Pêche au poison
technique de pêche consistant à utiliser du poison pour chasser le poisson
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La pêche au poison est une technique de pêche consistant à suffoquer ou tuer les poissons d'un secteur au moyen de poison et à les ramasser une fois en surface. C'est une méthode traditionnelle utilisée par de nombreux peuples autochtones, en particulier en Amérique du Sud et en Océanie, bien qu'interdite dans un grand nombre de pays. Différentes plantes sont utilisées pour produire le poison (feuilles, racines, etc.). Ces végétaux sont qualifiés d'ichtyotoxiques.
Description
En Océanie
Polynésie

La pêche au poison est une méthode traditionnelle employée en Polynésie, notamment à Wallis-et-Futuna[1], à Niue[2] et aux Tonga, particulièrement sur l'île de Niuatoputapu[3]. Pratiquée dans des eaux peu profondes et calmes (lagons ouverts sur le large à marée haute, tombants récifaux sous le vent), cette méthode est appelée ʻaukava[4]. Le poison est obtenu en broyant les feuilles de plantes locales : Derris trifoliata, D. malaccensis, Barringtonia asiatica (à Wallis et à Futuna), Pittosporum arborescens, Scaevola sericea[5], Derris elliptica (à Niuatoputapu). Il est ensuite répandu dans l'eau (directement ou à travers un tissu). Les poissons, suffoquant ou étourdis, remontent à la surface où ils sont capturés. La chair n'est pas contaminée par le poison et le poisson peut être consommé sans danger[5].

Répandue dans les années 1970, cette pratique a été interdite aux Tonga en 2002 mais elle est encore utilisée dans certaines îles[6]. Cette pratique est destructrice et non sélective (tous les poissons sont touchés)[1]. En 1999, Frédéric Angleviel note que cette pratique est « en régression » à Wallis et Futuna[1]. Cette pêche a été également interdite à Niue en 1965[7].
Mélanésie
La pêche au poison a été également pratiquée aux Fidji, même si la pratique est aujourd'hui interdite[8]. Un article de 1950 mentionne son utilisation en Nouvelle-Calédonie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou encore aux îles Salomon[9]. En Nouvelle-Calédonie, une espèce d'euphorbe (Euphorbia kanalensis) était cultivée spécifiquement pour ce type de pêche. Ses racines broyées produisent un poison qui paralyse les poissons[10]. Isabelle Leblic a recensé dix-neuf plantes ichtyotoxiques différentes utilisées par les Kanak[11]. Cette technique traditionnelle des populations Kanak a été interdite au début des années 1930 par l'administration coloniale française en raison de son côté destructeur[11].
Amérique du Sud
En Amérique du Sud, la pêche avec des plantes ichtyotoxiques est appelée nivrée (ce nom provient sans doute du français enivrer). Parmi les plantes utilisées, on trouve le barbasco.
Afrique
Dans les des zones sahéliennes et soudaniennes, les gousses de néré peuvent servir de poison de pêche.
Tephrosia vogelii est aussi employé pour cet usage en Afrique tropicale.
Iles Canaries
Les anciens habitants de l’archipel des Îles Canaries, les Guanches de La Gomera, pratiquaient une technique traditionnelle de pêche au poison utilisant l’Euphorbia canariensis, une euphorbe endémique ressemblant à un cactus. En incisant ses tiges, ils recueillaient un latex blanc riche en composés toxiques qu’ils dispersaient dans des mares côtières ou des bassins rocheux isolés par la marée. Ce latex provoquait chez les poissons une détresse respiratoire en affectant leurs branchies, les étourdissant ou les paralysant temporairement, ce qui permettait de les ramasser facilement à la main ou à l’aide de paniers. Cette méthode, transmise au sein des guanches, illustre l’usage de ressources végétales locales dans les pratiques de subsistance et constitue un exemple ancien de pêche au poison [12],[13]