Pauline (Alexandre Dumas)
Roman d’Alexandre Dumas, paru en 1838.
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Pauline est le premier roman d’Alexandre Dumas, paru en 1838. C'est son unique roman gothique.
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Le récit, traité à tour de rôle par les trois personnages du roman, met en scène la jeune Pauline de Meulien, 18 ans, qui va épouser le comte Horace de Beuzeval. Ce dernier, qui possède des qualités évidentes de courage et de prestance, semble aussi cacher un lourd secret que Pauline sera amenée à découvrir et qui pourrait causer sa perte. La jeune femme sera secourue de justesse par Alfred de Nerval qui était secrètement amoureux d'elle.
Le personnage de Pauline a tous les traits de l'« héroïne romantique » telle que présentée dans la première moitié du XIXe siècle : dotée d'une grâce, d'une douceur et d'une élégance parfaites, elle est mélancolique voire dépressive, et sa vie est marquée par un destin tragique.
Historique
Né en 1802, Alexandre Dumas connaît un son premier succès à partir de 1829 lorsque son drame historique Henri III et sa cour est représenté à la Comédie-Française.
Publié en 1838 alors que l'auteur a 36 ans, Pauline est alors son premier roman, qui est la seule œuvre de l'auteur dans le genre « gothique ». Ce roman n'est pas représentatif des romans ultérieurs qui rendront célèbre Dumas, en l'occurrence des romans de cape et d'épée (Les Trois Mousquetaires) ou de vengeance (Le Comte de Monte-Cristo), tous deux publiés en 1844.
Résumé
Le roman est composé de 16 chapitres.
Remarque : le roman est construit sur trois récits emboîtés, d'où les changements de narrateurs.
Récit d'Alexandre Dumas de fiction
Chapitre 1er (introductif).
On est à la fin de l'année 1834. Alexandre Dumas, double fictif de l'auteur, premier narrateur et personnage du livre, retrouve un vieil « ami de quinze ans », Alfred de Nerval. Il avait déjà croisé son ami à deux reprises avec une jeune femme, Pauline. La première fois, en Suisse, Pauline lui avait semblé triste et mélancolique ; la seconde fois, en Italie, il avait trouvé qu'elle dépérissait et qu'elle devait être gravement malade. Voilà qu'aujourd'hui Alfred de Nerval lui explique qu'il va lui révéler la triste histoire de Pauline, morte un an auparavant.
Récit d'Alfred de Nerval
Chapitres 2 à 6.
Le lecteur entre dans le premier récit emboîté, désormais raconté par Alfred de Nerval. À la suite d'un heureux héritage, Alfred était entré en possession d'assez d'argent pour découvrir le monde comme il le souhaitait et faire le « Grand Tour ». Alors qu'il voulait se rendre en Angleterre, il avait entendu parler d'amis qui pouvaient se trouver à Trouville en Normandie. Le grand sujet de conversation des Normands était alors les actes criminels de brigands qui, depuis deux mois, avaient dévalisé des voyageurs ; un couple d'Anglais avait même été attaqué, et si l'on avait retrouvé l'homme poignardé à mort, son épouse avait disparu. Louant un canot, Alfred avait longé la côte normande. Un coup de vent risquant de le pousser au large, et la tempête menaçant, il avait trouvé refuge dans une chapelle en ruines, située près d'un château. Tremblant de froid et exténué, il s'était endormi. Il avait été réveillé en pleine nuit par des bruits étranges (chapitre 2).
Dans l'obscurité la plus totale, il surprend un homme, habillé d'un pantalon bleu, qui dissimule un objet sous une pierre tombale et s'affaire près d'une tombe. Puis l'homme au pantalon bleu quitte les lieux. Le lendemain, Alfred revient à Trouville. Il s'est endormi jusqu'au milieu de l'après-midi. C'est alors qu'il apprend que la chapelle dans laquelle il a dormi dépend du château à proximité, et que cette propriété appartient au comte Horace de Beuzeval, lequel est marié avec Pauline de Meulien. Or Alfred était, quelques années auparavant, tombé amoureux de la jeune femme. Et voilà qu'il apprend son décès ! Il accompagne une délégation composée d'un officier public et d'un médecin. Quelques heures après, le trio arrive au château. Le linceul couvrant le cadavre est dans la salle. Toutefois, si le linceul contient effectivement un cadavre, ce n'était pas celui de Pauline ! (chapitre 3).
À la fois rassuré et très intrigué, Alfred constate l'arrivée au château de l'homme au pantalon bleu, annoncé comme étant le comte de Beuzeval. Alfred comprend que l'étrange comportement du comte est suspect. Accompagnés par des marins chargés de diriger le canot, Alfred retourne donc dans la chapelle en ruine où il a vu le comte (l'homme au pantalon bleu) la nuit précédente. Il cherche à l'endroit où cet homme a creusé et met à jour l'entrée d'un souterrain. Celui-ci mène dans une tombe construite en forme de crypte. Là il y découvre la vraie Pauline, qu'il s'empresse de libérer. Elle a reçu de son époux une bouteille d'eau empoisonnée. Une fois Pauline délivrée, le duo s'échappe grâce au canot. Alfred fait boire à la jeune femme de l'eau de mer, ce qui a pour effet de la faire vomir et d'expulser le poison de son estomac (chapitre 4).
Alfred et Pauline, accompagnés par les marins que Alfred a payés pour manœuvrer le canot, trouvent refuge dans un petit village normand. Ils s'y reposent la journée et reprennent des forces. Alfred propose à Pauline de la présenter à l'égard des tiers comme étant sa fiancée ; Pauline refuse et demande qu'elle soit plutôt présentée comme la sœur ou la demi-sœur d'Alfred. Ce dernier se sent obligé de respecter le choix de la jeune femme, bien qu'en étant déçu de ce choix. D'un commun accord, ils décident de quitter la Normandie et même la France. Alfred paie les marins qui les accompagnent pour les mener en Angleterre. Deux jours après, ils sont à Londres (chapitre 5).
Alfred loue une maison dans le quartier de Piccadilly Circus et pourvoit à leur établissement : aménagement de la maison, achat de linge et de vêtements. Pauline est présentée comme étant sa sœur. Quelques jours après leur arrivée, Pauline souhaite lui raconter sa rencontre avec Horace de Beuzeval et son mariage avec lui, à la condition expresse qu'il n'en révèle rien à quiconque jusqu'à la port de Pauline et de la mère de cette dernière. Alfred jure sur l’honneur qu'il ne dira rien à personne (chapitre 6).
Récit de Pauline de Meulien
Chapitres 7 à 13.
On entre alors dans le troisième récit, dont Pauline est la narratrice. On est projeté quelque temps en arrière, à l'automne 1830. Pauline avait été invitée à la campagne où elle avait rencontré des voisins de sa mère. Elle avait été fort impressionnée par un tragique incident : Paul de Luciennes, chassant un sanglier au son du cor, avait été attaqué par l'animal en furie. Grâce à l'intervention rapide et précise d'Horace de Beuzeval qui avait tué le sanglier d'un coup de carabine, il avait été sauvé d'une mort effroyable. Si Horace s'était montré d'un certain courage, Pauline - qui le voyait pour la première fois - avait été frappée par son sang-froid et son détachement. On lui avait aussi raconté peu après une histoire concernant Horace : alors qu'il se trouvait en Inde près de Goa, à la suite d'un pari avec militaires anglais, il s'était affronté en combat singulier à une tigresse près de sa tanière. S'il avait été blessé par un grave coup de griffe, il avait néanmoins tué la tigresse avec son seul poignard, ce qui lui avait donné l'estime des militaires anglais (chapitre 7).
Quelques mois après, Pauline et sa mère sont invitées à un grand bal. Horace de Beuzeval y a aussi été convié. Durant la soirée, Pauleine est troublée par la prestance d'Horace mais aussi par son comportement. Elle associe Horace de Beuzeval au personnage de Méphistophélès que Goethe avait mis en scène dans son célèbre opéra Faust. Lorsque, au cours de la soirée, on lui propose de chanter un air tiré de l'opéra Don Giovanni de Mozart, elle commence par refuser, mais devant l'instance de son hôte et de sa mère, elle finit par accéder à la demande. En face d'elle, pour chanter le morceau Là ci darem la mano, il y a Horace ! Le duo chante d'abord avec application puis avec emphase l'air réclamé. L'esprit de Pauline est emporté par le chant mozartien et le charme d'Horace et, à la fin du morceau, elle tombe évanouie (chapitre 8).
Le comte fait sa cour à Pauline : il lui envoie une lettre enflammée, tente de la voir, puis envoie Madame de Luciennes comme entremetteuse. Par l'entremise de celle-ci, il demande Pauline en mariage à sa mère, qui accepte. Sans trop savoir l'état de ses sentiments pour Horace, Pauline l'épouse début novembre 1830 (chapitre 9).
Le couple nouvellement marié coule des jours heureux pendant une dizaine de mois. Horace présente à Pauline ses deux meilleurs amis, prénommés Henri et Max. Fin août 1831, Horace annonce à Pauline son intention de se rendre, avec Henri et Max mais sans elle, en Normandie, dans une résidence de sa famille, pour des parties de chasse. Malgré les demandes de Pauline qui souhaite l'y accompagner, Horace refuse : d'une part, la chasse est une activité d'hommes, et d'autre par la résidence est en piteux état. Il part donc en Normandie et envoie des lettres à son épouse, qui se languit d'être seule. Un mois après, sur un coup de tête, elle quitte Paris et se rend en Normandie pour rejoindre son époux, près du village du Buisson. On parle alors beaucoup des brigands qui tuent et pillent la région depuis quelques semaines. Elle arrive au château de la famille Beuzeval. Horace y est présent avec Henri et Max. Horace reçoit son épouse avec une froideur extrême (chapitre 10).
Devant plus gentil, Horace installe son épouse dans le château. Peu après, rejoint par Max et Henri, il annonce à son épouse que des affaires vont le retenir au loin pendant deux jours. Le lendemain, le trio quitte la résidence, laissant Pauline avec le serviteur malais d'Horace. Pour occuper sa soirée, Pauline fouille la bibliothèque à la recherche d'un bon livre. Elle tombe sur un livre de gravures de Thomas Daniell. Elle découvre par hasard le bouton qui commande l'ouverture d'un passage secret. Plus tard dans la nuit, elle aperçoit trois ombres dans le parc du château qui semblent transporter une femme sur un brancard. Encore plus tard, alors qu'elle s'est couchée, elle aperçoit le visage d'Horace qui est venu en catimini dans sa chambre et qui la regarde (chapitre 11).
Au petit matin, elle demande au serviteur malais si le comte est revenu. L'homme répondant par la négative, elle comprend qu'il se passe quelque chose de bizarre, puisqu'elle a vu Horace la nuit précédente. La nuit suivante, celle du 27 au 28 septembre 1831, elle emprunte le passage secret qui débute à la bibliothèque et le suit. Le passage la conduit dans les caves du château. Étant cachée dans l’ombre, elle y voit Horace, Henri et Max finir de festoyer et parler de leurs « exploits récents ». Ils ont enlevé un couple d'Anglais, tué le mari et ligoté l'épouse. Elle a été mise nue sur un lit situé dans la cave, les bras et les jambes attachés aux quatre coins du lit. Henri et Max se disputent pour savoir lequel des deux va la violer en premier. Pour les départager, Horace demande en anglais à la femme lequel des deux a sa préférence. Hurlant de terreur, la femme adjure qu'on la tue. Alors que Henri et Max envisagent de se départager au couteau, Horace résout le litige en tuant la femme en tirant un coup de pistolet entre ses deux yeux. Voyant cela, Pauline ne peut s'empêcher de pousser un hurlement d'épouvante et tombe évanouie (chapitre 12).
Elle comprend alors que Beuzeval et ses deux comparses sont les responsables de tous les crimes (vols et meurtres) mystérieux qui avaient eu lieu en Normandie depuis leur arrivée. Pour préserver leur secret, Horace se trouve obligé de la tuer ; il n'a pas le courage de le faire immédiatement et l'enferme, vivante, dans un caveau, avec une lampe, une lettre et du poison.
Second récit d'Alfred de Nerval
Chapitres 14 à 16.
Alfred redevient alors le narrateur.
Cependant, les effets du poison donné par le comte continuent de faire effet et Pauline se meurt petit à petit. Ils voyagent en Écosse afin de lui changer les idées. À leur retour, Alfred apprend que sa sœur va épouser le comte Horace de Beuzeval. Il retourne en France pour empêcher cette union et provoquer le comte en duel. Alfred en sort vainqueur mais avec une balle plantée dans la chair de son épaule. Il retourne en Angleterre, où Pauline l'attend, sans savoir la cause du voyage si précipité d'Alfred. Dans un journal, elle apprend la mort de son époux, ce qui aggrave son état.
C'est pendant un voyage en Italie qu'elle meurt. Mais avant sa mort, elle s'accroche à la manche d'Alfred, la déchire volontairement, et découvre la cicatrice, encore rosée, de l'épaule. Elle est enterrée à Sesto (Italie), où Alexandre Dumas découvrira sa tombe (chapitre 16).
Personnages
L’histoire de Pauline est centrée autour de trois personnages principaux : Pauline de Meulien, Horace de Beuzeval et Alfred de Nerval.
Pauline de Meulien
Source : Pauline, éd. Hatier, collection Classiques et compagnie - Lycée (ISBN 978-2-218-97827-2), pages 274-275.
Avant sa rencontre avec le comte, Pauline de Meulien est une jeune fille quelque peu naïve mais à l’esprit vif. Elle est pleine de joie de vivre et semble tout avoir pour elle : elle est jeune, riche, « pleine de talents, de charme et d’esprit ». D’après Alfred, c’est aussi « un ange de beauté, de grâce et de douceur » : « de magnifiques cheveux noirs », « des yeux doux » et « noirs », « un visage pâle » servent de description.
Pourtant, son caractère évolue rapidement dès qu’Horace apparaît : elle parvient à se forger un avis plus subjectif sur le monde, bien qu’elle n’arrive pas à se détacher de l’avis des autres, notamment en ce qui concerne son amour pour le comte. Son erreur nous dévoile aussi sa grande maturité : lorsqu’elle comprend la vérité, elle ne la cache ni aux autres, ni à elle-même.
Bien que le lecteur ne connaisse qu’une petite partie de sa vie — quelques années, en fait —, il peut constater des changements chez elle. Finalement, elle devient très réaliste et ses expériences de la vie se sont au moins montrées concluantes.
Horace de Beuzeval
Source : Pauline, éd. Hatier, collection Classiques et compagnie - Lycée (ISBN 978-2-218-97827-2), pages 276-277.
Lors de sa rencontre avec lui, Pauline nous fait une description très minutieuse de son apparence physique, mais aussi intellectuelle : « pâle », « plutôt petit que grand », « des yeux noirs et des cheveux blonds », « des lèvres pâles et minces », « de belles dents, des mains de femme »… D’une manière générale, il semble très jeune (« vingt - huit ans »), mais « quelques légères rides », « une toux sèche » et « un pli imperceptible sur le front » dénoncent son âge véritable. Sa « figure froide » inspire à Pauline « plus de répulsion que de sympathie ». Comme la plupart des jeunes aristocrates, il aime la chasse, le tir, l’escrime, l’équitation et le jeu (bien qu’il arrête de jouer dès son mariage avec Pauline). Les plus grands détails que nous ayons sur ce personnage viennent de sa seconde visite chez M. de Luciennes, où il raconte ses aventures. Pauline se fait alors un jugement plus complet de lui : c’est un « homme de fer », qui, malgré son apparence « faible et languissante », « résist[e] à toutes les fatigues, surmont[e] toutes les émotions et dompt[e] tous les besoins ». Il a aussi un point de vue très étrange envers la société dans laquelle il vit : ironique et amer, il semble chercher à la changer, en brisant les convenances et les lois qu’elle impose…
Alfred de Nerval
Source : Pauline, éd. Hatier, collection Classiques et compagnie - Lycée (ISBN 978-2-218-97827-2), page 276.
Ce personnage, qu'il ne faut pas confondre avec l'écrivain Gérard de Nerval, est sans doute celui pour lequel le lecteur a le moins d’indications : il est décrit de façon succincte tout au long du livre, sa description étant un peu éparpillée. En effet, étant le confident et le protecteur de Pauline ou le narrateur dans la plus grande partie de l’histoire, il est difficile à Dumas de nous faire un aperçu complet de lui. Nous ne savons donc que le minimum et ne pouvons déduire son caractère que de ses actions. Pauline ne va dévoiler son histoire qu’à lui seul, car elle le considère comme son « frère ».
Alfred de Nerval est un jeune aristocrate d’une vingtaine d’années, très conforme à son rang : tout comme Horace, il sait se battre au fleuret comme au pistolet, monter à cheval… Il est courageux car il provoque le comte en duel et revient à Piccadilly à cheval malgré son épaule blessée .
Sa seule raison de vivre est Pauline. Lorsque son père décède il a environ 17 ans : il devient alors le chef de la famille, ce qui est peut-être la cause de son grand sang-froid.
Un roman gothique
Source : Pauline, éd. Hatier, collection Classiques et compagnie - Lycée (ISBN 978-2-218-97827-2), pages 278-280.
Le roman gothique est né en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. Il s'oppose au rationalisme des Lumières et à la Raison. Cette influence transparaît dans l’atmosphère macabre et fantastique.
Le roman peut être qualifié de « gothique » pour les motifs suivants :
- un scénario noir (décors lugubres, accessoires inquiétants [couteaux, pistolets], abbaye en ruines, passages secrets, galeries souterraines, tombeau dans lequel Pauline est enfermée vivante, substitution de cadavre, poison, scènes nocturnes, association de malfaiteurs, thème de l'enlèvement d'une jeune fille innocente secourue miraculeusement) ;
- la fascination pour la mort (relation nouée entre Pauline et Horace, musique présentée sous le signe de la mort) ;
- un mystère irrésolu (l'identité du comte de Beuzeval est mystérieuse dans un cadre présenté comme réaliste et contemporain ; ses faits et gestes sont inexplicables ; le comte est toujours perçu du point de vue des autres personnages et sait lire dans les pensées de Pauline ; le comte semble avoir sur la jeune femme un pouvoir satanique et hypnotique).
Liens avec le romantisme
Source : Pauline, éd. Hatier, collection Classiques et compagnie - Lycée (ISBN 978-2-218-97827-2), pages 226 à 228, pages 238-239, pages 248-249.
L’amour d’Alfred
Lorsque Alfred raconte son voyage avec Pauline en Écosse, il ne fait qu’un très bref résumé et n'offre que quelques noms qui nous sont inconnus. En effet, l’auteur cherche plus à focaliser l'attention sur les sentiments de son personnage que sur son vécu : c’est une caractéristique du lyrisme, mais aussi du romantisme.
Le jeune homme exprime sa joie de voyager avec celle qu’il aime, et en oublie presque ce pour quoi ils sont ensemble. Tout ce qu’il vit est pour lui source de bonheur et les paysages qu’il admire sont toujours plus « poétiques ».
Pourtant, ce bonheur ne lui est accessible que par la maladie de Pauline. Il la protège et joue donc un rôle important pour elle, mais ce rôle n’existe que parce qu’elle court un danger : cette ironie doit montrer au lecteur l’imperfection de ce qu’Alfred voit pourtant comme parfait.
La charge de « frère » dont Alfred est investi lui apporte le bonheur, mais lui permet aussi de servir Pauline comme bien plus qu’un ami. Au fil du temps, leurs liens se resserrent, et ils n’ont bientôt plus les rapports qui existent entre un frère et une sœur. Alfred s’en rend bien vite compte, et se prend même à espérer vivre avec Pauline durant toute sa vie. Mais elle ne voudra pas épouser Alfred, leur amour est un « amour impossible » car Alfred a tué Horace (mari de Pauline) en duel. Cependant ils s'installeront ensemble à Londres sur la place Piccadilly.
Le romanesque et le mépris du simple
Dans ce passage Pauline et Horace expriment leur pensée sur la société dans laquelle ils vivent : en effet, les auteurs romantiques se servent souvent de leurs personnages principaux pour donner leur avis au lecteur.
Pauline souhaiterait que la société cesse de « se dépoétiser », car cela lui enlève « cet extraordinaire » que demandent pourtant toutes « les imaginations actives ». Selon elle, seuls les « caractères exceptionnels », comme le comte Horace, permettent à la société de revivre cet extraordinaire.
Contrairement à Pauline, Horace est un homme qui n’hésite pas à exposer sa vie et sa pensée, bien qu’il critique en même temps la société : il cache son jeu dans la vie de tous les jours, mais clame haut et fort son avis à qui veut bien l’entendre.
Comme tous les auteurs romantiques, le narrateur Alexandre Dumas a « le mal du siècle » : il se cache derrière l’image d’un homme à qui tout réussit, alors qu’il n’est qu’un être angoissé, insatisfait par l’Histoire et la société en pleine mutation.