Nadia Savtchenko
pilote et femme politique ukrainienne
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Nadia Viktorivna Savtchenko (en ukrainien : Надія Вікторівна Савченко), née le à Kiev, est une pilote et femme politique ukrainienne.
| Nadia Savtchenko Надія Савченко | |
Nadia Savtchenko en 2017. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Députée de la Rada | |
| – (3 ans, 1 mois et 20 jours) |
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| Élection | 26 octobre 2014 |
| Président | Petro Porochenko |
| Premier ministre | Volodymyr Hroïsman |
| Gouvernement | Gouvernement Hroïsman |
| Législature | VIIIe |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Kiev (RSS d'Ukraine, URSS) |
| Nationalité | Soviétique (1981-1991) Ukrainienne (depuis 1991) |
| Parti politique | Union panukrainienne « Patrie » (2014-2016) Indépendante (2016-2017) Plateforme sociale et politique de Nadia Savtchenko (depuis 2017) |
| Mère | Maria Ivanivna Savtchenko |
| Fratrie | Vera Viktorivna Savtchenko |
| Diplômée de | Université « Ukraine » Université nationale de la Force aérienne Ivan Kojedoub |
| Profession | Officier |
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Kiev (RSS d'Ukraine,
URSS)
| Nadia Savtchenko | ||
Nadia Savtchenko en 2014. | ||
| Surnom | Jeanne d'Arc ukrainienne | |
|---|---|---|
| Naissance | Kiev (RSS d'Ukraine, URSS) |
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| Origine | Ukrainienne | |
| Allégeance | Ukraine | |
| Arme | Armée de l'air Défense territoriale |
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| Unité | 95e brigade aéromobile (2000-2004) 72e bataillon mécanisé séparé (2004-2005) 3e régiment d'aviation (Lviv)(2009-2014) Bataillon Aidar (2014) 112e brigade de défense territoriale (depuis 2022) |
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| Grade | Lieutenant | |
| Années de service | 2000 – 2014 | |
| Commandement | Compagnie du 131e bataillon de défense territoriale (uk) | |
| Conflits | Guerre du Donbass Guerre russo-ukrainienne |
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| Faits d'armes | Guerre du Donbass | |
| Autres fonctions | Députée | |
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Ayant le grade de lieutenant de l'armée ukrainienne, elle est membre du bataillon nationaliste Aidar. Elle devient mondialement célèbre après avoir été emprisonnée et mise en accusation en 2015 en Russie pour l'assassinat de deux journalistes russes couvrant la guerre du Donbass. Considérée comme une héroïne en Ukraine, elle est désignée tête de liste du parti de Ioulia Tymochenko, Union panukrainienne « Patrie », et est élue députée lors des élections législatives de 2014. Elle est condamnée à 22 ans de prison le pour complicité de meurtres. Cependant, elle est graciée et libérée le de la même année en échange de deux prisonniers russes.
Elle s'implique ensuite en politique en fondant fin 2016 son propre parti, le Mouvement pour le peuple actif d'Ukraine, devenu par la suite la Plateforme sociale et politique de Nadia Savtchenko. Elle est de nouveau placée en détention le , cette fois en Ukraine, pour tentative d'attaque contre le Parlement, puis libérée en .
Lors du déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, elle est mobilisée dans la défense territoriale.
Biographie
Nadia Savtchenko naît le à Kiev. Elle est la fille de Maria Ivanivna Savtchenko. Elle a une sœur, Vera Viktorivna Savtchenko. Après ses études secondaires, elle suit une formation de créatrice mode et étudie pendant un an à la faculté de journalisme de l'université « Ukraine »[1].
Cependant, elle désire être pilote depuis l'âge de 16 ans. Après ses études de couture et de journalisme, elle s'engage dans l’armée, d'abord dans les forces ferroviaires, en tant qu'opératrice radio, puis dans la 95e brigade aéromobile, à Jytomyr[2]. En 2004-2005, elle sert pendant six mois en Irak comme fusilier de la 3e compagnie au 72e bataillon mécanisé séparé, au sein du contingent ukrainien – où elle est l'unique femme soldat – des forces de la coalition internationale[3]. Puis elle entre à l'université nationale de la Force aérienne Ivan Kojedoub, située à Kharkiv, où elle obtient son diplôme de pilote de chasse en 2009[4]. En tant que navigatrice, elle étudie dans la classe des bombardiers à réaction Sukhoï Su-24 – elle est la seule pilote ukrainienne de ce type d'appareil –, mais sert, à la fin de sa formation, comme navigatrice-opératrice sur une autre machine – l'hélicoptère Mil Mi-24 – au sein du 3e régiment d'aviation militaire, basé dans la ville de Brody[1],[5],[6].
Nadia Savtchenko a été la figure de proue de la campagne des Nations unies visant à promouvoir l’égalité dans l’armée ukrainienne[7].
Déçue par l'absence de réaction à l'annexion de la Crimée par la Russie[8], Savtchenko quitte l'armée ukrainienne et rejoint en tant que volontaire les rangs du très controversé bataillon Aidar[4],[9],[1].
Lors de l'Euromaïdan, elle ne prend pas parti entre pro-Ianoukovytch et pro-européens[10].
Guerre du Donbass et emprisonnement en Russie
Le [11], le correspondant Igor Korneliouk, le cameraman Viktor Denissov et l'ingénieur du son Anton Volochine, de la télévision publique russe Rossiya 24, font un reportage sur l'évacuation des habitants de la zone de combats, près du village de Metalist, au nord de Louhansk[12],[13],[14]. Selon les enquêteurs russes, Nadia Savtchenko aurait communiqué par téléphone la position précise des deux journalistes russes[3],[15],[16] aux volontaires du bataillon Aidar ; ceux-ci les auraient alors soumis à un tir de mortier qui leur fut fatal[17]. Anton Volochine meurt lors du bombardement et Igor Korneliouk après son évacuation à l'hôpital de Louhansk, des suites de ses blessures[12].
Le [18], Nadia Savtchenko est capturée dans les environs du village de Metalist, dans le raïon de Louhansk, par des miliciens pro-russes du bataillon Zaria, une unité de la République populaire de Lougansk ; le lendemain, un enregistrement vidéo de son interrogatoire est diffusé sur Internet. Puis elle est conduite, selon ses propres dires, à Louhansk, puis Khroustalny, avant d'être transportée à Bogoutchar, en Russie, dans l'oblast de Voronej[1]. Elle est alors livrée à la Russie sous l'accusation de meurtre avec préméditation sur les deux journalistes russes[19],[20]. Pour leur part, ses avocats affirment qu'au moment des faits, elle était déjà en cellule et interrogée par les rebelles[21]. À l'origine, le Comité d'enquête russe souhaitait également inculper la jeune militaire pour six autres tentatives de meurtres, mais il a dû renoncer à ses poursuites du fait que les victimes en question étaient ukrainiennes[21].
Le , elle est élue députée du parti Union panukrainienne « Patrie » à la Rada[22].
Procès et condamnation en Russie

Le , son procès s'ouvre à Donetsk, ville russe située dans l'oblast de Rostov. Pour protester contre sa détention, elle entame une grève de la faim de plus de quatre-vingts jours[23]. Face à l'accusation, qui requiert une peine de vingt-trois ans de prison le , elle affirme : « Je ne reconnais ni ma culpabilité ni la cour » puis adresse un bras d'honneur aux magistrats[24].
Pendant ce temps, plusieurs centaines de personnes, dont Ioulia Tymochenko, manifestent devant l'ambassade de Russie à Kiev[25], tandis qu'un rassemblement interdit regroupe à Moscou une centaine de personnes, dispersées par la police[26]. Le même jour, la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, demande aux autorités russes de la libérer « immédiatement et sans conditions »[24].
Le , elle est reconnue coupable par la justice russe de complicité de meurtre[27]. Le lendemain, elle est condamnée à 22 ans de prison ferme et à une amende de trente mille roubles. À l'annonce du verdict, la jeune femme entonne l'hymne ukrainien, repris par ses soutiens dans la salle[28],[29].
Libération
Le , elle est graciée et échangée par la Russie contre deux Russes emprisonnés en Ukraine, Evgueni Erofeïev et Alexandre Alexandrov, accusés par Kiev d'appartenir au service de renseignement militaire russe (GRU) et d'avoir combattu aux côtés des rebelles dans l'Est lors de la Crise ukrainienne[29],[30]. Elle est alors décorée de la médaille de Héros d'Ukraine[31].
Carrière politique

Après sa libération, Savtchenko se rend le [32] à la Rada pour devenir députée de l'Union panukrainienne « Patrie »[33].
Le , elle entame une nouvelle grève de la faim pour réclamer du gouvernement ukrainien qu'il obtienne la libération de ses compatriotes détenus par les séparatistes et par la Russie[34].

Elle quitte le parti Batkivshchyna. Cette décision est annoncée le , juste après qu'elle admet avoir rencontré à Minsk les leaders séparatistes Alexandre Zakharchenko (de la république populaire de Donetsk) et Igor Plotnitski (de la république populaire de Lougansk). Le , Batkivshchyna expulse Savchenko de son groupe parlementaire. Le , la Rada lui retire sa désignation à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Le , elle fonde le Mouvement pour le peuple actif d'Ukraine (RUNA), devenu entretemps la Plateforme sociale et politique de Nadia Savtchenko, un mouvement d'opposition à Petro Porochenko visant « à réformer le peuple ukrainien et à changer le système, à créer un véritable changement » et notamment à lutter contre la corruption[35].
En 2017, elle est en perte de popularité et se retrouve au centre d'une controverse après avoir fait des remarques antisémites, déclarant qu'elle « n'aime pas les youpins », ajoutant que « les Juifs possèdent 80 % du pouvoir quand ils ne représentent que 2 % de la population »[36],[37].
Le , elle affirme avoir vu, durant l'Euromaïdan, « comment Paroubiy a conduit des tireurs d'élite dans l'hôtel "Ukraine" » et accuse le procureur général d'Ukraine Iouri Loutsenko d'avoir été nommé à ce poste « afin de cacher ces crimes »[38], avant de se corriger et de s'excuser le jour même, en mettant en cause Serhiï Pachinski (en), ancien chef de l'administration présidentielle par intérim d'Ukraine, en lieu et place de Paroubiy[39].
Désignée candidate par la Plateforme sociale et politique de Nadia Savtchenko à l'élection présidentielle de 2019, elle voit sa candidature rejetée par la Commission électorale centrale d'Ukraine pour papiers manquants et pour ne pas avoir déposé la caution exigée[40],[41].
Le , elle annonce que son parti participera aux élections législatives ukrainiennes de 2019[42]. Elle même se présente dans la circonscription électorale n° 51, à Horlivka, dans l'oblast de Donetsk, où elle obtient 1,24% des voix ; Oleksandr Kovalev (uk) a remporté, avec 64,31 % des voix, le poste de député[43].
Poursuites judiciaires en Ukraine
Le , le procureur général d'Ukraine Iouri Loutsenko accuse Nadia Savchenko d'avoir préparé une attaque terroriste contre la Rada. Le procureur affirme qu'elle a personnellement planifié une attaque au mortier et à la grenade contre le Parlement. Selon lui, les survivants dans la salle des séances plénières devaient être achevés à l’arme automatique. Le procureur ordonne l’arrestation et la mise en détention de Nadia Savtchenko[44],[45]. Elle est convoquée pour interrogatoire le , mais elle ne se rend pas à la convocation et quitte l'Ukraine[46], afin de participer à une réunion de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, à Strasbourg[38].
À son retour dans le pays, son immunité parlementaire est finalement levée le , puis elle est arrêtée[47]. Le , le parquet annonce qu'elle encourt la prison à vie[48]. Elle annonce alors qu'elle entame une nouvelle grève de la faim[49]. Le , elle est libérée[50].
Le , la police de Kiev annonce que Nadia Savtchenko et sa sœur Vera ont été arrêtées à l'aéroport de Kiev-Boryspil parce qu'elles étaient en possession de faux certificats de vaccination contre la Covid 19[51]. Des poursuites sont engagées contre elles en vertu de l'article 358, alinéa 4, du code pénal, sur l'utilisation d'un document sciemment falsifié, et un acte d'accusation est transmis au tribunal du raïon de Boryspil. L'examen de cette affaire est suspendu après la mobilisation des sœurs Savtchenko[52].
Guerre russo-ukrainienne
Au printemps 2022, à la suite du déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, Nadia Savtchenko, lieutenant supérieur de réserve, est appelée dans la défense territoriale, comme sa sœur Vera[53]. Commandant d'une compagnie du 131e bataillon (uk), au sein de la 112e brigade, elle est annoncée comme morte dans le bombardement aérien du quartier général de la brigade ou comme prisonnière des Russes lors de la percée d'Otcheretyne et de l'offensive sur Pokrovsk en . Elle dément ces affirmations dans une vidéo publiée sur son compte Facebook et annonce avoir demandé aux services de sécurité et au Bureau d'enquête de l'État (en) une procédure à l'encontre de Mariana Bezouhla, qui l'avait rendue responsable de cet échec des forces ukrainiennes, pour « trahison »[54].