Aucune femme au monde

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Aucune femme au monde (titre original : No Woman Born) est une nouvelle de science-fiction féministe utopique de 1944, écrite par la féministe américaine Catherine Lucille Moore. L'histoire décrit une ancienne superstar de la chanson, devenue robot après un incendie. L'histoire aborde de nombreux thèmes féministes et les problèmes que pourrait poser la technologie de la science-fiction. Elle fait partie des premières nouvelles féministes de cyborg.

AuteurCL Moore
Titre d'origine
No Woman Born
Parution
Faits en bref Publication, Auteur ...
Aucune femme au monde
Publication
Auteur CL Moore
Titre d'origine
No Woman Born
Langue Anglais américain
Parution
Traduction française
Traduction Arlette Rosenblum
Parution
française
1983
Intrigue
Genre Science-fiction féministe
Personnages Deirdre
Fermer

Publications et réception

États-Unis

Aucune femme au monde est une nouvelle publiée dans le no 169 du magazine Astounding Science Fiction en , sous le pseudonyme CL Morre, pour protéger son autrice du machisme ambiant dans les milieux de la science-fiction de l'époque[1]. À sa sortie, elle est considérée comme une œuvre extrêmement réussie et est populaire dès sa publication[2].

France

En France, la nouvelle est parue dans deux recueils de nouvelles de science-fiction. Elle est traduite de l’anglais par Arlette Rosenblum en français[3] et publiée dans Histoires de médecins en . Elle est rééditée en français en aux éditions du Passager Clandestin[4].

Résumé

Deirdre est une actrice, chanteuse et danseuse d'une beauté incomparable, adulée de son public et très séduisante. Tout lui réussit : talent, amour, gloire, argent ; jusqu'au jour où la scène de spectacle prend feu, détruisant les lieux et brûlant l'artiste sur la plus grande partie de son corps. Elle est sauvée par le docteur Maltzer, qui réussit à implanter son cerveau dans un corps de robot formé d'anneaux de métal, mais elle perd trois de ses sens.

Cependant, après sa convalescence, la nouvelle Deirdre veut revenir au chant, à la danse, au spectacle, avec son corps robotique, à la plus grande joie de son imprésario, Harris, et à l'incompréhension et la répugnance du Dr Maltzer. Selon lui, le public finira par la rejeter, car elle a perdu ce qui constituait l'essence de sa séduction : son sexe[1]. Deirdre réussit cependant brillamment son retour filmé sur scène, qu'elle organise elle-même. Sa performance est inégalée grâce à ses capacités corporelles augmentées, et le public est conquis. L'expérience scientifique a, en quelque sorte, « trop bien réussi » : la perte d'un corps de chair ne fait pas disparaître l'envie de gloire et le goût du triomphe, surtout quand le syncrétisme entre le cerveau-humain et le corps-robot donne un résultat différent, mais pas inférieur, à l'artiste dans son état biologique antérieur. Deirdre reconnait pourtant qu'elle s'éloigne de sa forme humaine originelle, tout en réaffirmant son désir de chanter, danser et continuer sa carrière artistique, la seule chose qui fait d'elle une personne humaine à part entière.

Distinction

La nouvelle est classée 2e dans le prix Retro Hugo 1945, décerné en , dans la catégorie « Meilleure nouvelle longue » (Best Novelette)[5].

Analyse

Science-fiction et thèmes féministes

Le recours au cyborg dans l'histoire souligne le thème féministe en intégrant des positions philosophiques sur l'utilisation de l'image corporelle des femmes. Le personnage principal, Deirdre, était principalement loué pour son apparence ; après être devenue cyborg, on craint que le public ne puisse plus l'accepter. En effet, les représentations des femmes dans les médias sont souvent centrées sur leur apparence plutôt que sur leurs talents. Les doutes de son manager et de son médecin quant à sa capacité à fidéliser son public après son changement d'apparence illustrent la valorisation artificielle de son apparence féminine avant l'accident[6].

La nouvelle n'est reconnue que tardivement par les critiques pour ses aspects féministes et prémonitoires de la New wave incarnée par Pamela Zoline, Joanna Russ, Ursula Le Guin, James Tiptree Jr[2]. La nouvelle n'apparait dans une anthologie qu'en  : Science fiction: The Science Fiction Research Anthology. Mary S. Weinkauf ne fait cependant aucune allusion à l'aspect féministe de la nouvelle, mais souligne le côté humain du cyborg. Pamela Sargent ne l'a pas non plus incluse dans Femmes et Merveilles publié en . C'est Helen Merrick, dans son essai de Gender in science fiction, qui y fait référence, ainsi que Veronica Hollinder. Merrick remarque que CL Moore opère un découplage de la féminité du corps biologique[2]. Hollinder remarque que l'histoire s'inscrit dans le cadre du Manifeste cyborg de Donna Harraway, même si Harraway ne semblait pas en avoir eu connaissance[2].

La nouvelle subvertit de façon subtile la supposée féminité de Deirdre-robot telle que se la représentent les hommes qui cherchent à prendre le contrôle sur elle[7].

Contexte historique

Le contexte historique et social du récit est important puisqu'il est écrit immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Il critique le retour aux normes sociales de genre pour les femmes aux États-Unis après 1945 (en), bien qu'elles aient prouvé leur capacité à effectuer des tâches masculines[6]. Une problématique majeure, après la guerre, est le retour de nombreux hommes handicapés se tournant vers les technologies médicales pour reprendre leur vie antérieure. L'aspect cyborg du récit reflète l'utilisation de la technologie par les hommes[6]. En représentant une femme cyborg, la nouvelle critique l'idée que seuls les hommes puissent accéder à ces techniques. Après la guerre, les hommes sont encouragés à s'adapter à de nouveaux modes de vie, tandis que les femmes doivent retourner à leurs travaux domestiques. Deirdre, en s'emparant de cette technologie cyborg et en se proclamant autonome, défend la place des femmes dans le domaine de la technologie (en)[6].

Aspects mythologiques et références littéraires

Le texte de CL Moore est émaillé de nombreuses références littéraires et mythologiques[8].

La nouvelle fait référence à travers le nom choisi pour Deirdre à la réécriture irlandaise du mythe grec d'Hélène de Troie, Deirdre, par l'écrivain irlandais James Stephens dans son roman de . Deirdre est une jeune femme si belle que les hommes se battent et font la guerre pour obtenir ses faveurs. CL Moore inclut des citations du roman de Stephens un peu partout dans sa nouvelle. Deirdre, dans la version irlandaise du mythe, finit par se suicider pour ne pas être possédée par le roi Conchobor[réf. souhaitée]. Dans la nouvelle, CL Moore choisit une tout autre issue : Deirdre-robot affirme son indépendance par rapport aux deux hommes qui veulent la contrôler, et qui plus est, elle sauve le docteur Maltzer quand celui-ci, troublé par l'expérience, tente de se suicider.

CL Moore fait également intervenir le mythe de Frankenstein de Mary Shelley[9],[3] : le docteur Maltzer, se comparant à Victor Frankenstein, est persuadé qu'en créant une vie monstrueuse pour Deirdre, il doit comme créateur de ce monstre s'ôter la vie, car il est persuadé que le pire est à venir pour sa créature[2]. De ce point de vue, il n'arrive pas à considérer Deirdre comme humaine, et il n'arrive pas à voir sa puissance, puisque comme elle a perdu trois de ses sens, elle est considérée comme handicapée[8].

CL Moore renverse également le mythe du Pygmalion de Bernard Shaw : alors que les débuts d'Eliza sont contrôlés par son créateur, c'est Deirdre-robot dans la nouvelle qui s'émancipe elle-même en voulant retourner à sa pratique artistique originelle[2].

L'incendie qui a failli ôter la vie à Deirdre est une référence aux incendies qui ont coûté la vie à de nombreuses ballerines au 19e siècle[8].

Aspects queers

Si les aspects féministes d'Aucune femme au monde sont clairs, des thématiques queers apparaissent aussi à travers la subjectivité introduite par le recours à la technologie médicale. Deirdre devient une hybride asexuelle, qui performe parfaitement la féminité. L'histoire se focalise sur le mystère de la nature de la cyborg : sa technologie lui ôte le statut ontologique de femme, tout en lui permettant à travers ses capacités surhumaines de la jouer à la perfection. Ceci fait évidemment écho aux théories de la performativité du genre de Judith Butler[10].

Références

Voir aussi

Liens externes

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