beauvoir[7]. Il a dit, aussi, que le livre bouge entre les genres différents: Mémoires d'une jeune fille rangée est « non plus une organisation d'idées...pas simplement de l'histoire...ils participent à la fois du roman, de l'essai, et aussi de l'histoire »[11].

Analyse

La construction d'une identité

Mémoires d'une jeune fille rangée est en partie le récit de la construction d'une identité. En effet, le terme de "Mémoires" doit être compris comme une "antiphrase[14]", les événements historiques étant relégués au second plan. Des proches et des amis acquièrent le statut de guides, avant le détachement progressif de la jeune femme qu'est Simone de Beauvoir et qui permet son cheminement propre. Dans le cocon familial, au sein du Cours Desir, par son admiration pour son cousin Jacques et pour Zaza, s'élaborent un code des valeurs et une affectivité. Émerveillée par Garric, elle le suit dans son engagement social et politique. Herbaud, étudiant rencontré à la bibliothèque, et qui le premier la surnomme le Castor, devient un ami et la fait entrer dans son groupe d'étudiants qui inclut Jean-Paul Sartre et Paul Nizan.

Tour à tour, elle se détache de sa famille, sur les plans matériel et politique. Cette transition commence à un âge très jeune : par exemple, à cinq ans, elle décrit les origines de sa philosophie existentialiste à travers la reconnaissance de sa conscience en conversation avec sa tante Marguerite, qui ne reconnaît pas son « for intérieur »[3]. Sa transition finit par sa détestation du cours Désir, trouve les discours de Garric beaucoup moins brillants qu'à son jeune âge. En outre, Herbaud est le seul étudiant du groupe de travail recalé à l'écrit de l'agrégation, tandis que son cousin Jacques s'enfonce dans la déchéance et que Zaza meurt. Seul Sartre, qui apparaît assez tardivement dans l’œuvre, ne semble pas dépassé dans la trajectoire de Simone de Beauvoir : de guide, il devient compagnon.

Le féminisme et la position des femmes

Par rapport aux travaux de Beauvoir ouvertement féministes, comme Le deuxième sexe, Mémoires d’une jeune fille rangée est plus une autobiographie qu’un essai sur le féminisme[10]. Cependant, le féminisme est imprégné du travail. Quand elle écrit à ses expériences comme femme, elle parle à la génération des femmes sur les épreuves qu’elles se confrontent[15]. Dans Mémoires d’une jeune fille rangée, le personnage de la jeune Beauvoir se confronte aux problèmes qu’elle avait décrit dans Le deuxième sexe. Par exemple, elle se trouve que la vie intellectuelle est plus difficile quand on est une femme. La relation entre la jeune Beauvoir, que vive les expériences dans l’autobiographie, et la Beauvoir qui les écrit est centrale a cette philosophie féministe. C’est courant dans le roman que la jeune Beauvoir ne pense pas à des effets de sa position comme femme, mais la version de Beauvoir qui a écrit Le deuxième sexe n’a pas peur de remarque sur cette situation. Elle observe ces choses que la jeune Beauvoir ne percevait pas[10].

L’effet du Deuxième sexe sur Mémoires d’une jeune fille rangée, particulièrement dans les sujets du féminisme, est vraiment significatif. Une critique (dans la biographie Castor de guerre de Danièle Sallenave) a décrire les deux livres « en écho » parce que les deux sont inversés: Le deuxième sexe utilise les aspects d’autobiographie pour décrire les sujets féministes, et Mémoires d’une jeune fille rangée utilise les sujets féministes pour donner le sens à l’autobiographie[16]. Les découvertes qu’elle fait dans Le deuxième sexe donne au Mémoires d’une jeune fille rangée une mentalité du féminisme et de la solidarité avec les femmes[10].

Hommage final à deux figures tutélaires

Simone de Beauvoir fait ressortir deux figures, Zaza, sa camarade de classe du cours Désir, admirée et devenue amie, et son cousin Jacques, plus âgé, qu'elle admire et désire. Par la découverte du destin tragique de ces deux personnes que l'autrice ne dévoile qu'en clôture du volume, le récit peut apparaître comme un hommage à ces deux guides du passé. Ces figures tutélaires font toutes deux l'objet d'une idéalisation romanesque, Jacques se confondant avec le personnage du Grand Meaulnes d'Alain-Fournier - roman qu'il fait découvrir à la jeune Simone -, et L'Ecolier d'Athènes d'André Laurie donnant lieu à une analogie entre d'une part Zaza et Euphorion, d'autre part Simone et Théagène. Si "le doué" Euphorion subjugue Théagène par ses capacités intellectuelles, tout comme Zaza au Cours Désir, c'est "le méritant[17]" Théagène qui élève un monument littéraire à la gloire d'Euphorion. Beauvoir n'en laisse pas moins une large place aux écrits de Zaza, la fin des Mémoires étant consacrée aux extraits de ses lettres, où celle-ci fait part de sa détresse à une Simone absente. Dans sa critique des Mémoires pour le journal La Nef, Claude Roy compare ainsi l'amitié de Simone de Beauvoir pour Zaza à celle de Montaigne pour La Boétie[18].

Importance de la philosophie

Beauvoir relate ses premières expériences avec la philosophie, d'abord au cours Désir, puis à l'Université de Paris où elle obtiendra un certificat de philosophie générale en 1927[3].

Beauvoir voit en la philosophie une manière d'aller « droit à l'essentiel[19]» ; elle sied bien à son esprit de système et instaure un ordre, une raison dans un réel qui apparaît désordonné : « je percevais le sens global des choses plutôt que leurs singularités, et j’aimais mieux comprendre que voir[19]».

Mais tout en faisant l'éloge de la philosophie, Beauvoir en perçoit rapidement les limites : « si elle échouait à m’expliquer l’univers et moi-même, je ne savais plus trop que demander à la philosophie ; je m’intéressai modérément à des doctrines que d’avance je récusais[20]. » En outre, elle assigne à la philosophie une visée politique, et voit en elle la praxis davantage que la théorie. Elle critique ses professeurs qui ignorent « systématiquement Hegel et Marx[21] » et elle lit la revue du groupe Philosophies, pour qui « la philosophie ne se distingue pas de la révolution, [et] en celle-ci réside l’unique espoir de l’humanité[22] ».

La philosophie beauvoirienne est une part inextricable de Mémoires d'une jeune fille rangée. La forme d'autobiographie représente un ambition de utiliser ses expériences pour réfléchir les expériences du monde. Le « moi » d'une autobiographie est vraiment similaire au « moi » d'Existentialisme, ou le soi et ses choix sont la mise au point d'une philosophe. Le « moi » d'autobiographie donne au Beauvoir une façon pour créer l'authenticité. Pour Beauvoir, un philosophe existentialiste, l'authenticité et le soi étaient très importants dans un travail[23].

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

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