Occupation britannique de l'Égypte
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L'occupation britannique de l'Égypte s'étend de 1882, date à laquelle le Khédivat d'Égypte est envahi par les forces britanniques lors de la guerre anglo-égyptienne, à 1956, après la crise du canal de Suez, lorsque les dernières forces britanniques se retirent conformément à l'accord anglo-égyptien de 1954.

Mise sous tutelle du khédivat
Au milieu du XIXe siècle, l'Égypte est une province autonome de l'Empire ottoman sous les descendants du pacha albanais Méhémet Ali. Lourdement endetté auprès de la France et du Royaume-Uni qui financent la construction du canal de Suez, le pays passe progressivement sous leur tutelle financière et stratégique. De 1879 à 1882, le général Urabi Pacha tente de secouer la mainmise étrangère mais il est battu et le pays est occupé par l'armée britannique des Indes.
La première période de la domination britannique (1882-1914) est souvent appelée le « protectorat voilé ». Pendant cette période, le khédivat d'Égypte reste une province autonome de l'Empire ottoman, et l'occupation britannique n'a pas de base juridique mais constitue un protectorat de facto sur le pays. L'Égypte ne fait donc pas partie officiellement de l'Empire britannique bien que les deux États, à partir de 1899, exercent une tutelle commune sur le Soudan anglo-égyptien.
De 1914 à 1945

Cette situation dure jusqu'en 1914, date à laquelle l'Empire ottoman s'engage dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Empires centraux, ce qui pousse la Grande-Bretagne à déclarer un protectorat sur l'Égypte. Le khédive en place, Abbas II Hilmi, est déposé et son successeur, Hussein Kamal, est contraint de se déclarer sultan d'Égypte indépendant des Ottomans en [1]. Pendant le conflit, les Turcs commandés par Djemal Pacha essaient de s’emparer du canal de Suez mais en vain. Les Britanniques repoussent les attaques turques.
Après la capitulation ottomane, le groupe Wafd (« Délégation » en arabe), présidé par Saad Zaghloul, se constitue et demande à représenter l'Égypte à la conférence de Versailles. Mais le haut-commissaire britannique Reginald Wingate refuse les visas de sortie avant de faire interner les délégués à Malte. Des manifestations antibritanniques éclatent et sont réprimées par le général Edmund Allenby, faisant plusieurs milliers de morts. Le parti Wafd se constitue en mouvement politique pour réclamer l'indépendance effective. Les dirigeants du Wafd sont libérés, puis de nouveau arrêtés et déportés ; les émeutes se succèdent jusqu'à ce que les Britanniques accordent une indépendance nominale au profit du sultan Fouad Ier[2]. Le protectorat officiel sur l'Égypte prend fin lorsque le gouvernement britannique publie la déclaration unilatérale d'indépendance de l'Égypte le . Peu après, le sultan Fouad Ier se déclare roi d'Égypte mais l'occupation britannique se poursuit, conformément à plusieurs clauses de réserve de la déclaration d'indépendance. La situation est normalisée par le traité anglo-égyptien de 1936, qui accorde à la Grande-Bretagne le droit de stationner des troupes en Égypte pour la défense du canal de Suez, son lien avec l'Inde britannique. La Grande-Bretagne contribue également à contrôler l'entraînement de l'armée égyptienne[3]. La présence britannique suscite une opposition inspirée du nationalisme arabe laïc du parti Wafd ou de l'islamisme des Frères musulmans mais garantit la sécurité des investissements étrangers.
La confrérie des Frères musulmans, fondée par Hassan Al-Banna en 1928, n'attire l'attention des services britanniques qu'à partir de 1936 par ses liens discrets avec les nationalistes arabes de Syrie sous mandat français et de Palestine mandataire. De mouvement culturel et religieux, la confrérie évolue vers un mouvement anticolonialiste de masse : elle atteindra un million de membres en 1945[4].
À la veille de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), l'Égypte est le centre des communications maritimes, télégraphiques et aériennes de l'Empire. Le Middle East Intelligence Centre (MEIC) est créé en juin 1939 pour coordonner les états-majors britanniques de la région avec le Joint Intelligence Committee à Londres ; en décembre 1939, il devient la Security Intelligence Middle East (SIME) dirigée par Raymond John Maunsell (en). Il compte une centaine d'agents, pour la plupart européens, avec des antennes au Caire, à Alexandrie et à Ismaïlia, agissant en coordination avec le ministère de l'Intérieur égyptien et la police du Caire pour identifier les menaces d'espionnage, de sabotage et d'agitation[4].

Pendant la guerre, l'Égypte est attaquée par les troupes de l'Axe depuis la Libye italienne en raison de la présence britannique dans ce pays, bien que l'Égypte elle-même soit restée neutre jusqu'à la fin de la guerre[3]. Les Frères musulmans font figure de cinquième colonne par leur propagande anti-occidentale et leur collecte de renseignements sur les forces militaires et les arsenaux britanniques. Cependant, bien que l'antisémitisme des Frères musulmans les rapproche des régimes de l'Axe, ils n'envisagent des actions de sabotage qu'à partir de 1942 et ne semblent pas avoir dépassé le stade du projet : l'arrestation de Hassan Al-Banna et la dissolution des structures fréristes en octobre 1941, puis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement du Wafd, devenu pro-britannique, en février 1942 neutralisent l'opposition islamiste. La chute du gouvernement wafdiste, en octobre 1944, est suivie d'une vague de répression contre les Frères musulmans. Cependant, la menace d'une offensive de l'Axe au Moyen-Orient s'éloigne de plus en plus et l'anticommunisme des Frères musulmans incite le War Office à les considérer comme des alliés possibles à l'approche de la guerre froide, leur discours s'adressant aux classes populaires les faisant considérer comme l'équivalent des « travaillistes »[4].
De 1945 au retrait britannique
Après la guerre, l'Égypte cherche à modifier le traité, mais celui-ci est abrogé dans son intégralité par un gouvernement anti-britannique en . Après le coup d'État de 1952, les Britanniques acceptent de retirer leurs troupes, ce qu'ils font effectivement en . La Grande-Bretagne entre en guerre contre l'Égypte à propos du canal de Suez à la fin de l'année 1956, mais, faute d'un soutien international suffisant, elle est contrainte de faire marche arrière[3].
Langue et législation
Mehémet Ali avait instauré une administration moderne de langue française et une législation basée sur le Code civil français. Sous le régime britannique, le français, lingua franca des élites modernes du Proche-Orient, reste langue officielle à côté de l'arabe : l'anglais, malgré les demandes britanniques, n'a jamais été reconnu comme langue officielle. Les étrangers sont jugés par des tribunaux mixtes avec un juge égyptien et un représentant de leur consulat[5].