Pedro Salinas
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Instituto San Isidro (en) Université de Séville Université de Salamanque |
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Margarita Bonmatí Botella (d) |
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| Mouvement |
To Live in Pronouns (d) |
Pedro Salinas (Madrid, – Boston, ) est un poète espagnol de la Génération de 27.
Pedro Salinas est né à Madrid en 1891. Il suivit les cours de droit, ainsi que de philosophie et lettres de l’université centrale. En 1914, Il devint lecteur d’espagnol à la Sorbonne jusqu’en 1917. Cette même année, il obtient un doctorat en langues et lettres, suivi l’année d’après d’une chaire de langue et littérature espagnole à Séville. Après quoi, il part enseigner en Angleterre, à l'université de Cambridge (1922-1923), où il restera jusqu’en 1926.
Il fut aussi professeur à Murcia et Madrid. Son influence sur les jeunes poètes andalous est importante. Cernuda le traitait en ces termes : « Qui recourait à lui recevait toujours, pour le moins, un mot gentil, un geste, un stimulant ».
À son retour des États-Unis en 1926, il collabore au Centre d’études historiques formé par un groupe de chercheurs réunis par Ramón Menéndez Pidal. En 1932, il fonde la revue « Indice Literario », dont la finalité était de tenir informés les hispanistes des nouvelles littératures espagnoles. En 1933 il est nommé professeur de l’École Centrale de Langues et fonde l’Université Internationale de Santander où il occupe le poste de secrétaire général de jusqu’à 1936.
Forcé alors à l’exil à cause de la guerre civile en Espagne (1936-1939), il part s’installer aux États-Unis, où il enseigne au Wellesley College et à l'Université Johns-Hopkins à Baltimore.
Il ne retournera pas en Espagne mais cette période sera féconde en conférences, travaux et livres. Il recourt à diverses universités américaines, se partageant les classes de Baltimore et celles de l’Université de Porto Rico (1943-1946) où il occupe une chaire.
Il meurt à Boston en 1951, mais repose dans le cimetière St Jean à Porto Rico. Membre distingué de la génération de 27, il était, en plus d’être un grand poète, un brillant critique littéraire. Solita Salinas de Marichal a dit, s’exprimant sur sa personnalité : « Je dirais que Pedro Salinas était un homme à la fois ouvert et timide, extraordinairement expansif et, cependant, extrêmement pudique ».
Poétique
Salinas a dit : « La poésie est une aventure vers l’absolu. On arrive plus ou moins proche, on emprunte tel ou tel chemin : c’est tout », dans une citation qui résume sa conception de la poésie comme moyen, d’accès à la profondeur de la réalité, à l’essence des choses et des expériences vitales.
Sa création nécessite selon lui trois éléments de bases, qui apparaissent dans une autre de ses déclarations : « J’estime dans la poésie, surtout l’authenticité. Plus tard, la beauté. Après, le génie ». Les deux premiers éléments sont présents dans toute grande poésie, mais la référence au génie mérite d’être abordée. Pour Salinas, le sentiment et l’intelligence (le génie) sont liés de manière singulière. Selon lui, le génie lui permet d’approfondir les sentiments, et la réalité, pour voir plus loin que les anecdotes concrètes. C’est-à-dire tendre vers l’absolu. Il tente d’aborder la vie, le monde qui l’entoure. C’est la base de ses écrits, mais il ne peut oublier que la réalité souffre d’un processus d’idéalisation. C’est pour cela que l’intelligence, s’appuyant sur le sentiment, vient après la perception sensorielle.
Il recourt à des paradoxes, de subtils jeux de mots, des observations insolites, des condensations de concepts pour que le langage se plie à sa conception de l’approfondissement de la réalité. Le langage poétique de Salinas, d’une grande perfection artistique, se présente comme une forme apparemment spontanée, simple et dépouillée, même si cette simplicité n’est qu’apparente (voir infra). Ainsi Lorca renommera proses ses poèmes. Cette simplicité est le résultat d’un processus d’épuration rigoureuse et sélective, préférant les vers courts sans rime ayant comme conséquence sur le rythme d’une constance de métro et de répétitions de mots, structures syntaxiques et concepts. Dans tous les cas, il utilise des vers rigoureusement travaillés dans lesquels les mots sont disposés avec une exactitude méditée, chargés de sens et de profondes résonances.
Sa poésie réunit à la fois l’avant-garde et la tradition. Sa recherche de l’essentiel rend son écriture simple, mais pour celui qui recherche la profonde complexité de la réalité, elle est complexe.
Le thème central de sa poésie est l’amour. Salinas est, comme Garcilaso au XVIe siècle, Bécquer au XIXe ou Aleixandre au XXe, un des grands poètes amoureux de la littérature espagnole. Salinas traite le thème de manière conceptuelle.
Razón de amor qui chante « le doux corps pensant » de l’aimée. Celle-ci étant une « parole du vocatif » (Julián Marías). Le poète ne chante pas seulement l’aimée, sinon par elle et pour elle. Le titre La voz a ti debida, utilise le « tu ». Ce « tu », à la fois pleinement personnel, est, avant d’être le corrélatif du « je », la création de celui-ci, sa conscience ou concept, le terme nécessaire relatif à l’activité mentale de l’amant, comme le signale très bien Spitzer. Poésie, donc, du « tu », mais aussi du « je » : idéalisme et relativisme poétique, vision subjectives des choses en « moi », dans le sujet pensant. Ce « tu » est un « tu » réel, de chair et de sang, mais dont la réalité physique nous échappe puisqu’elle reste abstrait dans le pur signal du pronom.
Para vivir no quiero
islas palacios, torres.
¡Qué alegría más alta:
vivir en los pronombres!
La réalité matérielle, l’univers en route, toujours vus en fonction de l’aimée, illuminé par l’amour, est soumis à une déréalisation ironique, à une manipulation ingénieuse des paradoxes, du contraste entre le oui et le non, des jeux des oppositions. Ce que le poète perçoit, à travers du concret, de l’anecdotique, de la réalité quotidienne, n’est pas elle-même, mais une autre plus haute : une trans-réalité symbolique. De là le fréquent usage de négations et de précisions de nuances. L’écriture de Salinas est une psychologie de l’amour qui, dans sa richesse, dans sa finesse d’analyses, rappelle Proust, et culmine dans une métaphysique poétique.
Il existe dans son œuvre, comme l’illustre un de ses titres (Fábula y signo), fable et signe. Signe parce que l’anecdotique s’articule en un système cohérent et significatif. Fable parce que cette poésie parle avec une retenue émotive, mais avec une fluidité effusive. Le trait de cette allégresse, de cette influence amoureuse est la succession de vers, libres de toute construction de la strophe, de la rigidité du métro et de la rime, vers généralement muets ou blancs, qui donnent à cette poésie une grande flexibilité.

